Réflexion pédagogique
 
Des textes pour approfondir ...


Les ateliers philo
de la maternelle au collège

Comment faire ?


1) Ces débats ont-ils lieu classe par classe ou êtes-vous amenés à prendre en charge des «assemblées d'élèves » et s'il y a lieu, comment les réunissez-vous ? (affinités par rapport à la question posée, cycles ou autres ?)

2) Comment s'est élaboré le premier questionnement ? (Question d'un élève, d'un groupe, proposition d'un animateur, ou autre ?)

3) Comment est née cette idée d'un atelier philo ? Qui a animé le premier débat ?

4) Comment la parole est-elle distribuée ?

5) Quelles règles fixez-vous et vous fixez-vous quant à la conduite des débats ?

6) Est-ce suffisant d'être instit ou prof d'école pour pouvoir dominer son sujet? Faut-il s'adjoindre les talents de quelqu'un d'autre pour pouvoir commencer ?

7) Quel moment libérez-vous pour cela et combien de temps utilisez-vous ? La durée est-elle fixée par une règle ou le débat ne s'arrête-t-il qu'au terme de la discussion ?

8) Quelles ont déjà été les questions posées par les élèves ?

9) Quelles sont les mises en garde que vous feriez à quelqu'un comme moi (et les suggestions) ?

10) Qu’en est-il du regard porté par l’Éducation Nationale ?


Questions

Réponses

1) Ces débats ont-ils lieu classe par classe ou êtes-vous amenés à prendre en charge des «assemblées d'élèves » et s'il y a lieu, comment les réunissez-vous ? (affinités par rapport à la question posée, cycles ou autres ?)

1) Dans la configuration la plus courante, les débats ont lieu par classe. Mais d’autres regroupements existent. Par exemple s’il y a trois classes du même cycle dans une école, on peut avoir trois ateliers différents. Dans le secondaire, l’expérience montre qu’il vaut parfois mieux séparer les garçons et les filles. Au départ, il nous semble souhaitable de faire simple, en respectant les règles suivantes :

·     nombre limité de participants pour que chacun ait la possibilité de s’exprimer ;

·     proximité d’âge des participants.

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2) Comment s'est élaboré le premier questionnement ?

2) La première liste de questions a été fournie par Jacques Lévine, Agnès Pautard et Dominique Sénore.

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3) Comment est née cette idée d'un atelier philo ? Qui a animé le premier débat ?

3) L’idée a été lancée par Jacques Lévine, Agnès Pautard et Dominique Sénore, qui ont sollicité certains enseignants de la région lyonnaise — ils considéraient alors que les ateliers philo ne pouvaient être mis en place que dans des classes où circulait déjà la parole. Les ateliers ont été présentés à une vingtaine de personnes lors d’une réunion à l’IUFM de Lyon. Chacune d’entre elles a conduit le premier débat dans sa classe.

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4) Comment la parole est-elle distribuée ?

4) L’enseignant est le garant du cadre. C’est lui qui distribue la parole ou qui supervise sa distribution.

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5) Quelles règles fixez-vous et vous fixez-vous quant à la conduite des débats ?

5) ·     Il est important que l’ordre des prises de parole soit connu et respecté.

o      Il y a plusieurs possibilités : soit ordre chronologique des demandes, soit ordre géographique (position des élèves le long d’une chaîne) ;

§       L’enseignant peut indiquer qui a la parole en disant le nom ou en filmant ou autre méthode ; ou les élèves peuvent prendre à tour de rôle un micro, sans intervention de l’adulte, ou encore faire circuler un “bâton de parole”.

§       Il ne doit pas y avoir de débat à deux. Si un enfant est interpellé, il doit attendre son tour pour répondre. La discussion concerne toujours tout le groupe et il faut que le cadre mis en place permette d’éviter les polémiques.

·     Les débats doivent se dérouler dans le calme.

·     L’enseignant ne doit jamais intervenir dans la discussion, que ce soit par des paroles, par des gestes ou par des mimique ; ni pendant, ni après. Si vous n’êtes pas absolument convaincu(e) de cela, réfléchissez-y, faites-nous part de vos objections, mais attendez avant de vous lancer. L’enseignant doit garantir le cadre et avoir une position d’adulte respectueux, c’est-à-dire être capable de supporter des “énormités” sans bondir. C’est ce qui est le plus difficile pour les enseignants. Ceux qui souhaitent participer à des ateliers philo doivent le faire avec d’autres adultes, pas avec des enfants.

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6) Est-ce suffisant d'être instit ou prof d'école pour pouvoir dominer son sujet? Faut-il s'adjoindre les talents de quelqu'un d'autre pour pouvoir commencer ?

6) Il suffit de s’être posé soi-même des questions existentielles et de ne pas avoir de certitudes philosophiques pour être compétent. Il ne s’agit pas de transmettre des connaissances philosophiques, mais d’entraîner les enfants à la pensée philosophique.

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7) Quel moment libérez-vous pour cela et combien de temps utilisez-vous ? La durée est-elle fixée par une règle ou le débat ne s'arrête-t-il qu'au terme de la discussion ?

7) Agnès Pautard préconise un débat hebdomadaire. L’expérience conduit à moduler cela selon les caractéristiques et la vie de la classe. Deux exemples :

1. Dans un cycle 3, il y a un moment philo le premier jeudi de chaque mois, suivi de la visualisation de l'enregistrement et d’une reprise de la discussion le jeudi suivant. La question du jour est inscrite au tableau, à l’arrivée en classe. Elle est traitée plus tard, au retour du sport. Il y a d’abord environ 5 minutes de réflexion personnelle, pendant laquelle les enfants qui le souhaitent utilisent leur cahier d’essai. La durée de la discussion est fixée à 10 minutes, après lesquelles le maître annonce un dernier tour de table. Comme la plupart des enfants interviennent, cela ne laisse le temps que pour deux tours + un. Ce dispositif est issu d'une négociation entre les élèves et le maître : la question n'est pas donnée trop à l'avance, pour que les enfants n'aient pas le temps de se forger une opinion, mais suffisamment tôt pour qu'ils aient pu y penser. Donc cela prend 20 mn la première semaine et 20 à 25 mn la semaine suivante.

2. Dans un cycle 2, le moment de philosophie se déroule en deux séances dans la même semaine :

- une  phase de réflexion  et d'écriture de 10 mn, suivi  d'un  temps  de  dessin  libre (légende dictée  au  maître) avant  la  discussion (le tout, 30 mn environ).

- la  lecture des écrits de la première séance, un débat à partir de cette lecture suivi d'une recherche lexicale qui donne lieu à un classement intuitif (30 mn aussi).

Si pour des raisons locales, vous ne pouvez pas annoncer officiellement cette préparation à la pensée philosophique, il est facile de présenter cela comme de l’expression orale !

Dans les ateliers pour adultes, on fixe la durée du débat à 20 minutes.

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8) Quelles ont déjà été les questions posées par les élèves ?

8) Voici des questions qui ont été posées par des élèves de cycle 3 :

C’est l’œuf ou la poule qui est venu sur Terre en premier ?

Est-il possible qu’il y ait une autre forme de vie dans l’Univers ?

L’Univers a-t-il une fin ?

Peut-on ressentir la souffrance des autres ?

Peut-on se mettre à la place de quelqu’un d’autre ?

Pourquoi mourrons-nous ?

Pourquoi sommes-nous nés ?

Pourquoi y a-t-il des gens racistes ?

Pourquoi y a-t-il des pauvres et des riches ?

Pourquoi y a-t-il des personnes qui souffrent ?

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9) Quelles sont les mises en garde que vous feriez à quelqu'un comme moi (et les suggestions) ?

9) Les mises en garde sont :

·     ne pas chercher à transmettre une connaissance : il s’agit d’une préparation à la pensée philosophique, non d’une initiation à la philosophie ;

·     ne pas essayer d’instrumentaliser les ateliers philo pour résoudre des questions autres (des actes de violence, des manifestations d’intolérance religieuse, des marques d’irrespect, un deuil qui ne passe pas…) ;

·     éviter au début les questions concernant la mort ou l’abandon, qui ne peuvent être débattues qu’après un temps de préparation ;

·     compte-tenu des situations locales, éviter les questions sur lesquelles les enfants ont déjà des certitudes (religion, racisme, etc.) et qui provoqueraient des confrontations d’opinion stériles ;

·     ne pas montrer les cassettes aux parents.

 

Au contraire, les suggestions sont :

·     chercher des questions qui amènent à penser et à entendre la pensée des autres ;

·     chercher des questions qui amènent à prendre la position du tiers, à prendre de la distance ;

·     transmettre comme messages implicites : ces questions sont légitimes ; ces questions concernent toute l’humanité ; en réfléchissant ensemble, on comprend mieux ; ces questions sont moins difficiles/douloureuses en étant partagées.

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10) Qu’en est-il du regard porté par l’Éducation Nationale ?

10) ·     L’Éducation Nationale, c’est nous !

 ·     Une expérience personnelle : les ateliers philo sont présentés dans des stages de formation continuée et dans certaines formations initiales à l’IUFM. L’inspecteur de ma circonscription a lui-même participé à un atelier philo lors d’un stage décentralisé. J’ai aussi présenté les ateliers philo aux formateurs de l’enseignement privé du Rhône, qui ont décidé d’inclure cela dans leur cursus.

·     Les enseignants “Freinet” du Rhône ont institué les ateliers philo dans leurs classes.

·     Il y a aussi un fort mouvement dans la région parisienne, particulièrement autour des IUFM de Corbeil et Bonneuil.

·     Au contraire, beaucoup de professeurs de philosophie traditionalistes se hérissent parce qu’ils ont l’impression qu’on marche sur leurs plate-bandes — alors qu’on ne fait que leur préparer le terrain !

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AGSAS / ATELIER PHILOSOPHIE
 

 
Nous espérons que ces réponses vous aideront à y voir plus clair, voire à commencer ! Dans ce cas, nous vous souhaitons bonne chance et beaucoup de plaisir.