Musées - Ecoles :
même combat ?

D'une certaine manière, musées et écoles concourent à une même et double mission : la transmission de la culture et la formation des hommes. La première passe par la conservation, la mise en ordre (on parlera de classement ou de programme), le choix sans doute de l'essentiel face à l'accessoire, la légitimation, la " monstration " et/ou la démonstration.

La formation consiste en l'acquisition de repères et de références, le développement du goût, de l'esprit critique, l'accoutumance au beau comme au vrai, l'acquisition de savoirs. Elle est à la fois adhésion et prise de distance.

Cette façon de s'exprimer peut sembler correspondre à des conceptions révolues ! Mais est-on bien sûr qu'elles le sont depuis longtemps et totalement ? Parmi les missions des musées, qu'elles soient affichées officiellement ou qu'elles correspondent à des recherches nouvelles, cette dimension de formation est présente, même si l' irruption du contemporain en art, du quotidien dans les écomusées, de la diversité croissante des objets de musée en modifie le sens, même si de nouvelles techniques apparaissent pour séduire plutôt que former, promouvoir et vendre plutôt qu'éduquer et accoutumer.

J'ai bien conscience que ce regard porté sur le musée du point de vue de l'institution scolaire est partiel, injuste et irritant. II traduit néanmoins ce qui est ressorti de mes premiers rapports avec des conservateurs de musées que je rencontrai il y a quelques années pour parler de collaboration : rapports ambigus car si le " scolaire " dévalorise l'image, l'éducation à la pratique du musée est revendiquée pour la formation d'un public nombreux et exigeant. Mais nombre et exigence vont-ils bien de pair ?

Et dans cette affaire, qui forme qui ? Récemment encore, un conservateur semblait dire qu'il faisait un travail de formation à la place de l'école… comme s'il ne le faisait pas avec l'école !

Des conditions

En fait, depuis quelques années, de nombreux travaux et des efforts de toute part ont permis une ouverture de l'école aux musées et aux sites, et vice versa. Mais pour que l'échange soit réciproque et constitue un réel partenariat, certaines conditions doivent être réunies :

  1. Sortir de la situation de l'offre programmée du musée rencontrant la demande consommatrice de l'école pour entrer dans l'ère de la réciprocité.
    L'offre, pour un musée, c'est à la fois l'objet exposé et le choix de l'exposition, les parcours possibles, les regards variés, les mises en situation proposées. Dans l'offre, il y a des partis pris, ceux des musées, et des choix négociables, ceux des rapports du public aux lieux et aux objets. Dans la demande, il y a la rencontre avec le lieu et l'objet, ainsi que la volonté d'acquérir des savoirs et des compétences. La réciprocité implique donc la possibilité d'une négociation.
  2. Réfléchir, penser, mettre la relation au service d'un projet, soumettre le comment au pourquoi. Certes, il est toujours intéressant d'aller sur un site ou dans un musée. Mais tant que l'on n'a pas conscience du " pourquoi on y va ", dans quel objectif on fait cette démarche ; le " comment on y va ", le " ce qu'on y fait " n'a pas grand sens. Or, l'acte éducatif comme l'acte culturel demandent du sens.
  3. Prendre en compte la situation et les besoins des enfants et des jeunes, ce qui signifie une capacité d'adaptation aux différents publics.
  4. Travailler non pas à court terme, mais dans une perspective de durée.
  5. S'appuyer sur une formation des enseignants aux contenus, références, représentations symboliques de l'objet concerné et du musée comme lieu. Déterminer la méthode à mettre en œuvre dans une telle pédagogie.
  6. Former peut-être aussi les intervenants du musée à la prise en compte des contraintes et objectifs de 1'éducation et à la recherche des formes d'accès les plus adaptées.

Un horizon d'exigences

Chacun de ces pointa nécessiterait des réflexions plus approfondies et adaptées à chacun des objets et à chacun des niveaux. Mais il est sans doute possible d'établir un horizon d'exigences dont je n'ignore pas la difficulté ni le coût :

A cette question, il y a peu de réponses car il y a peu de vraie formation à l'autonomie ou plutôt il y a peu de place à l'autonomie dans la formation. Cette question est cependant centrale dans une perspective de développement culturel. Sur ces champs de travail collaborent depuis quelques années les services d'animation des musées et les enseignants, relais des services éducatifs, car cet horizon d'exigences constitue le cadre de réflexion d'un partenariat constructif. Cette collaboration pose ses exigences, même si, on le sait bien, des pressions multiples existent, qu'elles s'appellent modes, nombre, moyens, consommation, séduction, facilités, etc. Mais les enjeux sont proches, sinon les mêmes, pour les deux institutions, comme si écoles et musées étaient les deux faces d'une même réalité, celle de la mémoire fondatrice de l'avenir en construction.

R. Citterio,
Chargé de l'action culturelle au rectorat de Lyon.

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