
Dans le but de contextualiser et de mieux "concrétiser" notre intervention, il apparaît indispensable, en guise d'introduction, de tracer brièvement ici, (et sans redite par rapport au texte de présentation que vous trouverez plus loin) l'historique et l'évolution du Musée de l'École rurale en Bretagne.
L'approche concernant les collections, la muséographie et les publics rendra compte d'une réalité actuelle, et s'achèvera par la présentation de quelques perspectives d'avenir.
Historique et Evolution de la Structure
Le Musée de l'Ecole Rurale en Bretagne, l'un des musées du Parc Naturel Régional d'Armorique, a été aménagé dans l'ancienne école publique de TREGARVAN, désaffectée en 1974. C'est devenu au fil des ans un point d'attraction important, dont le rayonnement s'étend bien au-delà de la seule Bretagne occidentale.
Dans le cours des années 1970, le projet d'un musée consacré à l'histoire de l'éducation en Bretagne et à la mise en place par la Troisième République d'un dense réseau d'écoles, était régulièrement évoqué. Monsieur Morisset alors inspecteur départemental de l'éducation nationale à Châteaulin s'apercevait jour après jour de la disparition du matériel pédagogique ancien, ainsi que de la disparition des témoins déjà âgés de l'époque des "Hussards Noirs de la République".
Le Parc Naturel Régional d'Armorique se trouvait être le porteur privilégié d'un tel projet. Jean-Pierre Gestin, figure clé des écomusées et musées de société, ancien conservateur en chef des musées du Parc, fut l'autre personnage clé de la naissance du musée. Mais il fallait trouver un lieu propice à une telle réalisation. S'inspirant de l'expérience des musées de plein air et des écomusées, le projet devait s'attacher à présenter son programme dans le cadre conservé d'une école de la Troisième République. Cette dernière devait être située en milieu rural et dans une commune du Parc. Elle devait être suffisamment vaste pour permettre outre la restitution d'une salle de classe, la mise en place d'un espace d'exposition permanente ainsi que d'une salle d'animation. En 1977, le choix se porta sur l'ancienne école de Trégarvan, construite en 1907. La commune accepta de la mettre à la disposition du Parc. Acquis en 1990 par le département du Finistère, le bâtiment abrite un musée de l'école depuis 1977. Le musée n'a été vraiment inauguré qu'en 1986, à l'occasion de l'extension au deuxième niveau de la présentation muséographique. Créée en 1979, l'Association des Amis du Musée de l'Ecole en assure la gestion. Le nombre de ses adhérents s'élèvent actuellement à plus de cent.
La structure emploie six salariés durant toute l'année; auxquels s'ajoutent deux autres salariés (recrutés par le Musée et mis à disposition par le Parc) pendant six mois. Spécificité des fonctions et nécessaire polyvalence par rapport aux tâches à accomplir cohabitent dans la structure. En avril 1998, un recrutement au titre des emplois-jeunes a renforcé l'équipe des permanents.
Au niveau scientifique, le Musée est contrôlé par la Direction des Musées de France. Sa vocation du Musée de l'Ecole rurale en Bretagne est de recueillir, conserver, analyser et faire connaître les éléments de notre "patrimoine d'école". Sur 15137 visiteurs accueillis au musée en 1997 (nous devrions dépasser la barre des 16 000 en 1998), la part des scolaires est d'environ 30%. La venue au musée est de plus en plus pour les enseignants une étape dans la conduite d'une activité inscrite dans un projet éducatif. Le musée est ouvert toute l'année. Expositions temporaires, journées d'animation, conférences et autres événements ponctuels ont permis de mieux le faire connaître, ce qui entraîne notamment l'enrichissement régulier des collections.
Les collections
Constituées à partir de 1972, les collections, dont le noyau premier s'est établi autour de fonds publics et privés des cantons de Châteaulin, Le Faou, Crozon et Pleyben, ne cessent depuis de s'enrichir grâce à des dons réguliers de toute provenance.

L'inventaire se poursuit (plus de 30 000 numéros à ce jour). Plusieurs campagnes de collectage doivent encore être conduites, notamment en matière d'archives d'écoles sur des secteurs géographiques, d'archives personnelles de maîtres et d'élèves, de photographies ...
La majorité des éléments conservés se rattachent à l'école primaire sous la Troisième République et sous les débuts de la Quatrième République. La matière est donc là pour évoquer l'univers scolaire, l'histoire de l'éducation, la pédagogie (de la fin du XIXème siècle aux années 1950, avec bien entendu une recontextualisation dans une évolution d'ensemble).
Cette conservation de collections va de pair avec la vocation pédagogique du musée. Il s'agit ainsi de sauvegarder in situ pour rechercher et divulguer, autrement dit conserver pour informer et ... former.
Peut-on par d'objet-phare ?
Certainement, et à plus d'un titre. Il suffit de prendre quelques exemples,
tels celui du symbole : Ce n'est pas la IIIème République qui a pris les premières
mesures d'interdiction des dialectes et des langues locales à l'école, mais
au moment où se met en place la politique issue des lois Ferry, l'égalité
des chances supposait que tous puissent communiquer et s'exprimer dans une
seule et même langue, celle de la Nation : la langue française.
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Dès lors, le breton, tout comme les autres langues minoritaires, basque, catalan, corse, flamand et la totalité des patois seront l'objet d'un combat que les instituteurs seront chargés de gagner. |
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L'élève, dont bien souvent les parents ne parlent ni ne comprennent le français, devra à l'école oublier sa langue maternelle et acquérir le réflexe de s'exprimer en français. Tout manquement sera repris et certains maîtres useront de systèmes comme celui du symbole, appliqué tant en Bretagne que dans d'autres provinces et que les élèves eux-mêmes sont chargés de mettre en œuvre.
Le symbole peut adopter la forme d'une rondelle métallique enfilée sur une cordelette, à porter en pendentif autour du cou ; mais il pouvait également s'agir d'un sabot cassé, d'un coquillage, d'un galet, d'un bout de bois poli, d'un bouchon de champagne... Chaque matin, à son arrivée à l'école, le maître ou la maîtresse remettait l'objet symbolique, aussi nommé "la vache", au premier écolier surpris à parler breton. Le défi consistait alors à se débarrasser du symbole en le donnant à un camarade, pris à son tour en flagrant délit de ne pas s'exprimer en français. En fin de journée, le détenteur du symbole récoltait une punition.

Il serait également possible de s'attarder sur les mots de billet, ces mots d'excuse significatifs d'une époque et d'une certaine école, de parler de ces balles de fortune confectionnées par les écolières, du garitel (pétoire en sureau), de cette ardoise d'urinoir aux bords usés d'avoir servi d'aiguisoir aux écoliers pour leurs canifs, de ces riches fiches de préparation à la classe, de ces édifiants carnets de conférences pédagogiques, cahier-journal de classe ou de répartition mensuelle, de ces documents d'inspection, de ces arrêtés de nomination ou encore de ces sacs d'expédition de la Bibliothèque pédagogique de Quimper. II sera possible de retrouver cette sélection dans la publication consacrée par les éditions Flohic au patrimoine de l'école.
Mais comme l'arbre ne doit pas cacher la forêt, il faut aussi mentionner tous ces autres objets et séries représentatives, tous ces fonds qui disent une carrière, toutes ces photos de classe qui montrent une architecture sociale du village ou du hameau… autant de garants de la sauvegarde d'une mémoire menacée.
La muséographie
En matière de conservation et muséographie, il s'agit pour le musée de développer ses fonds en leur assurant les meilleures conditions de conservation et de valorisation, et de mettre en place de nouveaux projets d'activités. Organisée autour de quatre thèmes principaux reliés par les idées dominantes de la réforme scolaire de la Troisième République, l'exposition permanente s'articule autour de quatre thèmes clés : le milieu rural en Bretagne, la langue française face à la langue bretonne, exposant la question du bilinguisme, les deux écoles abordant à la querelle scolaire, et enfin le monde de l'écolier et de ses maîtres. Il s'agit là d'un canevas qui s'appuie sur une longue recherche documentaire. Cette exposition met en face à face des scénographies évocatrices du sujet traité et des textes, documents et objets choisis parmi des centaines parfois.
Diverses reconstitutions et mises en ambiance permettent une approche à la fois instructive et didactique de la vie à l'école rurale "d'autrefois" face aux intentions du législateur. Parmi ces espaces, outre deux des pièces du logement de l'institutrice, la salle de classe étroitement inscrite dans le parcours muséographique, est l'espace faisant appel à tous les sens, ce qui explique sans doute que c'est là, à la faveur de l'immersion, que naissent les plus grandes émotions, du moins les plus visibles (pouvoir du souvenir, magie de la découverte ...).
Nombre de sujets exposés peuvent être élargis à d'autres régions. La guerre scolaire et l'interdiction de parler la langue régionale n'est pas propre à la Bretagne, même si ce sujet est capital dans la région.
Parallèlement, depuis le début des années.1990, le musée développe une importante politique d'expositions temporaires . La dernière en date -Le Temps de l'écolier- invite à une plongée dans les rythmes et rites scolaires sous la Troisième République. Le développement des expositions thématiques, comme d'ailleurs celui des animations et autres types de médiation, participe de manière incontournable à l'approche du musée comme lieu ouvert et dynamique.
Les publics
La typologie des publics du Musée de l'École Rurale en Bretagne est des plus variées, et des plus variables selon la saison. Le musée est ouvert toute l'année. La visite est libre pour les individuels ou guidée pour les groupes (environ 52 % des visiteurs). La volonté du musée est de poursuivre une politique d'animation volontariste, où deux des mots clés sont cohérence et adaptation.
* En direction des scolaires (plus de 30 % de la fréquentation), qui va peut-on dire de la grande section de maternelle à l'IUFM, la volonté permanente de la structure est de proposer, en concertation avec les enseignants, des animations et activités pédagogiques en rapport avec le niveau des élèves et en adéquation avec les programmes scolaires. Les animations font appel aux qualités d'observation, de concentration et d'application des élèves dans un contexte très différent de la classe habituelle. C'est aussi l'occasion pour les enseignants de mieux connaître et de connaître autrement les jeunes.
L'un des apports des professionnels du musée est d'assurer le bon fonctionnement de la logique de la médiation. En partant de ce que l'on voit, du concret, de l'objet, la lecture -souvent favorisée par le questionnement- sera porteuse de sens. Et ceci est d'autant plus remarquable -au sens premier du terme- lorsque nous avons affaire à des enfants en échec scolaire, ou plus largement en difficulté sociale. Visiblement, il s'établit un rapport différent à l'acquisition de connaissances, mais aussi une avancée de la socialisation. Ce phénomène passe grandement par l'action, la participation, par l'appropriation.
En matière de partenariat, l'Inspection Académique a publié en 1995 une brochure de présentation des Musées du Finistère destinée aux enseignants : "Écoles et Musées ". En mai 1998, le musée de l'école accueillait le Recteur d'Académie et l'Inspecteur d'Académie à l'occasion du lancement officiel du deuxième numéro d'Écoles et Musées ( "Regards sur la peinture en Finistère"); lieu emblématique fort, le musée de l'école a été choisi comme cadre de cette opération inscrite dans la semaine "Entreprises citoyennes".
Par ailleurs, une convention entre l'Éducation Nationale et le Parc Naturel Régional d'Armorique est en cours d'élaboration afin de mettre en place un véritable partenariat permettant d'utiliser au mieux le support pédagogique que constituent les musées. Il existe un professeur-relais auprès du Parc. Même si le temps qui lui est octroyé pour remplir cette fonction est restreint, c'est un premier pas dans le sens d'une collaboration qui devrait au cours du temps se renforcer et permettre ainsi d'attirer vers le musée un public scolaire plus nombreux et encore mieux préparé.
De plus, en adhérant à l'Association Bretonne pour la Pédagogie du Patrimoine, le musée affirme sa volonté de s'inscrire pleinement dans un mouvement de découverte à la fois instructive et ludique du monde de l'école rurale d'autrefois en Bretagne; tout en étant capable d'établir des passerelles avec l'école en milieu urbain et avec l'école d'aujourd'hui.
Dans le même ordre d'idée, il apparaît que l'un des grands pôles de réflexion des musées porte sur la question identitaire. Pascal Aumasson, Conseiller pour les Musées à la DRAC Bretagne faisait récemment état de cette réflexion en parlant de "souffle d'ouverture", regroupant les actions des musées bretons sur trois intentions principales :
- "Faire valoir que l'identité peut trouver sa légitimité dans une approche conduite scientifiquement par les sciences humaines en particulier pour leur capacité à mettre les, acquis à distance, en comparaison, en confrontation."
- "Identifier ce dans quoi les hommes se reconnaissent ou se sont reconnus et le considérer comme un élément d'une histoire des mentalités, plutôt que l'éluder. "
- "S'ouvrir aux données universelles qui émanent des réflexions qu'une région française peut engager sur ses caractères culturels et sociologiques."
C'est pourquoi il apparaît important d'avoir toujours présentes à l'esprit les questions suivantes :
De quoi parle-t-on ?
A qui parle-t-on ?
Comment penser l'identité de sa relativité ?
Quelle compréhension va-t-on apporter à tout ce qui s'est opposé?
Ainsi, la rencontre espace-temps favorisées par le musée doit
pleinement inciter celui-ci à jouer son rôle d'acteur social inscrit dans
un projet culturel, où l'homme et la société font figure de véritables préoccupations
premières, et non plus -ou non plus seulement, ou au-delà- de la seule conservation
/monstration de l'objet. On parlera ici pleinement des missions d'intérêt
public d'un musée. Vis à vis des jeunes publics, l'implication du musée s'inscrit
à plus d'un titre.
Mentionnons ici la seule liaison thème (l'école)-public jeune (écolier lui-même).
- Des animations en direction des autres publics (enfants, adultes, groupes, individuels) se déroulent également toute l'année, le musée accueille les groupes de tous âges. L'été au Musée, période principalement constituée de visiteurs individuels français et étrangers (souvent des familles), s'affirme tout à la fois actif, ludique et studieux avec un succès garanti pour la page d'écriture à l'encre violette, la joie de tous autour des jeux buissonniers du jeudi après-midi à l'ombre des tilleuls de la cour. Et comment ne pas évoquer les interrogations, froncements de sourcils et rires partagés au hasard des problèmes posés par le calcul ou l'orthographe des épreuves de certificat d'étude à "l'école du dimanche", par l'utilisation de la chaîne d'arpenteur, ou la présentation "in vivo" d'une expérience sur les vases communicants et sur la pompe aspirante à partir de la pompe de l'école : une bonne leçon de choses pour tous ceux qui aujourd'hui ne s'étonnent plus de voir arriver l'eau dans les étages ! ...
Faire venir du monde au musée hors saison, voir arriver un public de proximité, mieux fidéliser les habitués, en montrant que "ça bouge à l'école", voici des orientations que nous développons régulièrement. Cela va de la représentation théâtrale à la conférence, en passant par l'après-midi de contes à l'occasion de "L'Invitation au Musée", le concours de poésie et le colloque ... Il est toujours important -et facile quelque part- de tisser ou trouver un lien avec l'école.
Le livre d'or nous transmet régulièrement la "température" du Musée : commentaires nostalgiques pour beaucoup (et pas forcément de la part des plus âgés), suggestions intéressantes. Commentaires encourageants pour la plupart, de nombreux visiteurs insistent sur l'importance du travail de mémoire. ll est intéressant de remarquer que, même sous l'apparente banalité de certains propos, le Musée est ressenti comme un lien entre générations, entre régions, entre cultures, un espace où chacun peut conduire sa réflexion librement à partir de ce qui y est présenté. "On n'aurait jamais pensé que l'École avait besoin d'être au musée. Avec la vitesse du temps et l'oubli du monde moderne, il le fallait. " . . . "De l' intérêt de faire des pâtés sur le papier et non plus seulement sur le sable! " souligne un autre visiteur. A noter enfin que le musée en réconcilie plus d'un avec son passé d'écolier.
Mémoire-histoire, Histoire-mémoire, le rapport de base ne saurait d'ailleurs être (forcément) antinomique. La mémoire enrichit l'histoire, l'histoire canalise la mémoire, la mémoire relativise l'histoire, l'histoire élargit la mémoire ... Il est important dans ce jeu de déclinaisons qui peuvent être nombreuses de ne pas perdre de vue un autre point essentiel dans cette approche "du musée de l'école à l'école au musée" : l'appropriation. Le musée constitue un lieu spécifique pour une stratégie d'appropriation individuelle et collective. L'appropriation passe par l'association de la recontextualisation et de la restitution en faisant appel à la collection, aidant à mieux saisir un moment dans une évolution, à donner ou redonner du sens et un lien avec une réalité. Il nous paraît ainsi primordial de conserver la notion de dynamique sociale dans le contenu. A ce niveau, il peut s'agir d'établir des mises en résonance entre les expositions, les objets, les documents (pouvant faire appel à une technologie ; ex. sons, odeurs), favorisant ainsi la participation /mobilisation active du visiteur.
Perspectives d'Avenir
La conservation, le traitement et la mise en valeur des fonds du Musée de l'École Rurale constituent pour ses responsables une préoccupation centrale et constante.
Afin de mieux répondre à l'ensemble des missions d'intérêt public du musée, il devient indispensable que le musée opère, dans les meilleurs délais, l'informatisation de ses collections qui, seule, peut lui permettre de traiter de façon rationnelle l'ensemble de ses fonds.
Cette phase essentielle s'inscrit dans la légitime nécessité de développement du site et de ses activités. Il est également essentiel, dans cette optique, de poursuivre activement la mise en valeur des collections. A ce titre, et dans le but de mieux répondre aux demandes toujours plus fréquentes des visiteurs, le musée démarre actuellement un projet de publication d'un catalogue-guide sélectif des collections; rendant compte tant de la représentativité que de la diversité et de la spécificité du musée et de ses collections, témoins de l'histoire de la scolarisation en milieu rural . Les autres projets sont nombreux; projets menés tant par le musée lui-même ou opérations en partenariat. De plus en plus sollicité, le musée participe à des manifestations extérieures (au titre de conseil ou au travers de prêts , établis dans des conditions très précises). A terme, il semble important d'envisager que le musée soit également apte à recevoir étudiants et chercheurs ; l'association des amis du musée conduit elle-même des recherches qui donnent lieu à la publication régulière de dossiers thématiques.
Globalement, il devient nécessaire d'envisager des aménagements indispensables au bon exercice de la fonction muséographique, conformément à la mission d'intérêt public du musée (locaux de travail, d'accueil et d'exposition). Cette démarche devrait pouvoir intégrer la mise en place de locaux répondant de façon adéquate aux besoins de stockage, conservation, étude et gestion de l'ensemble des collections, ainsi qu'à la mise en valeur de celles-ci, notamment en matière de surfaces d'accueil du public, d'exposition et d'animation.
En conclusion générale à cette intervention, il nous paraît intéressant de souligner qu'au lendemain de cette rencontre de Valence doivent se poursuivre d'autres réflexions, d'autres ouvertures. Nous n'en retiendrons ici qu'une : la place de l'Europe dans le projet culturel du musée; projet culturel étant entendu comme travail de réflexion du musée, sur "son rôle et sur la politique à tenir afin de trouver les solutions qui lui permettent de répondre au mieux à des demandes toujours plus étendues et plus complexes"
Avec des références idéologiques transparentes -référence à une période historique (IIIème République) et référence à un territoire (la Bretagne, la campagne)- la présentation inclue ponctuellement la notion de comparatisme, pratiquant ainsi une ouverture par rapport à la seule identité locale (la vision doit pouvoir s'établir du micro-territoire à la région, à la nation, au pays, aux autres pays).
A l'heure de la dimension européenne et dans l'optique d'un développement du musée, il sera important de favoriser cette émergence (notamment au moyen de relations du territoire considéré avec d'autres parties du territoire, d'expositions comparatistes, proposant des mises en perspective, des appels à la nuance).
Il s'agit de vivre le local comme une ouverture, et surtout prendre garde de s'y replier en le considérant comme une valeur-refuge ; autrement dit de vivre "le pôle de l'identité comme messager du respect des diversités. "
Monique Rogé,
Directrice du Musée de l'École Rurale en Bretagne.
Présentation générale de l'Etablissement
Le Musée de l'école rurale en Bretagne
Une structure caractéristique de l'architecture scolaire
rurale de la fin
du XIXème siècle au début du XXème
Un article du Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson fait apparaître qu'en 1880, dans le Finistère, l'alphabétisation des enfants reste à faire pour environ la moitié d'entre eux; les écoles communales rurales sont presque toutes à construire ou reconstruire et les maîtres à former.
Celle de Trégarvan fut construite en 1907, une vingtaine d'années après le vote des lois scolaires qui marquèrent la naissance de la Troisième République. Implantée au centre géographique de la commune, au pied du Ménez-Hom, elle est demeurée pratiquement inchangée dans sa constitution et sa présentation : un corps de bâtiment massif rassemblant deux écoles à une classe -une école de filles, une école de garçons-, deux logements, un potager, deux cours de récréation plantées de tilleuls avec, pour chacune, préau et cabinets, le tout enceint de hauts murs.
Un état de scolarisation
Profitant de l'expérience accumulée alentour dans les années précédentes, Trégarvan accepta de fixer son école communale en un lieu de son territoire plus central que le bourg. Elle fut donc construite au carrefour de deux routes, isolée certes, mais plus proche de la majorité des élèves. II n'existe pas de situation de ce type dans les cantons voisins pour une école à caractère communal. Le bâtiment proprement dit rend compte des règles fondamentales de construction des écoles édictées par la Troisième République : épaisseur des murs, niveau du sol, forme et hauteur des fenêtres, répartition des espaces ...Conçue pour quatre-vingts élèves, soit quarante par classe, l'école en accueillit plus de cent vers 1910, mais n'en comptait plus que cinq en 1974 lorsqu'elle fut fermée.
De l'école au musée
Confié au Parc Naturel Régional d'Armorique en 1979 à fin d'installation d'un musée de l'école, le bâtiment est aujourd'hui propriété départementale. Les collections, constituées depuis 1972, à partir d'un certain nombre de fonds publics et privés des cantons de la région ne cessent depuis de s'enrichir grâce à des dons réguliers de toute provenance.
Organisée autour de quatre thèmes principaux reliés par les idées dominantes de la réforme scolaire de la Troisième République, l'exposition permanente présente le milieu rural en Bretagne, expose le problème du bilinguisme, aborde à la querelle scolaire, et fait voyager dans le monde de l'écolier et de ses maîtres.
Diverses scénographies, reconstitutions (outre la salle de classe, le logement de l'institutrice) et mises en ambiance autour d'espaces, d'objets, de textes et photographies permettent une approche à la fois instructive et didactique de la vie à l'école rurale d'autrefois face aux intentions du législateur.
Parallèlement, depuis le début des années 1990, le musée développe une importante politique d'expositions temporaires. La dernière en date -Le Temps de l'écolier- invite à une (re)découverte des rythmes et rites scolaires sous la Troisième République.
