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Articles - Résistances

Doit-on craindre le livre numérique ?
Yaël Briswalter

Le manuel numérique a le vent en poupe. Plébiscité par les élèves et les parents, plusieurs collectivités territoriales s’intéressent de près aux nouveautés en la matière. Dans l’académie de Grenoble, l’Isère et la Savoie se sont engagées, en partenariat avec l’académie et le ministère de l’éducation nationale. Cette expérimentation pose bien entendu la question du poids du cartable. [Le livre numérique sur le site de la mission TICE].
Cela conduit à s’interroger par ailleurs sur la nature du manuel, puisque l’on peut y joindre maintenant des documents visuels et sonores. L’utilisateur peut également le modifier.
Plus loin, cette réflexion s’inscrit dans le champ plus vaste de la mutation du statut de l’écrit. Le manuel est aussi un support de lecture. Émergent par ailleurs des textes, avec la possibilité de lire sur des supports nouveaux (tablettes numériques, e-books) . Jusque là les difficultés à l’adoption du support numériques étaient essentiellement techniques. Avec l’arrivée des nouveau support, on ne laisse pas de s’interroger sur la numérisation de notre fonds culturel : l’idée est de pouvoir tout emporter avec soi (nomadisme), d’accéder au patrimoine de façon quasi instantanée. C’est dans doute la démarche qu’a entamée la Bibliothèque Nationale de Lyon et la médiatisation assez vive de ce projet a révélé certaines craintes.

En quoi le manuel numérique, et, au-delà, le livre numérique peuvent-ils éveiller des craintes ? quels cauchemars fantasmatiques cela éveille-t-il ?

Première crainte : Farenheit 451

Bradbury construit une contre-utopie dans laquelle on fait disparaître le livre : le savoir qui risque de disparaître est stocké dans la mémoire humaine (L’auteurs n’avait pas imaginé l’existence des disques durs).

1. Peur de fragmenter le savoir

Sans même évoquer le copier-coller que pratiquent parfois les internautes, on se rend compte que les ressources en ligne proposent plutôt des contenus courts.
Le contenu numérique est hypertexte (non linéaire). La lecture d’un texte long n’est pas envisageable sur un écran (à l’heure actuelle, qui peut lire La Recherche du temps perdu sur un écran d’ordinateur ?)


2. Peur de perdre le savoir : un apprentissage moins efficace sur écran ?

- La vitesse de lecture baisse de 25 % (En effet, il faut, sur un écran rétro-éclairé multiplier le nombre de points de fixation)
- Les repères spatiaux ne sont pas fixes (mais se rapprochent des volumina…)
- L’écran d’ordinateur est en 16/10 et non pas en A4 vertical.

Difficulté de l’ordre de la perception

- On peut également opposer le linéaire à l’hypertexte.
L’hypertexte est un cheminement tracé à l’avance. Il guide la pensée. La lecture linéaire quant à elle ouvre une infinité de possibles, le livre est un « théâtre mental » (hypertexte personnel), qui offre des rencontres toujours renouvelées. (en réalité, un mode de lecture ne tue pas l’autre, et nous nous adaptons, comme le suggère l’article « La lecture change, nos cerveaux aussi. », dans Science et vie N°1104.

En conclusion, les plus inquiets craindrons que le numérique morcelle le savoir, mette à mal l’héritage humaniste transmis par le livre, hypothéque les apprentissages de nos élèves en ajoutant du bruit.

Se pose une question : la métalecture hypertexte est-elle une gêne, ou au contraire stimule-t-elle la réflexion ? Force est de constater que dans le monde actuel, la maîtrise de l’hypertexte est fondamentale.

Deuxième type de crainte : 1984

Cette année est intéressante car d’une part symbolise la naissance des TICE (en tout cas de l’interface graphique que l’on connaît aujourd’hui) et d’autre part rappelle le chef d’oeuvre d’Orwell. Dans ce roman, l’Histoire est constamment réécrite par un gouvernement totalitaire, qui manipule ainsi les savoirs.

Sur quoi cette crainte est-elle fondée (ou infondée)?

1. Le livre (c’est d’ailleurs le cas du manuel) a une fonction testimoniale que n’a pas le nécessairement numérique. On a plus confiance en ce qui est écrit (Umberto Éco et Jean Claude Carrière rappellent cependant que beaucoup de livres véhiculent des inepties…)

2. Les contenus en ligne seraient contrôlés par des multinationales.
On craint parfois de mettre en ligne des données personnelles, même sur un espace privé, si cet espace est hébergé par un grand acteur de l’Internet. On s’inquiète également de devoir passer par les fourches caudines d’un magasin en ligne d’un fabricant de matériel informatique pour acheter des livres.

3. Déplacement du savoir / effacement de la mémoire (supports incompatibles en cinq ans, selon Umberto ECO).
L’Homme humaniste a une culture encyclopédique (Cf. Pic de la Mirandole, Léonard). L’homme numérique accède à un savoir en ligne. C’est bien ce dont témoignent les enseignants : les élèves cherchent d’abord les informations en ligne. Les enseignants aussi, souvent. L’homme numérique, pour peu qu’il acquière la compétence, de savoir trouver des informations, les trier, se les approprier judicieusement accède à une somme de connaissances importante. Mais, de fait, avant la phase d’appropriation ces connaissances sont extérieures et dématérialisées : ce qui génère une angoisse.

En modifiant le vecteur du savoir, on touche sans doute un feu sacré. On peut dès lors comprendre l’émergence de craintes diverses, dont celle qui redoute que le Prométhée moderne ne soit plus ce que Mary Shelly appelait « un cœur trop plein dans un monde trop vide », mais « une tête trop vide dans un monde trop plein ? »

On ne se débarrassera pas des livres facilement :

Rappeler que le livre est extérieur / peut se perdre : avantage pas besoin d’électricité / d’un lecteur compatible (obsolescence).
 

Pour la tablette numérique
Manuel : tient dans la main

• Tablette numérique : à part le souci de la définition, c’est aussi bien que le livre (pages, défilement, orientation) : on peut lire un roman complet sur ce support.
On garde la vision d’ensemble (deux pages), mais dans une moindre mesure qu’avec le papier.
Rapport tactile. S’il n’y a pas l’odeur, le toucher : remplacé par autre (geek). On a un rapport biologique au support (multitouch).

• En + : 700 grammes : milliers de livres
    - projet Gutemberg
    - Bnf
    - Rapport Albanel : TVA, et format conforme aux droits.

• Possibilité d’annoter les livres (maginalia du MA)

• Manuel + prise de note + documents multimédia + didacticiels + ressources (wikipédia dans une application, dictionnaires, etc).
Question de Christine Albanel : allègement du poids du cartable.



Conclusion
Format du livre : Pas de fragmentation du savoir, mais multiplication. S’il y a extériorisation du savoir : la mémoire est soulagée : reste « l’esprit de synthèse » (U Eco) et selon Michel serres L’intelligence (Le monde de l’éducation). Cette délégation de la mémoire au numérique se faisait déjà avec le livre.
Objet livre => autre objet (multi usage : convergence des médias) « OU bien le livre demeurera le support de la lecture, ou bien il existera quelque chose qui ressemblera à ce que le livre n’a jamais cessé d’être, même avant l’invention de l’imprimerie » (Umberto Eco).
Moins de « bruit » que sur un écran classique (à mesurer)
Soutien de l’édition / Bnf, format standard protégé : pérennité des données.


Date de création : 04/11/2011 @ 14:36
Dernière modification : 04/11/2011 @ 14:36
Catégorie : Articles
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   Yaël Briswalter IA-IPR, conseiller TICE du recteur

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