A NE PAS MANQUER : THOMAS BERNHARD SUR FRANCE CULTURE

samedi 20 juin 2009
par  Lydia COESSENS

Le samedi 20 juin à15h04 Une vie, une œuvre : THOMAS BERNHARD par lui-même Par Christine Lecerf.
Uniquement réalisée à partir d’archives de la voix de Thomas Bernhard, cette émission propose pour la première fois en France un autoportrait sonore du grand écrivain autrichien. Impitoyable et irrésistible, trivial et sublime, Thomas Bernhard y déploie tout son art de la conversation. Seul sur un banc dans un jardin public, s’entretenant avec un journaliste devant la porte de sa ferme, commentant en direct une corrida à Madrid ou lisant ses propres textes, Thomas Bernhard parle comme il écrit : de son enfance, de sa mère qui l’a laissé, des morts partout, de son sang pourri, de ses livres tumeurs, de l’Autriche où il a accroché son cœur, du grand théâtre universel, de la gigantesque tromperie, du caniche de Schopenhauer, des histoires qu’il dégomme dès qu’elles se forment, des phrases qu’il empile et démolit comme un enfant, du seul plaisir d’écrire, du mot qui s’illumine, rien de beau, rien d’entier, plus loin, toujours plus loin, sans la moindre pitié. Archives : Discours du prix Georg Büchner, (1970), ORF, 2003. Trois jours, (1970), portrait filmé par Ferry Radax, 1970. Monologue à Majorque (1981), entretiens avec Krista Fleischmann, Suhrkamp, 2008. L’origine, c’est moi, (1986), entretiens avec Krista Fleischmann, Suhrkamp, 2008. Thomas Bernhard, un souvenir, film de Krista Fleischmann, ZDF, 1990. Réalisation : Franck Lilin

à 20h, Fictions Le 21-06,Cycle Thomas Bernhard - Autoportraits et Perturbation

A la demande de la succession Thomas Bernhard : "les oeuvres autobiographiques de Thomas Bernhard sont de nature fictionnelle et ne prétendent pas rendre compte de faits"

Cycle Thomas Bernhard – 20 juin au 26 juillet 2009 Thomas Bernhard, un rêve d’acteurs ?

Les anniversaires sont de bonnes occasions de se souvenir des œuvres et de leurs auteurs. Ainsi il y a vingt ans, disparaissait l’écrivain autrichien Thomas Bernhard. Nous avons souhaité, sur France Culture, lui consacrer un cycle important d’émissions (environ 14 heures de diffusion), comme nous l’avions fait pour Samuel Beckett, ou Harold Pinter. Pour cet hommage à Thomas Bernhard, nous avons également souhaité coordonner documentaire et programmes de fiction, puisque le samedi 20 juin, sera l’occasion de diffuser l’après-midi « Une vie une œuvre », émission produite par Christine Lecerf et le soir dans « Perspectives contemporaines », la toute première lecture, inaugurant le cycle des œuvres de T. Bernhard proposées jusqu’au 26 juillet.

Les œuvres que nous avons choisies sont majoritairement des œuvres de proses, parfois adaptées pour le théâtre ou la radio, comme Le neveu de Wittgenstein ou Extinction. Thomas Bernhard aimait les grands acteurs, ceux de la taille de Minetti, pour lequel il écrivît une pièce. Et nous connaissions l’amour et la curiosité des acteurs pour les textes ou les pièces de Thomas Bernhard. C’est pourquoi vous retrouverez tout au long de ce cycle les voix et les interprétations de plusieurs de nos « grands acteurs » français, comme Serge Merlin au tout premier chef, mais aussi Fabrice Luchini, André Wilms, André Marcon, Georges Claisse, Daniel Emilfork, Andrée Tainsy ou Nathalie Richard. L’amitié, la solitude, la musique, l’enfance, l’exil sont autant de territoires intimes traversés tout au long de ce cycle. Le point d’orgue de ce cycle sera très certainement la magistrale adaptation radiophonique d’Extinction, l’ultime grand roman de Thomas Bernhard, adaptation signée par Jean Torrent, interprétée par Serge Merlin et enregistrée en public au Théâtre National de la Colline le 6 avril 2009. Tout au long de ce cycle, nous retrouverons la germaniste Christine Lecerf, auteur de l’émission « Une vie, une œuvre » consacrée à Thomas Bernhard, pour nous présenter les œuvres et mettre en perspectives. Blandine Masson.

I – Samedi 20 juin à 22h10 : Dans le massif de l’Ortler - nouvelles de Gomagoi Choisie par Violaine Schwarz. Avec Sylvia Bergé, Michel Froehly et Daniel Martin. Réalisation : Marguerite Gateau.

Dimanche 21 juin à 20h Autoportraits : Trois jours, in récits 1971-1982. Editions Bouquins . Avec Fabrice Luchini. Réalisation : Blandine Masson. Suivi d’un entretien avec Christine Lecerf. Suivi de Montaigne , in Evenements. Editions Arche éditeur. Avec André Wilms. Réalisation : Blandine Masson.
Trois jours est un texte tout à fait particulier puisqu’il résulte d’une longue interview de Thomas Bernhard réalisée par le cinéaste Ferry Radax pour un film. Voici ce qu’en dit Thomas Bernhard lui-même : « durant l’été 1970, je me suis assis (…) sur un banc peint en blanc dans un parc de la banlieue de Hambourg afin, comme convenu, de prononcer devant le réalisateur Ferry Radax une série de phrases me concernant et donc de faire des déclarations qui, tandis que, à vrai dire dans un état d’extrême irritation, je les prononçais et les faisais, m’apparaissaient plus ou moins, conformément à la nature d’un pareil processus, comme fortuites et incohérentes aujourd’hui après que j’ai vu le film (…). Il y a bien des choses que, sur le banc (et donc dans le film), j’ai dites ainsi et pas autrement, quoique j’eusse pu dire tout à fait autrement que de la manière dont elles sont ici publiées sous le titre Trois jours. »

Perturbation Extraits choisis par Violaine Schwarz, dits par Georges Claisse Réalisation : Etienne Vallès « Dans les Alpes autrichiennes, un médecin de campagne fait le tour de ses malades. Son fils adolescent l’accompagne dans ce périple, qui les mène au plus profond de la vallée, au plus noir de l’être humain, où tout n’est que perturbation. La dernière visite les conduit chez le Prince Saurau qui vit emmuré dans son château comme dans ses pensées qui s’enroulent en un long soliloque halluciné. »

II – Samedi 27 juin à 22h10 : L’Imitateur Extraits choisis par Violaine Schwarz dits par Serge Maggiani. Réalisation : Michel Sidoroff

Dimanche 28 juin à 20 H : Monologues à Majorque (extrait) dit André Wilms Suvi d’un entretien avec Christine Lecerf. Le neveu de Wittgenstein Adaptation de Bernard Levy. Avec Serge Merlin. Musique originale d’Yves Dormoy. Réalisation : Jacques Taron i« Dans Le neveu de Wittgenstein, Thomas Bernhard évoque son amitié avec Paul Wittgenstein, neveu du philosophe Ludwig Wittgenstein. Il s’agit d’une amitié essentielle et vitale qui rapproche deux hommes en conflit avec le monde, qui se retrouvent dans un hôpital viennois, l’un au pavillon de pneumologie, l’autre au pavillon de psychiatrie. C’est dans cette mise à l’écart du monde par la maladie que Thomas Bernhard prend conscience de la valeur et du caractère unique du lien qui l’unit à son ami Paul, « un vrai ami qui comprenait jusqu’aux escapades les plus folles de mon esprit », mais qu’il n’a pas eu la force d’accompagner dans les derniers instants de sa vie, « de peur d’être confronté directement avec la mort ». Avec ce texte, Bernhard rend hommage à son ami Paul, il lui écrit ce discours qu’il n’a pas prononcé sur sa tombe le jour de son enterrement. Lorsque j’ai lu la première fois ce roman, j’ai été étonné de l’immense tendresse et de l’émotion qui s’en dégagent. Je connaissais surtout le théâtre de Thomas Bernhard, sa férocité descriptive de la société autrichienne, la violence obsessionnelle de sa langue. Le neveu de Wittgenstein m’a révélé sa fragilité et sa profonde humanité que je percevais déjà, mais que je n’avais jamais aussi directement ressenties. Si le récit de l’amitié entre les deux hommes est une réflexion sur la solitude, la folie et la mort, il retrace aussi l’histoire de leur complicité par le biais d’anecdotes d’une drôlerie extraordinaire. Ce qui pourrait nous paraître violent et quelque peu morbide n’est pas l’effet d’une rage froide et gratuite mais l’expression d’un désarroi profondément humain, comme quelqu’un qui, après une crise, s’abandonnerait et nous laisserait entrevoir une autre part de lui-même. » Extrait de la note d’intention de Bernard Levy, adaptateur. Theatre-contemporain.net

III - Samedi 4 juillet à 22h10 : Mille secousses (1) Un projet de Judith Abitbol, d’après les cinq romans autobiographiques de T. Bernhard (l’origine, la cave, le souffle, le froid, un enfant) Avec Nathalie Richard. Musique : Tony Hymas. Réalisation : Judith Abitbol et Jean Couturier

Dimanche 5 juillet à 20 h : L’ignorant et le fou (rediffusion du 12 juin 1975) Adaptation de Michel Demet. Avec Daniel Emilfork, Jacqueline Danno, Andrée Tainsy, Pierre Garin. Réalisation : Jean-Pierre Colas.

IV - Samedi 11 juillet à 22h10 : Mille secousses (2)

Dimanche 12 juillet à 20 h Extinction. Adaptation de Jean Torrent. Interprète : Serge Merlin. Enregistré en public au Théâtre National de la Colline le 6 avril.
"En 1986, Thomas Bernhard publie Auslöschung. C’est son dernier roman et le plus gros livre qu’il ait jamais écrit. Magistralement traduit par Gilberte Lambrichs, Extinction paraît trois ans plus tard en français. Dans un bref texte qui semble brosser par anticipation le portrait de Bernhard, Walter Benjamin écrivait que « le caractère destructeur ne connaît qu’un seul mot d’ordre : faire de la place ; qu’une seule activité : déblayer. Son besoin d’air frais et d’espace libre est plus fort que toute haine. Le caractère destructeur possède la conscience de l’homme historique, son impulsion fondamentale est une méfiance insurmontable à l’égard du cours des choses, et l’empressement à constater à chaque instant que tout peut mal tourner. De ce fait, le caractère destructeur est la fiabilité même. » Dans Extinction, sous-titré Un effondrement, Thomas Bernard pousse son projet d’« antiautobiographie » jusqu’à ses extrêmes conséquences : l’extinction du sujet qui écrit, offrant ainsi en miroir et à l’autre bout du siècle une sorte d’écho assombri de l’entreprise proustienne. Certainement, la référence pourra étonner, jamais pourtant l’écriture de Bernhard ne s’était faite aussi large et puissante, une prodigieuse machine à amplifier et suspendre le temps. Extinction est aussi le livre le plus politique de Thomas Bernhard, qui règle avec une insolente liberté ses comptes avec l’Autriche. De Rome, la ville aimée, où il reçoit le télégramme sensationnel qui lui annonce la mort de ses parents et de son frère dans un accident de voiture, le sujet qui écrit, soudain catapulté « héritier et légataire universel de Wolfsegg », décide de mettre à jour la vérité historique et politique que chacun s’emploie à ensevelir. L’exagération typique de Bernhard, son art consommé du renversement appellent le théâtre, de même que le temps exactement compté d’Extinction – trois jours –, ramené ici à une unité que mesure le simple déclin de la lumière, sa « catastrophe quotidienne » : de la pleine clarté d’un début d’après-midi romain, avec le ressort tout italien et vitaliste de la farce et du comique, jusqu’à la nuit dangereuse et aux ténèbres de l’intime, où s’évanouit la chimère d’un improbable salut dans le monde de la littérature et de l’art, laissant l’être seul et nu devant l’impossibilité d’éteindre le « vieil ordre infamant » (Ingeborg Bachmann) et de ranimer le paradis de l’enfance, irrémédiablement perdu et sali. Même le coup de théâtre final, ultime pirouette bernhardienne, ne fait que déjouer plus farouchement l’« extinction » rêvée. Thomas Bernhard est mort le 12 février 1989. Vingt ans après, il nous donne encore d’inquiétantes nouvelles d’Autriche." Jean Torrent Réalisation : Blandine Masson et Alain Françon. Entretien avec Christine Lecerf suivi d’extraits de L’invention de Mélina, pages arrachées à Ingeborg Bachman et « Ce que j’ai vu et entendu à Rome », d’Ingeborg Bachman. Avec Anouk Grimberg. Réalisation de Blandine Masson.

V - Dimanche 26 juillet. Clauss Peymann et Hermann Beil sur la Sulzweise – après un an de Burgtheater. Par André Wilms et André Marcon. Réalisation : Jacques Taroni. Suivi de : Simplement compliqué Avec Serge Merlin. Réalisation : Jacques Taroni