Peut-on être esclave de soi-même ? (plan détaillé)

samedi 14 mars 2009
par  Lydia COESSENS

Peut-on être esclave de soi-même ?

« Peut-on » : a) possibilité matérielle, technique, capacité : a-t-on les moyens de ?

b) Légitimité morale : A-t-on le droit de ?

« Esclave de soi » : expression a priori contradictoire : on ne peut être l’esclave que d’autrui, d’un système économique ou politique. Chacun veut spontanément être libre et refuse d’emblée l’aliénation.
Cependant, la liberté, la volonté peuvent s’enchaîner elles-mêmes : superstition, préjugé, mode, volonté d’ignorance, coutume, tradition, habitude, passion exacerbée et tyrannique (Dostoïevski, Le joueur ; Goethe, Les souffrances du jeune Werther)
Paradoxalement, on peut vouloir librement ne plus être libre. Rousseau : « L’esclave finit par aimer jusqu’à ses fers ». Cet auto-enfermement peut s’effectuer à notre insu : pouvoir de l’inconscient, symptômes de la névrose, influence des idéologies de l’époque, conditionnements multiples, etc.

La liberté peut-elle s’enchaîner elle-même volontairement ?

Peut-on vouloir librement l’abolition de sa propre liberté ?

Le sujet peut-il être à la fois son propre maître et son propre esclave ?


Plan possible

I. Y a-t-il un sens à parler d’un esclavage de soi sur le plan de la croyance ?

1) L’ignorance et les préjugés

La connaissance libère. Héraclite : dépasser la condition humaine oridinaire. Descartes et l’affirmation de la nécessité du doute ; de faire table rase (tabula rasa) des opinions, préjugés, contes de nourrices, dont l’esprit se trouve encombré malgré lui.

2) Superstition et religion

Spinoza, Traité théologico-politique : la superstition est la forme dégradée de la religion.

3) Traditions, coutumes et habitudes

Coutumes, traditions et habitudes sont commandées par une logique de répétition, sans légitimation autre que la référence réitérée au passé. Cependant, elles constituent des facteurs privilégiés d’identité culturelle et individuelle.

II. Peut-on se tyranniser soi-même dans le domaine moral et politique ?

1) Remords, culpabilisation et mauvaise conscience :

On peut parler d’une forme de dépendance eu égard à la morale ancrée en nous, celle de notre éducation, de notre culture. Songeons au Surmoi, instance interdictrice, sentinelle intérieure ; surmoi, héritier en nous de toutes les valeurs de notre civilisation.
Cependant, l’accomplissement du devoir n’est qu’en apparence un auto-esclavage : la prise de conscience d’une action comme moralement nécessaire est en réalité libératrice lorsque le sujet lui-même en reconnaît de façon autonome le caractère obligatoire et nécessaire. Kant pense la loi morale comme fondement de l’autonomie morale du sujet.

2) La tyrannie des désirs et de la passion

Nul individu ne peut être dit libre s’il est incapable de se dire non parfois, s’il cède à chacun de ses penchants.
La passion (peut être entendue comme aliénation, servitude)est l’exacerbation d’un sentiment qui polariser toute la vie affective autour d’un seul objet unique ; ce qui pose le problème de la dévalorisation de tout ce qui n’est pas l’objet de la passion. Lamartine, « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » : problème de la dépendance extrême et de l’impossibilité de l’autosuffisance.

3) Le fanatisme idéologique :

Intolérance, refus de la différence, schème d’interprétation unique, lecture dogmatique du monde et des rapports humains. Le fanatique a arrêté de penser, de se poser des questions, il n’a plus, désormais, que des réponses. Il y a là une sacralisation indue de la vérité, laquelle est vue comme un absolu. Le fanatique ne reconnaît plus le caractère relatif de toute doctrine.
Problème : le philosophe n’est-il pas un fanatique de la raison ? Ne sacralise-t-il pas la rationalité ?

4) La servitude volontaire

Dimension politique du problème. Un peuple peut devenir l’esclave de lui-même : La Boétie, Le discours de la servitude volontaire ; Tocqueville, L’Ancien régime et la Révolution.

5) La violence et le mal

Volonté du mal, acquiescement à la violence : choix de l’erreur et de l’aliénation. Nous sommes plus libres dans la justice que dans l’injustice.

III. Peut-on lutter et faire cesser cet auto-esclavage ? Par quels moyens peut-on se libérer de soi-même et être maître de soi ?

1) La prise de conscience

Une aliénation est d’autant plus durable que le sujet n’en est pas conscient, d’où l’importance fondamentale de la prise de conscience. On peut mobiliser Freud et la psychanalyse : ambiguïté des symptômes névrotiques : c’est à la fois le sujet qui agit et autre chose que le sujet, c’est lui et pas lui dans le même temps= dimension de l’inconscient. (Plus exactement : c’est le sujet qui agit mais le moi ne sait pas quelles sont les causes de cette action)Etrangeté à soi et autotyrannie. La fonction de la cure analytique est précisément l’arrachement à une dépendance pathologique.

2) La liberté comme remise en question permanente

Il s’agit de lutter contre l’habitude et les coutumes, contre l’inertie sous toutes ses formes.
Problème : n’y a–t-il pas de bonnes habitudes ? Il existe effectivement de bonnes habitudes, mais toute habitude est mauvaise en ce qu’elle prétend régler un problème et éliminer des choix possibles.
Paroxysme de la liberté, point ultime : la liberté de pensée, sans laquelle aucune liberté d’action n’est authentiquement accessible. Les nombreuses limites et conditions de la liberté ne permettent pas pour autant de conclure à son inexistence. La colère n’est pas seulement une montée d’adrénaline mais un auxiliaire de la raison, indignation face à l’inique, l’intolérable.(Cf. la tripartition de l’âme chez Platon et le thumos au service du noùs)
Sartre, L’être et le néant : bonne foi et mauvaise foi. Refus de la nature humaine, ainsi que des prétendus natures individuelles.

3) Le progrès contre les traditions

Perspective historique. Equilibre difficile entre le respect des traditions et la recherche du progrès. Science et technique.

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Autre plan (dialectique)

I. En quoi la liberté peut-elle ne pas se vouloir elle-même ?

II. Peut-on être soumis à ses désirs et à ses passions au point d’en être l’esclave ?

III. Ne convient-il pas plutôt d’être maître de soi ? (attitude du sage, notamment du Stoïcien)


Variante :

IV. Etre esclave de soi-même n’est-il pas la condition pour être maître de soi-même et pour ne pas être esclave d’autrui ?

1) L’expérience
« Je suis maître de moi comme de l’univers » (Corneille)

2) Le « calvaire du négatif » (Hegel) : explication du schéma dialectique (passage par le négatif)

3) La peur de la mort

Question possible (ouverture) : dans ces conditions, peut-on forcer quelqu’un à être libre ?


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