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Reproduction
d'un article paru dans la revue "JE est un Autre N°11"
Janvier 2001
Enseignant
dans une classe de cycle 2, j'ai envie de me demander pourquoi
mes façons d'exercer et de concevoir mon métier
ont changé depuis mes débuts, et continuent de
changer d'année en année, pour arriver, actuellement,
à l'envie de réaliser une école des quatre
langages telle qu'elle m'est apparue à la lumière
des discussions et des rencontres que j'ai eues avec J. Lévine
et d'autres collègues.
DOUTES
ET INTERROGATIONS
Très
vite, je m'étais aperçu que la classe, dans le
sens d'un groupe homogène qu'on piloterait, n'existait
pas. J'avais pourtant appris à bien préparer mes
leçons : cerner les objectifs à atteindre, une
évaluation initiale, une démarche active qui amène
les élèves à se questionner et à
résoudre des problèmes, enfin m'assurer des progrès.
Pourquoi
cette façon de faire classe ne me suffisait-elle pas
?
La
plupart du temps, les enfants devaient faire Ia même chose
en même temps. Je me sentais être une machine à
transmettre des savoirs alors que je pensais pouvoir apporter
d'autres choses aux enfants. Les acquisitions se faisaient de
manière abstraite, superficielle ou sous la contrainte.
Je ne tenais pas compte du passé, ni de l'avenir lointain
de l'enfant : j'essayais surtout qu'il ait un minimum de connaissances
pour passer dans la classe supérieure et qu'il ne soit
pas trop faible dans la classe du collègue.
Je m'interrogeais
sur l'utilité de ce que j'essayais de faire apprendre
aux élèves. J'écoutais mes désirs
et fort peu ceux des enfants. Je faisais la part trop belle
au français et aux mathématiques. Ainsi, certains
enfants très créatifs, très soigneux, se
retrouvaient-ils en échec car je devais aller vite en
lecture et en mathématique. Mon expérience me
prouve qu'un enfant se débrouillera, sauf cas exceptionnels,
pour acquérir les savoirs de base en lecture.
Des comportements
d'élèves illustraient mes insatisfactions : les
enfants étaient peu impliqués dans ce qu'ils faisaient.
Ils avaient beaucoup de difficultés à donner un
avis sur leur travail, sur leur rôle dans Ia classe. Beaucoup
d'élèves étaient suspendus à mes
demandes, étaient peu autonomes. Certains se cachaient,
n'osaient pas se montrer, avaient peur de ne pas réussir.
J'ai présenté
ici des attitudes communes au plus grand nombre. II y avait
aussi parfois des comportements extrêmes : une opposition
systématique à tout travail scolaire, un rejet
de toute forme de coopération avec les camarades, des
révoltes de la part de " fauteurs de troubles ".
Je n'avais
pas été formé à l'analyse de ces
attitudes. Quel était mon rôle dans ces comportements
? Étaient-ils inévitables ?
A partir
de ces constats, comment améliorer la situation ?
Petit à
petit, au fil des années, il m'est apparu que l'enfant
devait avoir des espaces de parole, où il donne son avis,
où il fait des propositions, où il apprend à
régler des conflits et où le groupe classe joue
le rôle de médiateur.
Pour éviter
les injustices et les sentiments de jalousie, je devais faire
respecter un règlement connu de tous et accepté
du plus grand nombre.
Les enfants
devaient, le plus rapidement possible, se sentir en confiance,
avec moi bien sûr, mais aussi avec leurs camarades.
Les enfants
devaient vivre l'école non pas comme un lieu d'évaluation
de leur travail, mais comme un lieu d'apprentissage. Je devais
me préoccuper du devenir lointain des enfants, donc voir
plus loin que la fin de l'année scolaire. Qu'est-ce que
j'étais capable d'apporter à chaque enfant, en
une année, pour qu'il réussisse un peu mieux sa
vie ?
II était
plus facile de travailler dans une équipe qui avait des
convictions communes.
Toutes ces
tentatives d'amélioration s'appuyaient sur ce que je
ressentais. Elles étaient surtout intuitives. De plus,
comme j'enseignais à Vénissieux, aux Minguettes,
il y avait au fond de moi l'idée complaisante et fausse
que ces comportements étaient spécifiques aux
enfants de la ZUP. Cette idée m'empêchait de pousser
plus loin ma réflexion.
Ma surprise
fut grande quand, étant nommé à Saint Didier
sous Riverie, dans la campagne lyonnaise, je m'aperçus
que les mêmes comportements existaient. Ils n'étaient
donc pas dûs à la spécificité d'une
population, mais à ce qu'étaient vraiment les
enfants.
Du coup,
il convenait de se centrer sur l'enfant, sur son développement,
sa construction, sur ce qu'il ressentait pour, dans un premier
temps, expliquer ces comportements, et dans un deuxième,
tenter d'apporter des réponses.
L'ÉCOLE
DES QUATRE LANGAGES
Les séances
de Soutien au Soutien, avec Jacques Lévine, la lecture
de la revue " Je est un autre " m'ont dévoilé
comment se construisait l'enfant. Je disposais alors d'un outil
pour faire en sorte de faire coïncider mes désirs
d'enseignant avec les réalités de l'enfance. En
outre, l'école que Jacques Lévine appelle des
quatre langages correspondait à ce que je cherchais à
réaliser dans ma classe. Aussi vais-je tenter de montrer
comment je comprends et m'efforce de développer l'intelligence
des situations, l'intelligence des relations, celle des talents
personnels et enfin des réalisations.
L'intelligence des situations
Pour moi,
c'est ce qui fait qu'un enfant travaille intellectuellement
pour de vrai. Je ne la vois pas comme une réflexion à
priori, ni à posteriori, sur la pensée, car ce
n'est pas un mécanisme à part que l'on pourrait
détacher, c'est un accompagnement.
Ce que je
mettrais derrière le langage oral interne, c'est l'intelligence
de l'intelligence, la compréhension qu'on est en train
de comprendre, de faire, et qu'on a une certaine maîtrise
de ce qu'on fait.
C'est tout
le questionnement, les attitudes, qui m'accompagnent en ce moment
quand je suis en train d'écrire : Est-ce que ce que j'écris
est compréhensible ? Est-ce que ça va être
intéressant ? Est-ce qu'on ne l'a pas déjà
dit ? Je me frotte le menton. Je mets mes doigts dans la bouche.
Plus tard je sais que je vais relire pour faire attention aux
erreurs d'orthographe, etc.
Dans mon
cas, cette intelligence se met en oeuvre automatiquement, heureusement,
sauf quand je suis très stressé, quand je ne me
sens pas à la hauteur ou très fatigué.
Où
cet accompagnement se situe-t-il et à quel moment ? Dans
le cas de l'écriture, sans doute dans la relation que
je noue avec mon texte, que je construis avec les lecteurs (c'est
aussi le langage de la relation). Ce serait le décor
d'un théâtre, ce qui va donner du sens.
Comment
l'enfant peut-il prendre conscience de cette intelligence qui
doit l'épauler ?
Les ateliers
philosophie bien évidemment amènent l'enfant à
goûter et à exercer la prise de conscience de cet
accompagnement. Qu'est-ce que je vais dire ? Qu'est-ce que les
autres vont en penser ? Qu'est-ce qu'il a voulu dire ? Je me
trémousse, etc,
Le travail
en groupe peut être un moyen, en voyant les autres enfants
faire, leurs attitudes, de voir à l'oeuvre ce qui accompagne
Ia réalisation. A condition de ne pas toujours regarder
cette dernière au détriment du processus qui l'a
accompagnée. Le résultat sera d'ailleurs d'autant
plus valorisant pour l'enfant qu'il sait qu'il s'est mobilisé
entièrement, qu'il en a " bavé ".
La démarche
de ce qu'on appelle désormais " La main à
la pâte " favorise un tel travail.
II faut
laisser du temps, lors de la même tâche, pour que
cette intelligence s'exerce, se développe, évolue.
Si elle change au cours de la réalisation, à ce
moment-là, l'enfant en prendra sans doute conscience
"Tiens,
je voulais faire ça et ça a donné ça,
c'est bizarre" ou simplement "Je n'y arrive
pas, allons voir comment mon copain a fait".
Le choix
des situations me paraît également important :
il faut savoir les varier pour enrichir ce langage, mais aussi
les reproduire pour le renforcer.
Pour favoriser
cet accompagnement, il convient de renforcer l'image positive
que l'enfant se construit de lui-même. S'il se juge bon
à rien ou s'il préfère rester petit, il
fera sans doute tout pour enfouir, ne pas construire ou ne pas
utiliser cette intelligence : on observe alors des enfants qui
répondent à toute allure, au hasard ou pour faire
plaisir.
Je me rends
compte que trop souvent, je me lance dans un "questions-réponses"
trop rapide avec les enfants. Cela ne contribue malheureusement
pas au renforcement de cette intelligence. En effet, mis à
part ceux qui l'ont développée, qui vont répondre
juste et qui seront valorisés, pour les autres, le résultat
sera contraire à mes attentes.
D'autre
part, je ne pense pas que c'est en demandant à ceux qui
ont bien répondu comment ils ont fait que ça peut
aider les autres. C'est en mettant en oeuvre ce langage et en
le vivant qu'on peut l'éprouver. II est étroitement
mêlé à la relation que l'enfant a nouée
ou nouera avec lui-même et les autres.
Le
langage des relations
À
propos des relations maître-élèves, je vais
relater une expérience vécue.
Une année
je décidai d'avoir un CP. Le jour de la rentrée
j'avais en face de moi une majorité d'élèves
qui se demandaient ce qu'ils faisaient là et qui commencèrent
rapidement à se chamailler. Nous nous regardions comme
des étrangers, nous n'avions pas préparé
la rencontre. L'année fut très difficile. L'année
suivante se passa beaucoup mieux, d'une part car il y avait
moins d'élèves qui posaient problème et
d'autre part parce que tout au long de l'année j'avais
effectué un travail avec les enfants de grande section
que j'allais accueillir. Leur venue avait été
préparée, ils étaient rassurés.
II y a eu
tout un travail, de l'ordre de la préparation au départ,
à la séparation, accompagné d'une réflexion
sur l'accueil.
Sans ce
travail, beaucoup d'enfants ne se sentent pas en sécurité.
Ils ont peur de ce qu'ils montrent. Ils craignent de ne pas
être suffisamment valables aux yeux du maître. C'est
dans et grâce à la relation de confiance, de respect,
qu'ils noueront avec l'enseignant qu'ils pourront vaincre leurs
peurs, grandir et en particulier entrer dans Ia lecture.
Comment
construire une telle relation ? Peut-être en ayant confiance
en l'enfant, en sa réussite, en essayant de comprendre
ce qu'il ressent, en posant un regard bienveillant sur lui,
sur ce qu'il fait, et tout ça dans un cadre sécurisant
où il se sent protégé par des règles
qui sont respectées.
Enfin, le
plus long fut pour moi de prendre conscience de l'importance
de mon regard sur le travail des élèves. Je crois
que beaucoup d'élèves ont guetté, ont attendu
un acquiescement, un encouragement, de la chaleur alors qu'il
y avait de la neutralité. Sous prétexte de ne
pas juger l'élève, de dissocier travail et personne,
de ne pas avoir l'impression de n'encourager que ceux qui réussissaient,
je n'ai pas permis aux enfants de construire une image suffisamment
positive d'eux-mêmes. Ça a été une
grosse erreur que j'essaie de corriger.
Quant aux
relations entre enfants, je vais rapporter une autre anecdote.
À
l'école normale, j'ai appris à "faire classe
à la classe". Quand on a un seul niveau, il est
encore possible de faire la même leçon de mathématique
à la classe entière.
Quand j'ai eu une classe de cycle 2, j'ai donc consulté
trois livres : un de GS, un de CP et un de CE1. Dans le déroulement
de chacune des leçons, le maître devait être
présent.
Je devais
donc soit aborder uniquement le tiers du programme à
chaque niveau, soit travailler différemment.
En optant
pour la seconde solution, l'enfant ne devait plus seulement
travailler grâce à moi mais avec et grâce
aux autres. Cette collaboration, indispensable, n'existait que
dans les relations que les enfants nouaient. II fallait qu'ils
s'aident mutuellement. Chacun devait trouver sa place : les
demandeurs ne devaient pas être seulement des demandeurs,
les enfants " ressources " devaient trouver un intérêt
à essayer de transmettre leur savoir. Cet échange
de savoirs est le fondement du " marché " de
connaissances.
C'est un
des grands intérêts de Ia classe multi-âges
: les relations d'entraide qu'elle développe, la perspective
de croissance qu'elle apporte aux plus jeunes, ainsi que le
temps qu'elle laisse à l'enseignant et à l'enfant.
Pour que
ça fonctionne, les enfants devaient donc se connaître,
se reconnaître. C'est le rôle du "quelque chose
à dire " (chaque matin les enfants ont la possibilité
de dire quelque chose à la classe), de la philo, des
ateliers de l'après-midi (les groupes sont constitués
d'enfants de GS, de CP et de CE1).
II est évident
que des tensions allaient éclore mais la réunion
de coopérative permet au groupe d'en discuter. Il me
paraît important que les enfants sentent qu'il existe
un intérêt supérieur, le. groupe (et au
delà l'intérêt humain) qui veille à
ce que tout se passe bien, même si les crises sont inévitables.
II convient
également de trouver des situations où chaque
enfant puisse apporter quelque chose au groupe, et parallèlement
des situations où le groupe reconnaisse le travail de
ses pairs.
De la même
façon que pour l'intelligence des situations, l'enfant
trouvera d'autant plus rapidement sa place dans le groupe qu'il
se jugera valable. D'ailleurs, j'ai en mémoire des enfants,
qui ne se sentant en rien valables, préféraient
très vite se cantonner dans le chahut, façon de
confirmer l'image que leurs camarades et le maître avaient
d'eux. II me semble que les relations découlent, dans
la classe, de la place que chaque enfant occupe dans le regard
du maître et dans le regard de ses camarades.
De la même
façon que l'enfant construit une image de lui-même
en se voyant dans le regard que l'autre porte sur lui, c'est
en changeant le regard porté sur lui que la relation
pourra se modifier.
C'est en
partie par le regard qu'il porte sur eux que l'enseignant pourra
faire prendre conscience aux enfants en difficulté qu'ils
sont autres que ce qu'ils ont toujours cru. II peut essayer
de leur transmettre de l'importance, leur donner des responsabilités
dans le groupe.
Enfin je
voudrais rappeler, comme je l'ai mentionné plus haut
avec l'exemple du texte que je suis en train d'écrire,
que le langage des relations est articulé aux langages
des situations et des réalisations.
Prenons
l'exemple de "P'tit Crack", le journal de toute l'école.
Quand l'enfant écrit ou dicte un texte, il entre en relation
avec d'autres, public réel ou public imaginaire. C'est
dans un tissu de relations que les productions s'élaborent
et se réalisent, comme par exemple à travers la
correspondance scolaire.
L'intelligence
des curiosités et des talents personnels
Pour acquérir
de la valeur aux yeux des autres, donc à ses propres
yeux, pour nouer de bonnes relations avec son public (intérieur
et extérieur), l'enfant doit faire l'expérience
du plaisir que procure la reconnaissance ou la mise en valeur
de ce qu'il a fait.
Comment
? Tout au long de la réalisation d'un travail, le maître,
et même le groupe, peuvent pointer les talents de chacun,
mettre en valeur, donner de la fierté. C'est là
encore tout profit pour Ia croissance de l'intelligence des
relations et de l'intelligence des situations.
Là
encore, la démarche de " Ia main à la pâte
" propose beaucoup de situations de recherches où
chacun peut révéler en quoi il est capable d'organiser,
de commander, d'être minutieux, d'être inventif,
etc.
Ce langage
est aussi la prise de conscience de la diversité, de
l'utilité de chacun. C'est l'apprentissage de la citoyenneté.
Je suis d'ailleurs persuadé que si les adultes changeaient
de temps en temps de métier, la société
irait mieux.
Les enfants
peuvent exceller dans des domaines variés : bricolage,
qualité du service, imagination, etc. C'est à
l'enseignant de veiller à la variété des
activités pour que se révèlent des talents
qui peuvent par ailleurs être utiles aux autres, les surprendre
aussi. Quand on a un don, voire simplement une possibilité,
qu'on aime quelque chose, n'est-ce pas un devoir d'en faire
profiter soi-même et les autres ?
J'ajouterai
au langage. des curiosités et des talents personnels
le fait de trouver quelque chose qu'on aime faire ; qu'importe
alors le résultat ! Encourager l'enfant qui aime peindre,
qui aime le sport, qui aime cuisiner, c'est lui donner de Ia
valeur, c'est donner plus de sens à sa vie et le faire
grandir.
Je crois
qu'on vit plus intensément quand on a un ou plusieurs
violons d'Ingres. Ce sont des anti-déprimes.
Le
langage des réalisations
Nous avons
dit qu'en devenant producteur, l'enfant s'installait dans une
société qui n'est plus sa famille. Pour l'enfant,
produire dans un espace qui n'est pas mercantile est une expérience
où il se sent à la source de pensées, de
réalisations, de sociabilité, voire d'inventivité.
II existe
fréquemment une rupture entre la maternelle et le primaire.
Plus l'enfant grandit, plus l'école privilégie
le langage écrit abstrait. L'espace de production se
réduit alors à la feuille de papier et le crayon
est l'outil principal. L'école primaire met alors en
difficulté les élèves qui ont besoin d'apprendre
en manipulant, en construisant. Pour ces élèves,
je fais l'hypothèse que la réalisation permet,
en occupant les mains et le corps, de laisser le temps de la
réflexion, de rassurer le corps alors que le cerveau
est dans Ia confusion, tout en donnant aux interlocuteurs l'image
de quelqu'un qui travaille. En lecture, ce sont des enfants
qui auront énormément de mal à déchiffrer.
C'est peut-être
pour cette raison qu'au CP beaucoup d'enseignants proposent
aux enfants des réalisations où ils auront à
dessiner, à découper ou à coller lors de
leurs recherches.
La production
est le moteur des autres langages : elle enclenche les relations
avec les pairs et le maître pendant et après, elle
s'accompagne de l'intelligence des situations, elle permet d'éprouver
du plaisir ou du déplaisir, elle permet de rechercher
ses talents personnels. La réalisation n'est plus une
fin en soi. Elle permet de travailler avec ses camarades, de
réfléchir en faisant, de montrer de quoi on est
capable aux autres et d'exposer ses talents. Le travail de l'enseignant
est de se demander en quoi telle ou telle réalisation
contribue plus ou moins à la mise en oeuvre des autres
intelligences.
Dans notre
école, beaucoup de brevets déposés pour
les marchés de connaissances proposent des réalisations
: pliage d'avion, bateau en coquille de noix, jumelles, etc.
Cela illustre bien l'envie et le plaisir qu'ont les enfants
à se sentir producteurs.
Par sa production
un enfant révèle une partie de ce qu'il est, de
ce qu'il vit. A travers elle, il va se livrer, donc s'exposer.
II en prend conscience à l'école. Au groupe et
à l'enseignant de faire en sorte que cette présentation
ne le bloque pas, mais renforce l'image positive qu'il construit
de lui-même.
Dans ma
classe, en début d'après-midi, certains enfants
ont un moment de travail personnel. Les élèves
choisissent de préparer une saynète, de construire,
d'écrire à l'aide de l'ordinateur, de faire un
puzzle, etc. Leur désir de montrer ensuite au groupe
ce qu'ils ont fait est très fort. Ce désir révèle
non seulement leur volonté de faire partager mais également
celle de connaître l'avis des autres et sans doute d'estimer
leur valeur dans cette appréciation.
QUELQUES
RÉFLEXIONS SUR L'ÉCOLE DES QUATRE LANGAGES
Je juge
très intéressantes les connections étroites
qui existent entre les quatre intelligences. Chacune permet
de comprendre et de faire fonctionner le tout, exactement comme
l'enfant est évoqué dans sa singularité
et également dans le groupe. II me semble que ce n'est
pas l'addition de quatre (ou plus) intelligences qui construirait
une partie de l'intelligence de l'enfant, mais que l'intelligence
serait de construire toutes ces intelligences (et les autres)
en bonne intelligence. J'ai en tête l'image d'un être
qui grandirait entièrement en se nourrissant de ce qu'il
est.
Le groupe
de Soutien au Soutien me paraît un accompagnement fructueux
pour une telle école : il met en oeuvre au niveau de
l'équipe éducative l'intelligence des situations
parce qu'il demande une analyse vaste et fine de la situation,
parce qu'il provoque un questionnement. L'intelligence des relations
se retrouve dans la confiance mutuelle qui s'installe et le
regard différent que l'équipe va porter sur l'élève
ou la situation qui pose problème. Chacun peut apporter
sa contribution, en fonction de ses talents. La production sera
l'élaboration et la réalisation d'une nouvelle
situation. On expérimente donc en Soutien au Soutien
les quatre langages, ce qui permet aux enseignants de les mettre
ensuite à l'épreuve dans leur classe.
Ce qui me
plaît aussi, c'est qu'une telle école n'est pas
close, pas fermée sur elle-même. Promouvoir l'école
des quatre langages, c'est s'engager dans une co-élaboration
permanente de ce qui pourrait être profitable à
chaque élève pour qu'il prenne conscience de la
richesse de sa personnalité dans son unicité.
Unicité qui n'aurait de sens que dans Ia contribution
qu'il apporterait à Ia construction d'un tout.
Jacques
Pichon
JE est un Autre - janvier 2001
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