Les musées d'école aujourd'hui

Texte d'ouverture

Notre rencontre n'est pas fortuite. Sans nul doute elle aurait pu se produire ailleurs, sous d'autres formes, convoquée par d'autres. Peu importe.
Elle devait avoir lieu maintenant.

J'en veux d'abord pour preuve votre adhésion rapide et représentative à l'invitation lancée par l'inspection académique de la Drôme. Le dialogue ébauché l'an dernier avec quelques uns d'entre vous, dialogue poursuivi et élargi avec d'autres cette année, aboutit toujours à des questions récurrentes.


Combien sommes-nous vraiment ? Où ? Pourriez m'envoyer une liste ? Que font les autres? reconstituent-ils des classes ? Et leurs animations avec les élèves? Où trouver le dictionnaire pédagogique de Ferdinand Buisson ? etc.

Incapable de satisfaire mes interlocuteurs et le regrettant, j'ai décidé par ce séminaire d'apporter ou plutôt de faire apporter par les acteurs eux-mêmes de vraies réponses.

La première utilité de ce séminaire sera donc que nous entrions en compagnonnage afin d'apporter de vraies réponses à de vraies questions. En un mot, nous mieux connaître.

Nous connaissant mieux, aborder des questions plus diffuses, plus latentes, moins identifiables parce que plus complexes, plus imbriquées dans le champ social, reléguées à notre corps défendant, au second plan par l'urgence du quotidien. Questions touchant moins aux fonctionnements qu'aux fonctions et donc tout aussi fondamentales.

Le travail au musée de l'école, on le sent bien, on le sait bien est inscrit au coeur d'un double achèvement. Achèvement pas toujours perceptible et perçu d'un type d'école, achèvement souvent revendiqué d'un type de musée. L'un et l'autre affrontent de nouvelles réalités, découvrent des missions inédites, vivent des exigences communicationnelles dont la plus notoire est le centrage sur le destinataire.

Placer l'enfant ( et non les contenus ) au coeur du système éducatif demande la loi d'orientation de 1989. "

Un fait marquant accompagne la rénovation en profondeur de la sphère des musées : la prise en compte des publics " déclare Jacqueline Eidelman, chercheur au CNRS et spécialiste des publics (Musées et recherche, p.187, OCIM,1995 )

Elle poursuit : "Dans cette perspective et visant en premier chef à élucider les conséquences de l'augmentation significative de l'audience et de la fréquentation des musées, quatre principaux thèmes de questionnement sont poursuivis : l'identité du visiteur et ses modes de constitution ; l'évaluation de ses savoirs et de ses compétences d'une part tels qu'ils peuvent contribuer à la définition de la didactique muséale et d'autre part tels qu'ils sont mobilisés dans le contexte de la visite; enfin l'impact de la mise en place et du développement du partenariat école-musée".

Dès lors, nos musées sont doublement interpellés. D'une part parce qu'ils traitent d'une activité humaine toujours vivante. De ce point de vue nos problématiques ne peuvent être totalement comparées à un musée de site conservant le patrimoine et la mémoire d'une activité disparue. Notre matière est sans cesse contrebattue par les turbulences d'un présent qui se cherche. D'autre part parce que nous recevons la raison d'être de cette activité humaine toujours vivante, l'écolier, le collégien, le lycéen, l'étudiant visiteurs. Et visiteurs d'une activité dont ils sont forcément quoiqu'à des degrés divers, experts.

Les questions que l'on pourrait se poser s'assortissent à l'avertissement d'A.Arendt : "Notre héritage n'est précédé d'aucun testament." Elles vont dans deux directions : du côté de l'émetteur, nous ; du côté du récepteur, eux, écoliers d'aujourd'hui ou écoliers d'hier, devenus grands.

Du côté de l'émetteur : Quel patrimoine conserver ? Donc quelle part , de gré ou de force, convient-il d'oublier ? Quelle présentation, par le média exposition, privilégier ? Quelle recherche mettre en oeuvre dans un travail forcément pluridisciplinaire ? Recherche considérée comme la matière grise générée par l'objet, matière première.

Du côté du récepteur : Au-delà de la nécessaire préservation identitaire, quel comportement, quelle nouvelle conscience voulons-nous faire émerger ? Quel sens voulons-nous donner à la visite ? Cette notion du sens posée comme la valeur suprême que nous ajoutons par notre travail.

Sens rapporté à l'histoire de l'école, lui même rapporté au présent et au devenir de l'école.
Mission éthique et culturelle s'il en est, et nous savons bien que l'une ne peut vivre privée de l'autre.
Par les dispositifs que nous projetons dans l'espace nous présentons un certain ordre dans les choses, un certain ordre dans le réel, un certain ordre porteur d'imaginaire dans le réel.
Représenter le monde, nourrir un imaginaire commun, aider à l'appartenance à un corps social: telles sont selon Maurice Crubellier reprenant le sociologue Sorokin, les composantes même de toute culture (dans "L'école Républicaine" ,1993)

C'est sans doute vers ce musée idéal, ce musée imaginé que nous voulons tendre. C'est en tout cas, si vous en êtes d'accord, sur cette voie difficile mais magnifique que je vous invite à cheminer ces deux jours .

Afin de ramasser mon propos et pour finir, permettez moi de faire appel à quelqu'un qui a su concilier de manière continue et si méthodique les exigences du terrain, du musée et de l'objet. Dans son "Anthropologie structurale" Claude Lévi-Strauss écrit en 1958 songeant à sa propre profession : "Dans tous les cas, il ne saurait s'agir exclusivement de recueillir des objets mais surtout de comprendre des hommes ; et beaucoup moins d'archiver des vestiges desséchés comme on le fait dans les herbiers, que de décrire et d'analyser des formes d'existence auxquelles l'observateur participe de la façon la plus étroite."

Jean Paul Chamblas

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