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LYCEE EMMANUEL MOUNIER GRENOBLE
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Yoga classe de 2 de 2

PROJET 

La réussite scolaire de l’élève est souvent grevée par le fait qu’une grande partie de son énergie est utilisée à résoudre de nombreux problèmes. Ce qu’il reste de cette énergie est parfois trop faible pour assurer normalement sa scolarité.

Ce projet est ainsi abordé sous l’angle "économique". Il peut être transposé sous la forme suivante qui n’est qu’une image et non une réalité mathématique.

E.u = E t – E p

E u  : Energie utilisable pour effectuer son travail scolaire et avoir une attitude positive dans le groupe-classe.

E t  : Energie totale disponible potentiellement.

E p : Energie perdue qui ne pourra pas être employée à mener à bien ses tâches scolaires. Elle servira, parfois en urgence, à résoudre d’autres problèmes.

En conséquence, j’ai comme projet de diminuer cette énergie perdue sur quelques aspects particulièrement négatifs, lesquels, loin d’être exhaustifs, sont cependant fréquents, à savoir :

  • La fatigue.
  • Le stress.
  • La dévalorisation.
  • Le relationnel élève- professeur et dans le groupe-classe.
  • L’effort de concentration.

LA PRATIQUE.

Je précise, avant tout, que les exercices de yoga proposés sont ciblés sur l’élève et sont adaptés à des situations scolaires. Il ne s’agit pas de yoga fondamental, de cours de yoga permettant de progresser dans cette discipline. Je me base à cet effet sur mon expérience pratique acquise pendant ma carrière scolaire, au cours de laquelle j’ai utilisé le yoga en collège et en lycée, pour améliorer le rendement scolaire de mes classes et résoudre de nombreux problèmes. Je me réfère également à 10 années en tant que formateur en psychopédagogie chez les enseignants du secondaire en C.P.R. et C.R.D.P. ainsi qu’en université. J’ai, en outre, été formateur à la M.A.F.P.E.N. de Grenoble en proposant aux enseignants et autres personnels de l’éducation nationale, un yoga toujours adapté aux difficultés professionnelles. Je ne décrirais pas le déroulement des exercices pratiqués, mais je peux donner, si besoin est, toutes les explications qui me seront demandées.

Lutte contre la fatigue.

  • Technique respiratoire, qui apportent une grande oxygénation. Il s’agit là d’exercices de Hatha- Yoga indien.
  • Nei-cha Kung-fu : étymologiquement Kung-fu intérieur. C’est la partie yoga du Kung-fu basée, non sur l’art martial connu, mais sur des postures assez gymniques et surtout accompagnées de contractions musculaires développant beaucoup d’énergie.
  • Relaxation provenant du hatha-yoga indien, avec techniques respiratoires appropriées ici à la détente.

Lutte contre le stress

La mise en place de techniques anti-stress doit être précéder d’évacuation de ce stress qui se fera sous une forme émotionnelle. Chez les adultes, il n’est pas rare que cela s’exprime par les pleurs, plus rarement par de l’angoisse. L’adolescent, lui, sera pris de fous rires ou bien se sentira subitement très fatigué. Il est alors impératif d’apporter une explication à ces phénomènes. Il acceptera très bien, pour le rire, l’image de l’autocuiseur. La vapeur s’échappe à l’instar des tensions bloquées dans la personne. Il faut particulièrement insister sur l’aspect positif de cette situation et déculpabiliser. La fatigue s’installe à la suite de la chute des barrières qui endiguent et masquent le stress. Il s’agit là d’un phénomène d’action-réaction. Là aussi, il faut bien informer l’élève que la moitié du problème est, de ce fait, résolu, puisque le négatif s’évacue, laissant la place au positif qu’il faut maintenant installer.

Attention ! L’expérience et la formation du formateur doivent être suffisamment étayées pour ne pas s’inquiéter de ce qui passe et savoir intervenir à propos.

Les exercices seront axés sur trois zones corporelles :

  • La colonne vertébrale :

Le redressement, le maintien, les exercices toniques et relaxants contribuent à soulager certaines lombalgies, ce qui améliore l’état mental. Le redressement en lui-même, donne une structure corporelle positive (à l’inverse un sentiment dépressif est à l’origine d’un corps voûté avec les épaules tombantes). Il suffit de compléter ce travail par des exercices de relaxation.

  • L’abdomen

Une somatisation du stress provoque, entre autre, des spasmes gastriques et intestinaux. Certains mouvements, ainsi que des techniques respiratoires localisées dans cette même zone, apportent de rapides et efficaces progrès.

  • La zone thoracique supérieure(zone claviculaire)

Cette zone est proche de la gorge d’où provient le mot angoisse. C’est une zone respiratoire qui fonctionne peu si on n’y prend garde. L’expression "j’ai les boules", accompagnée du geste des deux mains à la base du cou, est significative à cet égard. Une respiration lente et profonde à ce niveau, certains mouvements des épaules et de la cage thoracique, ont un rôle important dans la lutte contre le stress.

Ces respirations, en ajoutant la respiration costale qui se situe entre les deux décrites, peuvent être pratiquées dans une seule inspiration et une seule expiration, d’une manière très discrète, dans n’importe quelle circonstance. Elles sont invisibles pour l’entourage. Les élèves m’ont fait part d’excellents résultats en classe avant des exercices de contrôles voir dans des situations d’énervement précurseur d’actes de violences. Le passage à l’acte a été évité.

Je ne détaillerais pas d’autres techniques énergétiques et de relaxation utilisées pendant ces séances.

La dévalorisation

Les élèves associent leurs échecs scolaires à une dévalorisation de leur propre personne. Des mauvaises notes répétitives sont à l’origine de sentiments de nullité et d’incapacité de l’individu concerné. La note n’est pas, pour l’élève, l’appréciation d’un travail accompli, mais le jugement de sa propre personne. C’est l’un des chemins de l’échec scolaire, de la dépression, de la violence.

Les exercices prévus, outre ceux concernant la lutte contre le stress, sont axés sur un travail mental de positivation. Ce travail est intégré dans des postures et des techniques respiratoires. Le corps est un outil très puissant pour aider à l’assimilation de ces pensées valorisantes. Il est ici compris dans sa totalité, ce qui se concrétise dans la coordination du geste et de la respiration. Il suffit alors d’y intégrer des pensées positives et nous sommes dans l’un des aspects fondamentaux du yoga, à savoir un travail complémentaire et immédiat qui réunit (le mot Yoga veut dire unir) les postures, la respiration et le mental. Ce dernier, par ailleurs, est très sérieusement pris en considération dans la préparation des compétitions sportives.

Le relationnel.

Les pratiques que nous venons d’évoquer, permette une amélioration des relations. Diminuer en soi le stress, la fatigue, la dévalorisation, concourt, de fait, à se sentir mieux avec les autres. Etre bien avec les autres commence par être bien avec soi-même.

Il est cependant prévu des exercices de yoga collectifs au cours desquels les élèves, à tour de rôle, animent des petites séances simples. Une évaluation du ressenti personnel et collectif, apporta certaines révélations de soi-même et de son impact personnel sur le groupe. Cela facilita la résolution de quelques problèmes.

La concentration.

Yogi Babacar Khane a retrouvé, dans l’Egypte ancienne, les traces de techniques corporelles et respiratoires qui, outre l’aspect culturel différent, n’aurait pas dérouté des maîtres du hatha-yoga indien. Assisté de sa femme, Geneviève Khane, agrégée de lettres classiques, docteur es lettres et diplômée d’égyptologie à la faculté de Montpellier, il enseigne une synthèse de yoga chinois, de yoga égyptien et de yoga indien. Formé à son école, j’ai mis en place des enchaînements de mouvements, coordonnés à une respiration appropriée, ce qui demande une concentration mentale rigoureuse. Ces enchaînements, provenant du yoga égyptien, assurent à ceux qui les pratiquent, une très puissante concentration mentale sans même qu’ ils en aient conscience. Une attention rigoureuse est indispensable pour qu’une coordination correcte de la respiration, adaptée à l’enchaînement proposé, s’établisse. En outre, ce travail provoque une excellente oxygénation (ne pas oublier que le cerveau dans l’organisme est l’organe qui nécessite la plus grande quantité d’oxygène), ainsi qu’un juste positionnement de la colonne vertébrale. Le yoga indien fut également utilisé à cet effet.

EVALUATION

Observation et sentiment personnel

Les élèves sont, au départ, méfiants. Ils n’apprécient pas d’avoir un horaire supplémentaire et craignent de perdre leur temps sur leur travail et sur leurs loisirs. Pour certain, ils sont là pour apprendre, le reste ne leur paraît pas sérieux ni conforme aux prestations normales que l’on doit attendre d’un lycée. Nous ne sommes pas dans le pédagogiquement correct.

Parmi les 8 élèves, un seul n’acceptait pas cette situation. Nous avons alors établi une sorte de contrat. Il devait être présent, ne pas prévoir un travail ou une activité autre, mais il n’était pas obligé de pratiquer le yoga. Bien entendu, il ne devait pas perturber le fonctionnement des séances. Non seulement aucune entorse n’a été faite à cet accord mais, de temps en temps, il a même participé à quelques exercices et a reconnu, auprès d’autres personnes qu’à moi-même, en avoir retiré quelques bienfaits. Pendant les dernières séances, il est apparu plus ouvert, plus souriant. Au cours d’une séance, quelques élèves ont choisi de ne pas pratiquer tous les exercices, mais ont accepté( sauf un) de donner leur avis sur ce qu’ils avaient ressenti et ce qu’ils avaient observé. Ils ont ensuite participé ensemble à la relaxation finale.

J’ai personnellement constaté une amélioration progressive dans la coordination des gestes et de la respiration avec une meilleure concentration. Les exercices étaient pratiqués avec de plus en plus de sérieux.

Questionnaire.

Un questionnaire a été distribué dés la deuxième séance. Parmi les 5 questions posées, je propose l’analyse de 3 d’entre elles :

  1. Dans quel état d’esprit es-tu arrivé à la première séance ?
    • Normal.
    • Enervé par les cours et les notes.
    • Je voulais découvrir le yoga.
    • Pressé, dans un mauvais état d’esprit.
    • Pas motivé.
    • Curieux.
    • Grave, énervé.
    • (pas de réponse)

2)Comment as-tu ressenti la première séance ?

    • Reposante.
    • Intéressante.
    • Très bien.
    • Longue, sans grand intérêt.
    • Tranquille, elle m’a détendu et m’a calmée.
    • Super décontractant.
    • T.B., beaucoup aimé.
  • Intéressante mais longue.

4)Qu’attends-tu des prochaines séances ?

    • ? ? ?
    • Stress.
    • J’espère maîtriser mes fous rires et être moins stressé avant un contrôle ou quand un prof parle.
    • Qu’elles me fassent devenir zen et qu’elles m’aident à ne pas redoubler ma seconde.
    • Rien, si ce n’est de pouvoir utiliser (selon moi) cette heure à des fins plus utiles.
    • Des problèmes de tension, quand je me retrouve dans une classe avec 30 élèves autour de moi, je me mets à penser à ce que les autres pensent de moi et je déteste ça.
    • Le stress.
    • Je ne sais pas.

La première question montre quelques curiosités mais l’état d’esprit est surtout négatif ce qui est de règle à la première approche de ces séances. Cela confirme mes propos au début de cette évaluation.

A la deuxième question, à part un élève qui restera réticent et une réponse nuancée, le groupe est très satisfait de cette première séance.

Je retrouve ici les schémas classiques que l’on observe dans ce type de formation J’ai cependant été agréablement surpris par la rapidité d’un vécu positif. J’avais en effet observé, pendant la première rencontre, des visages fermés, voir hostiles. Ce qui augurait d’une poursuite difficile du travail prévu. Il est indispensable que le formateur, non seulement s’appuie sur une solide expérience, une compétence étayée par un travail rigoureux, mais aussi sur un optimisme à toute épreuve car, si la formation est bénéfique grâce à cette compétence, elle l’est d’autant par l’attitude du formateur lui-même, selon l’adage qui affirme qu’on n’enseigne pas uniquement ce que l’on fait mais ce que l’on est. Cela correspond tout à fait à l’état d’esprit global du yoga qui réunit, dans une même unité, le verbe faire et le verbe être. Je me permets ici, après plus de 30 ans d’enseignement dans l’Education Nationale, de faire remarquer que la seconde partie de cet adage n’est pas assez pris en compte dans la formation des enseignants.

Evaluation par les élèves en fin de stage.

Cette évaluation a été faite sous forme d’expression libre et non à l’aide d’un questionnaire structuré.

Je relève les avis suivants :

    • J’ai trouvé ce cours vraiment intéressent pour :

-- La relation.

--Votre personne (toujours positive).

    • ces séances m’ont aidé à être prêt pour les D.S..
    • ça m’a décontracté. En plus, j’ai vraiment aimé les relaxations, ça m’a détendu. Maintenant je me contrôle beaucoup mieux.
    • A propos du stress, quand je suis en classe devant tout le monde, il est moins fort et me pourrit moins la vie.
    • Très bonnes séances. Elles m’ont appris à mieux dormir et à contrôler mes pensées négatives.
    • Je pense que le yoga se résume en un seul mot : sagesse.

Je terminerais par deux phrases qui m’ont particulièrement touché :

  • Ce n’est pas le temps qui passe, mais c’est nous, humains, qui le traversons.
  • J’inspire donc je vis.

En conclusion :

Cette évaluation qui m’apparaît particulièrement positive, a été faite après 5 séances seulement, ce qui est un temps de travail normalement trop court pour apporter des améliorations dans ce domaine complexe de l’humain. J’ai donc été agréablement surpris par ces résultats. J’avais, après les séances, accordé des entretiens aux élèves qui avaient exprimé des problèmes plus personnels. Je n’en n’ai pas fait d’évaluation.Il m’est cependant apparu, de la part de ces élèves, un grand intérêt et certaines améliorations.

Pour terminer, j’ai eu le sentiment d’aller au-delà de mon projet initial. Il s’agissait alors de donner plus d’efficacité à l’élève dans son travail scolaire et dans son comportement, ce qui a été exprimé par certains. Or, il est apparu des ressentis de valorisation personnelle et même des sentiments d’ordre philosophique. Aussi, je peux dire que ce groupe a acquis, non seulement des moyens pour faire face à des problèmes scolaires, mais a également progressé au niveau personnel et a même pressenti une certaine philosophie de vivre. On peut, je pense, aller jusqu’à parler d’une évolution culturelle.

 

 

Jean-Claude VIAUD

-- Retraité de l’Education Nationale

-- Professeur de yoga dans le cadre de l’Institut International de Yoga (Yogi Khane)

-- Vice-président de l’U.E.Y.I.( union des enseignants de Yoga de l’Isère).