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Accueillir les enfants de 2 ans à l'école
doc IEN Tarentaise
M.Pajean
03/1999

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Mieux connaître l'enfant de deux ans

Compte-rendu des propos d'Anna Pinelli

 

Directrice de la crêche de Hauteville (01), elle est aussi spécialiste du tout petit enfant. Ce qu'elle nous dit sur les étapes de son développement est particulièrement intéressant à connaître pour l'adapter dans le fonctionnement quotidien de la classe.

 

PREAMBULE

A 2 ans, c'est un bébé, pas un enfant. C'est un être immature neurophysiologiquement (changement vers 30 mois), en totale dépendance par rapport à l'adulte.
Mais c'est un élève... il est donc important de savoir comment il fonctionne pour savoir ce que l'école doit lui apporter.

A. Pinelli s’appuie sur la logique phylétique qui détermine 4 composantes de l’être humain.
ð  génétique
ð  biologique
ð  psychologique
ð  sociale ou comportementale, pour étudier ce qui est inné et quelles conditions il faut respecter pour que cet inné se développe.

Cette phylogénèse s’est opérée sur des millions d’années et se traduit par 3 stades :

le stade aquatique

ê

les mammifères

ê

l'homme

ê

Cerveau sensoriel

(stimulationð réaction)

apparition

du cortex

néocortex

(stimulationð pensée puis réaction)

Tout développement, chez l’homme, respecte ces trois stades.

 

LA PREDETERMINATION GENETIQUE

(ou ce qui est contenu dans les gènes de tout être humain)

- Le bébé d’homme deviendra bien un humain.
- Caractéristiques révélées par le test d’APGAR : le cri, la couleur de la peau (la respiration, l’oxygénation du sang), la succion, la déglutition (manger, boire, parler)
- Le "grasping" (agrippement) qui détermine le "holding-handing", c’est-à-dire le "porté" (être porté pour être contenu, sécurisé)
- La marche

ð  Tout ce qui va aller contre cette prédétermination va amener l’enfant à une dépense d’énergie négative.

 

La maturation du cerveau (l'ontogénèse du cerveau)

Elle se stabilise vers l’âge de 15 ans. La maturation définitive a lieu vers 30 ans.

 

 

C’est le cerveau sensoriel (pulsionnel, mouvements incoordonnés) qui est essentiellement en fonction jusque vers 3 ans environ, âge vers lequel il se stabilise.

 

La maturation du langage (l'ontogénèse du langage) :

Elle se traduit à 4 niveaux :
- fonction expressive
- fonction de signal
- fonction descriptive (très fréquente chez l’adulte)
- pensée réflexive (assez rare même chez l’adulte)

 

LE BEBE DE 2 A 3 ANS

- Il est immature physiologiquement.
- Il fonctionne essentiellement avec son cerveau sensoriel et le cortex, c’est-à-dire par pulsionsavec ses 5 sens, plutôt dans l’ordre suivant : TOUCHER – ODORAT – GOUT – OUIE – VUE
- Il teste la coordination de ses mouvements
- Il commence à utiliser la fonction descriptive.

 

LES 3 NIVEAUX DE L’ETRE HUMAIN
Cortex : - parent - surmoi
Néocortex : - adulte - moi
Sensoriel : - enfant - inconscient

 

LA RELATION BEBE – ADULTE
Nous, les adultes, nous fonctionnons avec nos 3 cerveaux mais, lorsque nous nous trouvons avec un enfant, c’est notre cerveau sensoriel qui se met en route :
D
 Nos réactions sont pulsionnelles ! Il faut alors mettre en route notre cortex et notre néocortex pour nous maîtriser.

L’enfant ne vit qu’avec ses pulsions, il a besoin de quelqu’un qui va le structurer, le stabiliser.

ð  Ne pas être qu’"enfant", mais aussi "adulte" (attention aux "ne…pas" qui rendent l’enfant rebelle). Répondre au besoin de structuration de l’enfant en réfléchissant à sa place.

 

L’ETRE BIOLOGIQUE

Quelles conditions pour un bon fonctionnement du cerveau sensoriel ?

ð  Satisfaire les 4 besoins fondamentaux primaires que sont : respirer, manger-boire-éliminer, dormir, être contenu (holding-handing). Le non-respect de ces besoins entraîne le "grasping", signe d’insécurité, de dépendance.

ð  Respecter l’échelle des besoins de l’individu de Maslow (cf. annexe 1).

Sur les 5 besoins dégagés par Maslow, les 4 premiers visent à combler un manque et le 5e à se réaliser.

 Important : l’évolution vers un besoin supérieur ne peut se faire pleinement que lorsque les besoins inférieurs sont satisfaits ! ð  Se rappeler que l’homme est programmé pour apprendre (cf. annexe 2).

 

LES ELEMENTS DE LA DIMENSION BIOLOGIQUE

Respirer L’enfant de 2 ans ne peut pas respirer par la bouche ! Un nez bouché entraîne des troubles fonctionnels. Il est donc primordial de toujours dégager le nez des petits (moucher en entrant en classe puis chaque fois que nécessaire).

Boire et manger Petit-déjeuner avant de démarrer la journée.
D  chocos, kinder et autres gâteaux : Se méfier de l’hypoglycémie mais aussi de l’hyperglycémie : celle-ci entraîne une hypercortisonémie, cause d’agressivité, ainsi qu’une déshydratation.ð  Le petit enfant ne sait pas qu’il a soif mais s’il voit de l’eau, il ira spontanément (cerveau pulsionnel) : en classe, mettre de l’eau partout.
ð  Un bon goûter en classe sera celui qui sera donné en début de matinée et qui contiendra du lait et des céréales sans sucre.
Attention : quand un tout petit dit "J’ai faim !", il a faim tout de suite.
Les aliments les meilleurs pour une bonne croissance sont les féculents. On veillera à les servir en premier pour être sûr que le petit les mangera. Les légumes verts servent essentiellement au transit.

Eliminer Chez les tout petits et les petits, le passage aux toilettes collectif n'est pas indiqué. Il faut que chaque enfant puisse y aller quand il a envie.

Se mouvoir Pas plus de 10 mn sur une chaise. 20 mn pour le repas, c’est un maximum.

Dormir et se reposerD  Les parents qui travaillent veulent profiter de leur enfant le soir : du coup, celui-ci manque de sommeil et devient agressif, voire violent.
Le manque de sommeil entraîne l’agressivité, la folie… la mort ! En classe, il faut pouvoir permettre aux petits de se coucher quand ils le veulent.
Le vendredi, il faut prévoir des activités plus relaxantes.
C
 Pour s’endormir, le bébé a besoin d’être "contenu" (cf besoins biologiques fondamentaux). Penser à organiser les lits pour recréer la nidification (arrière-tête + dos couverts).
++ : Immobiliser les jambes des excités.

Se vêtir / se dévêtir Beaucoup d’enfants se roulent par terre lorsqu’on les oblige à poser manteau, chaussures… c'est normal !
C
 Le vêtement a une fonction contenante. Eviter donc le déshabillage "forcé".

 

L’ETRE PSYCHOLOGIQUE

D  Si l’on en reste à la satisfaction des besoins biologiques du petit, l’inné ne devient pas acquis.

L’être humain est un être de relation pour qui l’aspect psychologique, relationnel est indispensable, notamment dans ses apprentissages.Ne jamais entrer en relation avec l’enfant autrement qu’en face à face ("relation-miroir").Quand on pose sa main sur le corps de l’enfant, c’est toujours agressif.

C  La "relation-miroir" est primordiale pour le développement du petit enfant : il faut le regarder, il grandit dans notre regard. Cette relation est trop peu présente, elle est à développer et à privilégier. Par la voix, on appelle d’abord le regard et ensuite on pose un geste.

Soit on monte l’enfant, soit on s’accroupit, ensuite on nomme l’enfant.

C  Il faut penser "l’enfant dans sa famille" : il arrive à l’école avec une "forme" bien précise (appelée "forme parentale"), insérée dans le puzzle familial. Si on fait modifier cette forme, on fait éclater le puzzle familial.

 

L’ETRE SOCIAL

"Le bébé sans sa mère n’existe pas." (Winnicot)

Le petit enfant arrive à l’école, nu et en danger. Il est primordial pour son avenir de réussir la séparation, l’accueil, les retrouvailles.

ð  On ne peut accueillir le petit sans ses parents. C’est normal que la séparation soit dramatique. Il faut tout faire pour la réussir.Par exemple, on sera souple sur la présence des parents en début de scolarisation, on ne le déshabillera pas de force, on demandera des nouvelles de sa famille, on fera apporter des photos, on peut lui faire porter un vêtement de sa maman, on acceptera un objet transitionnel…
TOUT DEVELOPPEMENT REUSSI EST PSYCHO-SENSORI-MOTEUR
Le corps réel est construit à partir du corps vécu et du corps image.

Le corps vécu (avant 3 ans) se construit à travers des expériences motrices, sensorielles et narcissiques. Le rôle de l’adulte est de dire : "oui, je vais t’aider".Le corps image (schéma corporel) se construit dans le cerveau à travers le corps vécu (exemple : dans notre tête on vit avec des mains à 3 doigts).

 

Sensorialité   è    motricité   è    langage

Si l’organe sensoriel n’est pas stimulé (avant 3 ans), il y a une déperdition totale et définitive de la fonction correspondante. On pourra avoir au mieux de la récupération.Ce déficit peut être dû à un trouble physiologique ou un environnement pauvre en stimulations.

 

LA MATURATION SENSORIELLE

Le toucher : maturation complète dès la naissance

L’odorat : hyperdéveloppé chez le nouveau-né et chez le jeune enfant puis baisse après 3 ans.

Le goût : idem

L’ouïe : maturation complète vers 12 ans

La vue : idem

N.B. : Ce n’est que vers 12 ans qu’il y a prise de conscience d’une mort irréversible.D  Aujourd’hui, surstimulation sensorielle : le bébé n’a pas la possibilité de dire "stop !".Que penser de l’adolescent qui ferme ses trous sensoriels avec casque stéréo, console de jeux et cigarette… ! L’acquis est un dialogue permanent entre l’inné et l’environnement : un environnement sûr et riche en expériences sensori-motrices.

 

CONCLUSION

Chez le très jeune enfant, affect, émotion, cognition sont intimement liés.

 

 

Questions-réponses : d’autres idées pour la classe

 Si le grasping dure, c’est que l’enfant est en insécurité. On doit le rassurer. Dire : "Je ne t’oublie pas même s’il y a beaucoup d’enfants dans la classe".
- L’enfant de 2 ans ne peut pas réagir en collectif. Donner uniquement des consignes individuelles.
Un enfant de 2 ans ne peut répondre qu’à des questions fermées.
Prénommer et même nommer complètement l’enfant : cela le rassure donne de l’importance à sa famille.
- La classe des 2 ans doit être un lieu où les enfants se sentent en sécurité, où on accepte leur état de dépendance. Mais attention, l’enfant qui est en sécurité veut qu’on le laisse tranquille. Il faut éviter d'entrer dans leurs jeux, de les "râper" avec des : "raconte-moi comment…", cela pourra se faire très progressivement quand l'enfant a eu ses 3 ans.
- Le rôle de l’enseignant est de créer un environnement riche en expériences. Jusqu’à 3 ans il est inadapté de dire : "Asseyez-vous. On va faire ça maintenant".
- L’explication, qui fait appel au néocortex , ne marche pas. A force de se voir proposer des choses qui ne correspondent pas à son développement, l’enfant décroche, se désintéresse.
- Ne pas vouloir aller trop vite.

Après 3 ans, l’enfant demande peu à peu des activités cadrées, des jeux avec des règles. Les limites que nous donnions par nos gestes, nos bras, se traduisent ensuite par la parole.