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Situations d'écriture à partir de textes courts
doc Groupe 73 Français
E.Vaillaut, O.Thenail
01/2011

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Français > Graphisme, écriture et expression écrite > Cycle 2



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quelques extraits de l'ouvrage "Nouvelles histoires pressées", de B.Friot, éd. Milan

 

Situations d'écriture à partir de textes courts -

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Situations d'écriture à partir de textes courts
doc Groupe 73 Français
E.Vaillaut, O.Thenail
01/2011

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quelques extraits de l'ouvrage "Nouvelles histoires pressées", de B.Friot, éd. Milan

 



PETITE ANNONCE


C'est le début qui m'a donné le plus de mal. J'ai d'abord essayé :

« JEUNE GARÇON, GRAND, MINCE, TRES BEAU YEUX TURQUOISE, LONGS CHEVEUX BLONDS BOUCLES, TRAITS REGULIERS, ELEVE BRILLANT DANS TOUTES LES MATIERES, PREMIER PRIX DE PIANO ET DE BANJO, SPORTIF DE HAUT NIVEAU, EXCELLENTE EDUCATION, CHARMANT, MODESTE, DISTINGUE... »

Mais c'était un peu long. Ensuite, j'ai essayé :

« YX BL., BLD, EXC. ELV, MUS. DIPL., SPTF, BN MAN., NBR. QUAL... »

Mais ce n'était pas très clair. Alors, j'ai essayé :

« JEUNE GARÇON PARFAITEMENT PARFAIT... »

Mais c'était trop sec. Finalement, j'ai trouvé la bonne formulation :

« JEUNE GARÇON, BEAU, INTELLIGENT, DOUE, SPORTIF, AIMABLE, VEND SKATEBOARD BON ETAT. TEL. 03 89 24 96 57, HEURES DE REPAS. »


 



UN MARTIEN

Planète Mars. neuf heures du soir.



Cher papa, chère maman


Eh oui. Me voici sur la planète Mars. J'espère que vous vous êtes bien inquiétés depuis ce matin et que vous m'avez cherché partout. D'ailleurs, je vous ai observés grâce à mes satellites espions et J'ai bien vu que vous faisiez une drôle de tête cet après-midi. Même que papa a dit : "Ce n'est pas possible, il a dû les arriver quelque chose!" (Comme vous le voyez, mes micros longue distance sont ultra puissants). Eh bien. J’ai un peu honte de le dire. Mais je le dis quand même, parce que c'est la vérité : je suis rudement content que vous vous fassiez du souci. C'est de votre faute, après tout. Si vous ne m'aviez pas interdit d'aller au cinéma avec François, je ne serais pas parti. J'en ai marre d'être traité comme un gamin. D'accord, je n'aurais pas dû vous traiter de vieux sadiques. Mais maman m'a bien traité de gros mollasson, alors on est quitte.

Ne me demandez pas comment je suis arrivé ici. C’est un secret et j'ai juré de ne pas te dire. En tout cas. Je me plais bien sur Mars. Les gens ne sont peut-être pas très agréables à regarder, mais ils sont super sympas. Personne ne fait de réflexion quand vous avez le malheur d'avoir un 9 en géographie. Vous voyez à qui je fais allusion...

Il y a quand même des choses un peu bizarres. Je ne parle pas des scarabées que les Martiens grignotent à l'apéritif. Sur Terre aussi, il y a des trucs impossibles à manger. Les choux de Bruxelles, par exemple ou le gras de jambon. Non, le plus tordu, c'est la façon dont on fait les bébés. Il suffit qu'un garçon ou une fille se regardent dans les yeux, et hop ils deviennent papa-maman. J'ai déjà une demi-douzaine d'enfants. Je crois que je vais mettre des lunettes de soleil. C'est plus prudent. J'ai encore des tas de choses à vous raconter, mais je préfère m'arrêter là. Portez-vous bien et à bientôt, j'espère.


PS : Vous seriez gentils de m'envoyer deux sandwiches au saucisson, un yaourt à la fraise et une bouteille de jus de raisin. Et dites-moi si vous êtes encore fâchés.

PPS : Vous n'avez qu'à laisser le colis et la lettre devant la porte du grenier. Ne vous inquiétez pas, ça arrivera.

 

Félicien




FACONS DE PARLER

 

Papa, il est prof de français…Oh, pardon : mon père enseigne la langue et la littérature françaises. C’est pas marrant tous les jours ! Je veux dire : parfois, la profession de mon père est pour moi cause de certains désagréments.

L’autre jour, par exemple. En sciant du bois, je me suis coupé le pouce. Profond ! J’ai couru trouver papa qui lisait dans le salon.

- Papa, papa ! Va vite chercher un pansement, je pisse le sang ! ai-je hurlé en tendant mon doigt blessé.

- Je te prie de bien vouloir t’exprimer correctement, a répondu mon père sans même lever le nez de son livre.

- Très cher père, ai-je corrigé, je me suis entaillé le pouce et le sang s'écoule abondamment de la plaie !

- Voilà un exposé des faits clair et précis, a déclaré papa.

- Mais grouille-toi, ça fait vachement mal ! ai-je lâché, n'y tenant plus

- Luc je ne comprends pas ce langage, a répliqué papa, insensible.

- La douleur est intolérable, ai-je traduit, je te serais donc extrêmement reconnaissant de bien m’accorder sans délai les soins nécessaires.

Ah, voilà qui est mieux, a commenté papa satisfait. Examinons d’un peu plus près cette égratignure.

Il a baissé son livre et m’a aperçu, grimaçant de douleur et serrant mon pouce sanguinolent.

- Mais t’es cinglé ou quoi ? a-t-il hurlé, furieux. Veux-tu foutre le camp, tu pisses le sang ! Tu as dégueulassé la moquette ! File à la salle de bains et démerde-toi ! Je ne veux pas voir cette boucherie !

- J’ai failli répondre : «  Très cher papa, votre façon de parler m’est complètement étrangère. Je vous saurais gré de bien vouloir vous exprimer en français.» Mais j’ai préféré ne rien dire.

De toute façon, j’avais parfaitement compris. Je suis doué pour les langues, moi.




HISTOIRE – TELEGRAMME


dragon enlève princesse – roi demande chevalier sauver princesse- trois chevaliers attaquent dragon – premier chevalier carbonisé – deuxième écrabouillé – troisième avalé tout cru – roi désespéré – facteur idée – envoie lettre piégée dragon – dragon explose – princesse épouse facteur – heureux – famille nombreuse – réduction S.N.C.F. – fin -




LOUP-GAROU


Antoine entre en courant dans la classe. Il est en retard, comme d’habitude.

- Monsieur, monsieur ! Crie-t-il encore tout essoufflé, cette nuit j’ai vu un loup-garou.

- A la télé ? demande Céline.

- Mais non, en vrai.

- Oh, arrête tes conneries, dit Fabien.

- Il veut faire l’intéressant, dit Valérie.

- Hou… hou… hou… loup-garou ! Hurle Damien, pour rire.

Le maître, lui, enfonce son bonnet sur ses oreilles.

- Mais si, je vous jure, dit Antoine. Il était habillé comme un homme, mais j’ai vu ses pattes toutes poilues avec des griffes longues comme ça !

- Et il avait du vernis sur ses ongles ? demande Aline en se tordant de rire.

Toute la classe s’esclaffe bruyamment.

Le maître, lui, de ses mains gantées de noir, redresse le col de son manteau.

Antoine s’énerve :

- Puisque je vous dis que je l’ai vu ! Même qu’il avait des oreilles pointues et deux grandes dents, là, comme un loup. Et ses yeux ! Tout rouges, comme du feu ! J’ai eu une de ces trouilles quand il m’a couru après ! Je me demande comment j’ai pu lui échapper…

Mais plus personne ne l’écoute. Il attend un instant, puis s’assied, déçu, à sa place.

- Taisez-vous ! Crie le maître d’une voix rauque, animale. Les yeux cachés derrière d’épaisses lunettes noires, il regarde Antoine fixement et marmonne entre ses dents :

- Toi, la prochaine fois, je ne te louperai pas !




PERSONNE


On frappe à la porte d’entrée.

Je crie :

  • Maman, il y a quelqu’un !

Pas de réponse. Je vais à la cuisine. Personne.

Je regarde dans la chambre. Personne.

Je vais ouvrir. Personne. Je me penche par-dessus la rampe d’escalier. Personne.

Je rentre. Le téléphone sonne.

  • Allô ?

  • Allô ? Allô ? Répondez !

Personne. Je fonce à la salle de bains. J’allume. Je me regarde dans la glace.

Personne.

 



DIALOGUE


Viens voir ici, j’ai à te parler ! C’est vrai ce qu’a raconté Mme Boutelou, que tu as traité son caniche de cochonnerie à poils ? Tu n’as pas honte ? Qu’est-ce qu’elle t’a fait, cette pauvre bête ? Elle t’a mordu, peut-être ? Le mignon petit toutou, il ne ferait pas de mal à une mouche ! De quoi j’avais l’air, moi, devant Mme Boutelou ! Tu y as pensé à ça ? Hein, tu m’entends ? Je t’ai posé une question. Ce n’est pas la peine de regarder tes souliers, c’est à toi que je parle ! Tu vas me faire le plaisir d’aller t’excuser, compris ! Pas la peine de discuter, c’est un ordre. Et tu apporteras un os à Billy, pauvre petit chien. Non, mais qu’est-ce qui t’a pris ? Tu pourrais m’expliquer ? De toute façon, tu n’as aucune excuse ! Oh, tu peux secouer la tête, ce n’est pas ça qui m’impressionne. Tais-toi, tu n’as pas la parole. J’ai quand même le droit de te faire des remarques, je pense ! Tu devrais réfléchir avant de parler, c’est moi qui te le dis ! Ça t’éviterait bien des ennuis ! Tu m’écoute, oui ou non ? Réponds ! Oh, je sais ce que tu vas dire, tu vas encore m’inventer une de tes histoires à dormir debout ! Oui, oui, je te connais, pour baratiner, tu es très fort ! Je me demande de qui tu tiens ça ! Et ne m’interromps pas quand je parle ! Non, mais c’est trop fort ! Si tu crois que tu vas avoir le dernier mot, tu te trompes, mon petit bonhomme ! Non, mais ! Ah, voilà qu’il boude, maintenant ! Monsieur est vexé ! Eh bien, puisque c’est comme ça, je ne te parle plus, tu m’entends, plus jamais ! Tu peux me supplier, te rouler à mes pieds, je resterai muette comme une tombe ! Tu es bien embêté, hein ? Tant pis pour toi, je t’avais prévenu. Ça t’apprendra à me couper sans arrêt la parole. Et tu verras ce que dira ton père, quand il rentrera. Ah, ah, tu es moins bavard, maintenant, tu ne fais plus le fier…

Etc. etc. etc.




REPONDEUR


Il est tard. Fabien allume la lampe de chevet, met ses lunettes, regarde le réveil. 21 h 53. Il éteint la lampe. Il n’a pas peur du noir. Enfin, pas trop.

Il attend longtemps, les yeux grands ouverts. Il sait qu’il ne pourra pas dormir. Puis il rallume la lampe : 22 h 01. Seulement.

Alors il se lève, enfile un anorak, des bottes, noue une écharpe autour de son cou. Il ouvre la porte de l’appartement, serre la clé dans son poing, allume la lumière sur le palier, appelle l’ascenseur, attend.
L’ascenseur ouvre ses portes. Fabien appuie sur le bouton « RDC ». Rez-de-chaussée, douze étages à descendre.

Il traverse le hall, sort dans la rue. Il fait froid. En remontant la rue, deux cents mètres plus loin, il y a une cabine téléphonique. Il cherche dans la poche de son anorak une carte de téléphone. Il entre dans la cabine, compose le numéro.

La voix répond :

« Bonjour, vous êtes bien chez Marlène Barat. Je ne suis pas chez moi pour l’instant. Si vous désirez laisser un message, attendez le signal sonore et parlez. Merci, et à bientôt. »

Fabien attend le signal sonore. Et parle :

"Bonsoir, maman. Je n’arrive pas à m’endormir. S’il te plaît, quand tu seras rentrée, viens me souhaiter bonne nuit."

C’est tout. Il raccroche, rentre se coucher, éteint la lampe de chevet et s’endort. Aussitôt.




MOUSTIQUE


J’attends qu’ils soient couchés. Bon, voilà. L’homme éteint la lumière. Parfait, je peux y aller. Je mets mon petit moteur en marche : bzzzrrr, bzzzrrr…

L’HOMME : Zut ! un moustique !

Il rallume. Mais j’ai prévu la manœuvre. Je coupe aussitôt le moteur et je me planque. Tu peux chercher, gros bouffi, tu n’es pas prêt de me trouver. Ça y est, il éteint à nouveau. Je peux recommencer mon tintamarre. Et bzzzrrr… et bzzzrrr… Agite-toi, mon bonhomme, retourne-toi dans ton lit, mets-toi l’oreiller sur la tête, je suis toujours là et je m’en donne à cœur joie. Je monte, je descends, je te frôle les oreilles, je te chatouille le nez…

LA FEMME (elle crie) : Albert, fais quelque chose ! Ça me rend folle !

Allez, Albert, lève-toi et allume encore un coup. Oh là, là, là, que c’est difficile de sortir de son lit ! Mais oui, prends ta pantoufle, mon vieux, qu’on s’amuse un peu ! Tu me vois ? Alors, qu’est-ce que tu attends ? Frappe ! Pas de chance, c’est trop haut pour toi. Et bien, grimpe sur le lit.

LA FEMME : Aïe, tu me marches sur les pieds.

Arrête, arrête, tu me fais trop rire ! Mais non, bzzzrrr… bzzzrrr…, tu ne regardes pas du bon coté ! Coucou, je suis là ! Paf ! Raté, gros père ! Et paf ! Encore raté !

Oh non, tu joues plus ! T’es pas marrant, toi alors ! Tu te recouches ? Attends un peu. Je repars à l’attaque et cette fois-ci je pique ! Là, dans le cou ! Tu verras, demain, quand tu mettras ta chemise ! Et maintenant, je pompe. Pouah ! Qu’est-ce que tu as bu ? T’as au moins 3 grammes d’alcool dans le sang, vieux poivrot !

Je vais me venger sur ta bobonne. Mmmm, que c’est bon, ça, c’est tout sucré. Dis donc, elle doit aimer les pâtisseries, ta femme.

Allez, je suis sympa, je vous laisse tranquilles maintenant. Et merci pour le repas ! J’ai du mal à décoller, tellement j’ai rempli le réservoir, ah, ah, ah… !

Horreur ! Qu’est-ce que c’est que ça ! Dans quoi je me suis fourré ? Impossible de me dépêtrer. Maman ! Une toile d’araignée ! Vite, il faut que je me sorte de là… Trop tard ! Au secours, la voilà ! Elle avance… Non ! Non ! Nooonnn…




SI


Si maman m’envoie chercher du pain ; si je peux mettre mon nouveau pull bleu et blanc ; si je la rencontre à la boulangerie ; si elle est venue seule, sans sa petite sœur et sans son chien ; si elle me sourit ; si elle me demande de la raccompagner ; si on ne croise personne en chemin ; si on prend le raccourci à travers champ ; s’il y a un orage juste au moment où on passe devant la chapelle abandonnée ; s’il se met à pleuvoir à verse ; si on court se réfugier dans la chapelle ; si le tonnerre se met à gronder ; si la foudre tombe tout près de nous ; si elle a très peur et se met à crier…

… je lui prendrai la main et je dirai : « Marie, tu sais, je t’aime bien. »