Thorstein Veblen

 

Sur Veblen:

T. Veblen est bien connu pour ses travaux sur la consommation et plus précisément sur la sur-consommation des plus riches. On lui doit une explication de la consommation ostentatoire du gaspillage qui remplissent une fonction sociale et qu'on aborde, parfois, en seconde. Pour lui, la consommation ostentatoire permet à l'élite sociale d'affirmer son rang. En principe, la demande d'un bien évolue en sens inverse de son prix; c'est ce que nous explique la théorie classique du marché par la loi de la demande. On parle d'effet Veblen lorsque, au contraire, la demande augmente avec l'augmentation du prix. Ce qui est cher est bien, car c'est un moyen de distinction sociale.

Dans l'ancien régime, l'élite sociale représentée par l'aristocratie justifiait son rang par ses valeurs chevaleresques et par des normes sociales qui interdisaient le travail et valorisaient la consommation ostentatoire. Autant M. Weber voyait dans l'ascétisme une spécificité culturelle du bougeois, autant Veblen ne fait pas une grande distinction entre la bourgeoisie et l'ancienne aristocratie par l'oisiveté et le comportement dispendieux qui les caractérisent et sur lesquels s'appuie la supériorité de leur rang social.

 

Travail, consommation et position sociale: une réflexion inspirée de Veblen

D'où vient la position sociale ?

On avance assez aisément que la place qu'on occupe dans la société est devenue largement tributaire du travail et qu'en son absence les risques d'exclusion sociale sont grands. Ce n'est pas faux, mais c'est une façon de voir les choses un peu réductrice si on s'inspire de la pensée de Veblen. Il semblerait que la position sociale résulte autant de la création des richesses (le travail) que de leur destruction (la consommation), avec cette nuance que le travail est un moyen aléatoire de réussite sociale alors que la consommation ostentatoire est la manifestation de l'appartenance à l'élite sociale et on pourrait rajouter que l'accès à ce type de consommation n'a pas forcément pour corrolaire une disposition au travail sacerdotale; les revenus du capital semblent être, de ce point de vue, plus efficaces. On peut enfin remarquer que la distinction entre le travail et la consommation n'est pas socialement neutre; on ne prend pas le même plaisir à construire une Ferrari qu'à la conduire!

Bien sûr, aujourd'hui, l'accès aux richesses dépend largement de la contribution préalable à leur création et l'oisiveté n'est plus une marque distinctive socialement valorisée alors qu'en même temps le travail a gagné 'ses lettres de noblesse' en cessant d'être une activité sociale réservée aux ignobles (non-nobles). Mais là encore, des nuances doivent être apportées. Il est facilement admis que l'oisiveté est pernicieuse lorsque l'absence de travail de laquelle elle résulte réduit l'accès à la consommation; il en va autrement lorsque l'oisiveté se conjugue avec la consommation ostentatoire. En se substituant au rentier, le propriétaire ne remet pas en cause sa particularité à consommer sans travailler et par là ce qui fait sa supériorité sociale.

On le voit, le travail est devenu un puissant facteur d'intégration sociale pour la grande majorité d'entre nous, parce qu'il ouvre la porte de la consommation et que c'est elle qui est le principal révélateur de notre position sociale dans une économie dominée par les échanges marchands. Cependant, il n'est pas le seul opérateur et sa fonction devient beaucoup moins primordiale lorsqu'on atteind l'élite sociale qui semble garder à distance les autres groupes sociaux par ce qu'elle a de véritablement spécifique, c'est à dire sa consommation ostentatoire. Voilà une interprétation à laquelle la pensée de Veblen peut faire aboutir.

 

Daniel Bigillon.