Malaise dans l’esthétique

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samedi 10 février 2007
par  Lydia COESSENS

« Esthétique » est le mot qui dit le nœud singulier malaisé à penser, qui s’est formé il y a deux siècles entre les sublimités de l’art et le bruit d’une pompe à eau, entre un timbre voilé de cordes et la promesse d’une humanité nouvelle. Le malaise et le ressentiment qu’il suscite aujourd’hui tournent toujours de fait autour de ces deux rapports : scandale d’un art qui accueille dans ses formes et dans ses lieux le « n’importe quoi » des objets d’usage et des images de la vie profane ; promesses exorbitantes et mensongères d’une révolution esthétique qui voulait transformer les formes d’art en formes d’une vie nouvelle. On accuse l’esthétique d’être coupable du « n’importe quoi » de l’art, on l’accuse de l’avoir fourvoyé dans les promesses fallacieuses de l’absolu philosophique et de la révolution sociale. Mon propos n’est pas de « défendre » l’esthétique, mais de contribuer à éclairer ce que ce mot veut dire, comme régime de fonctionnement de l’art et comme matrice de discours, comme forme d’identification du propre de l’art et comme redistribution des rapports enter les formes de l’expérience sensible. Les pages qui suivent s’attachent plus particulièrement à cerner la manière dont un régime d’identification de l’art s’est lié à la promesse d’un art qui serait plus qu’un art ou ne serait plus de l’art. Elles cherchent en bref à montrer comment l’esthétique, comme régime d’identification de l’art, porte en elle-même une politique ou une métapolitique.

Jacques Rancière, Malaise dans l’esthétique (Galilée, 2004)