Le sommeil de la raison engendre-t-il des monstres ?

L’approche de Myriam Darandovas
samedi 10 février 2007
par  Lydia COESSENS

Dissertation de philosophie : « le sommeil de la raison engendre-t-il des monstres ? »

Nous vivons dans un monde où les crimes, les injustices, ou la misère sont loin d’être révolus. Nous aurions pensé qu’avec notre évolution, toutes les belles théories et aussi notre ingénieuse raison, nous serions parvenus à éradiquer toute cette immondice. Mais cela n’est pas. En réalité l’homme n’est pas encore devenu « Homme », nous sommes restés en transit entre l’Animal et l’Homme. Et à en juger par ce que nous observons, nous nous complaisons dans cet état, plus assez animal pour être un Animal, mais pas non plus assez humain pour être un Homme. Alors bien sûr, il ne faut pas paraître surpris de voir qu’il n’y a pas grands changements, c’est seulement les proportions et l’ampleur qui se modifient dans le temps. Mais au fond en nous demandant : le sommeil de la raison engendre-t-il des monstres ? Permet-elle (cette question) de rendre compte vraiment des bonnes résolutions ? Mais permet-il d’insister sur notre potentiel de création ? Même si nous ne dirigeons pas toute notre énergie pour le bien de l’humanité. Ce qui fait que nous sommes des êtres qui possèdent sa propre antithèse. Ainsi, nous verrons en quoi l’homme est sa propre antithèse.
Nous nous demanderons en quoi et dans quelles mesures sommes- nous des monstres ? Et qu’est qui fait qu’on peut avoir espoir en l’humain ?
Dans une première partie nous rendrons compte de nous en tant que monstre, et dans un second temps qu’est ce qui fait que nous pouvons avoir espoir en l’homme.

Nous sommes des monstres. Pour quelles raisons devrions-nous nous enrober de belles phrases et de beaux discours pour tenter de nier notre réalité ? Nous allons d’un extrême à un autre. Nous sommes l’espace qui fait et se fait le plus de torts. Nous sommes dotés de raison qui nous permet le maintien de nos pulsions.
Mais cependant, nous pouvons voir que l’histoire de l’humanité est parcourue d’atrocités. Nous annihilons souvent notre raison. Et du coup elle ne peut tenir son rôle de régulateur de nos pulsions. Nous sommes dès lors sous un « sommeil profond » de la raison. Ce qui fait que nous possédons donc plus de censeur. Nous exprimons le « ça », d’après Freud, lieu de toutes les pulsions enfouies. Elles sont des pulsions de morts et sexuelles essentiellement. Ainsi, sous le « ça » nous libérons et laissons s’exprimer ces pulsions à outrance. Quand cette réalité est face à nous, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur toutes les immondices qui sont commises par exemple dans les guerres. Et nous pouvons constater que déjà dans l’antiquité jusqu’à nos jours que les hommes pillaient, violaient, tuaient et torturaient et encore bien d’autres monstruosités. Par exemple nous pourrions citer la guerre en Irak et les humiliations portées sur les prisonniers dans les prisons contrôlés par les américains. Il y eu bien d’autres exemples de notre monstruosité sous le signe du « ça ». Nous pouvons nous demander si les guerres ne serrait-elles pas des exutoires de nos pulsions ?

Seulement nous n’en avons pas fini dans les exactions humaines. Après l’extrême précédent, nous voyons un autre aspect ou facette de notre monstruosité. Et ceci quand notre raison n’est pas totalement annihilée. En effet, même si nos propres pulsions ne sont pas toutes exprimées -ou pas à leur paroxysme du moins-, nous avons des attitudes qui ne sont pas plus acceptables. Nous restons accrochés à de vieux comportements régissant nos relations. Par l’orgueil et l’égocentrisme nous sommes aussi des monstres. Les actions qui sont sous l’influence de ces deux rapports ne peuvent pas nous faire agir dans une direction honorable. Se servir des autres à ses propres fins ne fait pas de nous des anges. Quand nous sommes dans ce cas, la raison est en somnolence et donc nous avons une part de nous qui est consciente. Et pour cela nous en devenons des monstres perfides. Nous préférons oublier que la barbarie existe et qu’on est responsable. Ou pire nous profitons. Tout ceci ne serait-il pas aussi un aspect du monstre, le fait que nous refusons d’admettre la monstruosité ? Car qui n’a pas été dans le cas d’agir avec orgueil et égoïsme ? Les monstres sont-ils seulement ceux qui portent les armes ? Quand on prend par exemple les organismes qui demandent des dons pour tel ou tel événement réel de la misère du monde, si nous y regardons bien nous y participons par morale sensible et non par une vraie volonté de devoir. C’est se donner bonne conscience, Kant distingue bien les actions faites par un quelconque sentiment et celles faites par raison. Mais nous pouvons constater cette indifférence du bien faire par cet exemple :lorsqu’ une jeune femme (ou femmes en général) se fait agresser sexuellement, ne leur demandons -nous pas de « crier au feu » plutôt qu’au « viol » ? Cela traduit bien que l’homme préfère rester dans sa tranquillité passive plutôt que de se soucier de ceux qui l’entourent. Mais il ne daigne sortir de sa petite illusion que si le danger concerne directement son univers, sinon il ne bronchera pas. Cela aussi est une forme de monstruosité mais qui est due à nôtre passivité et à notre indifférence. Nous pouvons nous demander comment comptons-nous nous sortir de la misère ou de l’état avancé de pollution, si nous restons dans notre bulle égoïstement ?

Mais il n’y a pas que ces deux aspects du monstre. Nous en avons un troisième qui à notre sens est le plus terrible car ces monstres- là sont pleinement conscients, du fait qu’ils agissent par la raison ; Et d’après Kant nous pouvons dire que ces monstres agissent avec l’impératif catégorique. Nous avions de grandes difficultés à penser, avant que se produise la plus grande monstruosité de la raison qui n’est autre que la seconde guerre mondiale, que la raison pouvait faire pareille atrocité. Parvenir à faire que le crime devienne rentable pour une société, ceci ne peut être dû qu’à la raison, celle là même qui est gardienne de la droiture de nos actes et de nos pulsions ou pensées, normalement. Comment pouvons-nous faire pour reconsidérer la raison ? N’était-elle pas le rempart à pareils actes ? Nous sommes des monstres, nous parvenons à pervertir ce qui est notre garde fou de nos pulsions (chez Freud les pulsions de mort et sexuelles). Nous n’avons aucun instant de répit, nous devons être toujours vigilants. Mais sans retomber dans cet exemple le plus abjecte, il existe bien d’autres exemples où c’est la raison qui est à l’origine de crimes. Ne pourrions-nous pas qualifier sous ce rapport les trust financiers avec leur loi du marché qui rend « de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres » ? Mais encore, la liste est longue. Nous ne pouvons faire l’étalage de toute notre monstruosité calculatrice et ingénieuse, nous pourrions sombrer dans le défaitisme. Et comme nous avons pu le voir juste avant, cela risquerait de nous rendre, nous même, passifs et donc un monstre. Finalement ne sommes-nous vivants qu’afin de ne pas trop basculer dans l’une ou l’autre des expressions du monstre ? Avançons-nous sans autre espoir que de ne pas basculer dans un autre crime ?

Ainsi, nous avons en nous un monstre à multi facettes, mais sommes-nous l’expression de ce seul aspect ? Ne pouvons -nous pas tout à la fois faire de belles choses ?

Nous ne devons pas perdre pour autant foi en l’être humain. Nous sommes capables du pire mais aussi, quand même, du meilleur. Nous en sommes capables grâce au sentiment le plus pur qui vient du cœur qui est l’amour. Sans ce pouvoir nous ne parviendrions pas à être avec les autres. Il nous prouve qu’avec lui l’échange existe. Sans parler seulement du plan de la reproduction de l’espèce, avec ce sentiment nous sommes plus à l’écoute du monde. Il suffit de regarder comment une mère est avec son enfant. Nous sommes en présence d’un amour pur et sincère, qui emplie de douceur tout observateur extérieur à cette scène simple. Le cœur seul n’est pas plus accessible dans la réalité que la définition kantienne de la raison pratique. Mais il n’est pas utopique pour autant. Il permet d’avoir une autre voix ou voire à la raison. Nous pouvons comme exemple citer R.Radiguet dans le Diable au corps par : « Il faut admettre que si le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, c’est que celle-ci est moins raisonnable que notre cœur ». Ceci illustre bien que le cœur est un autre moyen que la raison pour prendre une décision. Bien des philosophies venus d’Asie donnent de l’importance à l’amour. Même s’il y a cet enseignement dans le nouveau testament apparu avec le Christ, il n’a pas toujours été appliqué comme tel (ex : le président actuel des Etats-Unis qui utilise la religion pour justifier la guerre). Mais comme exemple de l’utilisation d’une révolution alternative aux armes est celle de Gandhi. Cette action n’a pu être possible qu’à l’aide de l’alternative de l’amour même si ce n’était pas le propos. Nous constatons qu’il n’ y a pas que de l’antipathie à avoir pour l’homme. Comment aurions-nous fait pour qu’il existe encore des humains si nous n’existerions pas sous l’aspect « monstre » ? Nous aurions fini par tous nous entretuer depuis longtemps. Et c’est peut être le cas grâce en grande partie, à notre cœur.

De plus, nous avons une autre expression qui fait que nous ne sommes pas seulement des monstres. Nous sommes capables d’utiliser nos pulsions, qui sont avant tout néfastes, pour créer et sublimer. C’est-à-dire que nous avons la capacité de rendre une matière ou une personne au mieux de sa beauté intérieure. Par exemple les sculpteurs, à partir d’un minerai brut, ils donnent vie à cette matière pour en faire une imposante sculpture. Imposante dans le sens qu’il y a création, matérialisation d’une pensée qui n’avait pas avant d’existence. Mais nous retrouvons cette fabuleuse reconversion de nos pulsions dans tous les différents arts. Cette thèse est abordée par Freud que les arts puisent leur impulsion dans les pulsions refoulées. Pourquoi ne pourrions nous reconvertir toute notre violence et énergie destructive vers la créativité et la construction d’un autre modèle de société ? Nous avons bien eu des tentatives mais en sachant que l’homme possède ces qualités, nous pouvons espérer que nous y parviendrons. Dans l’histoire nous avons eu par exemple l’enseignement du Christ, plus tard la création des droits de l’homme et du citoyen, mais aussi l’idée d’une autre société avec le communisme. Mais ce ne sont que quelque exemples, car ils sont parvenus à faire évoluer la pensée et certains comportements, mais nous sommes encore bien à parvenir à u monde sans misères et souffrances. Y arriverons-nous ? Cependant nous ne devons pas perdre espoir. Et quand bien même nous voyons le monstre en nous bien plus souvent grâce aux médias, c’est juste que l’art et la création pour la paix n’intéressent pas encore. Mais ce n’est pas pour cela qu’ils n’existent pas.

En conséquence nous possédons une énergie appelée par le philosophe Freud, pulsion de mort et pulsion sexuelle. Elles sont enfouies au plus profond de nous et s’expriment plus aisément par les différentes facettes du Monstre. Seulement l’homme parvient par l’association du sensible et du suprasensible, transcender cette attitude. Il parvient, ainsi à la diriger dans la création, vers sa propre sublimation. L’homme est un être complexe et pleins de paradoxes, il est un tout et son contraire. Nous pouvons l’illustrer par la pièce de théâtre de Bernard Werber, Nos amis les humains.