Réflexion pédagogique
 
Des textes pour approfondir ...

Les marchés de connaissance

Mots d'enseignants

Depuis l'an passé, les 5 classes de notre Regroupement Pédagogique Intercommunal (5 classes réparties sur 3 écoles rurales : Bren-Marsaz-Chavannes) se sont engagées dans la mise en place des Marchés de connaissances.
Ceci s'intègre parfaitement à notre réflexion sur les apprentissages.

      Pourquoi un marché des connaissances ?

Le marché des connaissances est un lieu d'échanges de savoirs où chacun peut offrir ses connaissances à ceux qui le demandent et, dans le même temps, chercher à en acquérir de nouvelles.
C'est un lieu d'apprentissage vécu coopérativement, où l'on donne et l'on reçoit. En lien avec notre projet pédagogique, ce moment riche vise à faire évoluer le rapport au savoir de nos élèves.

   - Les marchés des connaissances mettent en avant le langage des talents personnels décrit par Jacques Lévine. Ils développent la motivation des enfants car ils s'appuient sur leur passions.
   - Partager avec ses pairs ce que l'on aime noue un lien très fort entre la notion de plaisir et celle d'apprentissage.
   - Dès lors, on est reconnu par les autres pour son savoir-faire et non plus seulement pour son savoir-être. Au sein du groupe, chacun peut être caractérisé par ses compétences et en même temps chaque enfant apprend à connaître ses propres compétences.
   - Comprendre comment un camarade réussit à apprendre permet de comprendre aussi comment l'on apprend soi-même. Cette mise à distance, cette réflexion métacognitive est un déclencheur de réussite scolaire car il établit une possible transposition dans d'autres situations.
   - Le savoir n'est pas le monopole de l'école. Pouvoir échanger des savoirs scolaires et non-scolaires révèle l'importance de la globalité de l'enfant.
   - Au sein d'un R.P.I où les enfants ne se rencontrent que trop rarement, vivre un Marché des connaissances, c'est vivre une aventure commune, nouer des liens forts entre les élèves des trois écoles, de la petite section de maternelle au CM2… C'est partager un vrai projet avec beaucoup de plaisir et d'intérêts.
   - Enfin, les Marchés des connaissances traduisent bien la rupture que nous souhaitons établir face à la soumission au savoir. L'enfant n'est pas contraint d'apprendre, mais il apprend car le savoir donne du pouvoir : celui d'appartenir à un groupe, celui d'être autonome, celui de réaliser un projet (rapport pragmatique au savoir).

     Comment un marché des connaissances ?

Nous avons commencé les Marchés des connaissances AVEC les élèves de nos classes, nous avons construit ces rencontres en négociant avec eux.

De l'élaboration à sa conclusion, un Marché des connaissances est constitué de 5 étapes :

   - première étape :
Dans chaque classe participante, recueillir les demandes des enfants "ce que j'ai envie d'apprendre …"
Cette année, nos élèves ont souhaité ajouter des propositions " ce que je peux apprendre… "
   - seconde étape :
Lecture dans chacune des classes de toutes les demandes recensées et recherche d'"appreneur" pour satisfaire aux envies "ce que je peux lui apprendre…" ou d'apprenant pour répondre aux propositions.
   - troisième étape :
préparation de chaque atelier au sein de chaque classe, avec des prises de contact, des demandes de renseignements supplémentaires entre apprenant et "appreneur" si nécessaire.
   - quatrième étape : Le marché des connaissances
Nous l'organisons en deux temps pour permettre aux enfants qui l'ont souhaité d'être apprenant à un moment et appreneur à l'autre.
   - cinquième étape :
Le bilan se fait au sein de chaque classe du point de vue des apprenants et des appreneurs.


Mots d'enfants


Un marché des connaissances, qu'est-ce que c'est ?
     Suite au second marché de cette année, les élèves de grande section ont répondu à cette question afin d'expliquer les marchés aux lecteurs de notre journal scolaire. Nous vous livrons ci-dessous leur discussion

- C'est des trucs qu'on pouvait apprendre aux autres, aux enfants qu'on ne connaît pas.
- On demande à apprendre des trucs qu'on ne sait pas faire.
- C'est quand quelqu'un m'apprend à faire des choses que je ne sais pas faire.
- Si les enfants arrivent très bien à faire, ils n'apprennent pas.
- On apprend des choses mais on apprend pas si on sait déjà faire. Si on ne sait pas faire, on peut demander aux autres.
- On apprend avec les autres pour travailler un petit peu, pour que " ça fait " du bien.
- Non parce que quand on travaille, c'est quand il n'y a pas de marché.
- Mais tu ne travailles pas, tu apprends ; quand on est à l'école tu travailles…
- On travaille si on ne sait pas faire.
- Quand on sera grand on pourra apprendre des choses aux copains…. Quand on sera au CP.
- Oui parce que les petits savent pas bien faire, mais les petits ils aimeraient bien apprendre à dessiner.
- Mais F. a appris aux plus grands !
- Parce que F. il est plus petit, mais il savait faire les voitures.
- Quand on est grand il y a des choses qu'on ne sait pas faire.
- La maîtresse sait tout faire parce qu'elle est plus grande que les enfants.
- Mais des fois, elle peut se tromper…
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     J'ai été appreneuse pour donner des enseignements sur les chevaux : j'ai fait quelques exercices sous forme de jeu ! (comme cherche l'intrus, une image avec 3 réponses dont une est juste, relier l'image à la bonne réponse…)
Mais je leur ai aussi fait faire du travail à l'oral. En leur expliquant beaucoup de choses. Je leur ai laissé choisir la réponse qu'ils pensaient, puis je les faisais parler sur leurs choix, et après je leur ai répondu, tout en expliquant la réponse. Ca c'est ce que j'ai fait mais aussi ce que j'avais préparé. Donc je pense que j'ai assez bien suivi mon programme. Mais le problème, c'est qu'au début, il y avait 2 personnes à la fois qui voulait venir. Et moi j'ai fait la bêtise de les faire venir en même temps dans mon atelier. Et j'ai été débordée, car mes 2 élèves ne voulaient pas apprendre la même chose sur les chevaux. Après j'ai dit aux autres qu'ils devaient venir un par un, donc ça s'est bien passé. La prochaine fois je dirai "NON" dès le début. Mais cette fois ci, je n'avais pas trop osé.

CELESTE (CM2)

   Samedi 1er février 2003, je suis allé au marché des connaissances. Là-bas on apprend des choses et on en fait apprendre. Moi j'ai fait apprendre aux autres à faire des dérapages en vélo. Je n'ai pas eu beaucoup d'enfants, un seul a passé le brevet, puis un a abandonné en cours de route. Il disait qu'il n'était pas fait pour ça. Je pense que ça ne s'est pas passé comme je l'avais prévu car je n'étais pas assez autoritaire.
   J'ai aussi appris à lire l'heure. C'était assez facile pour moi, car je savais déjà un peu. J'aime les marchés des connaissances car on apprend des choses mais aussi ça permet d'améliorer nos difficultés. Il y a aussi plein de règles à appliquer.

EMMANUEL (CM1)

    J'ai appris à Gaëtan à faire deux voitures. J'ai fait les roues après j'ai fait un trait…pour faire le modèle. Il a fait pareil que moi. Il a réussi la voiture parce qu'il a bien regardé le modèle.

FLAVIEN ( MS)

C'était bien quand on avait appris à faire les lacets parce que j'aimais bien faire les boucles.

EMILIE (GS)


J'ai appris à écrire le mot ELEPHANT.
Benoît avait fait un modèle, je devais écrire le mot éléphant avec le modèle.
Il y avait beaucoup de mots.
Benoît avait dit que c'était très bien… et j'ai réussi !

JORIS (MS)