HOBBES, de l’état de nature à L’Etat Léviathan

seules des institutions répressives peuvent nous sauver
mercredi 28 février 2007
par  Lydia COESSENS

HOBBES

Léviathan (1651), Traité de la nature humaine (1650)

Léviathan, chap. 5 : l’homme est un être d’artifice, un être du signe et un être du futur. C’est un être de la combinaison. Penser c’est calculer : l’homme combine pour l’avenir : calcul.
Or si l’on se tourne du côté du Traité de la nature humaine, l’homme est défini comme être du désir mais aussi comme être de la fierté ou de la gloire. Le désir est désir de pouvoir et de fierté. Je me fais reconnaître comme pouvant satisfaire mon désir ; ce qui fait de l’homme un être d’artifice, l’artifice de la raison ; l’homme est alors un être de calcul, celui des signes, du futur : il calcule pour son avenir. La nature de la volonté est en fonction de nos affections, de notre calcul, de notre fierté. Je veux ce qui satisfait mon désir, ce qui peut le satisfaire et me fera reconnaître. La raison n’est qu’un instrument pour permettre à mon désir de se satisfaire, elle a une fonction de médiation. Elle n’est donc pas comme chez Kant un principe déterminant de la volonté. Le calcul est désir comme désir de pouvoir. C’est ce qui fait que nous sommes condamnés au conflit. Le désir est insatiable : « La félicité par laquelle nous entendons le plaisir continuel, ne consiste point à avoir réussi mais à réussir » : ce qui compte c’est le mouvement du désir non la satisfaction du désir. On lit également une définition de la gloire : « Ce sentiment intérieur de complaisance, ce triomphe de l’esprit est une passion produite par l’imagination ou par la conception de notre propre pouvoir que nous jugeons supérieur au pouvoir de celui avec lequel nous nous disputons ou nous nous comparons » Ce texte est équivoque, on peut le comprendre de deux manières :
· nous sommes des êtres de désir ; le désir est insatiable mais nous sommes plusieurs à désirer et les objets de satisfaction sont rares : situation objective de pénurie qui fait que nous devenons des adversaires. Le conflit est dans le prolongement du désir mais à certaines conditions, ici, la rareté.
· Le désir est désir de pouvoir, en son essence. L’honneur se distingue de l’honorable mais sentiment de l’honneur. Le désir est en son essence fierté d’où la concurrence : on désire empêcher l’autre de désirer.

Pour Rousseau, l’état de nature est une hypothèse de travail ; il ne s’agit pas d’un état réel, historique. Secondairement c’est peut-être un état qui a existé : « peut-être » « probablement » C’est pourquoi Rousseau injecte dans son discours un très long corpus de notes, il va du côté des voyageurs ; marginalement il se demande s’il n’y aurait pas des éléments empiriques. Hobbes procède à une analyse d’essence. C’est toujours nous et ce n’est jamais nous : ce à quoi est condamné l’homme mais le contrat qui présidera à l’érection de l’état civil est un new deal : on ne sort pas de la condition naturelle.
L’état de nature est une fiction théorique. C’est l’état dans lequel se trouveraient les hommes abstraction faite de tout pouvoir politique, de toute loi. A l’état de nature, nous dit Hobbes, « l’homme est un loup pour l’homme » [1] , c’est un état de guerre de tous contre tous d’où une théorie déductive : le passage de l’état de nature à l’état de société.(cet état de guerre de tous contre tous est insupportable : les passions nous conseillent la paix, donc la sortie hors de l’état de nature et c’est la raison calculatrice qui nous donne les moyens d’y parvenir : passer un contrat par lequel on renonce à notre liberté en échange de la sécurité ; tous ceux qui contractent deviennent des sujets et celui qui est censé assurer la sécurité, le souverain (un individu ou une assemblée d’hommes) n’a pas contracté, donc conserve seul sa liberté naturelle)Cette théorie engendre les concepts qui permettent de penser ce que devrait être un Etat.
Le désir du pouvoir est au terme du mouvement du désir (chap. 13) autrui est rencontré directement. L’honneur renvoie à un aveu d’honneur : être honoré (pas intrinsèque) L’honneur trouve son signe dans le fait d’être honoré.
Condition naturelle des hommes :
« …Nous pouvons trouver dans la nature humaine trois causes principales de querelle : premièrement, la rivalité ; deuxièmement, la méfiance ; troisièmement, la fierté.
La première de ces choses fait prendre l’offensive aux hommes en vue de leur profit. La seconde, en vue de leur sécurité. La troisième, en vue de leur réputation. Dans le premier cas, ils usent de violence pour se rendre maîtres de la personne d’autres hommes, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs biens. Dans le second cas, pour défendre ces choses. Dans le troisième cas, pour des bagatelles, par exemple pour un mot, un sourire, une opinion qui diffère de la leur, ou quelque autre signe de mésestime, que celle-ci porte directement sur eux-mêmes, ou qu’elle rejaillisse sur eux, étant adressée à leur parenté, à leurs amis, à leur nation, à leur profession, à leur nom.
Il apparaît clairement par là qu’aussi longtemps… » (suite dans le manuel, p.476)
Léviathan, (Ed. Sirey, p.p. 123 ; 124)

CAUSE BUT FORME de CONFLIT OBJET CHAMP FACULTE
rivalité profit offensive biens économique désir
méfiance sécurité préventive pouvoir politique calcul
fierté réputation dissuasive signes idéologique honneur

Menace perpétuelle : l’homme est un être du calcul, de la ruse et un être du futur, de l’imagination : égalité d’aptitudes (physiques ou intellectuelles) il n’y a donc pas de forts ; la force ne dure pas ; les faibles pourront s’unir et mettre à bas le fort ; l’homme est un être d’une raison pratique (adapter à la situation) La force ne fait pas le poids. Raison et futur ont partie liée. Le fort d’hier est peut être le faible de demain. La ruse est plus forte que la force ; ruse fertile, ingénieuse.
Celui qui attaque ou qui s’approprie les biens d’autrui est toujours sous la menace de l’attaque d’un autre. Du fait de l’égalité des aptitudes, il n’y a pas d’îlots protégés ; l’agresseur court toujours le risque d’être agressé : état d’insécurité.
Le calcul permet d’avoir les moyens d’agresser. Calculer c’est combiner en vue du futur : désarmer autrui : priver autrui des moyens de nous attaquer : guerre défensive ou préventive : devancer l’attaque de l’autre : attaque préventive.

Reprenons :
Selon Hobbes il y a trois nervures du comportement humain : le désir, le calcul, l’honneur. Cela conduit à l’engrenage de la guerre (désir, désir de pouvoir) Le désir est lié à une situation de rareté ce qui entraîne la concurrence et le conflit : biens, autrui comme possesseurs de biens : cette forme de conflit n’épuise pas la réalité du conflit intersubjectif. L’homme est aussi un être de calcul : nécessité de désarmer : autrui est détenteur de force et de pouvoir : combat préventif.
Le Traité de la nature humaine insiste sur la gloire et la fierté. Schéma est le suivant : désirer ce que l’autre désire : mimétisme ; autrui comme autre sujet de désir : différentiel : pour qu’autrui ne puisse satisfaire son désir.
Institution politique est la guerre continuée par d’autres moyens : redistribution des cartes. Hobbes distingue droit naturel et loi naturelle.
Le droit naturel = « La liberté qu’a chacun d’user comme il le veut de son pouvoir propre pour la préservation de sa propre nature » : il s’agit d’un pouvoir sans obstacle qui s’étend à toute chose et même au corps des autres. Hobbes fait de l’homme un être de désir, de calcul, de pouvoir ; les pôles de référence sont ceux de l’agréable et du désagréable.
La loi de nature : modification du droit de nature. Cf. définition, p.128, chap. XIV, Léviathan : nous détermine à l’un et à l’autre.
Liberté comme absence d’obstacle extérieur : agrément. Limitation de la liberté en passant du droit à la loi de nature. Droit de nature : « Un homme ne peut pas se dessaisir du droit de résister à ceux qui l’attaquent de vive force pour lui enlever la vie » : sinon, je m’anéantirai moi-même : suicide. « On se démet d’un droit soit en y renonçant purement et simplement, soit en le transmettant à un autre » : pas solution viable.
L’accord n’est pas homogène à un contrat (transmission mutuelle des droits) ’texte manuel, pp. 415-416 )Institution politique sous forme de pacte : je renonce à la volonté de satisfaire sans entrave mes désirs à la condition que toi aussi tu renonces à exercer ces droits naturels et ensemble nous transmettons l’exercice de nos droits naturels à un tiers : le souverain ; on s’engage aussi à ne pas résister au souverain. : absolutisme politique non en son principe mais en ses effets. L’exercice du pouvoir politique est laissé au seul jugement du souverain ; seul le souverain connaît la condition naturelle des hommes : pas d’horizon d’humanité.

L’accession à l’humanité présuppose la médiation de l’intersubjectivité. Nous n’avons pas conscience de nous tant que nous ne sommes pas reconnus par une autre conscience de soi. Le désir que nous rencontrons est aussi conscience de soi ; la conscience de soi qui nous reconnaît est aussi désir. Le jeu simple du désir et de la satisfaction est invalidé (aspiration-satisfaction) Le désir de reconnaissance n’est pas dans le prolongement du désir. Le désir de reconnaissance est désir d’être reconnu : opposition de la domination et de la servitude.. Le processus de reconnaissance s’instaure dans l’horizon du mépris de la vie ; par le moyen de la mort est venue à l’être la certitude que les deux individus risquent leur vie et méprisent la vie en eux et en l’autre »
Faut-il mettre en avant l’élément du mépris lorsqu’il est question des relations intersubjectives ? Ne faut-il pas plutôt mettre en avant l’élément de la reconnaissance ?

Voir la différence avec Rousseau : contrat qui asssure la véritable liberté qui est la liberté politique ; le souverain, chez Rousseau, est le peuple lequel légifère (p.417 du manuel)


[1En fait, expression de PLaute, Asinaria (La comédie des ânes), II, 4, 88 : "Lupus est homo homini..."


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