GOOGLE-MOI, Barbara Cassin, philosophe, écrit sur Google

mardi 25 mai 2010
par  Lydia COESSENS

Partant des axes principaux de Google (Cf. la quatrième de couverture), de l’absence de fiabilité du net, Barbara Cassin, reprend l’historique de Google, sa création, sa dimension sympathique car désintéréssée pour mettre l’accent sur son essor économique (2,25 milliards de dollars pour le 1er trimestre 2006), mais s’interroge surtout sur sa visée culturelle et démocratique.
Elle rappelle , entre autres choses et avec d ’autres d’ailleurs, à quel point la pratique de Google nous conduit à un conformisme et induit notre manière de penser, que "le marché, comme la foi, est l’exact contraire de l’éducation"(pp.106-107)
Toujours p.107 : "l’excellence de Google, c’est de raccourcir votre temps de recherche et de prévenir votre errance. Google peut éduquer votre manière de demander, afin que votre requête soit plus appropriée à la manière dont le moteur fonctionne et que vous trouviez plus vite les réponses qui vous intéressent, mais il ne peut ni ne veut éduquer votre demande ni votre type d’intérêt, sur lesquels au contraire il s’appuie pour mieux vous satisfaire. Pour ce faire, il mise sur vos habitudes, selon une technique behavioriste d’identification et de profilage"
- (ce qui ne va pas dans le sens de la sortie hors de soi nécessaire à la pensée, la véritable, celle qui est expérience, traversée d’un danger, avancée dans ce qui nous étrange, affrontement de l’étrangeté inquiétante)
(nous sommes fichés, nos messages numérisés, etc.)

Une prétention à l’universalité ? Soit, mais Google a accepté des compromis pour pouvoir aller en Chine (les Chinois n’accèdent pas aux mêmes données qu’un Américain)

Qu’est-ce qu’une bibliothèque universelle si elle est en anglais et concerne la culture américaine ? (idem pour une bibliothèque européenne)
:le danger :le manque de pluralité, marque et moteur de l’humanité.

Stratégie : viser les faiblesses de Google et y remédier :
"Promouvoir la "culture" comme savoir-faire européen, je crois que c’est tout simplement partir du passé, des oeuvres singulières, à la fois historiquement et intemporellement situées, et de la différence des langues, au lieu de partir du présent comme flux, des doxai quantifiables et du tout-à-l’anglais. L’alternative à Google passe par l’exploration de ce que Google a vocation à laisser de côté : le singulier, le style, l’oeuvre, la pluralité des langues et des cultures comme telle. Les données constituent des collections raisonnées, nombre d ’entre elles encore à inventer, selon des structurations diversifiées qui permettent d’autres types de recherches et de résultats que PageRank. Il faut proproser un autre type de hiérarchie qui ne soit pas "organique", généré par le système. En particulier, le rang ne dépendra pas (d’abord) du nombre de liens et de clics, même pondéré ; la pertinence d’une réponse ne dépendra pas (d’abord) de l’intention de l’utilisateur que son clickstream identifie comportementalement comme "consommateur", mais plutôt d’une pluralité de "structurateurs", c’est-à-dire d’experts et de maîtres, qui peuvent se confondre avec des catégories de producteurs, de conservateurs et/ou d’usagers, avec tous les risques que la maîtrise implique. Alter mondialisation comme déglobalisation." (pp. 218-219)

"Google est un champion de la démocratie culturelle, mais sans culture et sans démocratie. Car il n’est un maître ni en culture(l’information n’est pas la paideia ni en politique (la démocratie des clics n’est pas une démocratie) " (p. 249)

La connaissance n’est pas une somme d’informations ; toutes les opinions ne sont pas équivalentes ; la doxa n’est pas la vérité !


Bonne lecture et n’oubliez pas, Google vous sermonne : "dont’ be evil"...


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