Les troubles de l'apprentissage chez l'enfant
Les différentes sortes de difficultés d'apprentissage
Comment se comporter face à un élève dyslexique
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Vous allez trouver ci-dessous le texte d'une animation faite par Robert Bouvier le 20/11/02.
Pour télécharger ce document au format pdf, cliquez ici : animation pédagogique 1
I)
Intelligence : une notion équivoque, comme les mots et les
gestes ...
Une histoire pour commencer ...
II)
Tentative de définition ...
III)
Les tests.
Psychométrie : QI, modes de calcul.
Que mesure le QI ?
Existe-t-il un facteur unique de l'intelligence ? le facteur général ou
facteur G :
Inné et acquis : qu'est-ce que l'héritabilité ?
( différents points de vue)
IV)
La génèse de l’intelligence :
Piaget ou l'intelligence en devenir. L'action à la source de
l'intelligence ?
Les recherches actuelles sur le nourrisson : l'importance de la
perception dans le développement de l'intelligence... mais là encore, d'une
intelligence ...
Comment le cerveau traite l'information ? séquentiel / simultané
Le lien intelligence / mémoire.
(cf
une idée reçue selon laquelle il faut comprendre d'abord et apprendre ensuite)
V)
La théorie des intelligences multiples de Gardner.
Quelles intelligences, quels critères, pour quoi faire ?
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I ) Intelligence : une notion équivoque.
De la difficulté à se comprendre : histoire
de communication et de références ; (le « débat théologique » ).
Il y a donc une ambiguïté dans la communication gestuelle, mais aussi
dans la communication parlée. Qu’est-ce que ça veut dire quand on dit à
quelqu’un : « je t’aime », quand on dit : « voici mon
projet d’école » ou encore d’un enfant : « il est intelligent ».
Et comment se comprendre si on ne traduit pas un peu ou beaucoup ce qu’on
entend par là, puisque on a tous nos propres représentations, nos stéréotypes,
nos raccourcis de pensée parfois, qui font qu’un minimum de débat, de
confrontation, de conflit, sont nécessaires pour avancer, pour clarifier.
Il y a parfois beaucoup d’incompréhension quand on évoque les difficultés d’un enfant et que les parents répondent : « pourtant, il est très intelligent »...
II) Définition donnée par le dictionnaire (
Le Robert) : Intelligence, faculté de
connaître, de comprendre. Ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la
connaissance conceptuelle et rationnelle. Qualité de l'esprit qui comprend et
s'adapte facilement.
On
peut dire que l'intelligence serait plutôt du côté de :
*La plasticité qui s'oppose à la stéréotypie de l'habitude
*La liberté et la créativité qui s'opposent à la passivité de la
perception
*Et surtout l'intuition qui est souvent considérée comme l'activité la
plus noble de l'intelligence, et comme un idéal difficile à atteindre.
quelques
remarques néanmoins :
1) Derrière la notion d‘intelligence, apparaît l’idée un peu
obsessionnelle chez l'homme, de se distinguer clairement de l'animal pour
ressembler à Dieu. L'intelligence, c'est ce qui différencie l'homme de
l'animal, on parle parfois d'intuition géniale, ou divine.
En biologie, on a constaté qu'en fait nous avons très peu de différences
avec les mammifères supérieurs : 2 % de notre génome diffère de celui du
chimpanzé.
2) L'intelligence est un mot très chargé sur le plan affectif ; dire de
quelqu'un qu'il est intelligent ou qu'il est idiot, c'est le mettre d'emblée
dans une position extrêmement différente. Y-a-t-il un effet d’attente ?
qu'est-ce que j'attends de l’autre ? ce que j'attends de lui au départ
aura-t-il un effet sur son attitude ? C’est l’effet d’attente ou
effet Pygmalion.
3) Il est difficile de franchir le pas d’une définition basique compte
tenu du côté équivoque de la notion. Voici quelques citations à ce propos :
Pascal
Engel : ( philosophe, logicien,
université de Caen).
"Tout
le problème est de savoir si l'intelligence est une espèce naturelle comme les
mammifères ou les poissons pour lesquels nous avons des critères précis de
reconnaissance".
Alain
: "Il y a longtemps que je suis las d'entendre dire que l'un est
intelligent et l'autre non. Je suis effrayé comme de la pire sottise de cette
liberté à juger les esprits".
"
Dire de quelqu'un qu'il est intelligent, c'est dire qu'on est suffisamment
lucide et intelligent pour reconnaître cette intelligence, ... c'est donc dire
qu'on est intelligent".
Michel
Serres : "L'intelligence, nous
cherchons à la définir, mais en vain, faute d'intelligence sans doute".
Stephen
Jay Gould : ( université d'Harvard
: "la mal mesure de l'homme")
"L'intelligence,
ce n'est qu'un mot hérité de notre culture, bien imprécis et peu
scientifique".
JP
Changeux : "Peut-être serait-il
temps de reconnaître la diversité des aptitudes de chacun...pour vivre enfin
en bonne intelligence"
Expression du midi : « Oh ! fan ! il est pas con, ce con ! »
Psychométrie : QI, modes de calcul :
En psychologie, l'étude de l'intelligence, ne peut consister en autre
chose que dans l'analyse d'un certain nombre d'activités que le sens commun,
que la tradition culturelle qualifie d' "intelligentes". La
psychologie n’est pas émancipée de la société ...
Historiquement, le travail des psychologues en la matière, a consisté
à délimiter le champ, l'ensemble des activités que le sens commun
s'accorde à qualifier d' "intelligentes. »
A partir de là, il reste à caractériser le plus précisément possible
ces activités pour savoir de quoi on parle, et à observer si les mécanismes
qui déterminent ces différentes activités sont liés ou indépendants. On est
là dans la question de la délimitation du champ de l'intelligence. Binet :
" L'intelligence, c'est ce que mesure mon test".
Alfred Binet ( 1857.1911) est le père de la psychométrie ( Ensemble des
méthodes de mesure en psychologie). Binet s'est lancé dans ce travail
parce-que l'objectif du ministère de l'instruction publique de l'époque, était
d'étudier les mesures à prendre pour assurer les bénéfices de l'instruction
aux enfants "anormaux".
Binet a donc mis au point,
avec Théodore Simon, "l'échelle métrique de l'intelligence" appelée
souvent le Binet-Simon. La construction de l'échelle se fait en collaboration
avec les maîtres d'école ; la version définitive apparaît en 1911.
Dans le B-S, l'intelligence est définie par le développement de savoirs
ou savoirs faire et ses degrés sont les âges successifs du développement
mental ( ce qu'on appellera l'âge mental). La « débilité »
s'exprime par un retard dans le développement et un retard trop important pour
qu'il puisse être rattrapé. L'enfant « débile » est assimilé à
un enfant plus jeune, qui va plus lentement, et qui s'arrêtera en chemin.
Exemple
: extrait de la NEMI ( nouvelle échelle métrique de l’intelligence) revue
par Zazzo et coll en 1949.
3e
année :
4e année
etc…
1.
Montrer nez, oeil, bouche
9. Comparer 2 poids
2.
Nommer clé, couteau, sou
10. Répéter 3 chiffres à l’endroit
3.
Enumérer une gravure
11. Répéter 10 syllabes
4.
Répéter 2 chiffres à l’endroit
12. Jeu de patience
5.
Dire son sexe
13. Définition de mots familiers
6.
Comparer 2 lignes
14. Copie d’un carré
7.
Donner son nom de famille
8.
Répéter 6 syllabes
Dans cette épreuve, il existe des tâches variées. On fait la somme des
items réussis et on convertit cette somme en âge mental. Un score de 14 points
équivaut à un âge mental de 4 ans. Un score de 12 points à un âge mental de
3 ans 8 mois.
Le
test de Binet a eu un grand succès de part le monde. En 1912, Willem Stern, un
psychologue allemand propose un calcul qui consiste à diviser l'âge mental par
l'âge réel et à multiplier par 100. Il appelle ce quotient le quotient
intellectuel : QI.
Ce QI, est très vite utilisé : Par exemple, on affirme à l’époque,
que 83 % des juifs, 80% des hongrois, 79 % des Italiens émigrés à Ellis
Island sont faibles d’esprit. Pour Terman, psychologue américain imitateur de
Binet, l'intelligence est une aptitude comme la taille ou le poids ; les différences
sont dues à l'hérédité ; il faut par conséquent mettre les déficients
mentaux sous surveillance et les empêcher de se reproduire.
Mais
ce « fameux QI » est calculé de façon très différente dans des
tests beaucoup plus utilisés aujourd'hui : WISC ( Wechsler intelligence Scale
for Children), WAIS ( Wechsler Adult intelligence Scale), WPPSI. ( Wechsler preschool and primary scale of intelligence).
Dans
ce type de test, on présente à la personne une dizaine d'épreuves très différentes
que l’on peut classer dans deux échelles :
verbale : information, vocabulaire, arithmétique etc ...
instrumentale : rangement séquentiel, cubes, assemblage d’objets ...
Pour
chacune de ces épreuves, on fait correspondre au score moyen pour une
population d'un âge donné, la note de 10.
Pour
l'ensemble des épreuves du test, la moyenne est de 100, et l'écart est de 15.
Donc ici on compare les résultats aux tests, uniquement avec les résultats
d'enfants du même groupe d'âge. ( x-m) / é type = a . ici a = 15
Il faut donc retenir qu'il y a 2 manières de calculer le QI, deux modes
de calcul pour un seul mot, un peu magique, ce qui relativise déjà la
pertinence du nombre... La seconde manière est la plus utilisée aujourd’hui.
Dans cette seconde manière de calculer, le QI n'est pas un quotient. C'est le résultat
d'un étalonnage dans lequel la moyenne est de 100. Pour évoquer l'efficience
ou la déficience mentale, on établit un découpage par tranches. On parle par
exemple de déficience légère en dessous de 70. Mais il existe différentes
classifications, ce qui ne clarifie pas les choses...
Voir
protocole WISC et courbe de Gauss donnés lors de la journée du 20.11.02
Que mesure le QI ?
Dans le domaine de l'intelligence, rien n'est simple, et il est clair que
la controverse aujourd'hui est plus forte que jamais sur l'opportunité de
mesurer l'intelligence et sur la pertinence des tests d'intelligence. Donc
pour répondre à la question : « que mesurent les tests ? »
je vais me référer à plusieurs auteurs dont les points de vue sont
opposés :
Il existe des gens comme Linda Gottfredson ( prof de
science de l'éducation à l'université du Delaware) qui affirment
que l'intelligence est d'abord l'aptitude à affronter la complexité, et
que par conséquent, les tâches complexes, celles qui requièrent une
gymnastique mentale poussée sont les mieux à même de rendre compte de
l'intelligence. Pour ces chercheurs, la mesure de l'intelligence est possible,
et les tests de QI rendent bien compte de l'intelligence. Il existerait un
facteur global de l'intelligence que l'on appelle le facteur g, qui peut-être
mesuré, et qui correspond au succès scolaire et professionnel dans les sociétés
industrialisées.
Facteur unique ou non ( facteur g) ?
Quand
on effectue un test comme le WISC, dont j'ai parlé tout à l'heure, il y a
entre 10 et 12 épreuves. Quand on constate qu'un enfant qui réussit bien dans
une épreuve A, réussit en général bien dans une autre épreuve B, on dit
qu'il existe une corrélation entre ces deux épreuves. La corrélation se
mesure ; l'indice de corrélation se situe entre 0 et 1. Par exemple une
corrélation de 0,8 entre 2 épreuves ( avec un nombre d'enfants correct, il y a
pour cela des critères statistiques à respecter), est considérée comme élevée.
Lorsque plusieurs épreuves corrèlent, on fait ce qu'on appelle une analyse
factorielle, pour rechercher s'il y a un ou des paramètres qui expliquent ces
corrélations.
Dans le cas des tests d'intelligence, il semblerait que l'on ait dégagé
un facteur, le facteur g, qui varierait selon les individus et expliquerait les
différences interindividuelles dans la résolution de tâches complexes.
LG met en avant la très forte corrélation du facteur global avec la réussite
scolaire et professionnelle.
(
voir courbe donnée le 20.11.02)
Pour
LG, les différences d'intelligence globale ont une origine à la fois génétique
et environnementale, comme tous les caractères et les comportements
psychologiques : personnalité, goûts professionnels, attitude sociale.
Héritabilité
: Concernant l’inné et l’acquis, LG évoque une part de 60/40 ou 50/50
entre facteurs génétiques et milieu selon les auteurs. Elle cite des cas
d’enfants adoptés, dont le QI à l'adolescence ressemble plus à celui des
parents biologiques, qu'à celui des parents adoptants...
Il
faut noter cependant que ces constats peuvent évidemment être interprétés
comme la marque d’un déterminisme génétique, mais tout aussi bien comme un
refus, une impossibilité à s’identifier au milieu adoptant, pour des raisons
psychologiques.
D'autres
auteurs sont en revanche réservés ou très critiques vis à vis des tests
d'intelligence :
Exemples
:
Bernard
This, fondateur de la maison verte avec F. Dolto.
Pour lui, le QI est un outil extrêmement dangereux, parce qu'il n'est pas
scientifique et qu'en plus, on en fait une utilisation abusive : on s'en
sert pour faire un étiquetage qui sert à une démarche de ségrégation.
Pas scientifique : Les tests négligent certains aspects comme le
sens pratique, la créativité et la sociabilité. D'autre part, BT revient sur
un constat évident : les résultats aux tests de QI ne cessent d'augmenter dans
la population tout venant. Est-ce
une augmentation de l'intelligence ou une augmentation de l'aptitude à réussir
les tests ? Sur le test de Binet 1932, 25% des individus obtiennent 130 points ;
ils étaient 2% à l'époque ... Donc, pour Bernard This, ces épreuves ne
mesurent pas l'intelligence, mais seulement un de ses aspects mineurs : résoudre
des problèmes. Les raisons de ce changement se situeraient dans
l’alimentation, les modalités de vie prénatale et postnatale, la fréquentation
scolaire.
Etiquetage : BT s'en prend à l'idée selon laquelle le QI serait
constant, stable, invariable dans le temps. Il cite des exemples d'enfants
dont les résultats s'améliorent de façon spectaculaire après une psychothérapie.
Il insiste sur l'importance d'un pédagogue valorisant, rassurant, chaleureux,
et sur la nécessité de regonfler le narcissisme de l'enfant.
Bernard This fait référence à Freud qui disait : " ces jeunes,
... il faut leur offrir soutien et appui... l'école a le droit de ne jamais
oublier qu'elle a le devoir de s'occuper d'individus qui sont encore immatures
".
R Sternberg : professeur
de psychologie à l'université de Yale
Il revient sur la corrélation entre les tests d'intelligence et les
notes scolaires ; ces corrélations vont entre 0,4 et 0,6. Il évoque le calcul
de la variance. En statistique la variance c'est le carré de la corrélation.
La variance explique les écarts de scores entre 2 choses qui ont une certaine
corrélation : par exemple si on a une corrélation de 0,5 entre le QI et les
notes scolaires, ça veut dire que le QI explique (0,5*0,5) 25 % des notes
scolaires. Donc il y a les 3/4 de la note scolaire qui
proviennent d'autre chose que du QI. Si on prend la corrélation QI et
performance professionnelle ou salaire, elle est de 0,3, ce qui veut dire que le
QI explique 9% de la variation ... c'est peu.
Il prône l'utilisation d'autres tests ( intelligence pratique au
travail) pour prévoir les aptitudes professionnelles.
D'autre part, Il rapporte une expérience réalisée au Kenya, en zone
rurale, dans laquelle les enfants devaient exécuter une tâche d'adaptation,
jugée comme importante dans leur pays : décider de l'usage de plantes médicinales.
Ensuite, ces mêmes enfants ont passé des tests d'intelligence classique. Les
résultats étaient complètement dé-corrélés.
Cl : Pour RS, les tests
classiques de QI mis au point en occident n'ont pas de sens dans certaines
cultures. Les tests ne sont pas intelligents car ils ne mesurent pas les
aptitudes essentielles.
Le
débat n’est donc pas clos. Il
apparaît néanmoins que les tests d’intelligence rendent plutôt bien compte
de compétences langagières, infra-logiques et logico-mathématiques, utiles à
la réussite scolaire.
Pour l’enseignant, dans sa classe, le fait de demander au psychologue scolaire, un bilan intellectuel peut-être éclairant : au delà du chiffre global à manier avec précaution, les résultats au test peuvent aider à mieux comprendre les forces et faiblesses d’un enfant : vocabulaire, repérage spatio-temporel, pensée catégorielle, image du corps, construction d’un ensemble à partir d’éléments séparés ... et à mettre en place des aides.
IV) La genèse de l’intelligence :
Mais
parler d'intelligence, c'est aussi s'interroger sur sa genèse, son développement
: là, on est un peu obligé de se référer à un auteur dont vous avez tous
entendu parler : Piaget. Pour Piaget, ce que le bébé possède à la naissance,
ce sont simplement des actes réflexes très rudimentaires ( succion, préhension,
marche automatique ...). Le bébé
va exercer ces réflexes, dans une recherche permanente d'équilibre vis à vis
du milieu dans lequel il vit. C'est le principe de l'équilibration.
Pour trouver à chaque instant un équilibre plus évolué dans l'échelle des
connaissances, l'enfant va construire des schèmes ( ensembles organisés de
connaissances). Cette construction permanente de schèmes, de savoirs qui
pourront être réutilisés et sans cesse améliorés, se fait grâce à
l'action. C'est par l'action sur les objets qui l'entourent que
l'enfant parvient à comprendre le monde, de manière très progressive, en
passant par différents stades ou niveaux :
-sensori-moteur ( permanence de l'objet) de 0 à 2 ans
-stade opératoire concret au cours duquel l'enfant reconstruit
progressivement en pensées ce qu'il a découvert au stade précédent par
l'action
- fonction symbolique : langage, dessin, jeu symbolique (entre ces 2
stades)
- pré-opératoire de 2 à 7 ans
- stade des opérations concrètes
-stade opératoire formel : pensée et raisonnement se libèrent
du réel. Sans forcément se référer à un support concret, l'enfant fait des
hypothèses et des déductions. Il parvient à effectuer des opérations
mentales de combinatoire et de proportionnalité.
Donc
en fait, Piaget nous propose un modèle de développement dans lequel les
structures de l'intelligence se construisent de manière continue, linéaire.
Les acquisitions d'un stade englobent et dépassent les acquisitions faites au
stade précédent. Lorsque ces structures de l'intelligence sont construites,
elles devraient s'appliquer à tous les objets. Le problème de sa théorie,
c'est qu’il suffit de changer de façon infime certaines situations pour que
l'enfant échoue.
Les travaux récents effectués chez les bébés, et qui s'appuient
sur des indices comportementaux, orientation du regard, mimiques, gestes,
montrent qu'en fait, sans agir sur le monde, et rien qu'en l’observant, le bébé
est capable de comprendre un certain nombre de lois physiques et d'avoir une
compréhension cohérente du monde. Dès les premiers mois de la vie, avec
quelques expériences perceptives, il construit des compétences : ainsi on a
montré que des bébés de 5 mois ont compris la permanence de l'objet.
On pense aujourd'hui, qu'à la source de l'intelligence, il y a la
perception et non pas l'action. L'action vient après, elle renforce, ainsi que
le langage, des bases qui se sont constituées très tôt, grâce à une capacité
innée : la capacité à se représenter une information de manière
abstraite. On fait donc l’hypothèse de l’existence d’un mécanisme
d’organisation de l’environnement fonctionnant à partir des différentes
« entrées » sensorielles. Ce mécanisme d’organisation est une
condition à la compétence, laquelle sous-tend la performance. Si ce schéma
est juste, on mesure l'importance du cadre de vie et des situations variées ou
non que ce cadre de vie propose à l'enfant dès sa naissance ( jouets, musique,
couleurs, paroles....).
Autres points :
Importance du contexte psycho-affectif dans lequel vit l'enfant, et des
relations sociales ( Vygotsky)
Certains chercheurs mettent en avant l'importance de la capacité à
inhiber des connaissances qui ne sont plus pertinentes à un moment donné, pour
avancer dans le développement. Ils prennent l’Exemple du "syndrome
frontal" et des persévérations qui s'y rattachent.
On a parlé avec Piaget et les travaux chez le bébé d'intelligence
logique, d'intelligence adaptative par rapport aux objets, par rapport au monde
extérieur. On n'a pas parlé d'autres formes d'intelligence...
Comment
le cerveau traite l'information ?
Il existerait dans le cerveau, deux manières de traiter et d'enregistrer
l'information :
-une manière rapide, simultanée, dans laquelle les caractéristiques
d'un stimulus sont enregistrées en même temps. Dans ce type de traitement ce
sont les réseaux de neurones qui ont été constitués au cours du développement
qui s'activent de façon automatique. Ce système de mémorisation permet de
reconnaître instantanément un stimulus visuel ou auditif sans qu'il soit nécessaire
de l'analyser ( grincement d'une porte, visage etc...). La mémoire est stockée
dans les synapses des neurones impliqués dans une activité. L'entrée répétée
d'une même info donne naissance à la mémoire, à cette trace rémanente au
niveau des synapses. Une fois que le souvenir est enregistré, une partie
quelconque de ce souvenir, suffit à restituer l'ensemble dans sa totalité.
-une autre manière de traiter l'information existe : elle est lente, séquentielle,
et nécessiterait l'intervention du cortex préfrontal. Le cortex préfrontal
est à l'origine de la MCT : il a la propriété de maintenir une information
active jusqu'à l'obtention d'une solution acceptable ou considérée comme
telle. Chez l'homme adulte, une information persiste environ 30s en MCT. Cette
seconde manière de fonctionner sur un plan intellectuel, est essentielle,
puisqu'elle autorise le maintien de l'info, son analyse ; elle permet des allers
et retours vers un stock d'infos déjà mémorisées en MLT et en fait, un véritable
travail de comparaison, de simplification, de réflexion.
Un
modèle cognitiviste de base permet d'appréhender cela:
schéma :
|
|
|
|
|
Mémoire à long
terme
(MLT) |
Informations
Maintien et traitement
connaissances organisées
Visuelles,
auditives, tactiles …
de l’information
en réseaux ou schémas
Notez
que l'on est ici dans un fonctionnement « de bas en haut », donc
différent de celui de Piaget.
Ici, ce qui est important, c'est de se représenter et de mémoriser
à court terme :
-la situation de départ,
-les contraintes
-le but à atteindre
Exemple
des tours de Hanoï et des monstres : deux problèmes ayant la même
structure logique mais dont la difficulté diffère selon la possibilité que
l’on a, à se représenter la
situation de départ et les contraintes …
Dans
de nombreuses situations, il existe des sous-buts qu'il faut savoir trouver,
parfois de manière empirique, par imitation, tâtonnement etc… La MDT, qui
permet de maintenir une info et de la manipuler paraît donc essentielle à la
plupart des opérations cognitives. On sait que certains neurones du cortex
préfrontal s'activent lors de l'arrivée de l'info et restent éclairés
pendant tout le temps de l'opération. On pense que le cortex pré-frontal joue
le rôle d'un centre exécutif, qui permet la représentation et
le développement de stratégies adaptatives et de planification. Le temps
pendant lequel une info reste active, mais aussi la quantité d'infos que peut
traiter le système cognitif semblent déterminantes à la compréhension. La
MDT selon le « modèle de Baddeley » serait constituée du centre
exécutif et de deux systèmes esclaves l’un s’appuyant sur le langage,
la « boucle phonologique » et l’autre sur l’imagerie
mentale le « calepin visuo-spatial ». La MDT possédant une
capacité limitée, c’est le niveau d’expertise d’un individu devant une tâche
donnée qui va permettre d’alléger la charge mentale et donc de dégager des
ressources pour mener à bien des activités complexes. Certains joueurs d’échecs
par exemple sont capables de mémoriser un nombre impressionnant de pièces et
de configurations.
Pour qu’il y ait un traitement des infos fiable, valable, il faut être
capable d'utiliser les deux modes de traitement ( simultané et séquentiel), et
aussi de les associer, de les coordonner de manière efficace.
Enfin, il apparaît que ce système dans lequel le cortex joue un rôle si fondamental, n'est pas indépendant d'éléments émotionnels ; ceci explique qu’un peu d'anxiété augmente parfois les facultés cognitives, mais qu'un stress trop fort interdit toute possibilité de concentration et entraîne l'échec.
V ) La théorie des intelligences multiples de Gardner
Quelles intelligences :
Pour Howard Gardner, l'intelligence humaine englobe un ensemble de compétences
bien plus variées que celles qui sont analysées de façon simpliste par les
tests de QI. Il existe des capacités
indépendantes.
Selon HG il en existerait au moins 7 formes : l'intelligence
linguistique, la logique mathématique, l'aptitude musicale, l'aptitude
spatiale, l'aptitude du corps à se mouvoir, l'intelligence inter-personnelle,
l'intelligence intra-personnelle.
Ces différentes formes d'intelligences seraient présentes chez tous les
individus mais chacun aurait un profil différent. IL y aurait donc des
variations intra-individuelles et inter-individuelles selon le domaine considéré.
D'autre part, HG évoque d'emblée l'importance du milieu : deux individus, même
des jumeaux n'ont jamais le même profil parce-que leur histoire est particulière.
Quels critères :
1) Que se passe t-il lors d'attaques cérébrales ?
Si certaines aptitudes sont touchées dans ces cas, alors c'est bien
qu'elles représentent une entité.
2) Existe t-il des prodiges, des êtres d'exception dans une forme
pressentie ?
3) Existe t-il une histoire du développement spécifique chez un
individu ? et quelles sont les étapes dans la mise en place d'une compétence
donnée ?
4) Existe t-il une histoire évolutionniste ? p exple l'intelligence
spatiale des mammifères ou l' intelligence musicale des oiseaux.
Pour quoi faire :
Imaginer des méthodes pour motiver les élèves et les étudiants. Il
est important de former des individus ayant un certain sens civique, ou étant
sensibilisés aux arts. Pour ce qui est de la démarche pédagogique, il est
utile de présenter des sujets d'étude de plusieurs manières, en faisant
appel à différentes formes d'intelligence : le langage, la présentation
imagée, le schéma, des travaux
de regroupements ou classification, la présentation narrative d'un
conte en lien avec le thème étudié.
HG
admet l’importance des compétences de base, lire écrire compter : " il
faut que les élèves entrent dans la culture écrite et s'y épanouissent",
mais il insiste par exemple sur l'aptitude à lire pour comprendre, et sur le désir
de lire. Pour cela il faut mettre du sens dans les activités proposées, il
faut trouver des contextes motivants d'application. Or le sentiment bien présent
chez les enseignants d'être pressés par le temps, peut les amener à
raccourcir les processus de découverte, ce qui fait que les enfants ne
comprennent pas pourquoi on leur inculque des compétences et comment ils les
utiliseront après l'école. D’autre part, les exigences qui pèsent sur les
enseignants augmentent. Les programmes scolaires se sont beaucoup diversifiés
...
HG prône une éducation à la compréhension pendant l'enfance : "
musée pour enfants, une sorte de centre de découverte, d'exploratorium dans
lequel différentes expositions permettent aux enfants de découvrir véritablement
des adultes engagés dans leur discipline- informaticiens, gardiens de zoo,
ouvriers d'usine-" Au cours de leur scolarité les jeunes participent à
divers apprentissages de type professionnel avec ces adultes. Et dans leur
ensemble, ces travaux mettent en jeu les compétences de base ( lecture écriture
activité mathématique)
Rq : HG se réfère
aux neurosciences et à la nature modulaire du cerveau ( cf Fodor : la
modularité de l’esprit).
*
* On peut se demander cependant si la
modularité de l'esprit n’a pas des limites ; sinon comment les différents modules peuvent-ils fonctionner
comme un tout ?
Quelques
pistes au niveau de la classe :
Développer
la MLT dès la petite enfance ( le bain de langage, le jeu, les situations
interactives où on dit, on argumente, on écoute, on réfléchit, on observe).
Développer la MDT en
alternant moments d’apprentissage par cœur et jeux. Au cycle II, envisager un
apprentissage régulier de mots simples ( 2 à 3 par jour) en
s’appuyant sur diverses stratégies possibles permet dans la plupart des cas
d’augmenter le lexique orthographique.
D’une façon générale,
revenir à des rituels de classe : c’est un moyen de développer les systèmes
cognitifs évoqués plus haut par un exercice régulier ; ainsi on augmente la
capacité, on habitue l’esprit à ce type d’effort et ce faisant, on
engrange des connaissances.
Peut-être
faudrait-il concentrer davantage de moyens sur les décalages précoces observés
chez les 4/5 ans.
biblio
et outils :
L’avenir
n’est pas héréditaire, H Ponchelet ; Eds Belin.
Pour
une école du savoir, B Vergely ; Eds Milan
Tests
et théories de l’intelligence, Dunod
Les
années magiques, Irène Freig, Eds ?
Catégo :
un imagier pour apprendre à catégoriser, 2002 ; Cèbe, Paour, Goigoux ;
Eds Hatier
Compétence mémoire : méthodes, activités, situations, Eds Accès
L’homme
en développement , Bideau, Houdé, Pedinielli ; PUF
L’intelligence des bébés, R Lécuyer ; Dunod
| Au cours de cette
journée, on a beaucoup parlé potentiel intellectuel, apprentissage, éducabilité.
Il ne faut pas oublier non plus, que derrière l’élève, il y a un enfant
parfois en souffrance, qui a de toute façon besoin, encore plus que
l’adulte, de l’estime des autres : parents, enseignants, camarades.
Se trouvant parfois dans une position d’enfant oublié ou ignoré,
confronté aux injonctions familiales ou de l’institution, il a alors
besoin d’un dispositif d’écoute pour étayer un moi encore fragile… |
Les troubles de l'apprentissage chez l'enfant :
Vous allez trouver ci-dessous le texte d'une animation faite le 12/02/2003 par Béatrice MONTSAINGEON, psychologue scolaire du réseau de Montmélian.
I) Les troubles d'apprentissage chez l'enfant : généralités.
II) Les différents troubles d'apprentissage scolaire :
Les troubles du langage oral ou écrit chez l'enfant :
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Les retards simples ou troubles fonctionnels.
| Les dysphasies ou troubles structurels.
| Les troubles qui peuvent être associés à la dysphasie. |
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Les modèles d'acquisition de la lecture.
| Les dyslexies.
| Les dysorthographies.
| Liens entre dysphasie et dyslexie. |
Les troubles praxiques et visuo-spatiaux chez l'enfant :
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Le développement du calcul chez l'enfant.
| Les dyscalculies. |
Les troubles d'apprentissage chez l'enfant. Généralités :
A ‑ Les différentes catégories des difficultés d'apprentissage :
Les troubles d'apprentissage sont souvent le point de départ de difficultés scolaires persistantes, voir d'échecs scolaires massifs aux conséquences souvent dramatiques pour les enfants concernés mais aussi pour les adultes en devenir que sont ces enfants.
On peut classer ces enfants en difficultés d'apprentissage dans trois catégories selon l'origine principale de leurs difficultés :
Dans les parties suivantes nous allons plus particulièrement nous intéresser aux troubles développementaux du langage oral (dysphasie), écrit (dyslexie, dysorthographie) ou pour manipuler les nombres (dyscalculie) et de la coordination motrice (dyspraxie).
B ‑ Définition de trouble d'apprentissage :
Les difficultés d'apprentissage qui relèvent de la 3ème catégorie sont les plus fréquentes. Elles sont en général passagères et résultent de causes multi factorielles. Une aide spécialisée (orthophonique, psychologique, pédagogique ... ) sera le plus souvent suffisante pour amorcer les apprentissages. C'est quand l'échec scolaire perdure malgré les différentes prises en charge qu'il faut commencer à s'inquiéter et que l'on peut parler de trouble d'apprentissage.
Les troubles d'apprentissage sont plutôt une condition permanente que vit et vivra l'enfant pendant sa scolarité et qui aura des répercussions dans sa vie adulte. Ils peuvent être définis comme "un ensemble hétérogène de troubles causés par une dysfonction, détectée ou non, du système nerveux central mais n'ayant pas pour origine un handicap visuel, auditif, ou moteur, une arriération mentale, un trouble affectif ou un milieu défavorisé'' (National Joint Comittee of learning disabilities, Etat‑Unis). Néanmoins, l'un ou l'autre de ces problèmes peut être présent dans les troubles d'apprentissage. "Ces troubles peuvent se manifester par des retards dans le développement, des difficultés au niveau de la concentration, de la mémoire, du raisonnement, des difficultés au niveau de la coordination de la communication, de la lecture, de l'écriture, de l'épellation du calcul et par des difficultés touchant la sociabilité et la maturité affective". Il en découle des difficultés importantes et persistantes ‑malgré les solutions proposées ‑dans les apprentissages, gênant les enfants dans leur adaptation scolaire. Il faut quelquefois apprendre à l'enfant et/ou aux parents à faire le deuil d'une capacité qui n'arrive pas à bien se développer.
Chez l'enfant, les troubles d'apprentissages selon le DSM‑IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, de l'Association américaine de psychiatrie) concernent les troubles d'apprentissage scolaires, à savoir :
les troubles du langage
oral et écrit,
| les troubles du calcul,
| les
troubles associés (déficits de l'attention avec ou sans hyperactivité,
trouble de la coordination, troubles psychomoteurs spécifiques, enfants
surdoués). | |
Ces troubles sont reconnus en France comme une affection d'origine neurologique depuis 1997.
Les différents troubles d’apprentissage scolaire :
A ‑ Les troubles du langage oral ou écrit chez l'enfant :
Ce sont des troubles spécifiques du développement cérébral qui peuvent être globaux, atteindre les processus attentionnels, la mémoire immédiate verbale puis des aptitudes plus spécifiques mises en jeu dans l'acquisition du langage oral, de la lecture, du graphisme ... Toute atteinte des fonctions linguistiques, que ce soit au niveau de la production ou de la réception, que cela touche l'oral et/ou l'écrit aura des répercussions sur l'apprentissages scolaire et provoquera des difficultés dépendantes de leur importance.
Le langage humain peut être définit comme "la fonction d'expression de la pensée et de communication entre les hommes, mise en oeuvre au moyen d'un système de signes vocaux (parole) et éventuellement de signes graphiques (écriture) que constitue une langue" (Petit Robert). Lorsqu'il se développe de façon normal, le langage suit des étapes prédéterminées en fonction de l'âge de l'enfant.
On s'accorde pour reconnaître 4 grandes étapes dans le développement du langage (Gérard C.L) :
La
période préverbale qui englobe la 1ère année de vie et où l'on
trouve les premiers éléments de communication.
| La
période des comportements de verbalisation entre 1 et 2 ans où les
mots sont associés, utilisés de façon de plus en plus judicieuse et où
les bases de la syntaxe s'installe.
| La
période de croissance exponentielle du lexique de 2 à 6 ans où les
éléments phonologiques, lexicaux et syntaxiques ainsi que les capacités métalinguistiques
vont se développer. Le langage écrit commence aussi à se mettre en place
durant cette période.
| La
période d'élaboration du langage et de sophistication à partir de
6 ans et qui se poursuit tout au long de la vie. | |
A côté de ce développement normal, des retards simples ou des troubles du langage peuvent survenir. Ils vont apparaître dès l'apprentissage du langage et peuvent persister beaucoup plus tard. Ils ont des origines diverses. Certains sont associés à des déficiences intellectuelles ou sensorielles, à l’autisme, à un manque de stimulation ou à des atteintes neurologiques. Pour d'autres, aucune cause évidente n'est trouvée et les autres domaines se développent normalement. Ce sont ces derniers qui vont nous intéresser.
a ‑ Les retard simples ou troubles fonctionnels :
Dans ce cas, le langage correspond tout simplement à celui d'un enfant plus jeune.
| Les troubles fonctionnels concernent essentiellement : |
‑ Les troubles articulatoires : ce sont des erreurs permanentes et systématiques dans l'exécution du mouvement nécessaire à l'émission d'un phonème.
‑ Le bégaiement : c'est une perturbation de l’affluence normale et du rythme de la parole. Il est souvent associé à des manifestations motrices (tic ... )
| Les retards simples peuvent porter sur : |
‑ La parole : c'est la simplification ou modification phonèmique des mots. Par exemple "arbre" devient "ab", "train" devient "crin", "couteau" devient "touto". En fait le mot ne peut être reproduit dans sa totalité alors que chaque phonème l'est séparément. Ces déformations considérées comme normales chez l'enfant qui apprend à parler nécessite une rééducation si elles persistent au delà de 5/6 ans.
‑ Le langage : c'est l'existence d'un décalage dans l'élaboration du langage et la chronologie normale des acquisitions du langage. A savoir :
• apparition du premier mot après 2 ans (normal entre 10 et 18 mois)
• apparition du mot‑phrase ou de l'assemblage de 2 mots vers 3 ans (normal entre 12 et 15 mois)
• utilisation des pronoms et notamment du "je" vers 4 ans (au lieu de 3 ans)
• vocabulaire réduit
• pas d'utilisation de phrases complexes, pas de respect de l'ordre des mots, utilisation du "il" au lieu du "je"
Dans ces cas là, le déficit ne porte que sur le côté expressif du langage alors que la compréhension est meilleure. Comme les retards simples et les troubles fonctionnels ne touchent pas la structure du langage, l'évolution est favorable et ils sont réversibles à plus ou moins long terme. Généralement le retard est comblé avant 6 ans, quand les difficultés persistent au delà de 6 ans, il est probable que l'on soit face à une dysphasie.
b ‑ Les dysphasies ou troubles structurels :
Dans ce cas, le développement normal du langage ne se fait pas. Cela entraîne l'échec d'une acquisition normale du langage expressif et/ou réceptif chez des enfants dont l'audition, l'efficience intellectuelle, le contexte affectif, linguistique et social, l'appareil bucco‑phonatoire sont normaux. Ce sont des troubles graves, durables et déviants de la fonction linguistique que l'on appelle dysphasie. Ces troubles concernent environ 1% de la population scolaire. Les dysphasies peuvent toucher :
• soit le versant expressif avec peu ou pas d'atteinte de la compréhension
• soit le versant réceptif avec atteinte de tous les niveaux de compréhension
• soit les deux versants.
Il existe différents degrés de sévérités des dysphasies, et cela peut aller jusqu'à l'impossibilité à produire un langage intelligible.
Classifications des dysphasies :
Ils existent plusieurs classifications des dysphasies, mais à l'heure actuelle aucune ne fait consensus et n'a été adoptée au niveau international. En France, deux classifications sont essentiellement utilisées :
Celle qui s'appuie sur le modèle de langage de Crosson. Ce modèle décrit la relation réciproque entre 3 groupes de centres du cerveau où sont réalisés différents niveaux de contrôle. Il existe plusieurs connexions entre ces centres et c'est les atteintes de ces différentes connexions qui définissent les différents troubles qu'il nomme : trouble phonologique syntaxique, trouble de la production phonologique, trouble lexical syntaxique, trouble sémantique pragmatique et trouble réceptif.
La 2ème classification de Rappin et Allen (1983) se base sur l'identification des pathologies à travers l'observation des symptômes se rapportant à différents niveaux de la fonction langagière tels que la phonologie, le lexique, la morphologie, la syntaxe, la sémantique et la pragmatique. Ils aboutissent à un classement des dysphasies en 3 grandes catégories selon que l'atteinte soit mixte (expressive et réceptive), soit essentiellement expressive ou soit au niveau du traitement de l'information ou de l'organisation de la signification (plutôt réceptive). Nous pouvons retrouver dans cette classification les troubles décrits par Crosson.
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Classification des dysphasies (selon Rappin et Allen 1983) |
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1. Les atteintes mixtes (expressives et réceptives) :
L'enfant ne parvient pas à décoder la phonologie, ni à interpréter les sons du langage parlé alors que l'audition est bonne. La compréhension est quasi nulle du fait de son impossibilité à extraire le sens des sons. C'est la forme la plus sévère du trouble de compréhension. Le langage oral, s'il n'est pas absent est rudimentaire et déformé avec des difficultés articulatoire et de prononciation. Pour concevoir l'univers sonore de l'enfant, il faut s'imaginer arrivant dans un pays dont la langue nous est parfaitement étrangère (ex la chine) et où, bien qu'entendant tout ce qui est dit on soit incapable d'en extraire le moindre sens. Le langage pictural devient nécessaire. Cette affection est rare.
On observe des difficultés à décoder des énoncés longs, complexes ou comprenant des concepts abstraits. L'expression verbale est limitée, l'articulation et la syntaxe sont déficientes, les phrases sont courtes, mal organisé et l'on observe un agrammatisme. Les mots de liaisons sont omis ou erronés, les verbes ne sont pas conjugués. La compréhension est parcellaire mais souvent mieux préservée que l'expression. C'est l'atteinte la plus fréquente.
2. Les atteintes expressives :
Le langage expressif est absent ou extrêmement limité du fait d'une incapacité pour l'enfant à organiser et à produire les mouvements articulatoires pour émettre les sons. L'enfant ne parvient pas à répéter des mot de 3 syllabes. Il s'exprime peu, sa fluidité verbale est limitée, son vocabulaire est pauvre. Les mots sont tronqués, isolés et sans structure grammaticale. Plus l'énoncé est long plus les malformations augmentent. Pour échanger, l'enfant adopte un style télégraphique. Le langage gestuel peut être utile. La compréhension verbale est légèrement ou modérément atteinte.
Dans cette forme de dysphasie, l'enfant est bavard mais a des problèmes articulatoires. Les sons isolés peuvent être bien prononcés mais mal articulés dans le mot ou la phrase. De plus il est dans l'incapacité de respecter la séquence constitutive d'un mot ou d'une phrase. Il éprouve aussi des difficultés dans la construction du récit avec des troubles de la chronologie. Cela rend leur discours inintelligible. Par contre leur compréhension est normale. Selon certains auteurs, cette forme de dysphasie aurait un meilleur pronostic d'évolution.
3. Les atteintes au niveau du traitement :
Il est caractérisé par un important trouble de l'évocation. La désignation spontanée des objets est supérieure à l'évocation sur demande à cause d'un accès lexical limité. La syntaxe est immature. L'apprentissage du nom des lettres, de mots nouveaux est laborieux. Les difficultés mnésiques sont importantes. Le langage appris (comptine ... ) est meilleur que le langage spontané (réponse à une question) où l'on observe des hésitations, de la lenteur, l'utilisation de mots de remplissage (truc, machin ... ), des paraphasies sémantiques (mots de sens proche lion = tigre) ou phonologique (mots de consonance proche). L'articulation et la fluidité verbale sont normales, l'intelligibilité est bonne. En général, ce sont les dysphasiques qui s'en sortent le mieux.
Il touche surtout la compréhension. L'expression est supérieure à la réception. Le langage, même s'il peut apparaître tard, s'est développé normalement. Il est appris grâce à une mémoire auditive phénoménale. L'enfant construit des phrases correctes mais qui ne décrivent rien, qui donnent quelques fois l'impression de reproduction d'enregistrement déjà entendu. Les énoncés sont des associations en chaîne plutôt que des séquences logiques d'idées. Si la compréhension des mots est bonne celle des questions ouvertes, des tâches et des situations nouvelles ou inhabituelles est déficitaire. Dans cette forme de dysphasie, l'enfant est hermétique au langage métaphorique à l'humour, il prend tout au pied de la lettre, il a des difficultés dans les jeux symboliques et est trop pragmatique. Il a des difficultés à acquérir les règles de bases de la communication (contact visuel, tour de parole ... ) Pour lui, le langage ne correspond pas à un moyen de communication. Cette dysphasie se retrouve dans certaines formes d'autisme et le syndrome d’Asperger.
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Malgré l'effort pour classifier les dysphasies, il arrive qu'un diagnostic se modifie au cours du développement et ce qui semblait "correspondre à une dysphasie pourra s'avérer a posteriori un simple retard... Telle dysphasie de type phonologico‑syntaxique s'avérera correspondre plus tard à un trouble de programmation phonologique" (Echenne et Cheminal).
c ‑ Troubles qui peuvent être associés à la dysphasie :
• Trouble de la perception auditive : difficultés dans le traitement du signal sonore. La vitesse de la parole est trop rapide pour que l'enfant différencie chaque mot.
• Trouble de l'abstraction : difficultés d'accès aux concepts abstraits. Nécessité de recourir aux mots concrets pour exprimer ou comprendre une situation.
• Trouble de la généralisation : difficultés d'accéder aux concepts de catégorisation. Fleur et marguerite sont des entités distinctes.
• Trouble à séquentialiser qui entraîne souvent un trouble de la perception du temps : difficultés à organiser la séquence des événements en respectant l'ordre chronologique.
• Trouble praxiques : difficulté dans la planification motrice nécessaire à la production de la parole.
• Difficultés de perception spatiale qui le gênent dans l'organisation de son espace et de son temps ou la planification de ses activités.
L'enfant dysphasique peut manifester, à cause des difficultés de compréhension, d'adaptation aux situations nouvelles et de communication, des problèmes de comportement ou des difficultés sociales. Le plus souvent il montre un désir de communiquer et est très motivé pour apprendre malgré ses difficultés.
Pour terminer voici quelques pistes pour aider l'enfant dysphasique (selon Francine Lussier et Janine Flessas) :
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Pistes pour intervenir auprès de l'enfant dysphasique (selon Lussier et Flessas) |
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1. Problème au niveau du langage réceptif : • Attirer l'attention de l'enfant quand on lui adresse un message. • Ajuster la complexité du message verbal selon le niveau de compréhension de l'enfant. • Reformuler le même message • Vérifier la compréhension verbale de l'enfant
2. Problème au niveau du langage expressif : • Donner des aides visuelles pour faciliter la communication • Inciter à produire des gestes de communication non verbale • Vérifier la compréhension du message par une demande de reformulation • Amener l'enfant à illustrer son message, son raisonnement, sa démarche. • Développer ses habiletés métaphonologiques (nombre de syllabes, phonème initial, terminaison du mot) • Sensibiliser aux règles morphologiques de formation des mots (radical et terminaison, suffixe et préfixe)
3. Organisation fonctionnelle de la classe : • Etablir une routine très simple au début, la planifier de façon très détaillé, la complexifier très progressivement et l'illustrer par des images ou pictogramme • Prévoir un support visuel pour signaler les évènements spéciaux • Se référer à un calendrier (emploi du temps) pour toute gestion du temps • Etablir des règles claires de communication. Ne tolérer qu'un seul enfant parle en même temps • Etre consistant dans ses demandes et constant dans ses exigences • Varier le type d'activités sur un même thème. Prévoir des activités de courte durée. Alterner les activités verbales et celles de manipulation • Utiliser les pairs pour vérifier la compréhension de l'enfant dysphasique
4. Organisation matérielle de la classe : • Eviter la réorganisation trop fréquente du mobilier • Placer l'enfant près du maître de façon à ce qu'il puisse le voir ou voir l'interlocuteur, loin des fenêtres et des portes pour éviter les distracteurs • Eviter la sur‑stimulation
5. Pour favoriser les apprentissages : • Faire de nombreuses démonstrations • Favoriser la modélisation, l'imitation • Automatiser le plus possible
6. Pour l'enseignant : • Avoir des rencontres fréquentes avec les parents et leur signaler que l'on souhaite les voir souvent • Evaluer fréquemment l'enfant dysphasique (ou les enfants à risque) pour éviter les mauvaises surprises • Solliciter l'aide des parents. Leur indiquer les thèmes qui seront vus pour qu'ils puissent aborder le vocabulaire • Contrôler les efforts, l'enfant dysphasique fournit un effort constant et important pour suivre le rythme de la classe, il se fatigue plus vite que les autres enfants. Il faut donc lui fournir de courtes périodes d'explication et lui accorder plus souvent de courtes pauses.
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Pour conclure, une absence ou même un retard de développement des différentes capacités permettant la maîtrise de la compréhension et de la production du langage oral aura des répercutions dans l'apprentissage de la lecture.
a ‑ Les modèles d'acquisition de la lecture :
Depuis de nombreuses années, les troubles de la lecture observés soit chez des adultes cérébro‑lésés anciennement lecteurs (dyslexie acquise), soit chez des enfants présentant des difficultés durables d'acquisition de la lecture sans qu'aucunes autres déficiences (intellectuelle, sensorielle...) ne soient présentes (dyslexie développementale), ont apporté des éléments de réponse aux questions que se posait la psychologie cognitive sur les processus d'apprentissage de la lecture. Cela a conduit les chercheurs à élaborer des modèles rendant compte des mécanismes mis en oeuvre lors des activités de lecture et parallèlement de définir les différents types de dyslexies et les symptômes qui s'y rapportent.
| Les modèles appelés "double‑ voie" font l'hypothèse de deux routes de lecture indépendantes : une phonologique et une lexicale : |
La voie lexicale (ou par adressage) permet de passer directement du mot écrit au mot prononçable, sans l'intervention des règles de conversion graphèmes‑phonèmes. Cela suppose donc que le mot soit suffisamment familier pour pouvoir accéder à sa signification stockée dans le système sémantique. Cette voie permet la lecture et la prononciation de tous les mots connus, qu'ils soient réguliers ou irréguliers. Par contre elle se montre inefficace dans la lecture des mots nouveaux ou des pseudo‑mots.
La voie phonologique (ou par assemblage) consiste à transformer le code graphémique du mot en un code phonologique à l'aide de règles de conversion grapho‑phonémique. Il y aurait donc d'abord une segmentation en unités graphémiques ou syllabiques, puis une transformation en phonèmes. Une fois la séquence de phonèmes produite, elle est transmise au "buffer" phonologique en vue de son assemblage et de sa prononciation. Cette voie permet la lecture et la prononciation des pseudo‑mots et des mots nouveaux qui par définition ne peuvent pas être stockés en mémoire à long terme, mais elle se montre inopérante dans la lecture correcte des mots irréguliers.
Ces modèles, élaborés à partir de l'étude de troubles de la lecture survenus chez des sujets adultes, font référence au dysfonctionnement d'un système relativement stabilisé, puisqu'ils reposent sur l'analyse des procédures fonctionnelles normalement installées, puis perdues suite à un accident cérébral. Cependant, bien qu'ils amènent un certain nombre de connaissances permettant d'analyser les difficultés d'acquisition des mécanismes de la lecture que l'on peut observer chez l'enfant, ils ne se montrent pas toujours satisfaisants pour interpréter ces déficits, puisque, dans ce cas là, le dysfonctionnement touche non plus un système stabilisé mais un système en cours de structuration.
| Le modèle à étapes de FRITH : |
C'est dans cette perspective que Frith (1985) propose un modèle développemental d'acquisition de la lecture. Ce modèle, le plus reconnu, suggère trois "stades" par lesquels le lecteur débutant est censé obligatoirement passer, chacun de ces stades étant nécessaire pour l'adoption de nouvelles stratégies spécifiques dans le traitement de l'information. Ce n'est que lorsque les stratégies d'un stade inférieur sont maîtrisées que le lecteur novice peut accéder au stade suivant. Donc, chaque étape est marquée par l'adoption d'une modalité spécifique de traitement de l'information.
La phase logographique se caractérise par l'utilisation d'indices visuels (saillance, première lettre, longueur, reconnaissance de mots appris globalement ... A ce stade, c'est l'unité mot qui est reconnue de manière globale et très contextualisée. Les enfants peuvent reconnaître et "lire" des mots déjà rencontrés et appartenant à un corpus lexical restreint, mais ils ne disposent d'aucune stratégie pour lire des mots nouveaux. La correspondance entre un mot écrit et oral est aléatoire puisque la reconnaissance des mots se fait principalement sur des indices visuels et environnementaux, sans prise en compte de la conversion graphème‑phonème qui se fera au stade suivant.
La phase alphabétique est l'étape de la mise en relation graphies‑phonies. Les stratégies acquises à cette phase permettent la lecture de tous les mots (nouveaux ou non) et pseudo-mots. A cette étape, l’identification d’un mot
inconnu passe par son code phonologique, l'enfant devient capable d'appliquer des règles simples de conversion graphèmes‑phonèmes. Il utilise une méthode analytique puisque les graphèmes sont traités et décodés successivement. Grâce à l'information phonologique l'enfant apprend à tenir compte simultanément des lettres qui composent le mot et de leur succession à l'intérieur du mot. L'accès à cette phase ne se fait pas naturellement, il est facilité par l'apprentissage de l'écriture qui fait prendre conscience à l'enfant que les mots ne sont pas des blocs indissociables mais sont formés d'unités plus petites.
La phase orthographique ouvre l'accès à la lecture des mots irréguliers ou des sons complexes. La différence avec la phase précédente tient au fait que c'est l'unité morphème (mot) qui est analysée sans référence à la conversion phonologique. Les mots sont traités de manière globale et analytique. Le traitement se fait par l'utilisation de règles complexes telles que l'analogie qui va permettre le traitement des mots nouveaux en référence aux mots déjà appris, et l'automatisation des processus de lecture qui va permettre à l'attention de se focaliser sur le sens du texte. Cette dernière phase serait celle correspondant à la lecture experte de l'adulte.
b ‑ Les dyslexies :
Pour être reconnu comme dyslexique, la différence entre ses productions en lecture et son âge mental (présumé aux test d'intelligence) doit être d'au moins 18 mois à 2 ans. De plus, l'enfant doit présenter "une difficulté durable d'apprentissage de la lecture et d'acquisition de son automatisme" alors qu'il est" intelligent, normalement scolarisé, indemne de tous troubles sensoriels (Debray‑Ritzen) et sans carence de stimulation socio‑culturelle.
Cependant, l'imprécision de cette définition amène à qualifier de dyslexique des enfants qui présentent seulement un retard dans l'apprentissage de la lecture et de l'orthographe. Cela explique aussi pourquoi dans la littérature le taux de dyslexique est si élastique et peut passer de 4% à 20 % de la population scolaire. En France on s'accorde à reconnaître entre 5 % et 8% d'enfants dyslexiques.
Classifications des dyslexies :
La classification des dyslexies s'appuie sur les modèles cognitivistes de la lecture. On les regroupe en fonction de la voie qui est atteinte et des symptômes qu'elles présentent.
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Classification des dyslexies (inspirée de l'ouvrage de Lussier et Flessas) |
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1. Atteinte de la voie phonologique (ou d'assemblage) : Ce sont les dyslexies phonologiques (appelées aussi : dyphonétique, phonétique, linguistique ou profonde chez l'adulte). Elles représentent entre 60 et 67 % de la population dyslexique. Elles sont caractérisées par des difficultés d'acquisition d'automatismes au niveau du stade alphabétique rendant difficile le passage à la phase orthographique.
· Symptômes courants : • Atteinte de la conscience phonologique : difficultés à segmenter le mot à l'oral (discrimination phonèmique, jugement de similitudes entre rimes, suppression de phonème) ou à l'écrit en ses constituants phonologiques. • Peu ou pas d'automatisation du code de conversion graphophonétique : difficultés pour lire tout nouveau mot ou pseudo mot. • Utilisation massive du contexte et de la voie sémantique : tendance à deviner le mot à partir d'indices visuels ou sémantiques (berger pour bergerie, rivière pour ruisseau... • Atteinte de la mémoire de travail et de la mémoire auditivo‑séquentielle : difficultés de l'organisation temporelle et empan mnésique auditif faible, alors qu'en modalité visuelle, il est normal. • Lenteur d'accès à limage motrice des mots en évocation rapide : difficultés purement langagières qui touchent spécifiquement la rapidité de dénomination de stimuli répétitifs (couleurs, lettres, objets ou chiffres)
2. Atteinte de la voie lexicale (ou d'adressage) : Ce sont les dyslexies dyséidétiques (appelées aussi : morphémique, d'analyse visuelle, lexicale ou orthographique de surface chez l'adulte). C'est un trouble moins fréquent entre 10 et 20% de la population dyslexique. Elles sont caractérisées par l'utilisation quasi exclusive de la voie d'assemblage et d'une fixation au stade alphabétique rendant la phase orthographique et la voie d'adressage inaccessibles.
• Atteinte de la reconnaissance visuelle des mots en mémoire logographique : difficultés de la reconnaissance visuelle des segments constituants les mots familiers (eh, tr, gr...) • Utilisation massive de la correspondance graphème-phonème et de la voie d’assemblage : difficultés à automatiser la lecture, à récupérer en mémoire la prononciation associée au mot et ce d'autant plus que le mot est irrégulier (oignon, femme, monsieur, foulard ... ). • Atteinte de la mémoire de travail visuo‑spatiale ne permettant pas d'étendre le "lexique visuel d'entrée" : difficultés à traiter visuellement un même mot dont les caractéristiques physiques ont varié. Le traitement visuel d'une forme écrite dépend de sa typographie, sa longueur, sa fréquence, sa congruence. • Confusion dans l'organisation spatiale des lettres ou dans leur séquence à l'intérieur d'un mot et/ou des chiffres : difficultés dans la reconnaissance des graphèmes de formes identiques mais orientés différemment ou de formes voisine. • Incapacité d'accès au sens : difficultés et lenteur pour décoder entraînant des erreurs de régularisation (femme lu fème) et de segmentation entravant fortement la compréhension. Les mots sont des agrégats de lettres et de sons sans sens.
3. Les atteintes au niveau des deux voles de la lecture (assemblage et adressage) : Ce sont les dyslexies mixtes. Elles peuvent présenter des symptômes des deux formes précédentes. Elles représentent entre 20 et 25 % de la population dyslexique. Elles sont caractérisées par des difficultés massives en lecture aboutissant à de véritables "alexie".
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Cette classification montre le lien étroit existant entre la conscience phonologique et la lecture, d'où un certain consensus pour dire que toutes les personnes présentant des troubles persistants en lecture ont des difficultés phonologiques.
Pourtant d'autres études sur les dyslexies ont montré que les troubles de la conscience phonémique n'accompagnent pas systématiquement la dyslexie de surface. Pour rendre compte des dysfonctionnements dans les dyslexies de surface, ces recherches font l'hypothèse d'une implication de processus visuo‑attentionnels. Bien qu'à ce jour, il existe peu de données dans ce domaine, tant chez le lecteur normal que chez le dyslexique, on peut néanmoins dire que ces travaux indiquent qu'il existe une relation entre déficience des traitements visuels ou visuo‑attentionnels et apprentissage de la lecture dans les performances des dyslexiques. Ainsi, la mise en évidence de l'existence d'un trouble visuo‑attentionnel, qui empêcherait l'attention de se fixer sur l'information pertinente, pourrait rendre compte de certains troubles durables que l'on observe lors de l'apprentissage de la lecture en dehors de tout déficit d'ordre phonologique. Cela va dans le sens de certains modèles de lecture (Laberge et Samuels 1974) qui, sans nier les connaissances linguistiques que requiert l'activité de lecture, met en préalable à son apprentissage l'acquisition de procédures visuelles spécifiques qui nécessitent à l'origine un coût attentionnel. Et c'est l'automatisation progressive de ces traitements visuels qui permettra une lecture experte et courante.
Cela confirme l'idée que la dyslexie peut revêtir plusieurs formes et avoir plusieurs causes. Il convient donc d'ajouter à cette classification une quatrième entrée : les dyslexies visuo‑attentionnelles qui seraient caractérisées par des prises d'indice visuel insuffisantes aussi bien dans la lecture des non‑mots, des mots réguliers ou irréguliers et très souvent associées à un trouble déficitaire de l'attention.
Types d'erreurs à observer et qui ne doivent pas s'installer :
• Confusions visuelles (u‑n, ch‑cl, ... ), auditive (v‑f, ch‑j, ... ) ou de mots proches (femme / ferme...)
• Omission ou addition de consonnes (plus ‑ pu, amène ‑ armène ... ), de syllabes ( rencontre ‑ rentre...)
• Inversion dans la séquence de lettres (il / li, ... ) ou de syllabes (fourchette / chourfette...)
• Persévération (pâturage pâpurage ou pârurage...)
• Régularisation (oignon : wa/gnon...)
• Non respect de la ponctuation, de l'intonation
• Pas d'automatisation
Rééducations des dyslexies :
Pour assurer une meilleure réussite à la rééducation, celle-ci doit être précoce (ne pas attendre les 18 mois à 2 ans de décalage de la définition), intensive (de préférence un peu chaque jour plutôt que beaucoup une fois par semaine) et surtout adaptée ou déficit de l'enfant. D'ou l'intérêt de classer les dyslexies en sous‑tvpes qui réside essentiellement dans la définition de la nature de la rééducation à mettre en place. En effet les rééducations permettent à ces enfants de développer leurs secteurs défaillants mais aussi de renforcer leurs points forts et ainsi d'accéder à une lecture plus efficace. Le plus souvent cette rééducation est assurée par un orthophoniste, un contact régulier avec ce dernier ne peut qu'être bénéfique à l'enfant dyslexique.
Dans la classe, pour favoriser les apprentissages, on peut automatiser le plus possible les productions de l'enfant en répétant les exercices pour axer l'effort de l'enfant sur des activités de raisonnement, de conceptualisation et mettre en place des stratégies compensatoires.
Pour l'enseignant : il est recommandé d'avoir des rencontres fréquentes avec les parents et de solliciter leur aide, d'évaluer fréquemment l'enfant dyslexique pour éviter les mauvaises surprises et de se rappeler qu'il fournit un effort constant et important pour essayer de suivre le rythme de la classe, il se fatigue plus vite que les autres enfants. Il faut donc lui fournir de courtes pauses.
c ‑ Les dysorthographies :
Pendant longtemps, les termes de dyslexie et de dysorthographie étaient associés. Depuis quelques années, on tend à les utiliser séparément car les travaux en psychologie cognitive de l'adulte ont mis en avant des cas cliniques de déficits sélectifs. Cependant on trouve le plus souvent des déficits multiples.
Toutefois, si l'on peut trouver des cas de dysorthographie sans dyslexie, la dysorthographie reste chez le dyslexique la caractéristique la plus durable et la plus sure du trouble d'acquisition du langage écrit.
Partant du modèle à étape de Frith, des études ont montré que le stade alphabétique permettrait d'utiliser les règles de conversion alors que le stade orthographique augmenterait le lexique orthographique en mémoire. Ces deux stades se développant parallèlement.
Comme pour les dyslexies on parle de dysorthographie phonologique et de dysorthographie lexicale. Cependant, les erreurs notées en orthographe ne sont pas toujours similaires à celles observées lors de la lecture et elles sont très variées. De plus il n'est pas rare que la dysorthographie persiste alors que la dyslexie tend, au bout de quelques années de rééducation, à s'atténuer. Cela fait dire à Michel Habib que "la dysorthographie apparaît comme un véritable marqueur à long terme des troubles d'acquisition du langage écrit".
Types d'erreurs à observer :
En plus des confusions auditives, des omissions, des additions et des inversions de lettres on trouve des :
• Erreurs de segmentation (navion, ... )
• Indifférenciations dans la nature des mots et confusions dans le genre et le nombre
• Difficultés dans l'application des règles grammaticale
• Difficultés dans la copie d'un écrit (oubli de mots, mauvaise organisation dans la page, aller retour fréquent entre le modèle et sa feuille)
d ‑ Liens entre dysphasie et dyslexie :
Beaucoup de dysphasiques deviendront dyslexiques. D'autre part, des études ont montré que 40 % des dyslexiques ont eu des problèmes de langages oral (dysphasie ou retard simple) dans la petite enfance. Ce pourcentage atteint 60 % si l'on ne s'intéresse qu'aux dyslexiques phonologiques.
Néanmoins, les enfants qui à 5 ans ne présentent plus de difficultés du langage oral n'ont pas de risque significatif pour l'apprentissage du langage écrit.
B ‑ Les troubles praxiques et visuo-spatiaux chez l’enfant :
Certains enfants peuvent présenter des difficultés à établir des relations de causalité entre des phénomènes qui semblent étrangers les uns des autres. Dans certains cas, le déficit peut porter sur le traitement des informations visuo-spatiales et la planification ou réalisation motrice, ce sont les dyspraxies. D'autres fois le déficit porte sur les capacités à manier les nombres, ce sont les dyscalculies. C'est à ces dernières que nous allons nous intéresser.
a ‑ Le développement du calcul chez l'enfant :
Le modèle théorique sur la construction du nombre chez l'enfant vient de Piaget (1972). Celle-ci est liée au développement logique qui se fait en 4 stades successifs et invariants :
Vers 4 ans, acquisition des notions de classification et de sériation, sur les petites quantités. Vers 6 ans, acquisition des correspondances termes à termes et du principe de permanence des quantités, pour les quantités dénombrables. Cependant avant que ces stades soient acquis, l'enfant utilise déjà le nombre et notamment les mots représentant les nombres. L'utilisation de ce champ lexical et la maîtrise de la chaîne numérique verbale facilitent à l'élaboration du concept nombre (Camos 1998).
L'observation de l'enfant pendant des épreuves de classifications, sériations, etc., montre que l'acquisition de ces notions se fait parallèlement au développement des habiletés visuo‑spatiales. Le développement de l'écritures des symboles numériques pour représenter les quantités se fait aussi progressivement. La maîtrise se du dénombrement nécessite d'une part la connaissance de la chaîne numérique et d'autre part le pointage terme à terme de chaque élément. Des chercheurs ont mis en avant l'importance des capacités visuo‑spatiales dans les activités de dénombrement. Ce n'est que plus tard, (après la maternelle), avec l'apprentissage des règles mathématiques que l'enfant utilisera progressivement ses capacités logico‑mathématiques plutôt que ses capacités visuo‑spatiales pour produire et comprendre la valeur des nombres. Pour terminer, l'apprentissage des connaissances dans ce domaine se fait hiérarchiquement. L'acquisition d'une compétence repose sur celle qui la précède.
b ‑ Les dyscalculies :
La dyscalculie n'est pas chez les chercheurs un concept consensuel. Selon le DMS‑IV, la caractéristique essentielle des troubles du calcul est une faiblesse des aptitudes en mathématiques (à des tests standardisés de calculs ou de raisonnements) par rapport au niveau attendu compte tenu de l'âge de l'enfant, de son niveau intellectuel et d'une scolarité adéquate. Pour la CIM‑ 10, les troubles spécifiques de l’arithmétique sont diagnostiqués lorsque la note au test standardisé de mathématiques est à plus de 2 écarts types sous la moyenne alors qu’il n’existe ni trouble en lecture ni déficience intellectuelle. Donc, le terme de dyscalculie concernerait des enfants incapables d’effectuer des opérations formelles, d’utiliser et d’intégrer les symboles numériques alors que le raisonnement est préservé. On estime à 1 % les enfants présentant un trouble du calcul isolé. Il faut cependant dire que le plus souvent ce déficit est associé à d’autres troubles des apprentissages.
Essais de Classification et de modélisation des dyscalculies :
A partir des données chez l'adulte cérébro‑lésé, Badian (1983) définit 4 sous types de dyscalculies chez l'enfant :
• L'acalculie développementaletale ou anarithmétie : difficultés à maîtriser les procédures des opérations mathématiques.
• La dyscalculie spatiale : difficultés dans l'agencement spatiale des procédures et dans l'alignement des chiffres afin de respecter la valeur de position.
• L’alexie et l'agraphie : incapacité à dénommer et à écrire les nombres. (rare chez l'enfant)
• Dyscalculie attentionnelle séquentielle : difficultés dans l'apprentissage et la restitution des faits arithmétiques. auxquelles s'ajoute des fautes d'inattention dans la séquenciation des procédures. C'est la forme la plus fréquente.
Cependant cette classification ne permet pas d'appréhender les mécanismes cognitifs déficitaires. C'est pour cette raison que Sokol et Coll (1994) ont adapté le modèle de traitement numérique adulte à la dyscalculie développementale. Dans ce modèle, ils distinguent :
• les mécanismes de traitement numérique qui englobent les mécanismes de compréhension numérique de ceux de productions.
• des mécanismes de calcul.
Cependant ce modèle ne prend pas en compte la dimension visuo‑spatiale nécessaire à la maîtrise de nombreuses habiletés mathématiques (géométrie plane ou analytique, disposition spatiale des procédures ... ) et qui semblent atteintes chez certains enfants n'ayant aucune difficulté verbale alors qu'ils présentent un déficit en arithmétique.
Afin de mieux expliquer la diversité des difficultés en mathématiques, Flessas et Lussier ont développé, à partir du modèle de Sokol, un nouveau modèle qui intègre cette dimension visuo‑spatiale.
Pour certains, les difficultés en mathématiques sont dues à un choix erroné dans les stratégies exécutives. Pour d'autres, comme l'avait souligné Badian l'échec est du au fautes d'attention ou à l'impulsivité (oubli des retenus, mauvais alignement ... ). Pour d'autres encore, on trouve des erreurs de transcodage, de faits arithmétiques (4x5= 50), de compréhension des nombres arabes ou verbaux, de production dans le transcodage en nombre arabe à partir d'un nombre verbal oral ou écrit ou encore des erreurs purement lexicales, et enfin, des difficultés de raisonnement en résolution de problèmes alors qu'aucune difficulté en compréhension verbale n'existe.
L'intérêt de ce dernier modèle, c'est qu'il permet de classer les dyscalculies en fonction des déficits cognitifs mis en avant. Cela aidera dans la définition de la nature de la rééducation à mettre en place. En effet, comme pour les dyslexies, les rééducations permettent aux enfants de développer leurs secteurs défaillants mais aussi de renforcer leurs points forts et ainsi d'accéder aux concepts mathématiques de manière plus efficace. Le plus souvent cette rééducation est assurée par un orthophoniste.
La connaissance des déficits cognitifs de l'enfant va permettre une meilleure anticipation des erreurs susceptibles de se produire :
• Déficit de nature verbale : difficultés en lecture et en calcul avec plutôt une atteinte de la fonction sémantique du nombre à laquelle peut s'ajouter une atteinte phonologique et syntaxique.
• Déficit de nature non verbale : difficultés dans les capacités de raisonnement non verbal, dans le traitement analogique, dans le jugement perceptuel et l'organisation visuo‑spatiale.
• Immaturité fonctionnelle de nature frontale (plutôt au niveau de l'attention) : plus réellement des dyscalculie mais des erreurs multiples dues à un déficit attentionnel, à l'impulsivité et à l'absence de vérification.
BIBLIOGRAPHIE
• Lussier F et Flessas J (2001). Neuropsychologie de l'enfant. Troubles développementaux et de l'apprentissage. Dunod.
• Lecocq P. (1992). La lecture : processus ‑ apprentissage ‑ troubles. Lille : Presses Universitaires.
• Habib M (1997). Dyslexie : le cerveau singulier. Collection Neuropsychologie. Edition Solal.
• Revue Psychologie et éducation n° 47 décembre 2001 (entre autres)
• Revue ADSP (actualité et dossier de santé publique) n° 1‑6 mars 1999
• BO n°6 février 2002
Les différentes sortes de difficultés d'apprentissage :
Vous allez trouver ci-dessous le texte d'une animation faite le 01/04/03 par Maryse CARRON, psychologue scolaire du réseau de La Rochette.
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Les difficultés de représentation de soi.
| La pathologie du narcissisme primaire.
| Les troubles d'apprentissage par difficulté d'appropriation.
| La fragilité narcissique. |
Il est impossible d’établir une classification des troubles de l’apprentissage qui conviennent à tout le monde. En voici une proposition de Maurice Berger, professeur de psychologie à Lyon II, chef de service en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à Saint Etienne et psychanalyste, tirée de son ouvrage, « les troubles du développement cognitif ».
I / Les difficultés de représentation de soi :
Elles surviennent quand le corps de l’enfant a été investi de manière pauvre ou chaotique. Il s’agit d’une incohérence de soins primaires sous toutes ses formes. Il peut s’agir de ruptures relationnelles subies dans les premiers mois de la vie : abandon, hospitalisations à répétition, changements fréquents de nourrice etc… Ces ruptures entraînent chez l’enfant une impossibilité à structurer un minimum de constance dans la représentation du milieu extérieur.
Une autre cause fréquente de difficulté de représentation de soi peut-être le : « non dit » dans le groupe familial, secret qui porte souvent sur un événement de la filiation. L’enfant est alors confronté, dans les interactions corporelles et langagières avec ses parents, à des attitudes totalement énigmatiques pour lui. Ces comportements ont pour but d’empêcher qu’il fasse penser ou pense lui-même à la situation cachée. Le code sémantique devient impossible à débrouiller et l’enfant n’a plus de repère cohérent. Dans certaines circonstances, l’enfant peut se trouver soumis à l’obligation de ne pas penser.
En 1972 dans « la revue française de psychanalyse », Cahn décrit des troubles instrumentaux et cognitifs par difficulté de représentation de soi sur une population d’enfants d’intelligence normale qui présentent entre neuf et onze ans, un retard exceptionnellement grave ou une véritable incapacité d’apprentissage de la lecture, de l’écriture, de l’orthographe et des mécanismes du calcul. Dans la quasi totalité des cas, on trouve :
· Des situations particulièrement dramatiques repérées dans l’anamnèse soit immédiatement après la naissance, soit au cours de la première année ;
· Des conflits prégénitaux massifs, la relation avec l’image maternelle est alors vécue sur un mode d’angoisse ;
· Des troubles sévères de la structuration temporelle et spatiale, de la latéralité, du schéma corporel ainsi qu’une immaturité motrice, avec un retard fréquent de l’apparition du langage.
Dans de nombreux travaux, à la même époque, Gibello a donné une description très précise de deux troubles d’apprentissage liés à des perturbations de la représentation de soi : les dysharmonies cognitives et les retards d’organisation du raisonnement :
· La dysharmonie cognitive est une forme de pathologie des fonctions cognitives, elle se définit par l’absence d’homogénéité des procédures de raisonnement utilisées ; dans certains secteurs, le sujet est capable de stratégies de pensée élaborées alors que dans d’autres, il utilise des modes de raisonnement inadéquats. Cette dysharmonie se manifeste par une symptomatologie d’échec scolaire précoce, total ou partiel qui peut concerner l’apprentissage de la langue écrite (précédé ou non par un retard de parole) ou des difficultés de compréhension en calcul (le sujet ne dépasse pas le stade de la compréhension de l’addition).
· Les retards d’organisation du raisonnement : les sujets qui présentent cette difficulté utilisent des procédures de raisonnement dépassées depuis longtemps par les enfants de leur âge. (inférieurs à 6 ans).
Les troubles de la compréhension par difficulté de représentation de soi s’intègrent dans une perturbation profonde de la personnalité dont les difficultés cognitives ne sont qu’un des symptômes. Cela souligne à quel point le domaine des apprentissages n’est pas « qu’intellectuel » mais indissociablement lié à celui des affects: l’ensemble symptomatique qui permet de saisir la profondeur de la désorganisation psychique en cause est rarement appréhendé par la même personne. Le pédiatre est sollicité pour des troubles psychosomatiques, le pédagogue pour des difficultés de calcul et le psychologue pour l’instabilité.
Dans cette population on retrouve donc :
| Le problème de l’agressivité : |
Ces sujets sont qualifiés de caractériels, agressifs, opposants, susceptibles, hypersensibles. Des événements dans la première enfance ont provoqué une colère non mentalisée. La violence peut correspondre à un mouvement de désespoir qui survient à l’occasion d’une rupture de cadre ou de relation, qui rappelle au sujet des ruptures antérieures sur lesquelles il n’eut aucune maîtrise et qui furent ressenties par lui comme un abandon, une perte d’étayage.
Il faut ajouter que ces enfants présentent souvent une violence mal maîtrisée car leur famille ne les a pas aidés à domestiquer la violence inhérente au développement psychique de tout sujet en leur proposant des négociations. La réponse parentale à leur agressivité a souvent été une violence d’intensité identique ou supérieure à celle de l’enfant, ou encore un interdit absolu qui amène le sujet à expulser sa violence à l’extérieur du groupe familial.
| La dépression : |
La dépression est constamment présente, habituellement inapparente car dissimulée derrière la violence et l’effondrement cognitif.
| L’instabilité : |
L’instabilité et l’agitation jouent le rôle de pare-excitation pour pallier les carences. D’autre part, cette agitation joue un rôle de lien interne : c’est grâce à leurs mouvements incessants que certains de ces enfants perçoivent comme reliées entre elles les différentes parties de leur corps. L’agitation tient alors lieu d’articulation.
L’instabilité peut avoir une fonction anti-dépressive. Cette fonction existe quand les sujets ne veulent pas être confrontés à leur incapacité à accomplir le jeu ou l’exercice qu’ils ont débuté. Ils changent fréquemment d’activités. L’erreur habituelle consiste à penser qu’ils échouent à cause de leur instabilité, alors que cette dernière a pour but de leur éviter d’affronter l’échec.
| Les troubles psychosomatiques et les hallucinations : |
Les sujets qui ont des troubles d’apprentissages par difficultés de représentation de soi souffrent presque toujours de troubles psychosomatiques et présentent des éléments hallucinatoires. Ces troubles passent souvent inaperçus parce qu’il n’est pas habituel de poser des questions de ce propos à des enfants ou adolescents qui consultent pour des difficultés d’apprentissage. Ces hallucinations apparaissent sous la forme d’une confusion entre réalité et fantasmes.
La constitution de l’activité de représentation nécessite un environnement affectif constant, cohérent et apaisant.
L’activité de représentation se déroule en deux étapes successives : la première permet au sujet d’être capable de se constituer des représentations différentes des perceptions et des hallucinations ; elle nécessite la présence satisfaisante de l’objet et la seconde permet d’utiliser les représentations dans la vie psychique, en particulier cognitive ; elle nécessite l’absence de l’objet.
C’est le cadre familial qui va permettre que s’établisse une différenciation entre la réalité et les perceptions-hallucinations projetées sur le monde. Le devenir des perceptions-hallucinations primaires est donc d’être représenté grâce à la rencontre d’un environnement non frustrant.
Que sont ces perceptions hallucinations ?
De nombreux travaux ont permis d’émettre l’hypothèse qu’un bébé vit dans un monde psychique composé de perceptions, d’éléments sensoriels et d’hallucinations sans qu’il puisse établir la différence entre les deux. Comment un nourrisson passe-t-il des perceptions-hallucinations à des représentations ?
Dans un premier temps, un bébé a des perceptions plus ou moins excitantes, qui peuvent être des éprouvés sensoriels bruts (la faim par exemple) ou une image (celle d’un adulte terrifiant ou l’inverse), une hallucination. Pour le bébé, il n’y a pas de différence entre l’éprouvé sensoriel et l’hallucination, le monde est mauvais ou bon. C’est le cadre familial qui va permettre que s’établisse une différenciation entre la réalité et les perceptions projetées sur le monde. Ce cadre familial doit contenir les variations de l’état psychique de l’enfant sans être désorganisé ou débordé par elles.
Dans un second temps, quand les représentations sont distinguées des hallucinations perceptions, il faut pouvoir les utiliser. L’activité représentative fonctionne sur le modèle de l’absence ou de la perte. Seule l’absence de l’objet permet de ne plus être dans le domaine des perceptions mais dans celui de la représentation. On ne peut pas, par exemple, regarder un objet et se l’imaginer en même temps. Il faut le lâcher du regard pour se le représenter. Tout apprentissage fonctionne aussi sur ce modèle en ce sens qu’il n’est pas possible de garder présentes à la conscience toutes nos connaissances simultanément. Il est nécessaire de les stocker dans un coin de notre psychisme pour en acquérir de nouvelles. Toute pensée pose le problème du lien de la nécessité d’arriver à garder en même temps deux pensées en se détournant de l’une d’entre elles tout en la conservant.
II / La pathologie du narcissisme primaire :
Les difficultés d’apprentissage où le narcissisme primaire est en cause, peuvent apparaître à l’occasion de problèmes d’intégration scolaire dès la maternelle ou d’une incapacité d’apprendre dès le cours préparatoire. Ces enfants ont accédé sans problème au langage, ils ont des potentialités intellectuelles certaines, mais vers trois, quatre ou cinq ans, les progrès stagnent. Que se passe-t-il au niveau des processus d’apprentissage.
L’intelligence de ces enfants n’est pas mise au service des apprentissages ni de la curiosité. Ils n’ont pas de projets, pas d’envie de grandir, de se débrouiller seul. Ne les intéresse que ce qui leur permet de s’attacher à l’adulte. Il existe souvent un contraste entre leurs capacités en français, leur aspect « poète » qui attire l’adulte et maintient l’attention sur eux, et leur incapacité à réaliser des apprentissages en mathématiques. On constate qu’ils se représentent leur existence comme un empilement de faits non reliés entre eux, simplement additionnés, au mieux ils parviennent à effectuer des additions ou des soustractions, mais ils ne vont pas plus loin. Ces enfants induisent chez les adultes qui s’en occupent des désirs réparateurs. Or, chaque fois que l’on est trop gentil avec eux, leurs résultats scolaires s’effondrent, ils se mettent à devenir narquois, destructeurs, ils n’apprennent plus. L’hypothèse est la suivante : « s’il est si facile de recevoir quelque chose de bon maintenant, je devais être un mauvais bébé pour n’avoir pu obtenir de mes parents qu’ils soient gentils et attentionnés avec moi ». Une telle pensée trouve son origine dans les tous premiers mois de la vie, période pendant laquelle l’enfant pense qu’il est responsable de ce qui lui arrive, que ce soit en bien ou en mal.
Il ressent de la culpabilité et se sent « mauvais » de manière diffuse sans savoir pourquoi. La manière qu’il a de se soulager de ce sentiment de culpabilité, c’est de commettre des « actes mauvais », ainsi, il sait au moins de quoi il se sent coupable.
L’histoire de ces sujets montre qu’ils ont été soumis à une absence répétée de préoccupation parentale lorsqu’ils étaient bébés, sous la forme d’une chute hors du psychisme parental. En réaction à ce sentiment de chute, et pour s’en protéger, ils ont développé un besoin de s’accrocher physiquement aux adultes, ce qui explique leur besoin d’agrippement.
Ces enfants consacrent une énergie importante à détruire toute relation entre les adultes et les autres enfants, car elle déclenche chez eux une envie incontrôlable. Ils attaquent donc le groupe classe de manière importante. Ils recherchent l’enseignant pour eux, enseignant qui doit être ferme continuellement.
Ils se produisent quand le corps de l’enfant a été trop investi, sur le mode du forçage. Les processus d’apprentissage, qui reposent sur un désir de s’approprier les règles du monde extérieur, de lier les éléments épars qui constituent l’univers externe et interne de l’enfant, et de leur donner sens, sont perturbés. Cette pathologie représente 10 % des causes d’échec au CP. C’est autour de l’intrication entre le surmoi parental et l’organisation anale chez l’enfant que vont se constituer les troubles de l’appropriation.
Le fonctionnement surmoïque des parents les amène à avoir des attitudes éducatives très inadéquates. Ils empêchent leur enfant de trouver une issue à leurs conflits intra-psychiques qui entravent sa capacité d’apprendre.
Je rappelle ce qu’est le surmoi : « Une instance du psychisme acquise par intériorisation de l’autorité parentale ». Le surmoi de l’enfant se forme à l’image du surmoi des parents.
Lorsqu’un parent est resté lui même pris dans un fonctionnement rigide qui a son origine dans sa propre enfance, ces traits de caractère infiltrent les principes éducatifs. L’enfant rend alors son environnement dépendant, le fait attendre, il le manipule (comme en période de l’analité).
Un travail est nécessaire avec la famille pour que les parents ne cherchent pas à imposer leur point de vue sans tenir compte de celui d’autrui, pour qu’ils respectent le rythme de leur propre enfant, qu’ils lui proposent des délais, qu’ils sachent se soumettre, ce qui permet à l’enfant de s’identifier à un objet qui se soumet.
On voit des parents impatients qui ne supportent pas d’attendre les progrès de leur enfant, il n’y a pas de place pour l’erreur.
Le forçage peut concerner l’alimentation, l’apprentissage de la propreté, puis les autres apprentissages, scolaires ou non. Il est lié à une absence de confiance dans les processus naturels de développement de l’enfant. Dans cette conception du développement psychologique, toute régression de l’enfant est considérée comme une catastrophe, « qui n’avance pas recule », telle est la devise, les processus d’appropriation sont sacrifiés. L’idéal inconscient de ces parents est de mouler, de modeler leur enfant exactement à l’image qu’ils désirent, toute imperfection rendant l’enfant irritant.
Le plaisir en soi est dangereux, c’est le désordre. Le plaisir est détruit par l’intentionnalité d’apprentissage qui infiltre les moments ludiques. Les parents ne respectent pas la règle du jeu, quand on joue, ce n’est pas pour apprendre, si on apprend en plus, tant mieux. Certains parents « forcent » en permanence sans s’en rendre compte. (ex : histoires de l’éléphant et du petit suisse).
Chaque fois que les parents ont pu parler de leurs propres parents, on constate à de nombreuses reprises la séquence transgénérationnelle suivante : surmoi très rigide des grands-parents-névrose de caractère des parents-troubles spécifiques du comportement chez l’enfant, portant sur l’obéissance et l’apprentissage. Les grands parents présentaient des troubles psychiques très graves ou des exigences excessives incritiquables. Incritiquables, car toute critique équivalait soit, à une rupture relationnelle de la part des grands-parents, soit à un déchaînement de violence du grand-parent sur le parent. Le parent dit qu’il est fait « comme ça », aux autres de s’adapter à lui, à ses principes éducatifs. Il ne reconnaît pas à l’enfant le droit d’être différent.
On ne sait jamais à priori quelle est la nature et le degré de mobilisation d’un comportement parental excessivement surmoïque. Le pivot principal, c’est la capacité ou la non capacité des parents d’évoquer les grands-parents de manière critique. Parfois même, cette évocation de l’enfant en eux qui a souffert des excès parentaux ne permet pas de modifier leurs croyances. Les difficultés thérapeutiques avec ce type de famille sont importantes ; la famille est toujours pressée, impatiente, et ne laisse pas le temps à un processus thérapeutique de s’instaurer. Lorsque le thérapeute comprend quelque chose de leur fonctionnement, ceci est souvent vécu par eux, non pas comme un événement heureux permettant d’avoir accès au psychisme, mais comme une échappée à leur contrôle, un échec de leur maîtrise. Le pronostic de ces troubles dépend d’abord de la capacité des parents à cesser les forçages éducatifs. Ils n’y parviennent que grâce à un détour par leur histoire personnelle. Même alors, le risque existe que, si les difficultés d’apprentissage de l’enfant s’améliorent, les parents en déduisent qu’ils peuvent reprendre le forçage et l’on voit réapparaître une multiplication des activités qui ne correspondent pas au désir réel de l’enfant.
Les conséquences de ce contrôle sur le comportement de l’enfant sont nombreuses : des troubles sphinctériens (1/4 de cas) ; des troubles psychosomatiques sous forme de tension extrême entraînant un bégayement ou des difficultés graphiques ; des colères explosives face à la moindre contrainte ; un comportement d’inertie en réponse à tout ordre ou tout apprentissage ; une absence de délai dans l’élaboration de la pensée : ce qui prime pour l’enfant, c’est de donner une réponse immédiate, quelle soit juste ou fausse ; l’attente qu’une solution vienne toute seule, sans effort, par magie…
IV / La fragilité narcissique :
Elle se présente au moins sous deux versants, celui de la sous estimation et celui de la sur estimation de soi. Tout enfant naissant dans une famille qui fonctionne normalement est l’objet d’amour inconditionnel de la part de ses parents. Cette image de lui, l’enfant la reprend à son compte, c’est le narcissisme normal, sentiment d’avoir une certaine valeur à ses propres yeux et aux yeux des autres, ce qui est indispensable pour affronter le monde extérieur.
La surestimation de soi se rencontre lorsque les parents, pour des raisons qui leur sont personnelles, considèrent leur enfant comme merveilleux, comme parfait, d’une manière exagérée, et comme chargé de réaliser inconsciemment certains de leurs désirs d’enfants. Ils protègent une partie infantile d’eux-mêmes en évitant en permanence à leur enfant « les claques narcissiques » auxquelles chaque individu est confronté dans son existence.
Le résultat, au niveau des apprentissages, c’est un enfant qui ne peut reconnaître ses difficultés, qui se trouve toujours de bonnes excuses ponctuelles pour expliquer ses insuffisances, et qui ne parvient pas à demander ou accepter de l’aide pour ses problèmes. Se soumettre à un effort prolongé est indigne de lui. Les difficultés d’apprentissage liées à ce genre de fonctionnement apparaissent plutôt en fin de cycle primaire et au cours du cycle secondaire, quand l’intelligence ne suffit plus pour progresser et que le labeur devient indispensable.
Il n’est pas rare que les parents viennent consulter d’abord seuls, non pas pour tenter d’élaborer leurs difficultés personnelles à éduquer leur enfant, comme c’est le cas de certains parents, mais pour le protéger du thérapeute et pour vérifier si ce dernier ne sera pas trop « dur » avec lui.
Une sous estimation de soi se produit lorsqu’un sujet ne s’est pas senti suffisamment aimé lorsqu’il était petit. Il garde un sentiment de fragilité concernant sa propre valeur et il risque de lutter contre ce sentiment de ne pas avoir mérité l’attention nécessaire, de ne pas avoir su mériter l’amour de ses parents.
Pour un tel sujet, apprendre peut représenter une blessure narcissique, le fait de devoir apprendre pour comprendre ce que d’autres savent déjà est ressenti comme un signe d’imperfection qu’il ne peut admettre. Dépendre des autres pour l’apprentissage est mal vécu. Certains enfants pensent que les connaissances vont venir toutes seules sans effort et leur échec les vexe profondément. C’est dans un registre proche que se situent de nombreux enfants qu’un sentiment permanent de dépression empêche de pouvoir investir avec plaisir les apprentissages et l’effort.
Il existe encore bien d’autres situations, notamment chez les enfants qui présentent une structure névrotique, les obstacles à l’apprentissage se situent sur un axe qui va de l’inhibition à l’excitation.
Une inhibition intellectuelle dite « névrotique » implique que les fonctions intellectuelles soient correctes, donc les déficiences dues à une insuffisance de l’équipement mental à la naissance ou dans les années qui la suivent sont à exclure. Les limitations fonctionnelles qui sont la conséquence de l’inhibition, sont l’expression de l’implication des mécanismes de celle-ci dans des conflits inconscients. Le sujet réprime de manière inconsciente sa soif de savoir, sous tendue par une curiosité concernant la sexualité, sexualité chargée de désirs oedipiens avec les interdits et les craintes angoissantes qui les accompagnent. L’inhibition est conçue comme un mécanisme de défense.
Sur le versant de l’excitation, le sujet se trouve confronté à la difficulté de devoir se construire un savoir à partir de mots ressentis comme surstimulants.
Des travaux de psychanalystes ont établi des équivalences de sens entre l’activité intellectuelle et les réalisations pulsionnelles.
Par exemple, Mélanie Klein dans son étude : « le rôle de l’école dans le développement libidinal d’un enfant » a montré les significations symboliques sexuelles de toutes les activités intellectuelles des enfants en début de scolarité : lecture, écriture, dessin, calcul. Elle se réfère dans ses interprétations aux différents niveaux du développement libidinal : oral, anal, phallique, oedipien.
Qu’en est-il des prises en charge ? Quel modèle thérapeutique peut-on proposer ? Les prises en charge doivent être modulées en fonction de chaque situation clinique. Il faut trouver les conditions à réunir pour permettre au sujet d’avoir accès à l’activité de symbolisation, donc aux concepts généralisables, et qu’il ait du plaisir à penser.
Il faut aménager un cadre fiable, étayant et non intrusif. Ceci peut nécessiter des entretiens familiaux. Ils ne sont pas toujours fructueux. Certains parents ne se représentent souvent pas ce qui, dans leurs attitudes éducatives, du fait de leur propre histoire d’enfant, les empêche de comprendre les besoins de leur enfant . On peut proposer une pédagogie adaptée passant par des retours en arrière nécessaires (travail individuel ou en petit groupe, ateliers de lecture par exemple).
Pour certains enfants, les difficultés représentatives sont telles qu’un abord uniquement pédagogique est insuffisant et il faut envisager un cadre à visée psychothérapique.Pour d’autres enfants, c’est une rééducation psychomotrice ou orthophonique qui représentera l’abord le plus adapté avec ou sans psychothérapie concomitante.
L’absence de soins psychiques lorsqu’ils sont nécessaires, ou une orientation pédagogique inadéquate, ou une famille sans cohérence éducative, peuvent suffire à innihiler les effets d’intervenants motivés et compétents.
Bibliographie : « les troubles du développement cognitif » de Maurice Berger. Editions DUNOD
Comment se comporter face à un élève dyslexique
Documents transmis par M. LUCAS, maîtresse E à Saint Pierre d'Albigny.
Approche simple : comment prendre en charge un dyslexique dans une classe :
Rassurer
l'enfant en lui montrant que l'on s'intéresse à lui.| Le
présenter à la classe et expliquer à ses camarades ce qu'est un
dyslexique. | Pas
de pitié mais de l'indulgence et de la persévérance. | Le
stimuler constamment sans le bloquer psychologiquement ( exercice très
difficile !) | Le
professeur doit rassurer l'enfant et lui dire qu'il n'aura pas à lire à
haute voix durant ses cours. | Ne
pas donner un texte trop long à lire. | Ne
pas le faire écrire au tableau devant toute la classe. | Ne
pas le laisser corriger seul une dictée. | Rechercher
avec lui le pourquoi de ses fautes : le dyslexique retient les informations
si elles sont logiques. | Favoriser
l'accès à l'informatique et notamment au correcteur orthographique : en
tapant, il fait plus attention à l'image du mot. | Autoriser
la remise de devoirs de classe rédigés sur ordinateur. | Lui
donner une photocopie du texte du cours avant de commencer ou à la fin
(à adapter avec l'enfant). | Donner
une correction écrite des exercices principaux faits en classe. | Lui
faire suivre le cours avec un document écrit à surligner, tout en le
stimulant à l'oral. | Contrôler
un cours retranscrit de sa main. | Lui
donner des bases solides de méthodologie et de rangement. | Ne
pas hésiter à lui répéter les choses : présenter sous différentes
formes. | Stimuler
son attention en lui posant des questions pendant le cours. | Analyser
ensemble de temps en temps ce qui lui manque ou ce qui le gêne pour
progresser. | Ne
pas le cantonner à des tâches simples mais doser la quantité de travail. | Donner
moins de devoirs à la maison mais donner un ou deux exercices difficiles. | Travailler
ensemble avec les parents, en particulier en expliquant le pourquoi d'une
mauvaise note. | Ne
pas enlever de points pour l'orthographe dans les devoirs ordinaires. | Favoriser
l'expression orale dans l'évaluation des connaissances. | Évaluer
un copie à partir de plusieurs critères | |
Approche approfondie : ( Marie-Line BOSSE Juin 2002)
MOTIVATION, ESTIME DE
SOI
|
PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Le laisser
s'exprimer jusqu'au bout, sans lui couper la parole. |
Trouble de
l'expression orale : débit saccadé, inversions de sons, inhibition. |
| Etre patient face à sa lenteur. |
Favoriser sa
motivation, faire baisser son stress face à l'école,
|
|
Le féliciter
quand il progresse, même s'il passe de 25 fautes à |
|
|
Eviter les
remarques dévaluantes sur le bulletin ou sur une |
|
|
Eviter les
situations dévalorisantes aire devant tout le monde, |
|
|
Lui faire découvrir
ses domaines de compétence et le valoriser |
ORGANISATION DE LA
CLASSE
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
| Le placer devant, seul ou à côté d'un enfant calme et pas bavard. Le placer au centre du tableau plutôt qu'aux extrémités. |
Attention et
concentration fugitives ; se laisse facilement |
| Limiter les objets sur son bureau au strict nécessaire. | Difficultés d'organisation matérielle,
fait tomber ses affaires, |
| Favoriser le calme, le silence, l'écoute. |
Concentration gênée par le bruit |
LECONS EN CLASSE
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Ecrire
au tableau le moins possible, écrire lisiblement et de |
Difficulté de déchiffrage accrue pour l'écrit au tableau ; impossibilité de lire au tableau et de suivre la leçon. |
|
Utiliser
le rétroprojecteur pour donner le support écrit |
Support écrit
plus clair, plus lisible ; |
| Eviter de "trop parler": laisser le temps de la répétition mentale. |
Percevoir ne suffit pas à mémoriser, il faut aussi se redire les choses entendues pour les intégrer. |
|
Rythmer les
activités : éviter de placer une leçon |
Sa concentration ne peut être soutenue longtemps. Fatigabilité |
|
Développer pendant le cours des outils de mémorisation
pour Utiliser la représentation visuelle, ex : frises
chronologiques. Aider à découvrir le plan de la leçon pour
pouvoir mieux |
Difficulté de mémorisation à partir d'un texte
seul ; difficulté à |
|
Eviter les explications "doubles". (sont/son : sont = étaient, son = mon) Remplacer par une seule méthode ou ne formuler
qu'une |
Difficulté de mémorisation ; risque
d'inversion. |
COPIE
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Fractionner le texte, accentuer les repères
visuels. L'aider à comprendre sa façon de faire ( mot à
mot ou lettre après lettre). Eviter ou réduire la copie des leçons pendant le cours. |
Copie difficile, lente, monopolise toute
l'attention ; copie pleine
|
| Autoriser les caches pour éviter ses sauts de lignes ou de mots. | |
| Autoriser les abréviations, donner des codes d'abréviations. | |
|
Envisager de fournir la photocopie de la leçon à
apprendre |
|
|
Ré expliquer le trajet et l'enchaînement des
lettres déficientes, d'abord dans l'espace puis sur la feuille;
accepter l'écriture |
Difficultés de graphisme. |
|
Vérifier la tenue du crayon; utiliser éventuellement
un guide |
APPRENTISSAGE DES LECONS
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Contrôler, la prise des devoirs
dans le cahier de texte, |
Copie difficile |
|
Demander qu'il n'apprenne pas seul
face à sa feuille, mais |
Difficulté de lecture, donc d'apprentissage à partir d'un texte à lire. |
|
Accepter qu'il souligne, surligne, encadre les
textes sur son |
Difficulté à repérer l'essentiel, à comprendre
la structure de la |
|
Partager,
fractionner les tâches à faire. (exemple : Pour la classe, apprendre
10 mots pour vendredi.). Pour lui, lui donner 2 mots par jour jusqu'à
vendredi. |
Difficulté de mémorisation, d'organisation, de repérage.
|
|
Donner
des indications détaillées pour aider à la révision à la |
|
|
Accepter
qu'il récite (une poésie, une leçon) avec un support |
Difficulté de mémorisation,
de restitution orale. |
| Accepter qu'il ne se place pas face aux
autres. |
PRODUCTION
ECRITE
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Admettre la production écrite sous la dictée à un tiers : parent à la maison, prof en classe. |
Difficulté massive d'orthographe et de graphisme. |
| Faire
comprendre à l'élève (par un comportement adéquat) qu'il écrit
d'abord pour lui ou pour être lu, pas pour être sanctionné pour des
fautes. |
Difficultés
d'orthographe, focalisation sur celles-ci lors de sa |
|
Réduire
en quantité en restant exigeant sur la qualité |
Découragement face à l'écrit, manque de confiance en lui. |
|
Faire
un contrat de travail avec lui, à court terme, avec des |
Lui
permet de répondre à une demande adaptée, qu'il peut |
|
Ne
pas rendre une production écrite encore plus illisible |
Valorisation
de sa production écrite, mise en évidence des |
| Lui demander une correction dans la mesure de ses possibilités. | |
|
Développer
le tutorat, par exemple à titre de révision avant un |
Rassure
: il n'est plus seul face à son exercice ; Développe |
PASSATION DES
CONSIGNES
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
| Ne jamais fournir des consignes écrites sans les lire à haute voix successives. | Difficulté à lire et comprendre les consignes, lui prend du temps qu'il ne pourra consacrer à l'application des consignes. |
| Lui restituer les consignes de façon
personnelle si besoin avec des phrases courtes et des mots simples.
S'assurer qu'il les a comprises et qu'il en a mémorisé la succession. |
|
| Eviter les consignes longues, éviter plusieurs consignes. | Problème de mémoire à court terme. |
ACTIVITÉS AVEC
SUPPORT ÉCRIT A LIRE (texte à étudier, résumé, énoncé de problème)
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Proposer un
support écrit dactylographié (en police |
Difficulté de lecture. |
| Fournir un écrit aéré. | |
|
Trouver des
moyens pour mettre en évidence ce qu'on |
|
|
Eviter la lecture
devant toute la classe. Ne pas le faire lire à haute voix sans préparation. |
|
| S'assurer de la compréhension du texte lit. |
EVALUATIONS
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Ne pas
sanctionner l'orthographe si ce n'est pas une |
Difficultés en
orthographe. Mémorisation difficile du |
|
Envisager une méthode
d'évaluation à l'oral. |
Motivation, valorisation des progrès. |
|
L'aider à répartir
son temps selon le nombre d'exercices et |
Difficulté
d'organisation, blocage sur les difficultés. Difficulté de
structuration, de planification de tâches |
Maintenant.
quelques propositions plus spécifiques à certaines matières (quoique).
Là encore, à adapter en fonction du type dyslexie et des difficultés particulières.
TRAVAIL DE LA LANGUE
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Lire
les sons complexes en même temps que lui, lui faire |
Apprentissage
multi sensoriel, auditif + visuel. |
|
Supprimer
1 à 2 phrases de la dictée. |
Difficulté
d'orthographe |
| L'encourager
à produire des petits textes personnels en lui assurant qu’il ne sera
pas tenu compte de l'orthographe (ex : lui faire inventer une histoire
de quatre lignes, différente chaque jour, en lieu et place d'un
exercice de grammaire ou de conjugaison, pendant quelques temps). |
Blocage
par rapport à l'écrit, aux exercices formels. |
|
Grammaire
: Eviter les tautologies du genre : "l'adjectif qualificatif
qualifie le nom", elles n’expliquent rien, ne donnent pas le
sens. |
Difficulté
d'application des règles lors de production écrite. |
|
Vocabulaire
grammatical : s'assurer qu'il comprend et distingue |
Confusion de mots phonologiquement proches, mémoire. |
|
Conjugaison
: lui apprendre à repérer les indicateurs de temps, |
Problème d'orientation temporelle. |
| Bien
insister sur la régularité des terminaisons qu'il pourra mémoriser. |
Difficulté à mémoriser les conjugaisons. |
| Apprendre
en priorité les conjugaisons employées fréquemment à l'écrit : (je,
il, ils). |
|
| L'entraîner
à un repérage systématique sujet / verbe. |
Difficulté à gérer les accords. |
|
Vocabulaire
: travail sur les familles de mots, leur morphologie : |
Difficulté d'orthographe. |
| Trouver des moyens pour la distinction des homophones non homographes (ex : association mot-dessin, moyen mnémotechnique). | Difficulté
à retrouver le sens à partir de l'orthographe, à choisir le bon
homophone. |
|
Recherche
dans le dictionnaire : apprendre l'alphabet par blocs |
Difficulté
avec l'alphabet, difficulté de repérage spatial ; |
| Pour une vérification d'orthographe,
s'assurer qu'il cherche à la bonne lettre ! |
MATHEMATIQUES
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Pointer les
chiffres à l'envers mais ne pas sanctionner |
Difficulté de repérage spatial, signes écrits en miroir. |
|
Pour l'utilisation
du signe < , ne pas oublier qu'il ne s'agit pas |
|
|
Compter juste le résultat,
même si le développement est |
|
|
Calcul mental :
accepter qu'il se serve de ses doigts, l'aider à trouver des supports
mentaux, lui laisser plus de temps. |
Problème de mémoire immédiate. |
|
Comprendre dans
quel sens il effectue ses opérations pour |
Il inverse les
actions à faire (ex : 16-9= 83 ceci est obtenu |
|
Tables de
multiplication : autoriser l'apprentissage en |
Problème de mémoire : aidé par la mémoire de la mélodie. |
|
Résolution de
problèmes : lire le problème à voix haute, |
Difficulté de
lecture entraînant des difficultés de |
|
Géométrie :
l'aider dans le repérage des carreaux (haut-bas, |
Problème de repérage spatial, de gestion de l'espace. |
|
Mesures :
autoriser le recours aux tableaux pour passer d'une |
LANGUE ETRANGERE
| PROPOSITION |
JUSTIFICATION |
|
Conseiller,
quand c'est possible, une langue étrangère plus
transparente que l'anglais : espagnol, italien, allemand. |
Contrairement
à l'idée commune, l'allemand est d'un abord
plus facile pour le dyslexique (identité avec la phonologie française,
clarté des sons, orthographe plus évidente et grammaire certes plus
complexe mais structurante). |
| Vérifier fréquemment que la prononciation est correcte. | |
|
Utiliser
un enseignement multi sensoriel : entendre, voir, |
Le
traitement auditif difficile peut être aidé par la lecture du |
|
La
grammaire, les tournures de phrases, les expressions |
Ont
contribué à l'élaboration de ce document :
Un
document mis en ligne à l'adresse : http//alain.lennuyeux.free.fr/dyslexie/index.htm
et élaboré avec le concours d'enseignants qui ont généreusement détaillé
nombre de leurs "Trucs, méthodes et stratégies"
Les
propositions mises en ligne à http :www.grenoble.Iufm.fr/recherch/cognisciences/Pedagogique2.html
Mes
rencontres avec plusieurs enseignant(e)s ayant mené(e)s une réflexion sur ce
sujet
Mon
expérience personnelle d'enseignement et de recherche
Marie‑Line
Bosse juin 2002
Petite
bibliographie:
Les
nouveaux programmes (2002). CNDP.
Enseigner
la lecture au cycle 2 (2000). Gombert, Colé, Valdois, Goigoux, Mousty &
Fayol.Paris, Nathan.
Mallettes
d'entraînement phonologique et d'entraînement visuel (l 999). Grenoble, La
Cigale.
Dyslexie,
où est la différence ? (2000).
Grammaticos, Klees & Noterdaem. Baisy‑thy,
Belgique, IPEJ.
L'art
des mots, l'eau des mares (l 995). Martin & Le Goistre. Paris, Albin Michel
jeunesse.
Coridys
(association) http://www.coridys.asso.fr/