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Evaluer la compréhension des textes narratifs au CM
doc INRP
M.Pajean, M.Rémond, D.Beltrami
11/2012

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Français > Littérature et lecture documentaire > Cycle 3 > Lire, dire, écrire en littérature
Pédagogie générale > Evaluation et suivi des progrès > Cycle 3



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Présentation des épreuves

 

L’enseignant a besoin d’outils pour mieux caractériser chaque élève de sa classe au cours de l’année, comprendre ses performances et déterminer comment celui-ci se situe dans ses apprentissages. A partir de là, il pourra intervenir de manière plus ciblée sur les difficultés mises en évidence par les évaluations. C’est pourquoi dans le cadre d’un travail de recherches mené à l’INRP, nous avons construit et validé une série d’épreuves de lecture / compréhension de l’écrit couvrant l’ensemble du CM.

De manière à mieux cerner l’origine des difficultés de compréhension, ces épreuves sont de deux types :

  • celles qui permettent d’évaluer un large éventail de compétences.

  • celles qui ciblent un nombre restreint de compétences en jeu dans la compréhension.

Les épreuves élaborées ont une visée formative, il s’agit d’évaluation pour les apprentissages. Des outils d’aide pédagogique les accompagnent et prévoient l’exploitation d’erreurs révélatrices au plan des apprentissages. En effet, diagnostiquer les erreurs commises par les élèves et les analyser de manière approfondie en essayant d’en déterminer l’origine, donne aux maîtres des pistes pour organiser et guider les apprentissages, et faire découvrir aux élèves des moyens de contrôle de leurs opérations cognitives.

Les textes supports des épreuves d’évaluation appartiennent, pour la plupart, au genre narratif ; dans l’ensemble, ils sont assez courts. Il s’agit souvent d’extraits de romans avec des degrés de complexité divers.

A partir de chacun de ces textes, des questions ont été élaborées par un groupe de travail soucieux de produire des outils valides et de qualité. Un long processus de validation des outils a eu lieu avec des allers et retours entre leurs concepteurs et des classes. En effet, chaque protocole d’évaluation (texte associé à ses questions) a été soumis à de nombreuses classes de Savoie et de Région parisienne et ajusté autant de fois que nécessaire pour parvenir à une épreuve fiable et discriminante.

Les épreuves élaborées sont présentées dans la seconde partie de cet ouvrage, sous forme de mini-chapitres toujours organisés de manière identique.

Le contenu présenté autour de chaque épreuve est le suivant :

  • Un texte suivi de questions

  • Les consignes de passation et de codage

  • La présentation des caractéristiques de l’épreuve : épreuve générale ou spécifique, moment de l’année prévu pour la passation, temps de passation

  • La présentation des caractéristiques du texte support de l’évaluation, l’analyse des obstacles à la compréhension inhérents à ce texte

  • La liste des compétences évaluées par les items

  • Une étude de chaque item comportant une exploitation pédagogique.

Dans cette étude, les pistes pédagogiques proposées s’ouvrent à la fois sur l’épreuve en jeu et sur des situations ayant trait à la littérature. Elles permettent de faire travailler les compétences visées par la question. Il s’agit de proposer aux enseignants de nombreuses entrées pour travailler la compréhension au CM et en amont.

Par ce travail, nous espérons apporter à l’enseignant des outils lui permettant de mieux connaître les acquis et les failles de ses élèves en matière de compréhension de l’écrit. En cohérence avec les deux chapitres théoriques, cet outil formatif devrait l’amener à prendre en compte dans son enseignement, les opérations mentales mises en jeu pour lire et pour exécuter des tâches de lecture. Il pourra alors envisager plus facilement la manière de réguler les apprentissages à partir des données de l’évaluation et de doter l’élève de stratégies efficaces.


Quelques exemples de compétences évaluées au travers des épreuves

Prélèvement d’information

Le prélèvement d’information est une opération qui contribue à la résolution de tâches de lecture de degrés de difficulté variés. Au niveau le plus simple, il faut repérer une information explicitement présente dans le texte. Cette tâche de localisation nécessite que le lecteur établisse une correspondance littérale ou synonymique entre l’information fournie dans l’item et celle qui figure dans le texte, puis de l’utiliser pour répondre à la question par écrit ou sélectionner la réponse correcte dans un QCM.

Ainsi pour l’épreuve Arthur, à la question 5, des phrases, ayant des relations avec l’histoire, sont données avec plus ou moins d’exactitude et il faut décider si cela est « vrai / faux / on ne sait pas ».

Voici par ex, l’item 5d : « Le conducteur de la voiture roule à toute vitesse ».

Le texte ne comporte pas cette phrase et ne permet pas d’établir une correspondance directe avec l’item. Cependant, des informations facilement accessibles permettent de vérifier qu’effectivement le conducteur roule vite ; ces informations entretiennent une relation de synonymie avec le contenu de l’item. En effet, dans le texte, il est indiqué « la voiture fonce dans la nuit » (l. 16) et « la voiture lancée à pleine vitesse … » (l. 26).

Toujours dans la même série d’items, voici l’item 5a : « Arthur est un enfant qui n’a pas de parents ». A la ligne 4 du texte, il est indiqué : « Ni son père, ni sa mère …ne fume » ; les relations de synonymie avec le terme « parents » de la question semblent faciles à établir, mais pour répondre, il ne faut pas oublier de traiter l’élément « qui n’a pas ».

Opération basique en apparence, le prélèvement d’information est l’étape obligée de tous les traitements même les plus complexes. Il est donc nécessaire de perfectionner son apprentissage au cycle 3.


Identifier l’essentiel du texte, l’idée générale

Résumer un texte nécessite de comprendre sa structure et d’intégrer les informations énoncées pour élaborer une interprétation de ce texte. Compte tenu de nos options – classe de CM, évaluation de la compréhension de l’écrit – et de la difficulté de produire des résumés à ce niveau scolaire, nos tâches portent sur l’identification du bon résumé parmi plusieurs propositions. La réussite à ce type d’épreuve demande, bien sûr, d’avoir extrait et compris l’essentiel du texte, sa structure, d’intégrer les informations énoncées et de mettre en œuvre des stratégies bien contrôlées pour éliminer les résumés non plausibles.


Comprendre l’implicite / déduire une information / interpréter

Voici maintenant un exemple pris dans l’épreuve Le vieux bateau.

La compréhension de l’implicite du texte est ici évaluée à la question 3 au travers de la compétence « déduire une information de plusieurs informations contenues dans le texte ».

La question 3, sous forme de QCM, est la suivante :

Qui est le vieux Joseph ?

Le grand père de la petite fille

Le propriétaire du vieux bateau

Un monsieur qui a un gros ventre

Un vieux bateau qui se plaignait

Un pirate qui vit sur la corniche

Les cinq modalités de réponses de ce QCM ont été soigneusement calculées. Dans le texte, on retrouve effectivement les termes suivants : « grand père, propriétaire, le ventre, un vieux bateau qui se plaignait, la corniche », mais les appariements directs entre les termes de la question et ceux du texte ne permettent pas de décider « Qui est le vieux Joseph ». Il faut relier des informations pour déduire l’identité du vieux Joseph. Une réponse fausse peut indiquer que l'enfant n'a pas compris le système de la personnification du bateau.

Le « personnage » représente une dimension importante dans les écrits. Aussi divers items de nos épreuves portent sur le « personnage » sous des aspects divers.


Réaliser des inférences nécessaires

Les inférences nécessaires ont été définies dans la partie « qu’est-ce que comprendre ». Leur dénomination même souligne l’importance de leur réalisation pour comprendre un texte.

Comprendre que la même réalité est désignée, tout au long du texte, par des expressions variées demeure une difficulté pour un nombre non négligeable d’élèves du cycle 3, ce qui justifie la présence d’épreuves spécifiques telles que Une occasion en or  ou l’inclusion d’items de cette nature dans les épreuves générales.

Voici un exemple pris dans l’épreuve Jack, item 3 : Identifier le référent d’un pronom en déduisant une information d’une information prélevée dans le texte.

"Elle " remplace :

- la femme de Jack

- la mère de Jack

- la sœur de Jack

Dans le texte, on trouve les termes « mères » et « femmes » ; mais pour décider que « elle » remplace « la mère de Jack », il faut le déduire, l’inférer de « l’image de son enfant la poursuit ».

L’identification correcte des personnages permet de les suivre au fil du texte, de comprendre leur point de vue, comme par exemple dans l’épreuve Un coup de frein malheureux où la difficulté est modulée par un nombre important de personnages. Dans ce cas, il faut exercer une compréhension fine en réalisant des inférences et des interprétations pour se représenter, de façon plausible, le rôle et la posture de ces différents personnages.

On le voit, la réalisation de l’inférence nécessaire fait appel à des traitements plus ou moins complexes selon le texte et la nature de la question posée. D’autres inférences sont également en jeu dans la compréhension.

Réaliser des inférences pragmatiques

Ces inférences sont réalisées en mettant en relation les informations contenues dans le texte et ses propres connaissances, connaissances du monde comme connaissances de la littérature. Ce travail est un travail permanent du lecteur confirmé, qui intègre ce qu’il lit à son réseau de connaissances antérieures au fur et à mesure de sa lecture, et qui comprend en utilisant ces connaissances. Chez les apprentis lecteurs, cette compétence est un fort marqueur des différences entre bons et mauvais "compreneurs". Les élèves en difficulté ne réalisent pas ces inférences, soit qu’ils ne disposent pas des connaissances, soit, c’est aussi fréquent, qu’ils ne font pas le travail nécessaire de mise en relation de ce qu’ils ont lu avec ce qu’ils savent.

Ainsi, dans Max, pour répondre à la question 2 faut-il mettre en relation ce qui est écrit dans le texte avec ses connaissances personnelles. Une connaissance du monde (sauf cas rares, les chats ne parlent pas !), et des connaissances de la littérature (les animaux parlent dans les contes et dans les récits fantastiques). De la même manière, dans Poil de Carotte, c’est en mettant en relation ce qui est dit par le père dans sa lettre avec ses connaissances de la littérature (majuscules, retours à la ligne, vers, rimes, images) que l’on peut déduire que Poil de Carotte avait écrit un poème.