Voir, un poème du peintre KANDINSKY

samedi 10 février 2007
par  Lydia COESSENS

VOIR

Du bleu, du bleu s’éleva et tomba.

Du pointu, du mince, siffla et s’introduisit
mais ne transperça pas.

Dans tous les coins ça a retenti.

Du brun épais resta en apparence suspendu
pour des éternités.

En apparence. En apparence.

Tu dois les écarter davantage, les bras que tu écartes.

Davantage. Davantage.

Et ton visage tu dois le recouvrir d’un fichu
rouge.

Et peut-être n’est-il pas encore tout à fait dérangé :
toi seul t’es dérangé.

Saut blanc après saut blanc.

Et après ce saut blanc encore un saut blanc.

Et dans ce saut blanc encore un saut blanc.

Dans chaque saut blanc un autre saut blanc.

Justement ce n’est pas bien, que tu ne voies pas

le trouble :car c’est dans la trouble que ça réside.

C’est de là que tout commence.

Ca a craqué.

Kandinsky, Klänge, trad. Inge Hanneforth et Jean-Christophe Bailly (pp. 25-27, Paris, Ch. Bourgois, 1987)


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