LA VERITE (fiche)

vendredi 23 mai 2008
par  Lydia COESSENS

LA VERITE

• Le langage courant confond souvent vrai et réel. La vérité décrit la réalité, porte un jugement sur la réalité.
« vrai » et « faux » servent à qualifier nos idées selon qu’elles sont en correspondance, en adéquation, en conformité avec la réalité.

définition traditionnelle de la vérité adaequatio rei et intellectus, adéquation entre la chose et l’esprit.
De quelle nature est la correspondance entre l’idée et la réalité, son objet ?
Dans la réalité sensible seules existent les choses sensibles, singulières, concrètes tandis que nos idées sont des abstractions produites par l’esprit. Les idées prennent la forme de mots, de symboles, de formules chiffrées qui ne se trouvent pas dans le monde réel. Nous ne connaissons pas la réalité telle qu’elle est en elle-même mais toujours telle que l’esprit se la donne à connaître, dans les formes et outils qui sont les siens.
On appelle connaissance vraie une connaissance qui apporte de la clarté, de l’ordre et du sens. La raison est le principal outil quand nous cherchons à obtenir des connaissances objectives. La première condition que l’esprit doit remplir est de ne pas se contredire. L’esprit a créé un domaine dans lequel les idées et les objets sont identiques : celui des mathématiques.

• Les mathématiques ne s’intéressent pas à ce que sont les choses mais au fait qu’on peut les mettre en ordre et les mesurer. On construit donc un système cohérent de propositions à partir d’axiomes de base [1] . Dans la géométrie d’Euclide, on part de postulats [2] (6ème postulat : « par un point extérieur à une droite sur un plan, on peut passer une parallèle à cette droite et une seule » Ces postulats sont indémontrables, ils servent de points de départ à une démonstration. On a posé pendant longtemps qu’ils relevaient d’une vérité évidentes. En fait, à partir d’axiomes différents, on peut construire des systèmes mathématiques différents, tout aussi rigoureux. On ne parle pas de vérité absolue mais de validité ou de vérité relative au domaine auquel elle appartient.

• Dans les sciences expérimentales, la vérité est relative à la réalité extérieure. La vérité doit rendre compte des faits observés et interrogés à travers l’expérimentation. L’esprit construit des théories permettant de comprendre un secteur du réel. Il les met à l’épreuve au cours d’une confrontation expérimentale. Si l’expérience, reproductible par d’autres scientifiques, ne contredit pas les explications apportées par la théorie, elle sera tenue pour vraie jusqu’à ce qu’une autre construction théorique la remplace parce que son pouvoir explicatif est plus grand.

• Pour Platon la réalité sensible dans laquelle nous vivons est source d’erreurs et d’illusions. La vérité doit donc être cherchée au-delà des apparences, dans l’Etre véritable, intelligible, supra-sensible, i.e. accessible par l’intelligence seule. L’accès à l’ordre supra-sensible ou intelligible est le résultat d’un effort de la raison : l’idée d’un ordre intelligible est chez Platon le produit d’une réflexion sur la nécessaire universalité et immutabilité du vrai. On ne peut parler de vérité si l’on parle de points de vue qui changent, varient avec le temps et selon les individus. Se déprendre, se libérer des apparences et se tourner vers le seul réel, le vrai, c’est se délivrer de l’opinion (qui consiste à affirmer ou nier sans en avoir jugé, sans argumentation).

• Descartes : la vérité ne peut résulter que de l’examen critique des opinions. Dans les Méditations métaphysiques, il pose que l’expérience qu’il a eu d’avoir tenu pour vraies des opinions qui se sont révélées fausses, l’a conduit à une entreprise systématique de doute. Mais, contrairement au doute permanent des sceptiques, le doute de Descartes n’est que méthodique, i.e. un moyen pour accéder à la vérité. Du doute, surgit la certitude métaphysique, « Je pense, je suis »


[1Du grec axiôma 1. Principe premier, vérité première dont la possession est indispensable à celui qui veut démontrer mais qui n’est pas elle-même susceptible de démonstration (Aristote). L’expression utilisée par Aristote (384-322 av. J.-C.) et Euclide(IIIe S av. J.-C.)d’axiomes communs a été traduite par notions communes, qu’on retrouve chez Descartes. Leur généralité leur fait dépasser le cadre des seules mathématiques. Alors que les postulats touchent un domaine spécifique, les axiomes expriment des exigences purement logiques s’imposant en n’importe quelle opération de la pensée. Certains ont opposé les axiomes évidents en eux-mêmes aux postulats dépourvus d’évidence. 2. Enoncé primitif irréductible à toute analyse et à toute démonstration et qui sert de point de départ pour une théorie ou un théorème en mathématiques.

[21. Dans la langue classique, proposition principielle que le géomètre demande à ses lecteurs d’accorder comme vraie, bien qu’elle ne soit ni évidente par elle-même (à la différence de l’axiome) ni démontrable logiquement. C’est en niant le postulat d’Euclide qui stipule que par un point pris hors d’une droite on ne peut mener qu’une seule parallèle à cette droite que plusieurs mathématiciens au XIXe siècle ont fondé des géométries non euclidiennes. 2. L’axiomatique contemporaine a identifié aux axiomes les trois catégories de principes, telles qu’elles étaient distinguées à l’âge classique(postulats, axiomes, définitions). Indémontrable, l’axiome (le « postulat ») ne peut être dit ni vrai ni faux. L’existence possible d’axiomes contre-intuitifs fait également tomber le critère de l’évidence. (in Dictionnaire de philosophie de Christian Godin)


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