LA LIBERTE selon les Stoïciens, Descartes et Spinoza

samedi 9 avril 2011
par  Lydia COESSENS

Selon les Stoïciens

 : texte d’Epictète, p.496
En dépit du fait qu’il y a un destin inexorable qui gouverne le réel (lequel est commandé par la Raison universelle, logos), les Stoïciens défendent l’idée de liberté. Ils lient étroitement la liberté et le pouvoir de juger. Certes il ne dépend pas de nous d’être un esclave ou d’être un maître, de vivre ou de mourir, mais ce qui dépend de nous, c’est l’usage de nos représentations. Quelles que soient les circonstances, l’homme est libre et reste maître de ses pensées. Ici se dévoile une liberté entière, totale, car aucune puissance au monde ne peut nous contraindre dans l’ordre du jugement Pour accéder à la sagesse, il faut opérer une séparation entre deux domaines : les choses qui dépendent de nous et celles qui n’en dépendent pas, et nous attacher uniquement à celles qui dépendent de nous. Le sage est libre même en prison. L’homme, livré sans la moindre défense aux revers de la fortune et aux accidents de la vie, peut toujours juger conformément à la raison. Au sein d’une situation tragique, l’indépendance du sage demeure possible si l’on édifie en soi une citadelle intérieure où l’on trouvera la liberté. Que l’on songe à Marc-Aurèle, qui bâtit en lui-même une citadelle inaccessible aux troubles des sentiments et des passions, ces mouvements irrationnels de l’âme contraires à la nature. En ce lieu règnent l’apathie ou l’ataraxie, cette tranquillité de l’âme que rien ne vient troubler.

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Selon Descartes

 : Texte p. 499

Descartes caractérise l’expérience de la liberté comme pouvoir d’affirmer ou de nier, de prendre un parti ou un autre ;ce pouvoir, celui du libre-arbitre, il n’en conçoit pas de plus ample.
« Pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l’entendement nous propose, nous agissons en telle sorte que nous ne sentons point qu’aucune force extérieure nous contraigne » Méditations métaphysiques, Quatrième Méditation.
Cette liberté s’éprouve lorsque nous jugeons. Il s’agit de la liberté de penser, de reconnaître et dénoncer la vérité ; de savoir choisir le meilleur parti. Trois cas se distinguent :

1. Ou bien je ne connais pas clairement le vrai ou le bien. On peut appeler indifférence l’état de la volonté qui n’est ainsi portée ni à l’un ni à l’autre de deux contraires.

2. Mais nous pouvons cependant, en l’absence de la connaissance du vrai et du bien, nous déterminer ; on appellera liberté d’indifférence le pouvoir de sortir de l’indétermination. C’est le plus bas degré de la liberté selon Descartes.

3. Enfin, alors même que nous sommes éclairés pour suivre « un bien clairement connu », ou admettre « une vérité évidente », notre volonté peut toujours nous en détourner ; il nous est possible de « nier l’évidence », « pourvu seulement que nous pensions que c’est un bien de témoigner par là la liberté de notre franc-arbitre » (Descartes, A Mesland, 9 février 1645)
Loin de penser que la liberté consiste à faire n’importe quoi, ou s’achève en une volonté mauvaise par la proclamation du faux et le choix du mal, Descartes rappelle seulement que rien ne force la pensée : former une pensée (juger) requiert notre volonté infinie. Il reste que la liberté humaine la plus haute est celle qu’éclaire l’entendement ; le vrai motif de nous estimer est le bon usage que nous faisons de notre liberté. C’est la recherche de la vérité qui témoigne de notre liberté.

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Selon Spinoza (textes p.495, 501)

Comprendre, c’est accéder à la région de l’éternel sur quoi le temps n’a pas de prise. La compréhension est le suprême bonheur. Spinoza pense la liberté comme la compréhension, la connaissance et l’amour de la nécessité. Lorsque je conçois le cercle, je ne perds rien de ma liberté à apercevoir que ses propriétés découlent nécessairement de son essence ; il ne peut en être autrement, ou bien je pense autre chose que le cercle ; à prétendre penser selon ma fantaisie, ou à me figurer que ce qui est pourrait être autre qu’il n’est, je gaspille ma puissance de penser, je ne pense rien. Il n’y a pas d’autres sources à la fiction du mal et du malheur, à la réelle méchanceté et à la tristesse des hommes. Etre libre, c’est s’accorder à l’enchaînement nécessaire de toutes choses ; ainsi Dieu (Etre nécessaire, Cause de soi ou Substance) existe par la seule nécessité de sa nature et existe librement et nécessairement. Réalité et perfection, nécessité et liberté ne sont qu’un, sont l’Un. Voilà le savoir libérateur, le savoir joyeux. Au contraire, l’insensé se croit libre lorsqu’il choisit, montrant par là qu’il est conscient de ses désirs mais qu’il en ignore les causes. La servitude humaine consiste à imaginer ce qui n’est pas, à souhaiter d’autres événements, un autre monde, à ne pas vivre cette vie réelle sur laquelle nous avons pouvoir. Le salut, la santé de l’âme, consiste à comprendre que nous n’avons pas à changer les circonstances ni à prétendre nous changer nous-mêmes. Il est en notre pouvoir de ne désirer nul bien extérieur, mais de persévérer dans notre être, et dans l’Etre. Tel est le seul fondement de la vertu. Le rêve (ou l’illusion) du libre-arbitre une fois dissipé, nous savons qu’agir par les seules lois de sa nature c’est être libre. La volonté ne peut être appelée « cause libre » mais seulement « cause nécessitante ». Dès lors c’est la volonté rationnellement déterminée qui n’obéit qu’à soi seule.


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