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DES PROPOSITIONS DE COURS


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


CHAPITRE 3 : L'ETAT, LES VALEURS CLES DU DEVELOPPEMENT ?

Proposition de Jacques Julien du Lycée Vaugelas de Chambéry, qui en assume seul les erreurs et imperfections.

PLAN

Introduction :
§ 1 LES STRUCTURES SOCIALES, L'ETAT MOTEURS DU DEVELOPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL ?
A. Le développement du marché.
B. Le rôle de l'Etat.
§2 LES VALEURS A L'ORIGINE DU DEVELOPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL ?
A. Protestantisme et esprit du capitalisme.
      1. Quand "l'esprit" vient au capitalisme.
      2. Actualité de Max Weber.
B. Valeurs et développement.
      1. Confucius frein ou moteur du développement ?
      2. Développement du Japon et Valeurs.

 

Introduction :

Dans le 1° chapitre nous avons vu qu'il convenait de manipuler les statistiques avec quelques précautions. Mais cela établi nous avons constaté que le développement économique et social n'est pas qu'une chimère statistique. Il est bien réel comme en témoigne l'accroissement de la population mondiale, l'allongement de l'espérance de vie ou encore les indicateurs chiffrés de la consommation ou du niveau d'éducation.

Cependant, quelles sont les sources du développement ? Il ne suffit pas de rassembler du capital et du travail et de laisser faire le marché pour qu'il y ait du développement économique et social par une sorte de génération spontanée.

Vous avez vu en Première que le marché ne s'impose pas de lui-même, il n'est pas quelque chose de naturel qui s'installerait de lui-même ; le marché est une institution qui fut souvent imposée par l'Etat. Mais l'Etat lui-même suffit-il avec le capital et le travail à assurer, garantir le développement. Si tel avait été le cas le développement économique aurait dû être plus grand en Chine que dans les Pays-Bas des XVIII° et XIX° siècles. Comment expliquer que l'Empire Ottoman si puissant, si bien organisé, appuyé sur d'importantes richesses naturelles échoue à promouvoir la croissance et le développement économique alors que l'Europe de l'Ouest morcelée et en proie de manière récurrente à des guerres terribles parvienne, elle, la première, à promouvoir la croissance et le développement économique et social ? Les valeurs ne seraient-elles pas une des clés du développement ?

Plus prés de nous, comment expliquer que la Corée du sud ruinée par une guerre abominable disposant de peu de ressources tant naturelles qu'humaines (faiblesse de la qualification de la population), installée sur un territoire exigu, ait connu un développement prodigieux alors que l'Algérie disposant de cadres, de techniciens, de ressources naturelles abondantes a échoué dans sa tentative de développement ?

 

§ 1 LES STRUCTURES SOCIALES, L'ETAT MOTEUR DU DEVELOPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL ?

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    A. Le développement du marché.

Document 1.

" Au cœur de la doctrine économique libérale qui s'impose alors, se trouve le rôle central du marché comme régulateur du système en tant que lieu -abstrait- de confrontation de l'offre et de la demande où se forment les prix et où s'effectue la sélection des entreprises les plus compétitives. Pour les libéraux, le marché ne peut jouer ce rôle régulateur que s'il s'agit d'un marché "libre" où s'exerce une concurrence sans entraves entre un grand nombre de vendeurs et un nombre élevé d'acheteurs…. Globalement les faits vont dans le sens du schéma doctrinal : de 1780 à 1870-1875 la tendance générale va effectivement vers l'extension des marchés et vers l'épanouissement d'une situation de large concurrence dans la plupart des secteurs économiques.

Le développement du marché résulte :

  • Des facteurs techniques : C'est avant tout la "révolution des transports", c'est à dire la mise en place à l'échelle nationale puis internationale des systèmes modernes de transports, réseaux de canaux, navigation océanique à vapeur, et surtout des chemins de fer. Ajoutons-y la mise en place du premier système de communication moderne, le télégraphe (mis au point par Morse, dès 1873) qui permit la circulation rapide à grande distance de l'information économique sur les prix, les productions, les marchés, autre condition technique indispensable au fonctionnement d'une économie concurrentielle.
  • Des facteurs institutionnels : ils jouent un rôle tout aussi décisif. Il s'agit d'abord du démantèlement, tantôt brutal (comme en France entre 1783 et 1793), tantôt progressif (comme en Angleterre), de tout le complexe de "monopoles" et "privilèges" commerciaux et industriels, petits et grands, hérités de l'époque mercantiliste, qu'il s'agisse des grandes compagnies de commerce (cf. l'East India Company), des manufactures "royales" ou "privilégiées" (en France ou en Prusse), ou tout simplement des guildes ou corporations qui constituaient autant d'entraves au "laisser-faire", à la liberté d'entreprendre, donc à l'épanouissement de la libre concurrence. La loi d'Allarde, du 17 mars 179, donne ainsi licence "à toute personne de faire tel négoce ou d'exercer telle profession, acte ou métier qu'elle trouvera bien". Il s'agit plus encore de l'établissement progressif à partir de la fin XVIII° siècle, du "laisser-passer" c'est-à-dire la circulation la plus libre possible des marchandises dans des espaces de plus en plus larges.
  • Des facteurs structurels : Ils tiennent à la nature de l'entreprise capitaliste à l'époque de la révolution industrielle. L'exemple privilégié de l'industrie cotonnière anglaise s'impose à nouveau avec plus de 2000 entreprises. Capitalisme "atomique" faiblement concentré, capitalisme de libre concurrence sont en fait deux faces d'une même médaille, deux aspects complémentaires, indissociables, d'une même structure.

J-M Gaillard, A. Lespagnol, Les mutations économiques et sociales au XIX° siècle.

QUESTIONS :

1. Rappelez la définition du marché.

2. Peut-on dire que le marché apparaisse de façon spontanée ?

 

        B. Le rôle de l'Etat.

Document 2.

En France.

    A. Le développement du marché.

Document 1.

" Au cœur de la doctrine économique libérale qui s'impose alors, se trouve le rôle central du marché comme régulateur du système en tant que lieu -abstrait- de confrontation de l'offre et de la demande où se forment les prix et où s'effectue la sélection des entreprises les plus compétitives. Pour les libéraux, le marché ne peut jouer ce rôle régulateur que s'il s'agit d'un marché "libre" où s'exerce une concurrence sans entraves entre un grand nombre de vendeurs et un nombre élevé d'acheteurs…. Globalement les faits vont dans le sens du schéma doctrinal : de 1780 à 1870-1875 la tendance générale va effectivement vers l'extension des marchés et vers l'épanouissement d'une situation de large concurrence dans la plupart des secteurs économiques.

Le développement du marché résulte :

  • Des facteurs techniques : C'est avant tout la "révolution des transports", c'est à dire la mise en place à l'échelle nationale puis internationale des systèmes modernes de transports, réseaux de canaux, navigation océanique à vapeur, et surtout des chemins de fer. Ajoutons-y la mise en place du premier système de communication moderne, le télégraphe (mis au point par Morse, dès 1873) qui permit la circulation rapide à grande distance de l'information économique sur les prix, les productions, les marchés, autre condition technique indispensable au fonctionnement d'une économie concurrentielle.
  • Des facteurs institutionnels : ils jouent un rôle tout aussi décisif. Il s'agit d'abord du démantèlement, tantôt brutal (comme en France entre 1783 et 1793), tantôt progressif (comme en Angleterre), de tout le complexe de "monopoles" et "privilèges" commerciaux et industriels, petits et grands, hérités de l'époque mercantiliste, qu'il s'agisse des grandes compagnies de commerce (cf. l'East India Company), des manufactures "royales" ou "privilégiées" (en France ou en Prusse), ou tout simplement des guildes ou corporations qui constituaient autant d'entraves au "laisser-faire", à la liberté d'entreprendre, donc à l'épanouissement de la libre concurrence. La loi d'Allarde, du 17 mars 179, donne ainsi licence "à toute personne de faire tel négoce ou d'exercer telle profession, acte ou métier qu'elle trouvera bien". Il s'agit plus encore de l'établissement progressif à partir de la fin XVIII° siècle, du "laisser-passer" c'est-à-dire la circulation la plus libre possible des marchandises dans des espaces de plus en plus larges.
  • Des facteurs structurels : Ils tiennent à la nature de l'entreprise capitaliste à l'époque de la révolution industrielle. L'exemple privilégié de l'industrie cotonnière anglaise s'impose à nouveau avec plus de 2000 entreprises. Capitalisme "atomique" faiblement concentré, capitalisme de libre concurrence sont en fait deux faces d'une même médaille, deux aspects complémentaires, indissociables, d'une même structure.

J-M Gaillard, A. Lespagnol, Les mutations économiques et sociales au XIX° siècle.

QUESTIONS :

1. Rappelez la définition du marché.

2. Peut-on dire que le marché apparaisse de façon spontanée ?

 

        B. Le rôle de l'Etat.

Document 2.

En France.

    A. Le développement du marché.

Document 1.

" Au cœur de la doctrine économique libérale qui s'impose alors, se trouve le rôle central du marché comme régulateur du système en tant que lieu -abstrait- de confrontation de l'offre et de la demande où se forment les prix et où s'effectue la sélection des entreprises les plus compétitives. Pour les libéraux, le marché ne peut jouer ce rôle régulateur que s'il s'agit d'un marché "libre" où s'exerce une concurrence sans entraves entre un grand nombre de vendeurs et un nombre élevé d'acheteurs…. Globalement les faits vont dans le sens du schéma doctrinal : de 1780 à 1870-1875 la tendance générale va effectivement vers l'extension des marchés et vers l'épanouissement d'une situation de large concurrence dans la plupart des secteurs économiques.

Le développement du marché résulte :

  • Des facteurs techniques : C'est avant tout la "révolution des transports", c'est à dire la mise en place à l'échelle nationale puis internationale des systèmes modernes de transports, réseaux de canaux, navigation océanique à vapeur, et surtout des chemins de fer. Ajoutons-y la mise en place du premier système de communication moderne, le télégraphe (mis au point par Morse, dès 1873) qui permit la circulation rapide à grande distance de l'information économique sur les prix, les productions, les marchés, autre condition technique indispensable au fonctionnement d'une économie concurrentielle.
  • Des facteurs institutionnels : ils jouent un rôle tout aussi décisif. Il s'agit d'abord du démantèlement, tantôt brutal (comme en France entre 1783 et 1793), tantôt progressif (comme en Angleterre), de tout le complexe de "monopoles" et "privilèges" commerciaux et industriels, petits et grands, hérités de l'époque mercantiliste, qu'il s'agisse des grandes compagnies de commerce (cf. l'East India Company), des manufactures "royales" ou "privilégiées" (en France ou en Prusse), ou tout simplement des guildes ou corporations qui constituaient autant d'entraves au "laisser-faire", à la liberté d'entreprendre, donc à l'épanouissement de la libre concurrence. La loi d'Allarde, du 17 mars 179, donne ainsi licence "à toute personne de faire tel négoce ou d'exercer telle profession, acte ou métier qu'elle trouvera bien". Il s'agit plus encore de l'établissement progressif à partir de la fin XVIII° siècle, du "laisser-passer" c'est-à-dire la circulation la plus libre possible des marchandises dans des espaces de plus en plus larges.
  • Des facteurs structurels : Ils tiennent à la nature de l'entreprise capitaliste à l'époque de la révolution industrielle. L'exemple privilégié de l'industrie cotonnière anglaise s'impose à nouveau avec plus de 2000 entreprises. Capitalisme "atomique" faiblement concentré, capitalisme de libre concurrence sont en fait deux faces d'une même médaille, deux aspects complémentaires, indissociables, d'une même structure.

J-M Gaillard, A. Lespagnol, Les mutations économiques et sociales au XIX° siècle.

QUESTIONS :

1. Rappelez la définition du marché.

2. Peut-on dire que le marché apparaisse de façon spontanée ?

 

        B. Le rôle de l'Etat.

Document 2.

En France.

    A. Le développement du marché.

Document 1.

" Au cœur de la doctrine économique libérale qui s'impose alors, se trouve le rôle central du marché comme régulateur du système en tant que lieu -abstrait- de confrontation de l'offre et de la demande où se forment les prix et où s'effectue la sélection des entreprises les plus compétitives. Pour les libéraux, le marché ne peut jouer ce rôle régulateur que s'il s'agit d'un marché "libre" où s'exerce une concurrence sans entraves entre un grand nombre de vendeurs et un nombre élevé d'acheteurs…. Globalement les faits vont dans le sens du schéma doctrinal : de 1780 à 1870-1875 la tendance générale va effectivement vers l'extension des marchés et vers l'épanouissement d'une situation de large concurrence dans la plupart des secteurs économiques.

Le développement du marché résulte :

  • Des facteurs techniques : C'est avant tout la "révolution des transports", c'est à dire la mise en place à l'échelle nationale puis internationale des systèmes modernes de transports, réseaux de canaux, navigation océanique à vapeur, et surtout des chemins de fer. Ajoutons-y la mise en place du premier système de communication moderne, le télégraphe (mis au point par Morse, dès 1873) qui permit la circulation rapide à grande distance de l'information économique sur les prix, les productions, les marchés, autre condition technique indispensable au fonctionnement d'une économie concurrentielle.
  • Des facteurs institutionnels : ils jouent un rôle tout aussi décisif. Il s'agit d'abord du démantèlement, tantôt brutal (comme en France entre 1783 et 1793), tantôt progressif (comme en Angleterre), de tout le complexe de "monopoles" et "privilèges" commerciaux et industriels, petits et grands, hérités de l'époque mercantiliste, qu'il s'agisse des grandes compagnies de commerce (cf. l'East India Company), des manufactures "royales" ou "privilégiées" (en France ou en Prusse), ou tout simplement des guildes ou corporations qui constituaient autant d'entraves au "laisser-faire", à la liberté d'entreprendre, donc à l'épanouissement de la libre concurrence. La loi d'Allarde, du 17 mars 179, donne ainsi licence "à toute personne de faire tel négoce ou d'exercer telle profession, acte ou métier qu'elle trouvera bien". Il s'agit plus encore de l'établissement progressif à partir de la fin XVIII° siècle, du "laisser-passer" c'est-à-dire la circulation la plus libre possible des marchandises dans des espaces de plus en plus larges.
  • Des facteurs structurels : Ils tiennent à la nature de l'entreprise capitaliste à l'époque de la révolution industrielle. L'exemple privilégié de l'industrie cotonnière anglaise s'impose à nouveau avec plus de 2000 entreprises. Capitalisme "atomique" faiblement concentré, capitalisme de libre concurrence sont en fait deux faces d'une même médaille, deux aspects complémentaires, indissociables, d'une même structure.

J-M Gaillard, A. Lespagnol, Les mutations économiques et sociales au XIX° siècle.

QUESTIONS :

1. Rappelez la définition du marché.

2. Peut-on dire que le marché apparaisse de façon spontanée ?

 

        B. Le rôle de l'Etat.

Document 2.

En France.

    A. Le développement du marché.

Document 1.

" Au cœur de la doctrine économique libérale qui s'impose alors, se trouve le rôle central du marché comme régulateur du système en tant que lieu -abstrait- de confrontation de l'offre et de la demande où se forment les prix et où s'effectue la sélection des entreprises les plus compétitives. Pour les libéraux, le marché ne peut jouer ce rôle régulateur que s'il s'agit d'un marché "libre" où s'exerce une concurrence sans entraves entre un grand nombre de vendeurs et un nombre élevé d'acheteurs…. Globalement les faits vont dans le sens du schéma doctrinal : de 1780 à 1870-1875 la tendance générale va effectivement vers l'extension des marchés et vers l'épanouissement d'une situation de large concurrence dans la plupart des secteurs économiques.

Le développement du marché résulte :

  • Des facteurs techniques : C'est avant tout la "révolution des transports", c'est à dire la mise en place à l'échelle nationale puis internationale des systèmes modernes de transports, réseaux de canaux, navigation océanique à vapeur, et surtout des chemins de fer. Ajoutons-y la mise en place du premier système de communication moderne, le télégraphe (mis au point par Morse, dès 1873) qui permit la circulation rapide à grande distance de l'information économique sur les prix, les productions, les marchés, autre condition technique indispensable au fonctionnement d'une économie concurrentielle.
  • Des facteurs institutionnels : ils jouent un rôle tout aussi décisif. Il s'agit d'abord du démantèlement, tantôt brutal (comme en France entre 1783 et 1793), tantôt progressif (comme en Angleterre), de tout le complexe de "monopoles" et "privilèges" commerciaux et industriels, petits et grands, hérités de l'époque mercantiliste, qu'il s'agisse des grandes compagnies de commerce (cf. l'East India Company), des manufactures "royales" ou "privilégiées" (en France ou en Prusse), ou tout simplement des guildes ou corporations qui constituaient autant d'entraves au "laisser-faire", à la liberté d'entreprendre, donc à l'épanouissement de la libre concurrence. La loi d'Allarde, du 17 mars 179, donne ainsi licence "à toute personne de faire tel négoce ou d'exercer telle profession, acte ou métier qu'elle trouvera bien". Il s'agit plus encore de l'établissement progressif à partir de la fin XVIII° siècle, du "laisser-passer" c'est-à-dire la circulation la plus libre possible des marchandises dans des espaces de plus en plus larges.
  • Des facteurs structurels : Ils tiennent à la nature de l'entreprise capitaliste à l'époque de la révolution industrielle. L'exemple privilégié de l'industrie cotonnière anglaise s'impose à nouveau avec plus de 2000 entreprises. Capitalisme "atomique" faiblement concentré, capitalisme de libre concurrence sont en fait deux faces d'une même médaille, deux aspects complémentaires, indissociables, d'une même structure.

J-M Gaillard, A. Lespagnol, Les mutations économiques et sociales au XIX° siècle.

QUESTIONS :

1. Rappelez la définition du marché.

2. Peut-on dire que le marché apparaisse de façon spontanée ?

 

        B. Le rôle de l'Etat.

Document 2.

En France.

Malgré la diffusion des idées libérales et même ultralibérales des économistes français, tels que Bastiat, l'administration française ne cessa d'exercer tout au long du XIX° siècle une action de tutelle et de contrôle sur une partie non négligeable de l'activité économique. Cette action eut pour principal instrument non pas les administrations locales, mais les bureaux parisiens. Ils étaient tout-puissants en ce qui concerne la législation des eaux et forêts, la réglementation des foires et marchés, celle de l'utilisation des forces hydrauliques, la police des industries (loi de 1801 concernant les établissements insalubres), la concession des mines.

Ces interventions se justifiaient par des considérations d'ordre public, telles que le désir de sauvegarder l'ensemble du patrimoine national (défense des forêts, lutte contre la pollution) ou celui de maintenir sur le domaine public un contrôle suffisant de l'Etat (refus du régime de la propriété pour les voies de communication). Mais l'Etat fut animé par d'autres desseins. Désireux de favoriser la croissance économique, il ne pouvait rester indifférent aux conséquences de celle-ci. La crainte des crises, susceptibles de provoquer des troubles, l'amena dans le domaine monétaire et bancaire à adopter une attitude de prudence. Le désir de ne pas bousculer trop vivement les intérêts acquis le poussa sur la voie d'un protectionnisme très rigoureux jusque dans les années 1850, modéré à partir des années 1880. Le même souci l'amena à prendre quelques mesures de subvention, en faveur de l'élevage des vers à soie par exemple ou de la marine marchande après 1870, à établir une fiscalité favorable au petit commerce ou à imposer aux compagnies de chemin de fer un système de tarifs qui ne désavantageât pas les petits expéditeurs. D'une façon générale, surtout à partir des années 1870, la politique économique de l'Etat fut dominée par le souci de préserver un ordre social fondé sur la petite ou moyenne entreprise.

F.Caron, Histoire économique de la France, Armand Colin, 1981.

QUESTIONS :

  1. Par quel instrument l'Etat est-il intervenu dans la vie économique au XIX° siècle ?
  2. Pour quelles raisons l'Etat est-il intervenu ?

Document 3

En Allemagne.

L'action économique de l'Etat s'appuie en Allemagne, et notamment en Prusse, sur une longue tradition d'interventionnisme gouvernemental. (….) Le fonctionnement de l'administration constitue à bien des égards un modèle pour la grande entreprise privée. Quant aux doctrines libérales, largement dominantes en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, leur influence ne s'est exercée en Allemagne que durant une période assez brève (au cours des années 1860 et 1870), et jamais sans partage.

La formation du Zollverein, ouvrant la voie à l'unité nationale, témoigne déjà en elle-même du rôle de l'Etat dans le démarrage de la croissance. Le développement des chemins de fer, malgré l'importance des premières initiatives locales, a été également tributaire, dés le départ, de la puissance publique, tant en ce qui concerne le financement que le tracé des lignes (exigeant des accords intergouvernementaux entre la Prusse et les autres Etats allemands). (….)

L'Etat a joué aussi un rôle important dans l'assimilation des techniques étrangères, mises au point dans les économies plus avancées. (…) Le gouvernement prussien, par exemple, prend part directement au démarrage des principales industries (métallurgiques, textiles et plus tard chimiques), en envoyant des missions d'ingénieurs se former en Angleterre, parfois en créant des entreprises publiques. Plus caractéristique encore, et plus durable, apparaît l'effort de développement systématique des formations techniques à tous niveaux, depuis celui des écoles d'agriculture et des écoles professionnelles d'industrie jusqu'à celui des grands instituts techniques. (…) L'intervention de l'Etat est également très précoce dans le domaine social, avec la création, entre 1883 et 1889, d'un système très complet d'assurances sociales obligatoires (assurances-maladie, accidents du travail, vieillesse et invalidité), financé par les cotisations patronales et ouvrières, avec un complément versé par l'Etat.

J-C. Asselain, op. cit, pp 131-132.

QUESTIONS :

  1. Caractérisez le rôle de l'Etat dans la mise en place de l'industrialisation en Allemagne au XIX° siècle.
  2. Ce rôle se limitait-il au seul domaine économique ? Quel rapprochement pouvez-vous faire avec le cas de la France ? (cf. doc2)

Document 4.

Le poids de l'Etat dans les industrialisations tardives.

Le rôle décisif de l'Etat, pour surmonter les obstacles initiaux à l'industrialisation, est un trait commun à la Russie et au Japon. Tout se passe comme si l'écart par rapport au "modèle" de croissance britannique, déjà très net dans le cas de l'Allemagne, était appelé à s'accentuer encore dans les pays d'industrialisation tardive. (…)

L'action de l'Etat est à la fois substitut et complément de l'initiative privée, s'exerce dans quatre directions principales, étroitement liées entre elles :

  • L'Etat contribue à réunir les capitaux nécessaires à la modernisation et à l'industrialisation ;
  • Il intervient directement dans le développement de l'infrastructure ;
  • Il contribue par ses commandes à assurer des débouchés à la production industrielle nationale, en vue de suppléer à l'étroitesse initiale du marché intérieur ;
  • Il s'efforce de stimuler l'initiative privée par des mesures plus ou moins directes d'incitation, de protection, ou de création d'entreprises-modèles.

C'est de l'Etat, en particulier, que dépend la nature des relations qui s'établiront entre l'économie nationale et les économies dominantes occidentales, à qui il s'agit, en tout état de cause, d'emprunter leur technologie, fondement de la modernisation des secteurs clés. Faut-il, pour accélérer le processus d'assimilation, ouvrir largement le pays aux experts occidentaux, à l'investissement de capitaux extérieurs, à l'installation d'entreprises étrangères - à quel rythme et dans quelles conditions ?

J-C. Asselain, op. cit, pp. 202-203.

QUESTION : Selon l'auteur dans quelles directions l4etat est-il intervenu lors des industrialisations tardives ?

Document 5.

Les Etats-Unis.

Contrairement à un mythe très généralement répandu, la croissance économique des Etats-Unis ne doit pas tout au seul dynamisme de sa population et notamment de ses entrepreneurs. La politique gouvernementale a aussi joué un rôle important :

  1. La politique protectionniste, qui ne s'est jamais démentie tout au long du XIX° siècle, a permis aux Etats-Unis de développer leur industrie à l'abri de barrières douanières. (..)
  2. L'agriculture a bénéficié, surtout à partir de 1860, d'un effort financier important consenti par les Etats et le gouvernement fédéral ; en 1862, une loi fédérale décida que les terres seraient accordées gratuitement aux fermiers qui les exploitaient sans en avoir la propriété
  3. L'abolition de l'esclavage proclamée en 1863 a finalement été favorable au développement économique de la moitié méridionale du pays puisque, faute de main d'œuvre servile bon marché, l'agriculture et l'industrie ont adopté des méthodes de production plus perfectionnées.
  4. Les compagnies de chemin de fer ont reçu une aide publique importante en argent et en terrains
  5. Les chefs d'entreprises ont bénéficié d'une aide considérable des pouvoirs publics, dans leurs rapports avec les salariés. (…) En 1890, le Congrès des Etats-Unis adopta la fameuse loi Sherman, première d'une série de lis tendant à interdire certains monopoles, trusts ou ententes ; paradoxalement, elle fut interprétée dans un sens qui renforçait la puissance du patronat.

D. Labetoulle et J-L Mathieu. Croissance et développement, Nathan, 1976.

Question : Peut-on dire qu'aux Etats-Unis l'industrialisation est le seul résultat du libre jeu des forces du marché et de l'initiative individuelle ?

 

Document 6.

Le Japon.

L'interventionnisme public remonte au tout début de l'ère Meiji. Les hommes politiques arrivés au pouvoir sont décidés à faire du Japon une grande puissance, mais ils craignent de tomber sous la domination financière de l'étranger. Aussi la phase du take-off ou décollage de l'économie japonaise est-elle marquée par l'unité entre le personnel politique et les dirigeants de l'économie. Pour susciter le développement économique, le Japon avait besoin de cadres qui soient formés, d'une infrastructure matérielle, routes et voies de chemin de fer, pour le commerce et de créer des entreprises industrielles. L'action de l'Etat japonais s'exerça dans de nombreux domaines. Il commence par abolir la société féodale, permet la libre circulation des marchandises à l'intérieur du Japon, il autorise les nobles, les "daïmios", à exercer une activité lucrative afin qu'ils participent à l'activité économique du pays. Il envoie dés 1868 des japonais à l'étranger pour étudier, invite des techniciens étrangers au Japon pour copier et imiter les techniques étrangères.

Mais c'est surtout l'aide à l'industrie privée qui fait l'originalité de l'action de l'Etat. Les formes d'aide de l'Etat aux entreprises furent diverses, elles allèrent des subventions jusqu'aux prêts en passant par des dégrèvements fiscaux (de 1868 à1875 environ 17 % du budget était consacré au développement économique). Plus particulièrement à partir de 1875, le gouvernement vendit à bas prix les entreprises qu'il avait précédemment créées. Les raisons qui présidèrent à ces ventes sont multiples : le gouvernement cherchait des ressources pour financer ses dépenses militaires ; il transféra les entreprises d'Etat au secteur privé, aux familles qui, tel Mitsui, n'avaient pas hésité à engager leurs propres ressources pour aider aux débuts difficiles du nouveau régime ; de même une certaine volonté de "libéraliser" l'économie n'était pas étrangère à ces mesures. Mais les ventes des entreprises en cette fin de XIX° siècle ne signifiait en aucune façon un renoncement de la part de l'Etat à intervenir dans les affaires économiques.

L. Schwab, P. Thiercelin, L'économie du Japon, Nathan, 1990.

QUESTION : Au Japon, quel fut le rôle de l'Etat dans la mise en place du capitalisme ?

Peut-on parler d'un Etat éducateur ?

 

QUESTION BILAN SUR L'ENSEMBLE DES DOCUMENTS 1 A 6.

Peut-on dire que l'industrialisation au XIX° siècle fut le résultat d'un processus spontané ?

Quel fut le rôle de l'Etat ?

 

 

 

§2 LES VALEURS A L'ORIGINE DU DEVELOPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL ?

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        A. Protestantisme et esprit du capitalisme.

        A. Protestantisme et esprit du capitalisme.

        1. Quand "l'esprit" vient au capitalisme.

Pour comprendre le développement économique, il est souvent essentiel de saisir le rôle de certaines communautés dans la diffusion du progrès. Ainsi les commerçants chinois en Asie, pakistanais en Afrique ou les sikhs en Inde peuvent être le vecteur important de la diffusion d'un capitalisme commercial. En créant des échanges, en étant plus ouvert aux produits et aux pratiques étrangères, certaines minorités jouent un rôle essentiel dans la diffusion du progrès.

 

Document 7.

Un credo utilitariste typique.

Souviens-toi que le temps, c'est de l'argent. Celui qui, pouvant gagner dix schillings par jour en travaillant, se promène ou reste dans sa chambre à paresser la moitié du temps, bien que ses plaisirs, que sa paresse, ne lui coûtent que six pence, celui-là ne doit pas se borner à compter cette seule dépense. Il a dépensé en outre, jeté plutôt, cinq autres schillings. Souviens-toi que le crédit, c'est de l'argent. Si quelqu'un laisse son argent entre mes mains alors qu'il lui est dû, il me fait présent de l'intérêt ou encore de tout ce que je pus faire de son argent pendant ce temps. Ce qui peut s'élever à un montant considérable si je jouis de beaucoup de crédit et que j'en fasse bon usage.

Souviens-toi que l'argent est, par nature, générateur et prolifique. L'argent engendre l'argent, ses rejetons peuvent en engendrer davantage, et ainsi de suite. Cinq schillings qui travaillent en font six, puis se transforment en sept schillings trois pence, etc., jusqu'à devenir cent livres sterling. Plus il y a de schillings, plus grand est le produit chaque fois, si bien que le profit croît de plus en plus vite. Celui qui tue une truie, en anéantit la descendance jusqu'à la millième génération. Celui qui assassine (sic) une pièce de cinq schillings, détruit tout ce qu'elle aurait pu produire : des monceaux de livres sterling.

(….) Après l'assiduité au travail et la frugalité, rien ne contribue autant à la progression d'un jeune homme dans le monde que la ponctualité et l'équité dans ses affaires. Par conséquent, il ne faut pas conserver de l'argent emprunté une heure de plus que le temps convenu - à la moindre déception, la bourse de ton ami te sera fermée pour toujours.

Il faut prendre garde que les actions les plus insignifiantes peuvent influer sur le crédit d'une personne. Le bruit de ton marteau à 5 heures du matin ou à 8 heures du soir, s'il parvient à ses oreilles, rendra ton créancier accommodant six mois de plus ; mais s'il te voit jouer au billard, ou bien s'il entend ta voix dans une taverne alors que tu devrais être au travail, cela l'incitera à te réclamer son argent dés le lendemain.

Conseils à un jeune homme d'affaires, Benjamin Franklin, 1748, cité par Max Weber dans Ethique protestante et esprit du capitalisme, paris, Plon, 1964.

QUESTIONS :

  1. Les conseils donnés dans ce texte vous paraissent-ils de bon sens ?
  2. Quelle conséquence pour l'ensemble de la société si chacun met en pratique les préceptes de B. Franklin ?

Max Weber décrit la mise en place du capitalisme industriel au siècle dernier dans ce texte qui est devenu un classique. Il insiste particulièrement sur le principe de rationalité qui guide le comportement des capitalistes.

Document 8.

Un jeune homme entreprenant et pionnier.

Un jeune homme d'une famille d'entrepreneur s'est rendu à la campagne ; il y sélectionne avec soin les tisserands qu'il voulait employer ; il aggrave leur dépendance et augmente la rigueur du contrôle de leurs produits, les transformant ainsi de paysans en ouvriers. D'autre part, il change les méthodes de vente en entrant le plus possible en contact avec les consommateurs. Il prend entièrement en main le commerce de détail. (…) En même temps, il agit selon le principe : réduire les prix, augmenter le chiffre d'affaires. La conséquence habituelle d'un tel processus de rationalisation n'a pas tardé à se manifester : ceux qui n'emboîtaient pas le pas étaient éliminés.

M. Weber, Ethique protestante et esprit du capitalisme, op. cit.

 

Document 9.

L'ancien mode de vie, confortable et sans façons, lâchait pied devant la dure sobriété de quelques-uns uns. Ceux-ci s'élevaient aux premières places parce qu'ils ne voulaient pas consommer, mais gagner, tandis que ceux-là, qui désiraient perpétuer leurs anciennes mœurs, étaient obligés de réduire leurs dépenses. En général, cette révolution ne dépend pas d'un afflux d'argent frais - je connais des cas où il a suffit de quelques milliers de marks empruntés à des parents - mais d'un esprit nouveau : l'"esprit du capitalisme" est entré en action. Le problème majeur de l'expansion du capitalisme moderne n'est pas celui de l'origine du capital, c'est celui du développement de l'esprit du capitalisme. Partout où il s'épanouit, partout où il est capable d'agir de lui-même, il crée son propre capital et ses réserves monétaires - ses moyens d'action - mais l'inverse n'est pas vrai. Son entrée en scène, cependant, fut rarement pacifique.

M. Weber, Ethique protestante et esprit capitalisme, op. cit.

Document 10.

Pour résumer ce que nous avons dit jusqu'à présent, l'ascétisme protestant ; agissant à l'intérieur du monde, s'opposa avec une grande efficacité à la jouissance spontanée des richesses et freina la consommation, notamment celle des objets de luxe. En revanche, il eut pour effet psychologique de débarrasser des inhibitions de l'éthique traditionnelle le désir d'acquérir.

M. Weber, Ethique protestante et esprit capitalisme, op. cit.

QUESTION : Dans quelle mesure la description que fait M. Weber dans les documents 8 à 10 correspond-elle à la mise en œuvre des préceptes énoncés par B. Franklin ?

            2. Actualité de Max Weber.

Document 11.

Max Weber, une sociologie de l'acteur.

Enfin, la sociologie wébérienne de la religion est centrée sur le thème de la "tension" entre des logiques diverses : tension entre les prophétismes et leur routinistaion, tensions entre la foi et le capitalisme jamais entièrement résolues… Chaque acteur adopte des logiques différentes et, à côté du pessimisme, du désenchantement, quand domine la rationalité instrumentale, il existe une image plus analytique et plus dramaturgique des divers types de l'action.

F. Dubet, Sociologie de l'expérience, Paris, Le Seuil.

Document 12.

Pourquoi Max Weber est-il un penseur actuel ?

Le retour actuel à Max Weber s'explique dans une période où, après la critique des conceptions monistes du changement social et de l'histoire, semble prévaloir une conception pluraliste de l'interprétation des faits sociaux. Dans cette perspective, deux enseignements me semblent importants.

    • D'une part l'opposition, quoiqu'elle doive mériter de plus longs développements et de multiples nuances, au matérialisme historique semble nette. Pour Max Weber la religion n'est ni un opium, ni une ruse de la raison mais une réponse irremplaçable aux angoisses premières de l'homme et une force historique qui, quand elle s'incarne dans certaines figures "prophétiques", peut renverser le cours des choses et impulser un ordre nouveau. Pour Max Weber, le changement social et l'histoire ne peuvent être appréhendés indépendamment du rôle des motivations individuelles et des valeurs qu'elles véhiculent.
    • D'autre part, s'opposant à la majorité de ses contemporains, il cherche à démontrer que les systèmes sociaux (ici le capitalisme occidental) se transforment non pas par une évolution endogène des éléments qui le composent mais par des greffes successives (ici l'ascétisme protestant sur les normes capitalistes). Les greffes peuvent prendre ou non ; elles créent des mutations incontrôlées et des changements irréversibles qui vont se développer selon une logique propre indépendamment des objectifs initiaux.

J-P. Noreck, DEES, CNDP, juin 1993.

QUESTION : Dans quelle mesure peut-on dire que le protestantisme est "l'esprit du capitalisme" ?

 

        B. Valeurs et développement.

        1. Confucius frein ou moteur du développement ?

Weber s'est-il trompé ?

En affirmant que la réussite sur terre est la clé de celle dans les cieux, le protestantisme rend possible l'idéal capitaliste de réussite individuelle. En faisant du texte et de la conscience individuelle l'instrument de la foi, le protestantisme va être un élément de corrosion des anciennes idéologies fondées sur la tradition et le respect des anciens. Pour Max Weber, l'idéal ascétique est inséparable de l'esprit du capitalisme moderne. A l'inverse, Max Weber affirme que le catholicisme et le confucianisme sont des religions qui freinent l'esprit capitaliste et l'innovation. Mais cela est désormais très contesté……

 

Document 13. Histoire et système de croyance.

Comment un même Confucius peut-il au cours de l'Histoire s'avérer tour à tour "pro" oui anticapitaliste, bloquer le développement en certaines circonstances et le favoriser en d'autres ? En Chine, à la fin du XIX° siècle, la renaissance confucéenne coïncide avec le rejet de l'Occident et des réformes économiques. Exactement à la même époque, l'inverse se produit au Japon. En réalité, l'énigme est artificielle, parce que les raisonnements sur "confucianisme et développement" supposent qu'il existe un seul confucianisme, alors qu'à l'évidence il y en a plusieurs.

Les confucianismes, tout en partageant un fonds commun, varient selon les cultures, les époques, les classes sociales. Dans le monde chinois, entre le confucianisme des lettrés, celui des commerçants et celui du peuple privé d'éducation, les distances sont au moins équivalentes à ce qu'elles pouvaient être entre un janséniste de cour, un calviniste de Genève et un catholique romain. Il est curieux que Max Weber, qui trace des distinctions si fines entre les sectes luthériennes à la source du capitalisme, n'ait pas manifesté la même rigueur, s'agissant du confucianisme. Il nous a légué un confucianisme "en bloc", qui n'agit sur l'économie qu'en détail.

G.Sorman, Le Capital suite et fin, Paris, Fayard, 1994.

 

QUESTION :

Pourquoi G. Sorman affirme-t-il que Max Weber s'est trompé ?

Document 14.

Religion, minorités et modèles sociaux.

L'expérience asiatique montre bien que le confucianisme agit positivement sur le capitalisme en fonction de sa situation au sein de la société. Là où il exerce un monopole idéologique lié au pouvoir d'Etat, comme dans la Chine des Mandchous

ou dans la Corée des Yi, avant 1910, il étouffe le développement. Il ne l'étouffe pas, me semble-t-il, à cause de la pensée de Confucius, mais du fait de son alliance avec le pouvoir. A contrario, au Japon, il a toujours été en concurrence avec d'autres religions, et le pouvoir est de tradition décentralisé, ce qui a facilité l'émergence du capitalisme. De même, la Corée contemporaine devint capitaliste après que le confucianisme eut perdu son monopole, concurrencé par d'autres religions, notamment le protestantisme. Il en alla pareillement à Hong Kong, à Singapour, à Taiwan où le confucianisme n'a jamais été religion d'Etat.
C'est donc seulement dans les situations où il est en concurrence que le confucianisme contribue au développement capitaliste. Nous pourrions en déduire que le critère de développement du capitalisme en Asie n'est pas le confucianisme en soi, mais le fait qu'il existe ou non une idéologie d'Etat. Si notre hypothèse est juste, la diversité des expériences capitalistes et anticapitalistes dans le monde sinisé s'éclaire. Mieux encore, l'expérience asiatique rejoint les circonstances de la naissance du capitalisme en Occident. Car en Europe aussi, nous l'avons constaté plus haut, là où régnait une religion d'Etat, le capitalisme connut des débuts difficiles. En revanche, là où la concurrence était vive entre religions - Pays-Bas, Grande-Bretagne, Allemagne - le capitalisme acquit une rapide légitimité. L'hypothèse pourrait également expliquer la stagnation du monde arabo-musulman là où l'Islam exerce un monopole.

En Corée ou à Taïwan, c'est parce qu'il est permis d'être imprégné de confucianisme, mais aussi de n'être pas seulement confucéen, que le développement a pu se manifester. Quand la Chine, dans les années 1930, a transité entre confucianisme et communisme, le capitalisme est apparu ; le pays n'était alors plus totalement confucéen -les dirigeants du Kouo-min-tang étaient souvent chrétiens- et pas encore communiste. Dés qu'une nouvelle idéologie d'Etat, le communisme, a relayé le confucianisme d'Etat, le capitalisme s'est évanoui. Quand, dans les années 1980, la société chinoise a retrouvé un peu de "jeu", l'esprit d'entreprise s'est de nouveau manifesté.

G. Sorman, op. cit.

 

QUESTION :

Quelle hypothèse avance G. Sorman quant à l'influence de la religion, des valeurs sur le développement du capitalisme ?

            2. Développement du Japon et Valeurs.

Dés l'enfance, et à l'école, le japonais est formé à s'identifier non à un "moi particulier" mais à un "nous" qui lui donne un sentiment de sécurité lorsqu'il se fond au sein d'une communauté.

Document 15.

L'individu se perçoit comme une partie organique de la communauté ou de la nature. Cela induit une identification profonde entre celui qui observe et la réalité observée, source de pragmatisme et de développement d'une attitude fonctionnelle dans les grandes organisations que sont les entreprises modernes. Cette attitude conforme à la religion shintoïste se double de l'influence boudhiste qui "enseigne l'abandon des désirs et des plaisirs ainsi que l'acceptation du statu quo comme moyen du bonheur". Le confucianisme chinois a développé des principes qu'a su réinterpréter l'entreprise japonaise dans un sens favorable à ses buts : les principes essentiels de cette philosophie reposent, entre autres, sur la piété filiale, le respect de la hiérarchie, la loyauté absolue envers les supérieurs, le maintien de l'harmonie des relations humaines, une politesse formalisée ainsi que le rejet de toute révolution politique. [.…] L'individualisme est souvent considéré, même à l'heure actuelle, comme synonyme d'égoïsme et assimilé à une notion suspecte peu compatible avec l'ordre social et la pensée traditionnelle.

M. Yoshimori, Les Entreprises japonaises, Paris, Puf, 1984.

Ce contexte socioculturel, transposé au sein de l'entreprise, a engendré une mobilisation de la main d'œuvre dans un contexte où l'acceptation de la hiérarchie est profonde. Tout individu qui développe une hostilité aux normes instaurées par la direction sera marginalisé….. L'emploi à vie dans les grandes firmes a pour contrepartie une mobilité totale : changements de postes, de régions, de qualification. La vie familiale est totalement sacrifiée au travail. L'avancement à l'ancienneté assure une grande stabilité aux relations professionnelles. L'entreprise qui a investi en capital humain et en formation est assurée de conserver les fruits de ses efforts….Un mélange de compétition au niveau de l'exécution et de soumission totale aux intérêts supérieurs du groupe assure une grande efficacité. La flexibilité est assurée à la marge par les petites entreprises, par les femmes et par le personnel plus âgé qui doivent quitter leur travail lorsque l'enfant survient pour les premières et par le départ à la retraite des plus de 55 ans pour les deuxièmes, qui acceptent souvent une diminution drastique de leur salaire pour continuer à travailler dans un système dépourvu d'une protection sociale solide.
Bref, la fidélité au groupe, la méritocratie forcenée qui mène de tel type de diplôme à telle position hiérarchique, et le sens de la coopération collective dans l'émulation individuelle sont des atouts pour des organisations qui investissent dans la formation et recherchent la qualité et l'entente. Mais cela n'exclut pas des rigidités qui nuisent à la créativité et à la dynamique de la jeunesse lorsque des bouleversements dans les qualifications entrent en conflit avec le principe de la rémunération à l'ancienneté.

 

QUESTION :

Confucius est-il un frein ou un stimulant pour le développement ?

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