Printemps de l'Education
 
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Michel Develay

Savoirs et compétences

IUFM théorie et pratique
Savoirs et compétences

L'enseignant devrait maîtriser deux types de compétences : celles qui ressortent des savoirs à enseigner et celles qui ressortent des savoirs pour enseigner.

Articulation théorie-pratique

Il n'y a pas de théorie qui ne présuppose une pratique ; la finalité de la connaissance, c'est l'action. Même la philosophie, si elle permet de méditer la vie, conduit aussi à vivre ses méditations. Par ailleurs, il n'y a pas de pratique qui ne soit fondée sur un parti-pris, donc quelque part sur une théorie. Il n'existe donc pas d'opposition, mais une dialectique entre la théorie et la pratique. Dans la formation des enseignants, le centre de formation et la classe représentent a priori ces deux moments. Les choses ne sont pas à figer en ce sens. Une alternance intégrative permet de faire émerger; en partant de la pratique de la classe, des questions qui seront théorisées à l'IUFM, et inversement. Par ailleurs, de la pratique simulée peut exister à l'IUFM, et de la théorie peut être discutée dans les classes. Plutôt que parler d'articulation qui fige, parlons d'osmose qui illustre la perméabilité possible.

Quelles sont, selon vous, les compétences requises aujourd'hui pour enseigner ?

Michel Develay -
Un enseignant est quelqu'un qui introduit l'enfant dans la culture des hommes à travers des éléments de programmes qui renvoient aux différentes disciplines enseignées. Pour ce faire, il doit posséder des savoirs de haut niveau. Mais ces savoirs de haut niveau ne s'acquièrent pas en empilant des savoirs les uns au-dessus des autres, comme dans le cas de l'agrégation. Ils résultent de la capacité à appréhender la structure de ce qui doit être enseigné, en termes d'idées-clés, de concepts intégrateurs. De sorte que, pour moi, un savoir de haut niveau est un savoir que l'on est capable de regarder de haut.
Être capable d'identifier les trois idées force qui définissent ce qui est à savoir en histoire ou en grammaire à la fin du cycle 2 en constituerait un exemple.
Pour introduire l'enfant dans la culture, il me parait nécessaire de maîtriser trois types de compétences

D'abord celles qui ressortent des savoirs à enseigner; nous venons d'en parler; et aussi celles qui ressortent des savoirs pour enseigner. Je parle ici de la pédagogie et de la didactique qui englobent à leur tour d'autres domaines de référence. Mais il convient d'y ajouter les compétences qui découlent de la prise de conscience, par l'enseignant, des ressorts de son action.
L'enseignant, en effet, doit dans l'urgence prendre de multiples décisions. Il lui faut savoir qui. interroger; comment, en insistant sur quels éléments qu'il juge opportuns, il lui faut encourager; accompagner; réprimander; se faire présent et discret, médiateur et juge.
Des groupes d'approfondissement professionnel, au cours desquels chacun peut parler de sa pratique, de ses difficultés et de ses réussites, en analyser les causes, les ressorts, constituent autant d'occasions pour découvrir ses schèmes d'action, ses habitus professionnels. La professionnalité de l'enseignant est dans sa capacité à se mettre à distance des émotions, des affects, des savoirs, des méthodes, afin de se rendre conscient des enjeux et des ressorts de son action au quotidien.

Comment ces compétences pourraient-elles s'articuler en formation ?

M.D. :
Je viens d'en parler en mettant l'accent sur l'existence de temps d'analyse des pratiques et de leur ressenti. La difficulté de ces moments est qu'ils font intervenir simultanément des considérations de diverses natures pédagogiques, didactiques, sociologiques, psychologiques et qu'il existe peu de formateurs possédant la connaissance simultanée de tous ces champs.

Quelles compétences ont à être maîtrisées cette fois par les formateurs pour se comporter en compagnons, en médiateurs, en référents des jeunes enseignants en formation, est une question qui ne peut facilement être passée sous silence. J'ajouterai qu'on oublie fréquemment en formation, de se pencher sur les savoirs professionnels requis dans l'exercice du métier et qui n'entrent pas facilement dans les savoirs à enseigner ou pour enseigner. Justifier sa pratique à l'occasion d'une réunion de parents, envisager les conséquences d'une organisation de la cour de récréation pour en faire un lieu d'éducation en sont des exemples, et il serait possible de les multiplier. La nature des savoirs à enseigner et des savoirs pour enseigner est a confronter avec l'analyse du (des) poste(s) de travail de l'enseignant, ce qui est peu réalisé.

Enfin, les compétences à développer en formation, Si elles parviennent à former des professionnels des apprentissages scolaires, ne donnent pas forcément à chacun le sentiment d'appartenir à une profession. Faire émerger de 'identité professionnelle constitue sans doute un manque actuellement dans la formation. Les instituteurs ont largement construit leur identité professionnelle dans leurs syndicats, dans la culture mutualiste qu'ils ont développée (MAIF, MGEN, CAMIF SCUC, MRIFEN, ...).
Qu'en est-il aujourd'hui ? Si la syndicalisation est faible, c'est peut-être parce qu'en sortant de formation, on n'a pas le sentiment d'appartenir aux métiers de l'enseignement, comme les infirmières, les aides-soignantes et les médecins à l'hôpital ont le sentiment d'appartenir aux professions de la santé. La meilleure preuve que cette identité professionnelle a de la peine à exister se trouve dans la difficulté à faire exister de la formation commune dans les IUFM, capable de réunir futurs professeurs d'école, des collèges et des lycées, futurs PLP2, documentalistes, conseillers principaux d'éducation. Â ne pas s'intéresser suffisamment à l'identité professionnelle, on concourt à développer l'individualisme.

Quel jugement portez-vous sur les référentiels de compétences ?

M.D. : Un référentiel est un produit qui trouve toute sa signification lorsqu'il est justifié pour ceux qui ont à s'y référer. Aussi serait-il judicieux de le construire avec les intéressés. Prendre le temps de visiter des classes, d'analyser les tâches multiples d'un enseignant selon le niveau et le lieu où il enseigne, interroger des maîtres et des maîtresses sur leur quotidien constituent autant d'occasions de comprendre la profession à laquelle on se destine et permettent de s'approprier des référentiels de compétences. Par ailleurs, un référentiel est utile s'il constitue la visée de référence qui ne préjuge pas de la manière d'y accéder. Aussi devrait-il favoriser une individualisation et une contractualisation de la formation afin de rendre chacun maître d'œuvre de son cheminement. Ceci étant un référentiel de compétences occulte par essence, la compétence ultime qui conduit à se servir des compétences que l'on a maîtrisées. Développer la compétence à utiliser ses compétences, c'est découvrir ses modes d'action et de réaction. On revient aux échanges précédents où nous avons parlé de nécessaire mise à distance. Former; c'est d'abord aider autrui à rendre intelligibles ses pratiques.

Page consultée à l'URL:
http://www.syndicat-enseignants.org/Iufm/Interview_de_Michel_Develay.htm