LES POLITIQUES ECONOMIQUES ET SOCIALES:

RELANCE ET STABILISATION


 

I.  Comment justifier l’intervention de l’Etat ?

L’Etat intervient pour compenser les déséquilibres du marché. Il sert d’amortisseur aux crises économiques (c’est la théorie keynésienne : c’est à dire que l’Etat fait en sorte à ce qu’il y ait plein emploi, il régule le marché pour réduire le chômage). Il intervient aussi pour corriger la répartition des richesses.

On entend par "intervention" une régulation concernant:

 

 

II  Les moyens d’intervention de l’Etat.

Les budgets publics:

IIILes services publics et le secteur public

Définition du service public: services destinés à l’ensemble de la collectivité dans le but de satisfaire l’intérêt général. Il existe des services marchands et des services non marchands fournis par les administrations.

Définition du secteur public: ensemble des entreprises publiques que l’Etat possède ou dont il est le principal actionnaire (ex: France Télécom, La Poste...).

 

 

 

IVLes objectifs des politiques économiques

A. Quatre objectifs majeurs

Il y a de nombreux objectifs mais les priorités peuvent varier. On privilégie 4 objectifs majeurs:

 

C'est une représentation graphique (due à l’économiste N. Kaldor) des 4 indicateurs de la situation conjoncturelle d’une économie (le taux de chômage, le taux d’inflation, le taux de croissance, le solde extérieur). Plus ce carré est grand et régulier, meilleurs sont les performances économiques. Tous ces objectifs visent une croissance équilibrée.

 

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B.  Les relations complexes qui règnent entre ces objectifs

1.  La relation inflation/chômage

Lorsque l’inflation baisse, le chômage monte et inversement. C'est le dilemme des politiques économiques au cours des 30 glorieuses et surtout dans les années 70 (début de la crise économique). Le chômage et l’inflation sont des ennemis à la croissance économique, donc il faut les combattre: la lutte contre le chômage se traduit par une hausse de l’inflation, par conséquence une baisse de l’inflation se traduit par une hausse du chômage. C’est pour cela qu’il existe 2 politiques, la première (de relance) relance l’activité économique pour stimuler l'emploi et la seconde (d’austérité) s’attaque à l’inflation, mais ralentit la croissance et donc l'emploi. L'alternance de politiques de relance suivies de politiques d'austérité a conduit à la fin des années 70 à la stagflation, c'est à dire la stagnation de la croissance et un niveau élevé d'inflation.

De nos jour, ce dilemme a disparu et la priorité est à la désinflation. Selon H.Schmidt (ex-chancelier Allemand), "les profits d’aujourd’hui font les investissement de demain et les emplois d’après-demain". La baisse du chômage devient alors la conséquence de la baisse d'une inflation provoquée par les excés des politiques de relance et le niveau excessif du coût du travail dans un environnement dominé par la compétitivité imposée par la mondialisation. Les politiques économiques vont se centrer sur la réduction du coût du travail, ce qui permet à la fois de réduire l'inflation et d'améliorer la compétitivité des entreprises.

 

2. La relation croissance/chômage

La relation entre croissance et chômage existe, et le seuil à partir duquel la croissance permet de réduire le chômage varie en fonction du contexte économique. Pour produir plus, il y a 2 possibilités : augmenter l'emploi ou accoître la productivité; Dans la réalité les 2 facteurs interviennent, mais respectivement de façon variable. Ainsi, la baisse d’un point du taux de chômage nécessitait une croissance de 8% en 1988, alors qu’en 98, elle ne nécessitait qu'un niveau de croissance de 3%; on dit que la croissance est plus riche en emplois. La croissance intensive des années 80 (obtenue surtout grâce aux gains de productivité et donc faible en emplois), est devenue extensive (création d’emplois donc baisse du chômage). Là encore, le coût du travail est un facteur déterminant. 

 

 

 

V. La politique budgétaire

A. Les théories

Deux visions differentes:

 

Attaquant le libéralisme économique de ses prédécesseurs, pour Keynes, le chômage provient d’une insuffisance de la demande effective (biens de consommation, d’équipement) qui engendre un équilibre de sous emploi. Il n’existe aucun correctif automatique (c'est à dire par le marché) au chômage et c’est pour cela que l’état doit assumer la responsabilité d’obtenir et de maintenir le plein emploi par une politique appropriée. Cette politique, directement opposée aux techniques déflationnistes utilisées jusqu’alors, est essentiellement monétaire. La politique de relance s'appuie sur une l'augmentation des dépenses budgétaires et sur une politique monétaire laxiste destinée à accroître les crédits..

Pour relancer la demande des entreprises on diminue les taux de l’intérêt afin de faciliter les investissements. Pour renforcer cette dynamique l'Etat augmente ses investissements publics.

Pour relancer la demande des ménages, il faut relever les revenus, surtout chez les plus modestes qui ont la plus forte propension à consommer grâce à la redistribution

Enfin, le protectionnisme douanier apparaît comme un moyen légitime de relever le niveau de l’emploi.

 

B.  Les dépenses publiques et le multiplicateur keynésien

On appelle multiplicateur keynésien le rapport de l’augmentation de la production nationale à l’augmentation des dépenses publiques qui l'a engendrée.

En clair, après l'intervention de la politique budgétaire, qui consiste à créer ou à accroître le déficit du budget, soit en augmentant les dépenses, soit en diminuant les recettes, les agents économiques bénéficient d’un surcroît de revenu, dont une partie est dépensée, générant d’autres revenus dont une partie sera à son tour dépensée. Le déficit à donc un effet multiplicateur, selon Keynes, ce qui permet plus de croissance et moins de chômage.

Mais cette politique comporte des limites:

 

C. La rigueur budgétaire ses bienfaits et ses limites

Le déficit budgétaire entraîne un financement qui se fera, soit par endettement, ce qui produit un effet d'éviction sur le marché financier, c'est à dire que les capitaux seront plus rares donc les taux d’intérêt augmenteront et certaines entreprises renonceront à investir, soit par la création de monnaie qui engendra une inflation. Autant d'effets néfastes à la croissance.

Pour combler ce déficit, nous pouvons baisser les recettes (c’est à dire moins d’impôts, ce qui entraîne une hausse de pouvoir d’achat et de l’épargne tout ceci entraîne la croissance économique) et baisser les dépenses, dès lors qu'on considère que les dépenses publiques sont moins efficaces pour la croissance que les dépenses privées .

Tout ceci s’appelle l’austérité budgétaire. Celle ci peut être critiquée, car elle présente des risques de ralentissement de l'activité du fait d'une moindre demande.

La baisse  de la fiscalité d'une part et la baisse des dépenses de la collectivité ne sont pas sans effets pervers. La fiscalité est un moyen de réduire les inégalités et les administrations produisent des services publics non marchands qui élargissent la consommation des ménages (on parle de consommation élargie), notamment celle des ménages les plus modestes, ce qui permet aussi de  réduire les inégalités. On le voit, si l'austérité budgétaire est perçue par les libéraux comme un bon moyen d'améliorer l'offre sur le marché, elle a aussi pour effet de creuser les écarts de richesses.

 

 

 

VILa politique monétaire

Elle sert à réguler la monnaie. Mise en oeuvre par la banque centrale (Banque Centrale Européenne), elle joue un rôle à 2 niveaux, national et international.

A.  Le cadre national

Ses objectifs sont d’assurer une croissance maximum, et une inflation minimum. Pour cela, la politique monétaire agit sur les taux d’intérêt qui régulent la croissance de la masse monétaire.

Dans la théorie néo-classique, la politique monétaire occupe une place centrale dans la politique économique. Son objectif consiste à veiller à ce que la progression de la masse monétaire dépend étroitement de la croissance économique afin d'éviter toute dérive inflationniste. Elle implique donc une politique de rigueur budgétaire.

Il en va tout autrement dans le cadre de la théorie keynésienne: elle est un instrument au service de la politique budgétaire et dans le cas d'une relance économique, elle a pour rôle de faciliter le crédit. La croissance de la masse monétaire anticipe la croissance réelle de l'économie.

La banque centrale régule la masse monétaire avec les taux d’intérêt: une augmentation des taux d'intérêt réduit la progression de la masse monétaire, ce qui a pour conséquence de réduire l'inflation mais aussi la croissance. La baisse des taux d'intérêt exerce l'effet inverse. Finalement, la marge de manoeuvre est étroite.

 

B.  Le cadre international

La valeur d’une monnaie par rapport à une autre (le taux de change) dépend du marché des changes sur lequel interviennent l’offre et la demande d’une multitude d’agents économiques privés et la banque centrale qui assure la régulation du marché. On dit qu'une monnaie est "flottante" lorsque son cours varie en fonction de l'offre et de la demande et on parle de change flexible lorsque la banque centrale laisse flotter la monnaie en fixant des limites de variation à son taux de change.

Les objectifs d'une politique de change dépendent à la fois de la croissance intérieure et du solde commercial (exportations - importations). En théorie, un solde excédentaire conduit à une réévaluation et un solde déficitaire à une dévaluation de la monnaie. Ici, le rôle de la politique monétaire devient important. Il existe 3 méthodes pour faire disparaître le déficit:

La seconde consiste à exporter plus en baissant les prix des exportations (hausse compétitivité-prix) et/ou en se spécialisant dans des activités plus rentables (compétitivité-structurelle), or le problème est que cette solution nécessite des transformations sur le long terme et les effets sont longs à obtenir, sans compter le coût social des restructurations qu'elle impose.

La dévaluation compétitive, on dévalue la monnaie et le prix des exportations devient moins cher en monnaie étrangère et les importations sont plus chères en monnaie nationale, ce qui entraîne une résorption du déficit. Mais cette solution se heurte à des limites. Les effets dépendent du caractère plus ou moins compressible des importations et de l'élasticité-prix (variation de la demande / variation du prix) des importations et des exportations. Surtout, la dévaluation compétitive ne s'attaque pas au problème de l'origine du déficit commercial (l'inflation), ce qui veut dire que les effets sont temporaires, d'autres déficits vont apparaître et il faudra à nouveau dévaluer. On entre dans un cercle vicieux de la monnaie faible où l'économie s'appauvrit par rapport à l'étranger. (Voir "les termes de l'échange").

La désinflation compétitive est la seconde voie; elle consiste à réduire l'inflation pour redonner de la compétitivité aux entreprises. La politique monétaire qui accompagne cet objectif accroît les taux d'intérêt. Du coup, avec des entreprises plus rentables et un retour de l'excédent commercial, les capitaux étrangers afflux, ce qui renforce la croissance. On entre dans le cercle vertueux de la monnaie forte

 

 

 

 

VIIPolitiques économiques, mondialisation et Union Européenne .

La mondialisation met les politiques économiques dans un contexte d'interdépendance qui réduit considérablement leur autonomie nationale. La réussite de la politique économique dépend de sa capacité à concilier les objectifs nationaux et les exigences du marché mondial. Dans ce contexte, la construction européenne devient un cadre privilégié assurant une meilleure efficacité de la régulation économique. Mais beaucoup de chemin reste à parcourir.

1.  Les politiques traditionnelles prises en défaut.

La mondialisation exerce une contrainte sur les politiques économiques, dans le sens où, en économie ouverte, elle met en compétition les politiques nationales. Ainsi, il en résulte une uniformisation de politiques économiques qui impose de privilégier des mesures de type néo-classique (on utilise l'expression de "pensée unique") et vouent la politique keynésienne à l'échec du fait que la contrainte extérieure qui s'exerce sur les politiques de relance.  

2.  La politique monétaire ligotée ?

On peut dire que la politique monétaire est ligotée car la mondialisation implique une convergence des politiques monétaires. La politique monétaire des USA influence la politique monétaire europénne et elle privilégie pour l'essentiel la maîtrise de l'inflation.

3.  Une question de crédibilité:

Enfin la politique monétaire subit fortement la pression du marché financier international devenu "tout puissant" du fait de la mondialisation du marché des capitaux qui rend les mouvements de capitaux très volatiles d'un pays à l'autre;  à cela s'ajoute le gonflement de l'épargne qui s'y trouve avec le développement des fonds de pension (surtout Anglo-Saxons) destinés au financement des retraites. La conduite de la politique monétaire dépend de la confiance des opérateurs financiers privés et une politique monétaire jugée défavorable par les investisseurs conduira à une désaffection des capitaux et cela compromettra le financement de la croissance.

 

1. La convergence des politiques économiques et ses obstacles

La construction de l'Union Européenne s'est appuyée sur la multiplication des échanges entre ses pays membres qui ont permis un rapprochement des économies nationales. Cette convergence permet aujourd'hui la mise en place de politiques économiques harmonisées, voire uniques comme cela est le cas avec la création de l'Euro. Mundell, un économiste, a montré que l'espace national n'était pas le meilleur contexte pour une monnaie, mais qu'avec un espace monétaire plus large favorisait la croissance économique. Mais, encore beaucoup de progrès restent à faire pour aller vers une politique économique commune et des obstacles importants devront être surmontés.

A commencer par le volet social. Toute politique économique s'accompagne de mesures sociales et on ne peut pas parler d'unanimité parmi les pays membres de l'Union, ce pour des raisons d'idéologie économique (les anglais sont très attachés au libéralisme économique où les protections sociales sont très réduites), auxquelles s'ajoutent des considérations plus profondes qui relèvent de l'histoire de chaque nation et de sa culture. Se pose ensuite la question de l'élargissement de l'Union Européenne à certains pays de l'Est, de laquelle découlera une assez grande hétérogénéité, ce qui compliquera la pratique de politiques communes.

2.  Les nouveaux espoirs envers la politique budgétaire

On a évoqué les obstacles que représente un contexte de mondialisation pour les politiques budgétaires. En fait, l' "arme budgétaire" a perdu de son efficacité lorsqu'elle est appliquée à l'échelle d'une nation, ce qui est beaucoup moins vrai lorsque son champ d'action couvre une zone économique plus large. Ainsi l'Union Européenne constitue un cadre plus approprié pour rendre plus efficaces la politique budgétaire. Une telle évolution permettrait de de lui donner une marge de manoeuvre élargie alors qu'elle est aujourd'hui largement inféodée à la politique monétaire (Européenne, elle !), dont la priorité est la désinflation et dont les mesures visent plutôt à rassurer des marchés financiers dont les agissements parfois irresponsables (bulles spéculatives) ne tiennent   pas compte des répercutions sociales de la financiarisation de l'économie. Une politique budgétaire à l'échelle Européenne pourrait former un contre-pouvoir et renforcer la capacité de régulation des pouvoirs politiques, bien affaiblis actuellement "face aux marchés" et de prendre un peu mieux en compte les aspects sociaux de la régulation économique. Reste cependant des problèmes de taille, posés par la nécessité d'un consensus entre les pays membres sur le contenu des mesures budgétaires, par le financement de ces mesures car le budget Européen est ridicule face aux budgets nationaux et l'accord sur la mise en place de l'Euro oblige les Etats membres à limiter leur déficit budgétaire à 3 % du PIB. Enfin, une politique budgétaire européenne fait courrir un  et risque de perte d'un peu plus de souveraineté nationale des gouvernements; après avoir abandonné la souveraineté sur la monnaie, transférer le pouvoir budgétaire à l'Union Européenne réduirait la fonction derégulation économique des Etats à peau de chagrin. Réduit à l'état de nains économiques, c'est l'avenir des Etats qui serait mis en cause.

 

Angélique Nérat,Laetitia Rannou,Odile Gaboriau,Audrey Rochette et Cécile Vareilles 1ère ES3, mai 00.

(et D. Bigillon,leur prof. pour la dernière partie).