MERLEAU-PONTY contemporain de SARTRE

mardi 8 septembre 2009
par  Lydia COESSENS

Maurice Merleau-Ponty

(Rochefort-sur-Mer 1908 – Paris 1961)

MP = MERLEAU-PONTY

Après l’Ecole Normale Supérieure et l’agrégation de philosophie, M-P enseigne d’abord dans divers lycées de province, puis à l’université de Lyon et, à partir de 1949, à la Sorbonne. En 1952, il est nommé professeur au Collège de France.

Sous l’Occupation il participe au mouvement de libération et devient à la fin de la guerre l’un des théoriciens existentialistes de l’ « engagement », dans une mouvance intellectuelle (la « troisième force ») intermédiaire entre le parti communiste et les partis libéraux-démocrates. Il fonde avec Sartre Les Temps modernes et collabore à sa direction de 1945 à 1953. Il prend ensuite ses distances avec Sartre, tout en continuant à s’occuper de politique sur des positions socialistes. Ses divergences politiques avec Sartre s’enracinent dans leurs points de vue très différents sur la phénoménologie issue de Husserl et Heidegger. Pour M-P comme pour Sartre « l’être-au-monde » est un rapport entre la conscience et le monde ; mais il reproche à l’opposition sartrienne du pour-soi et de l’en-soi de reproduire le dualisme cartésien de la « chose pensante » et de la « chose étendue » et de surévaluer la liberté de la conscience. M-P identifie le lieu fondamental de l’existence dans l’expérience vécue de la perception, où sujet et objet, conscience et monde s’impliquent réciproquement dans une ambiguïté que la phénoménologie doit restituer, au lieu de tenter vainement de la dissiper.

Pour M-P la conscience est toujours une ouverture au monde physique et social, dans une élaboration permanente et inachevable du sens. La méthode phénoménologique nous fait atteindre une conscience qui est toujours définie par le corps comme rapport originel au monde, et par la situation historique comme rapport originel entre les sujets.

Alors que Sartre interprète la relation à l’autre comme une lutte entre les consciences, chacune « poursuivant la mort de l’autre », M-P souligne la complémentarité, dans l’expérience de la perception, de mon corps et du corps d’autrui, en mettant en évidence le caractère originaire des rapports de communication et de solidarité. Contrairement à la conception sartrienne d’une liberté absolue, M-P affirme que, pour qu’il y ait liberté, il est nécessaire qu’existe un champ déjà structuré par des conditionnements et des possibilités, qui ouvrent la situation à certaines solutions plutôt qu’à d’autres.

Dans l’immédiat après-guerre M-P propose une lecture existentialiste du marxisme, inspirée du jeune Marx et interprète, dans Humanisme et terreur (1947) les procès staliniens en les situant dans le cadre d’une révolution qui aurait malgré tout pour but la création de rapports réellement communautaires. Mais au début des années 50, dans un climat marqué par la guerre froide et la menace d’un nouveau conflit mondial, M-P abandonne tout regard privilégié sur la philosophie marxiste de l’histoire, tout en considérant le marxisme comme une composante indispensable à notre culture et Marx comme un « classique » efficace, mais inactuel.

Dans les dernières années de sa vie M-P se rapproche de la philosophie du dernier Heidegger et esquisse une conception originale de la dialectique, comme ouverture, sans synthèse ni direction unique, vers la pluralité et la complexité relationnelle de l’expérience humaine. Il approfondit enfin son analyse de l’art (et tout particulièrement de la peinture – cf L’œil et l’esprit, 1960), considéré comme rapport privilégié à l’Etre, antérieur à tout discours, terrain et racine de toutes les entreprises -scientifiques, philosophiques et politiques - d’élaboration d’un sens.

Cf Encyclopédie de la philosophie, collection La Pochothèque - Le Livre de Poche, 2002, p. 1053-1054


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