(durée 1 heure)
de la part de Pascal Binet qui en assume seul les erreurs et imperfections
NB : ce sujet comporte un seul document.
C'est le travailleur collectif formé par la combinaison d'un grand nombre d'ouvriers
parcellaires qui constitue le mécanisme spécifique de la période manufacturière. Les
diverses opérations que le producteur d'une marchandise exécute tour à tour et qui se
confondent dans l'ensemble de son travail exigent, pour ainsi dire, qu'il ait plus d'une
corde à son arc. Dans l'une, il doit déployer plus d'habileté, dans l'autre plus de
force, dans une troisième, plus d'attention, etc., et le même individu ne possède pas
toutes ces facultés à un degré égal. Quand les différentes opérations sont une fois
séparées, isolées et rendues indépendantes, les ouvriers sont divisés, classés, et
groupés d'après les facultés qui prédominent chez chacun d'eux. Si leurs
particularités manuelles constituent le sol sur lequel croît la division du travail, la
manufacture une fois introduite développe des forces de travail qui ne sont aptes qu'à
des fonctions spéciales. Le travailleur collectif possède maintenant toutes les
facultés productives au même degré de virtuosité et les dépense le plus
économiquement possible, en n'employant ses organes, individualisés dans des
travailleurs ou des groupes de travailleurs spéciaux, qu'à des fonctions appropriées à
leur qualité. En tant que membre du travailleur collectif, le travailleur parcellaire
devient même d'autant plus parfait qu'il est plus borné et plus incomplet. (...)
Cette organisation particulière du travail en augmente les forces productives. La
division du travail dans sa forme capitaliste -et sur les bases historiques données,
elles ne pouvait revêtir aucune autre forme- n'est qu'une méthode particulière
d'accroître aux dépens du travailleur le rendement du capital, ce qu'on appelle richesse
nationale. Aux dépens du travailleur elle développe la force collective du travail pour
le capitaliste. Elle crée des circonstances nouvelles qui assurent la domination du
capital sur le travail.
Karl Marx, Le capital, Livre 1, 1867, Éditions sociales, 1971.
1 - Quels sont les points d'accord de Marx et Smith sur les avantages, les inconvénients, et les raisons de l'efficacité de la division du travail ? (10 points).
2 - Pourquoi "le travailleur parcellaire devient même d'autant plus parfait qu'il est plus borné et plus incomplet" ? (4 points).
3 - Quelles sont les limites de la division du travail que l'expérience des PDEM permet de constater ?
Cliquez sur la partie soulignée pour aller au corrigé.
Question 1 : Quels sont les points d'accords de Marx et Smith sur les avantages, les inconvénients, et les raisons de l'efficacité de la division du travail ? (10 points).
K. Marx et A. Smith s'accordent sur la croissance de la productivité que permet la division du travail (2). La première raison de l'efficacité commune aux deux auteurs est l'habileté croissante des ouvriers, due pour Smith à la spécialisation de chacun (1), et pour Marx, à la croissance d'habileté du travailleur collectif, formé de la somme des travailleurs individuels spécialisés (2). La seconde raison commune est l'utilisation croissante des machines, qui permettent à un homme de faire le travail de plusieurs selon Smith (2), mais qui, si elles accroissent la productivité, subordonnent l'ouvrier selon Marx (1). Enfin, les deux auteurs considèrent que la division du travail abêtit l'ouvrier dans la mesure où il fait toujours la même tâche, et tend donc à perdre la capacité de faire autre chose (2).
Question 2 : pourquoi "le travailleur parcellaire devient même d'autant plus parfait qu'il est plus borné et plus incomplet" ? (4 points).
Le travailleur parcellaire devient d'autant plus parfait qu'il est plus borné et plus incomplet parce qu'il est ainsi capable de subir sa subordination à la machine et au détenteur du capital (2). S'il est borné dans sa spécialité, il est d'autant plus dépendant de celui qui achète son travail (1). S'il est incomplet, il est incapable de réfléchir à sa situation et donc de protester contre les conditions de travail qui lui sont faites (1).
Question 3 : Quelles sont les limites de la division du travail que l'expérience des PDEM permet de constater ?
L'expérience des Pays Développés à Économie de Marché permet de constater les
limites suivantes de la division du travail : la croissance des gains de
productivité a trouvé ses limites dès la fin des années soixante, à cause des
malfaçons, de l'absentéisme et du turn-over engendrés par des conditions de travail de
moins en moins acceptées par les ouvriers (2). De même, un processus de production très
divisé est adapté aux très grandes séries. Or, la demande de biens de production et de
consommation s'est segmentée, et il a fallu revoir le processus de production parce qu'il
a fallu s'adapter à des séries plus petites (2). Enfin, la demande est changeante, et la
production doit être capable de s'adapter rapidement, ce qui suppose la disparition d'une
organisation du travail dont l'objectif essentiel était de réaliser des économies
d'échelle (2).
Si la production industrielle semble devoir trouver des méthodes de production qui ne
repose plus essentiellement sur la division du travail, il faut cependant constater que
celle-ci conserve de beaux jours devant elle, notamment dans le secteur des services. Il
suffit pour s'en convaincre de regarder fonctionner un "Mac Do" ou une
entreprise de nettoyage sous-traitante d'une chaîne d'hôtel.
Retour au sujet