Le dictionnaire à l’école

De tous les supports utilisés à l'école, deux sortent de ce cadre et suivront les enfants tout au long de leur vie :

Inutile d'en dire plus pour comprendre l'importance d'intégrer ces supports à la vie de la classe au cours d'activités régulières, structurées, ludiques et fonctionnelles.

Nos objectifs de fin d’école primaire

Rendre progressivement les enfants capables :

- d'acquérir "le réflexe-dictionnaire" dans les 2 situat ions-problèmes suivantes :


1- Je connais le sens du mot mais je ne suis pas sûr de son orthographe
2- J'ai le mot sous les yeux mais je ne connais pas sa signification.


N.B. : On ne pense peut-être pas assez à la situation 1, qui est pourtant primordiale en cycle 1 et 2, où les enfants construisent leur comportement orthographique.

- de savoir y repérer le mot cherché :

- de recopier le mot au bon endroit de son écrit.

Notre comportement

1 - Montrer aux enfants que c'est aussi un outil d'adulte en ayant nous-mêmes "le réflexe- dictionnaire" pendant la classe et en le consultant devant et avec les enfants. Ceci dès la Petite section !
C'est un réflexe aussi bien pour écrire correctement que pour trouver le sens d'un mot.

Tout au long de la maternelle, ce comportement sera l'axe majeur de la familiarisation des enfants avec ce support. On aura donc un dictionnaire "pour adulte" placé dans "le coin-maîtresse" mais accessible aux enfants car, peu à peu, on essaiera d'arriver à la situation suivante :
La maîtresse, au cours d'une séance de production d'écrit par dictée à l'adulte :
"...Je me demande bien comment on écrit ce mot..."
Les enfants : "Maîtresse, prends ton dictionnaire!... Attends, on va te le chercher!"

Par ailleurs, on mettra bien sûr des dictionnaires de type "mini-débutants", des imagiers, des abécédaires... dans le coin-lecture.


2 - Dès le CP, intégrer systématiquement l'achat de dictionnaires au moment des commandes de fournitures, de manière à ce qu'il y en ait toujours suffisamment (l'idéal est, bien sûr, un par enfant) !
Jusqu'en C.E., on optera pour l'achat de dictionnaires individuels dits "adaptés à l'âge des enfants". Ceux-ci serviront surtout à l'apprentissage de la manipulation de l'outil et à la recherche de l'orthographe d'un mot dont on connaît le sens. On complètera avec un ou deux dictionnaires "d'adultes" dans lesquels on cherchera le sens de mots rencontrés dans diverses lectures. En effet, très souvent, ces mots-là ne se trouvent pas dans les dictionnaires adaptés (ce qui est logique...).

Pourquoi construire un dictionnaire en classe ?

... Parce que nous pensons que c'est en "forgeant qu'on devient forgeron" à condition toutefois que l'on mêle plaisir de faire et analyse des comportements et de l'objet en construction.


Ce dictionnaire, thématique, se présente sous forme de fiches classées dans des boîtes.
Complété d'année en année, constitué de mots tirés du vécu collectif ou individuel des enfants, il sera réorganisé en dictionnaire alphabétique en fin de G.S. ou au début du C.P. .

Ce dictionnaire va progressivement permettre aux enfants, aidés de l'enseignant :

- Comment faciliter le rangement ?

Sur chaque boîte et sur chaque fiche de la boîte, du moins pendant un certain temps, on placera une pastille de couleur afin de faciliter le rangement pour les enfants (pastille retranscrite sous forme de signe sur la page précédente).


- Quelles écritures ?

En P.S., l'enseignant écrira le mot en cursive sous l'illustration (familiarisation des enfants avec la silhouette des mots) et en majuscule d'imprimerie au-dessus de l'illustration ou mieux, au verso (pour permettre aux enfants d'écrire).
A partir de la M.S., sur chaque fiche, il y aura les 3 écritures : cursive, script et majuscule d'imprimerie.

Exemples de disposition :

1 / les 3 écritures sont sur le recto
2 / cursive et script au recto / maj. d'imprimerie au verso

Remarques :
- La disposition cursive et script au recto + maj. d'imprimerie au verso évite la surcharge et met en valeur la correspondance cursive / script, intéressante pour préparer les GS au CP.
- On évitera d'écrire le sript à la main : dans la vie il est toujours produit à la machine.
- On peut utiliser une couleur différente pour chaque type d'écriture.

- Le cas des verbes, quelle forme écrire ?

Celle que l'on est amené à rencontrer le plus souvent dans la vie de la classe. C'est la conclusion à laquelle nous sommes arrivés après plusieurs essais dans les classes.

exemple :

 

- mélanger (verbe des recettes de cuisine)
- il joue, elle mange (verbes des "histoires")
- colorie (verbe de consigne).

S'il y a deux formes très courantes, on les inscrira toutes les deux. Sinon, la maîtresse reprend devant l'enfant, en la commentant, la forme du verbe écrite dans la production de celui-ci.
Le verbe sera accompagné au minimum de son sujet. On l'illustrera par un dessin ou une photo le "mettant en scène".

- Déterminant ou pas ?

Dans la mesure où il est important que l'enfant prenne l'habitude de rencontrer le groupe "déterminant + nom", à notre avis, il est intéressant de le porter sur les fiches. L'élèves s'habituera ainsi aux marques du pluriel (et du féminin). Pour le transfert des fiches dans le dictionnaire alphabétique, on pourra passer en couleur ou surligner l'initiale du mot.

- Les phrases : il est difficile de les illustrer !

C'est vrai, mais n'oublions pas que c'est un outil à usage interne, donc, à partir du moment où les enfants de la classe donnent le bon sens... On choisira donc collectivement l'illustration la plus "explicite" (Cf verbes).

- Quelle quantité de mots ?

L'objectif n'étant pas que les enfants connaissent tous ces mots, mais s'habituent à manipuler un référent tout en respectant son organisation, il n'y a pas à craindre "d'en avoir trop". En G.S. on aura en moyenne une vingtaine de fiches par boîte : c'est nécessaire si l'on veut que les enfants aient une vraie démarche de recherche.

Chaque année, (sauf en PS) on commencera avec le fonds de fiches de la classe (ou une partie de celui-ci).
Ceci dit, un mot aura sa place dans le dictionnaire, si les enfants sont amenés à le rencontrer un nombre de fois suffisant et s'il est de leur niveau de langue. On peut, par exemple, prendre l'habitude, de sélectionner 3 ou 4 mots par thème travaillé : ces mots seront alors particulièrement mis en valeur pendant les activités puis insérés dans le dictionnaire, en présence des enfants.

- Faire passer ce dictionnaire au CP, oui, mais c'est long à préparer, alors...

Alors, pas de problème! On peut le photocopier et garder l'original.
Il suffit de penser à adopter un seul et unique format pratique, comme le A5 (1/2 de A4).

- Et pourquoi un dictionnaire sous forme de fichier plutôt que dans un classeur ?

Parce que le système "fichier" offre des possibilités que ne permet pas le classeur :

- A propos des illustrations :

Elles seront variées : photos, dessins, extraits d'oeuvres d'art, symboles (pour les "petits mots" par ex.)... mais toujours nettes, bien découpées, explicites. Les enfants les cherchent, les découpent grossièrement et l'enseignant affine.

Du dictionnaire thématique au dictionnaire alphabétique
ou des précisions sur la manière de mettre en oeuvre ce qui est synthétisé dans le schéma

Trop c'est trop !

Nous sommes en G.S. au dernier trimestre ou bien en début de CP... et la plupart des boîtes regorgent de fiches... On a bien du mal à retrouver rapidement celle que l'on veut...
Par ailleurs les enfants maîtrisent bien l'alphabet. Il devient donc possible d'adopter un nouveau mode de classement, très fréquent dans de nombreux
ouvrages de la vie courante : le classement par ordre alphabétique.

Voilà un bon projet en perspective !

Programmé sur 2 à 3 semaines, ce projet permettra aux enfants :

- de découvrir les supports de la vie quotidienne qui utilisent l'ordre alphabétique dans leur sommaire (catalogues, livres de recettes...) ou pour leur organisation interne (annuaire, dictionnaires, imagiers, répertoires...) on en fera une mini-exposition au coin-lecture, on les manipulera pour se familiariser avec leur consultation...
- d'affiner leur connaissance de l'ordre alphabétique
- de réinvestir ce savoir dans une tâche complexe
- de travailler sur l'initiale de chaque mot

On organisera des ateliers de manière à ce que chacun manipule le plus possible et participe effectivement à toutes les étapes.

Le temps spécifique de reclassement pourra se faire soit parallèlement aux activités ci-dessus, dès que les enfants se débrouillent bien, soit en dernière phase du projet. L'essentiel étant que cela ne bloque pas l'utilisation des fiches par les enfants.

Plus l'investissement des enfants sera important, plus ce dictionnaire sera maîtrisé et utilisé.

On en fera aisément un projet interdisciplinaire en prévoyant de faire participer les enfants à l'achat ou à la fabrication de la grande boîte, en organisant un atelier-arts plastiques où ils vont décorer les intercalaires à l'aide de techniques diverses, en fabricant un ou deux jeux de cartes (jeux sur les lettres comme "bataille" ou "mistigris des lettres")...

N.B. : Une fois ce "temps-fort" terminé, il s'en suivra nécessairement des remises en ordre régulières.
On peut envisager que ce soit une tâche "rituelle" périodique qui peut être faite par quelques enfants, à tour de rôle, pendant l'accueil.
Dans une classe enfantine, si on n'a qu'un dictionnaire pour tous, on reportera le reclassement complet au début du CP, car, bien sûr on va passer les photocopies des fiches au collègue de CP !


1 / Exemples d'activités pour s'approprier l'organisation du dictionnaire de classe


La "pagaille" :

La maîtresse dit : " Les enfants, il y a un problème : ce matin, avant la classe, j'ai fait tomber des boîtes du dictionnaire et je n'ai pas eu le temps de reclasser les fiches! "
Pendant les ateliers, un groupe d'enfants aura pour tâche de remettre les fiches à leur place.
Remarque : Les enfants seront aidés par les indices placés sur les boîtes et les fiches (voir le chapitre "zoom sur le dictionnaire").


Les "détectives" :

Cette fois, c'est la maîtresse, ou la marionnette de classe, ou l'ATSEM, ou un autre groupe d'enfants qui a fait une farce (en secret bien sûr!) :
5 (ou 8, ou 10) fiches ont été déplacées, elles ne sont donc plus dans la bonne boîte... Mais l'auteur de cette farce a relevé les références de ces fiches sur une feuille qu'il ne montrera que lorsque les "détectives" lui apporteront les fiches...
Un petit groupe d'enfants va retrouver ces fiches, les comparer avec les références notées sur la feuille, puis, si c'est bon, les remettre à leur place.
Une vérification est faite par ceux qui ont fait la farce.

Les "indices" ont disparu :

Voilà que ce matin, la maîtresse, l'ATSEM ou les enfants préposés au rangement ont trouvé des fiches sans leur indice !
Vous avez compris quelle tâche vont avoir certains enfants...

2 / Exemples d'activités pour s'approprier le contenu du dictionnaire


Au secours ! Boîtes presque vides ! (surtout G.S.)

...Après avoir procédé aux rituels quotidiens du matin, on compte les fiches de chaque boîte du dictionnaire et on met de côté les boîtes qui en ont moins de 5 (par exemple).
Un atelier "dictionnaire" va alors fonctionner tout au long de la semaine avec, chaque jour :


Les "devinettes" :

Lors d'un des regroupements de la journée, la maîtresse cache une des fiches du dictionnaire dans son dos et demande aux enfants de poser des questions qui permettront de trouver quelle est la fiche cachée.
Le gagnant va la remettre en place, en choisit un autre en cachette, la donne à la maîtresse qui la cache et on recommence les questions. C'est l'enfant qui dira gagné" à celui qui dira le bon mot.

N.B. : Suivant les capacités des enfants, on peut :
- simplifier en disant dans quelle boîte on a pris l'étiquette,
- faire que les enfants fonctionnent en autonomie, l'enseignant étant un régulateur de l'activité.


Les "mots-surprises" :

L'enseignant choisit 3 boîtes du dictionnaire.
Un enfant, les yeux bandés, va prendre au hasard une fiche dans chaque boîte.
On lit les 3 mots et on construit une histoire qui les emploiera tous les trois (travail oral de structuration).
Ce travail oral débouchera sur une dictée à la maîtresse ou sur une écriture en autonomie (en GS) par les enfants.
Les histoires écrites pourront être rangées dans une boîte spéciale, les 3 mots tirés au sort seront mis en valeur.

Prolongement : Si on ajoute près de chacun des 3 mots l'indice de la fiche du dictionnaire (pastille de couleur...), on pourra organiser une autre activité, en différé, qui consistera à lire ces 3 mots en retrouvant les fiches du dictionnaire.

Variante : L'entrée dans l'activité peut prendre encore plus des allures de jeu si on attribue une constellation du dé (ou un chiffre de 1 à 6) à chaque boîte et que l'on fait lancer le dé pour désigner la boîte dans laquelle le lanceur doit prendre une fiche.

Remarque : Suivant les boîtes choisies on pourra induire un type d'histoire différent. Par exemple, à partir des boîtes "personnages", "objets", "lieux" on aura sans doute un petit récit fictif alors qu'à partir des boîtes "personnages", "verbes", "aliments", on aura plutôt une histoire inspirée du quotidien...

3 / Exemples d'activités pour s'approprier les autres types de référents

Activités à partir des panneaux et des classeurs thématiques :

On retrouvera le même état d'esprit.
Les activités vont toutes amener les enfants à se poser des questions sur ce qui est écrit dans le référent :

N'y a -t-il pas des informations manquantes ?
N'y a-t-il pas des paires fausses (paire = mot + illustration) ?
N'y a-t-il pas des intrus ?
N'y a-t-il pas problème dans l'ordre, dans le classement ?
...

Les entrées dans ces activités seront de nature fonctionnelle, liées à la vie-même de la classe : nécessité de ranger, de vérifier l'état des outils, réparer une "bêtise de la maîtresse ou de l'ATSEM" ...
Pour les panneaux, on prétextera le décollage d'éléments, pour les classeurs l'ouverture des anneaux...

Cependant, on pourra également provoquer des entrées plus didactiques en annonçant clairement un travail de lecture :
Exemple d'un atelier de lecture possible :
- Matériel pour un enfant : 3 ou 4 petites feuilles blanches + 3 ou 4 étiquettes contenant chacune un mot d'un référent + 3 ou 4 boulettes de patafix.
1ère partie :
- 1 : chaque enfant identifie le référent qui contient les mots de ses étiquettes
- 2 : il repére les mots sur le référent et les cache à l'aide des feuilles blanches et de la patafix
2ème partie :
- 1 : les enfants échangent leurs étiquettes-mots
- 2 : chacun replace les nouvelles étiquettes-mots sur les caches mis par son camarade
- 3 : on vérifie en soulevant les caches.
Exemple : Un enfant a 4 étiquettes contenant 4 mots du référent-consignes :

stylo
colle
entoure
découpe

Il exécute les 2 étapes de la 1ère partie puis échange ces étiquettes contre celles d'un camarade qui seront par exemple issues du référent-prénoms.

Remarque :
La même activité peut être faite avec les illustrations.