Les Entretiens d’Epictète

jeudi 8 février 2007
par  Lydia COESSENS

EPICTETE, Entretiens

I, XVIII « Attitude à adopter à l’égard du pécheur »
(5) -Quoi ! Ce voleur, cet adultère ne devraient pas être mis à mort ! (6) -Ne parle pas ainsi, dis plutôt : « Cet homme qui est dans l’erreur et qui se trompe sur les sujets les plus importants, qui a perdu la vue, non point la vue capable de distinguer le blanc et le noir, mais la pensée qui distingue le bien du mal, ne devrait-il périr ? » (7) Et si tu parles ainsi, tu verras combien tes paroles sont inhumaines ; c’est comme si tu disais : « Cet aveugle, ce sourd ne doit-il pas périr ? » (8) S’il n’y a pas de plus grand dommage que la perte des plus grands biens, et si le plus grand des biens est pour chacun une volonté dirigée comme elle doit l’être, et si un homme est privé de ce bien, pourquoi t’irriter contre lui ? (9) Homme, s’il faut absolument que le mal chez autrui te fasse éprouver un sentiment contraire à la nature, que ce soit la pitié plutôt que la haine ; abstiens-toi d’offenser et de haïr ; (10) ne prononce point ces mots qui sont dans la bouche de presque tous : « Les maudits ! Les misérables ! » Et toi ? Es-tu devenu sage en un moment ?


I, XII DU CONTENTEMENT
« La volonté droite consiste à vouloir l’ordre établi par la providence »
Au sujet des dieux, les uns disent que la divinité n’existe pas, d’autres qu’elle existe, mais qu’elle est oisive et insoucieuse, sans aucune providence ;(2) les troisièmes, qu’elle existe et qu’elle exerce bien sa providence, mais seulement sur les grands corps célestes, et non sur les choses de la terre ; les quatrièmes étendent sa providence aux choses terrestres et humaines, mais à ces choses prises dans leur ensemble et non à chacune d’elle en particulier ; (3) les cinquièmes, et parmi eux Ulysse et Socrate, sont ceux qui disent : « Aucun de mes mouvements ne t’est caché ». (4)Il est d’abord indispensable d’examiner chacune de ces thèses pour voir si elle est vraie ou non. (5) S’il n’y a pas de dieux, comment la fin des biens est-elle de « suivre les dieux » ? S’il y en a, mais s’ils n’ont souci de rien, comment cette même fin est-elle juste ? (6) Si leur providence, bien que réelle, ne se répand pas d’eux sur les hommes et, par Zeus ! jusqu’à moi-même, comment admettre encore la justesse de cette fin ? (7) Après cet examen, l’homme de bien soumet sa volonté à l’administrateur de l’univers comme les bons citoyens soumettent la leur à la loi de la cité. (8) Mais celui qui s’instruit doit venir à la leçon du maître avec cette pensée : « Comment pourrais-je suivre en tout les dieux ? Comment pourrais-je être content du gouvernement des dieux ? Comment pourrais-je devenir libre ? » (9) Car l’homme libre, c’est celui à qui tout advient selon sa volonté, celui à qui personne ne peut faire obstacle. (10) Quoi ? La liberté serait-elle déraison ? Bien loin de là !Folie et liberté ne vont pas ensemble. (11) « Mais je veux qu’il arrive tout ce qui me paraît bon, quelle que soit la chose qui me paraît telle. » Tu es fou, tu déraisonnes. (12) Ne sais-tu pas que la liberté est chose belle et estimable ? Vouloir au hasard qu’adviennent les choses qu’un hasard me fait croire bonnes, voilà qui risque de ne pas être une belle chose et même d‘être la plus laide de toutes. (13) Comment procédons-nous dans l’écriture des lettres ? Est-ce que je veux écrire à ma fantaisie le nom de Dion ? Non pas ; mais on m’apprend à vouloir l’écrire comme il doit l’être. (14) Et en musique ? c’est la même chose. Que faisons-nous en général, dès qu’il y a un art ou une science ? La même chose ; et le savoir n’aurait aucun prix, si les choses se pliaient à nos caprices. (15) Et ici, où il s’agit de la chose la plus importante, de la chose capitale, de la liberté, me serait-il donc permis de vouloir au hasard ? Nullement ; s’instruire, c’est apprendre à vouloir chaque événement tel qu’il se produit. (16) Comment se produit-il ? Selon l’ordre établi par celui qui ordonne tout. Selon cet ordre, il y a été et hiver, fécondité et stérilité, vertu et vice, et tous les couples de contraires qui servent à l’harmonie de l’univers ; à chacun de nous, il a fait don d’un corps avec ses organes, de biens et de compagnons.


SENEQUE, Lettres à Lucilius, 108, 9 :

« Les mêmes choses sont plus distraitement écoutées, moins frappantes, tant que la prose les exprime ; quand le rythme s’y ajoute et qu’une noble pensée est astreinte à la régularité d’un mètre précis, la même pensée s’élance comme un javelot brandi par un bras qui se déploie »


GOURINAT, Premières leçons, p. 52-53 :

« C’est en effet une fois que nous aurons renoncé à tout désir dans les rapports avec nos proches que nous pourrons nous comporter avec eux d’une façon vraiment convenable, c’est-à-dire faire notre devoir, qui est ce qu’il convient de faire [...] avoir envers eux des sentiments passionnels nous conduit à mal agir envers eux. Seul le détachement nous permet d’agir en toute équité, de même que c’est l’absence d’ambition qui nous permet de remplir nos fonctions comme il convient de le faire. »


EPICTETE, Entretiens, III, XXIV, 58 :

“Les liens d’affection ne doivent pas nuire à l’autonomie du sage”
(58) -Comment alors me montrerais-je affectueux ? -Comme un homme bien né, comme un homme fortuné . La raison ne t’ordonne jamais d’être vil, de te lamenter, de dépendre d’autrui, de blâmer les dieux ou les hommes. (59) Montre ton affection en observant ces préceptes ; mais si, par tendresse (par ce sentiment, quel qu’il soit, que tu nommes tendresse), tu dois être esclave et malheureux, ta tendresse t’est nuisible. (60) Et qui empêche d’aimer comme on aime un être mortel et qui peut partir ? Socrate n’aimait-il pas ses enfants ? Mais il les aimait en homme libre, se souvenant qu’il faut d’abord être ami des dieux. (61) Aussi n’a-t-il rien négligé de ce qui convient à un homme de bien ni dans sa défense ni après sa condamnation, ni auparavant quand il était au sénat ou à l’armée. [...] (64) Allons ! Diogène n’aimait-il personne, lui qui était si bon et si ami des hommes qu’il accueillait avec plaisir, dans l’intérêt commun, tant de travaux pénibles et de souffrances physiques ? (65) Mais comment les aimait-il ? Comme devait le faire un serviteur de Zeus ; il s’occupait d’eux, mais il restait soumis à Dieu.


A François, (saint laïc, errant dans les rues de Privas)

Extrait des Entretiens, IXVIII, 11 à 16 :

Raisons impures de notre colère contre les voleurs
(11) Pourquoi donc nous irritons-nous ? Parce que nous apprécions trop les objets dont ces voleurs nous privent. N’attache pas tant d’importance à ton manteau, et tu ne t’irriteras pas contre celui qui le vole ; n’admire pas trop la beauté de ta femme, et tu ne t’irriteras pas contre l’adultère. (12) Sache bien que voleur et adultère n’ont pas de prise sur les choses qui sont tiennes , mais sur celles qui te sont étrangères et ne dépendent pas de toi : si tu te détaches d’elles, si tu les tiens pour rien, contre qui es-tu encore irrité ? Mais en tant que tu leur attaches du prix , sois irrité contre toi-même plutôt que contre ces gens-là. (13) Réfléchis en effet : tu as de beaux vêtements et ton voisin n’en a pas ; tu as une fenêtre, et tu veux les mettre à l’air ; ton voisin ne sait pas ce qu’est le bien pour l’homme ; il s’imagine que c’est d’avoir de beaux vêtements, et toi aussi, tu te l’imagines ; (14) alors ne va-t-il pas venir te les prendre ? Si tu montres un gâteau à des gourmands et si tu l’avales tout seul, voudrais-tu qu’on ne te l’arrachât pas ? Ne les excite pas, n’aie pas de fenêtre, ne mets pas tes vêtements à l’air. (15) Avant-hier, j’avais, auprès de mes Pénates, une lampe de fer ; j’entendis un bruit et je courus à la porte ; je trouvai ma lampe enlevée. A la réflexion, je vis que mon voleur avait agi sous une impression raisonnable : demain, dis-je, tu en trouveras une en terre cuite. (16) Ce qu’on perd, c’est ce qu’on possède. « J’ai perdu, dis-tu, mon vêtement » ; c’est que tu possédais un vêtement. « Je souffre de la tête » ; est-ce que tu souffres des cornes ? Pourquoi donc t’irriter ? On ne perd que ce qu’on possède ; on ne souffre que pour ce qu’on possède.


Entretiens

IV, 10 « On ne peut rechercher à la fois ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous »
(18) Pour obtenir ce résultat, il ne faut pas accueillir les tâches mesquines et échouer dans les petites choses ;tu ne peux vouloir à la fois être consul et vouloir ce genre de vie, t’occuper de tes propriétés à la campagne et t’occuper de cela, avoir souci de tes esclaves et avoir souci de toi-même. (19) Si tu veux ce qui n’est pas à toi, ce qui est à toi est perdu. C’est chose fort naturelle ; rien n’est gratuit. (20) Qu’y a-t-il d’étonnant ? Si tu veux être consul, il te faut veiller, courir partout, baiser des mains, moisir près des portes des autres, parler beaucoup, faire bien des choses viles, envoyer des cadeaux à beaucoup de gens, donner l’hospitalité chaque jour à quelques uns. (21) Et qu’en résulte-t-il ? Avoir douze faisceaux de licteurs, s’asseoir trois ou quatre fois sur l’estrade, donner les jeux du cirque, et fournir du pain au repas. Qu’on me montre ce qu’il y a à part cela. (22) Donc, pour atteindre l’impassibilité et le calme, pour dormir quand on dort et être éveillé quand on est éveillé, pour ne rien craindre, pour ne s’inquiéter de rien, tu ne veux faire aucune dépense, aucun effort ? (23) Et si, quand tu t’y appliques, tu fais quelque perte, si tu fais quelque méchante dépense, si un autre réussit là où tu devais réussir, tu seras mordu au cœur. (24) Tu ne voudras pas échanger, prendre une chose contre une autre, tant de cette chose contre tant de cette autre, tu veux recevoir gratuitement de tels avantages. Comment serait-ce possible ? « Affaire pour affaire » (25) Si tu mets tout ton soin à posséder des choses extérieures, tu ne peux avoir également le souci de la faculté directrice de ton âme. Si tu veux les premières, laisse la seconde ;sinon, tu n’auras ni l’une ni les autres, étant tiraillé des deux côtés ; si tu veux celle-ci, il te faut laisser celles-là. (26) L’huile se répandra, les outils se perdront, mais moi je serai sans passion. Il y aura en ma présence un incendie qui détruira mes livres, mais j’userai de mes représentations conformément à la nature. Mais je n’aurai rien à manger ! (27) Si je suis à ce point malheureux, la mort sera mon port de refuge. Pour tous il y a ce havre qu’est la mort, cet asile. Grâce à elle, il n’y a pas de difficulté dans la vie. Lorsqu’on le veut, on s’en va et on n’est pas enfumé. (28) Pourquoi s’inquiéter ? Pourquoi ces nuits sans sommeil. Pourquoi ne pas déterminer par raisonnement où se trouvent le bien et le mal et ne pas dire : « Ils dépendent de moi l’un et l’autre ; nul ne peut me priver du bien ni me faire tomber malgré moi dans le mal. (29) Pourquoi ne pas m’étendre et ronfler ? Ce qui est vraiment à moi est en sûreté ;quant aux choses qui me sont étrangères, c’est à celui qui me les apporte de les surveiller, selon le lot qui me sera attribué par celui qui a le pouvoir sur elles. (30) Que suis-je, moi qui veux qu’elles soient de telle manière ? Est-ce qu’il m’est donné de choisir entre elles ? M’a-t-on créé pour les gouverner ? Il me suffit de celles dont je suis maître ; ce sont celles que je dois entretenir le mieux possible ; que les autres soient comme il plaira à leur maître ! »


I, XVII La logique est un moyen en vue de la connaissance de la nature
(13)Est-ce donc une chose si importante, si admirable de comprendre Chrysippe et de l’expliquer ? - Et qui dit pareille chose ?-Où est donc ici la merveille ? -C’est de comprendre la volonté de la nature. Or peux-tu en prendre conscience à toi seul ? (14) Alors, de quoi as-tu besoin encore ? S’il est vrai que nul ne pèche volontairement et si tu as déjà appris la vérité, il suit que, dès maintenant, tu atteins la rectitude morale. (15) -Mais, par Zeus ! je n’ai pas conscience de la volonté de la nature. (16) -Qui donc me l’explique ? On me dit que c’est Chrysippe. Je vais à lui et je cherche ce que dit cet exégète de la nature. Je commence par ne pas comprendre ce qu’il veut dire ;je demande qu’on me l’explique. « Vois, me dit-on, cherche à comprendre ce qu’il veut dire comme si c’était du latin. » (17) Quel motif d’orgueil y aurait-il ici à expliquer ce texte ? Chrysippe lui-même n’a pas le droit de s’enorgueillir, s’il se contente d’expliquer la volonté de la nature sans s’y conformer lui-même, et encore moins son exégète. (18) Ce n’est pas pour lui-même que nous avons besoin de Chrysippe, c’est pour prendre conscience de la nature. De même le sacrificateur n’est pas utile par lui-même, mais parce que, par son intermédiaire, nous pensons connaître l’avenir et les signes envoyés par les dieux ;nul besoin non plus des entrailles, sinon pour les signes qu’elles nous donnent ; (19) la merveille, ce n’est pas le corbeau, la corneille, mais Dieu qui, par eux, nous envoie des signes.


I, XXII Les prénotions sont communes à tous les hommes ; mais il les appliquent différemment.
Les prénotions sont communes à tous les hommes. Aucune prénotion n’est en contradiction avec une autre. Qui d’entre nous n’admet que le bien est chose utile, souhaitable, à rechercher et à poursuivre en toute circonstance ? Qui n’admet que le juste est chose belle et convenable ? (2) Alors, à quel moment y a-t-il contradiction ? Quand on applique les prénotions aux réalités particulières, (3) quand l’un dit : « Il a agi honnêtement, c’est un homme courageux » et l’autre : « Non ! c’est un insensé ». Il y a ainsi conflit des hommes entre eux. (4) Tel est le conflit qui oppose Juifs, Syriens, Egyptiens et Romains : qu’il faille avant tout respecter la sainteté et la rechercher en tout, ce n’est pas une question ; mais on se demande s’il est ou non conforme à la sainteté de manger du porc.


CICERON, De la nature des dieuxII, XIII

(35) En effet, on ne peut admettre qu’il y ait un ordre des choses sans un terme dernier et achevé. De même que dans une vigne ou dans une bête, nous voyons la nature arriver au but par une voie qui lui est propre, et de même que la peinture, l’architecture et les autres arts comportent l’accomplissement d’une œuvre achevée, de même et bien plus encore, dans la nature en général, il doit y avoir un terme entier et parfait. Pour toutes les autres natures , il peut bien y avoir des obstacles à leur achèvement ; mais rien ne peut arrêter la nature universelle, puisqu’elle comprend et contient toutes les autres. C’est pourquoi doit nécessairement exister ce quatrième degré, le plus élevé de tous, dont rien ne peut approcher. (36) C’est le degré où se place la nature commune à toute chose ; puisqu’elle est telle qu’elle est à la tête de tout et que rien ne peut l’entraver, il est nécessaire que le monde soit intelligent et sage aussi. Quelle plus grande sottise que d’admettre qu’une nature qui embrasse toute chose n’est pas la meilleure, ou , si elle l’est, qu’elle n’a pas d’abord l’âme, ensuite la raison et la réflexion, enfin la sagesse ;sinon, comment pourrait-elle être la meilleure ? Si elle ressemble à un végétal ou à un animal, il n’y a pas à la croire la meilleure plutôt que la pire ;si elle participait à la raison sans avoir la sagesse dès le principe, la condition du monde serait pire que celle de l’homme ;car l’homme peut devenir sage ; mais si le monde est privé de sagesse dans l’éternité du temps passé, c’est qu’il n’atteindra jamais la sagesse, et ainsi il sera pire que l’homme : puisque c’est là une absurdité, il faut tenir le monde pour un être sage et divin, dès le début.


Entretiens, I, XVII « La logique est nécessaire au bon usage de la volonté » :

(20) Je vais donc à mon exégète, à mon sacrificateur, et je lui demande d’examiner pour moi ces entrailles et de me dire ce qu’elles signifient. (21) Il les prend, il les déploie, et me les explique en ces termes : « Homme, tu possèdes par nature une volonté qui ne connaît ni obstacles ni contrainte : voilà ce qui est écrit ici dans ces entrailles. (22) Je te le ferai voir d’abord à propos de l’assentiment. y a-t-il quelqu’un qui puisse t’empêcher d’adhérer à la vérité ? Personne. Et quelqu’un qui puisse te forcer d’admettre l’erreur ? Personne ; (23) tu vois bien que, en cette matière, ta volonté ne rencontre ni obstacle, ni contraintes, ni empêchement. (24) Et bien ! en est-il autrement dans le cas des désirs et des tendances ? Qui peut vaincre une tendance, sinon une autre tendance ? un désir ou une aversion, sinon un autre désir ou une autre aversion ? (25) Si l’on me menace de mort, dis-tu, on me contraint ? Ce n’est pas cette menace qui te contraint d’agir, c’est l’opinion que tel ou tel acte est préférable à la mort ; (26) c’est donc bien encore ton jugement qui t’y oblige ; c’est la volonté qui oblige la volonté. (27) Si cette partie de nous-même, que Dieu a émise de lui pour nous la donner, avait été rendue par lui sujette aux obstacles et aux contraintes venus de lui ou d’un autre être, il ne serait plus dieu, il ne serait plus pour nous l’être providentiel qu’il doit être. (28) Voilà ce que je trouve dans les victimes ; voilà les signes qu’elles donnent. Su tu le veux, tu es libre ; si tu le veux, tu n’auras ni reproche ni réprimande à adresser à personne ; tout sera selon ta volonté, qui est aussi celle de Dieu. »


I, I « Indifférence du sage à ce qui ne dépend pas de lui »

(21)Que faut-il donc avoir présent à l’esprit en pareilles circonstances ? Quoi, sinon la distinction entre ce qui est mien et ce qui n’est pas mien, entre ce qui m’est possible et ce qui ne m’est pas possible ? (22) Je suis forcé de mourir, mais non en gémissant ; d’aller en prison, mais non en me lamentant ; de subir l’exil ; mais qui empêche que ce soit gaiement et de bonne humeur ? (23) « Dis-moi tes secrets. -Non, cela dépend de moi. -Mais je te chargerai de lien. -Que veux-tu dire ? Moi ! ce sont mes jambes que tu attacheras ; Zeus lui-même ne peut dominer ma volonté. (24)-Je te jetterai en prison. -Non pas moi, mais mon faible corps. -Je te ferai trancher la tête. -Quand t’ai-je dit que j’étais le seul à avoir un cou qui ne pouvait être coupé ? » (25) Voilà ce que doivent méditer ceux qui s’adonnent à la philosophie, ce qu’ils doivent écrire chaque jour et à quoi ils doivent s’exercer.


I, XIX « Le tyran ne peut rien sur notre liberté »

(7) Qu’est-ce donc qui trouble et terrorise la plupart des hommes ? Le tyran et sa garde ? Et pourquoi ? Bien loin de là : (8) il n’est pas possible qu’un être libre par nature soit troublé ou empêché par un autre que par lui-même ; ce sont ses propres opinions qui le troublent. Lorsqu’un tyran dit : « J’enchaînerai ta jambe », celui qui attache du prix à sa jambe dit : « Non, par pitié ! », mais celui à qui sa volonté est précieuse, réplique : « Enchaîne-la, si tu trouves utile de le faire. -Tu ne t’en inquiètes pas ? -Je ne m’en inquiète pas. (9) -Je vais te montrer que je suis le maître ! -Et comment ferais-tu ? Zeus m’a laissé libre. Crois-tu qu’il allait laisser réduire son propre fils en esclavage ? Tu es maître de ce cadavre qu’est mon corps, prends-le. (10) -Alors, lorsque tu viens à moi, tu ne prends pas soin de moi ? -Non pas, mais de moi-même. Si tu veux me faire dire que je prends soin de toi, oui, comme je fais de ma cruche. »


IV, VII « Le tyran est sans pouvoir sur le sage »

(28) Donc, lorsque je ne crains aucun des traitements que le tyran peut m’infliger, lorsque je ne désire rien de ce qu’il peut me procurer, pourquoi l’admirer, pourquoi éprouver un saisissement ? Pourquoi craindre ses gardes ? Pourquoi me réjouir s’il m’a parlé poliment en me recevant ? Pourquoi raconter à d’autres ce qu’il m’a dit ? (29) Est-il Socrate, est-il Diogène pour que son éloge prouve ce que je suis ? Ai-je approuvé ses mœurs ? (30) Mais je continue le jeu, je vais à lui, et j’obéis, tant qu’il ne me commande rien de sot ni d’inconvenant. Mais s’il me dit : « Pars chercher Léon de Salamine », je lui réponds : « Demande-le à un autre ; je ne joue plus » (31) « Emmenez-le » Je suis les gardes ;c’est dans le jeu. « On te tranchera la tête » Gardera-t-il toujours sa tête, et vous qui lui obéissez la garderez-vous ? « Tu seras jeté sans sépulture. » Si le cadavre, c’est moi, je serai jeté ; mais si je suis différent du cadavre, parle moins grossièrement, dis la chose comme elle est, et ne cherche pas à me faire peur. (32) Cela ne fait peur qu’aux enfants et aux esprits faibles. Si, une fois entré dans l’école du philosophe, quelqu’un ignore ce qu’est son moi, il mérite de ressentir la peur et de flatter ceux qu’il flattait auparavant, s’il n’a pas encore compris que son moi, ce n’est pas la chair, les os et les muscles, mais l’être qui use de ces organes, qui gouverne et qui a conscience de ses représentations.


« Ne reconnaître d’autre supériorité que celle de la philosophie »
(33) -Oui, mais de pareils discours font les contempteurs des lois. -Bien plutôt, quels discours rendent plus obéissants aux lois ceux qui les pratiquent ? La loi, ce n’est pas ce qui dépend des caprices d’un sot. (34) Vois pourtant comme ces discours nous préparent à avoir même envers les sots les dispositions qu’il faut ; ils nous enseignent à ne pas nous heurter à eux dans des cas où ils peuvent avoir la victoire. (35) Quant à notre pauvre corps, ces discours nous enseignent à céder ; à céder aussi quand il s’agit de nos biens ; et pour ce qui est des enfants, des parents, des frères, à renoncer à tout, à laisser tout aller. Seules sont exceptées nos opinions, et c’est Zeus qui a voulu que chacun de nous les choisît. (36) Qu’y a-t-il là de contraire à la loi et de déraisonnable ? Sur le point où tu es le plus puissant, le plus fort, je te cède le pas ; là où je te suis supérieur, cède-le-moi. Car c’est là mon souci et non le tien. (37) Ton souci est de savoir comment habiter dans les appartements lambrissés de marbre, comment te faire servir par des esclaves et des affranchis, comment avoir une grande meute de chasse, des joueurs de cithare, des acteurs tragiques. (38) Est-ce que je m’y oppose ? As-tu souci, toi, de tes opinions ? de ton raisonnement ? Sais-tu de quelles parties il se compose, à quelles conditions il est concluant, quelle sont ses articulations, quels genres il comporte et quelles espèces dans ces genres ? (39) Pourquoi te fâcher si, grâce à son travail, un autre t’est supérieur en ces matières ? -Mais ce sont là des sujets très importants. -Qui t’empêche de t’y adonner et d’y travailler ? Qui a une plus grande provision de livres, de loisirs, de gens à son service ? (40) Penche-toi seulement parfois sur ces sujets, donne un peu de temps à la faculté directrice. Examine ce que tu possèdes et d’où tu le tiens, cette faculté qui use de tout le reste, qui apprécie tout le reste, qui choisit et qui repousse. (41) Mais tant que tu vivras pour les choses extérieures, tu les auras plus que personne, mais ta faculté maîtresse sera ce que tu veux qu’elle soit, grossière et négligée.


III, XXIV « L’action a sa fin en elle-même »

(50) -Mais tu auras l’apparence de ne pas y avoir mis tout ton zèle si tu ne réussis pas. -As-tu oublié pourquoi tu y es allé ? Et ne sais-tu pas qu’un honnête homme agis non pour l’apparence, mais pur faire une belle action ? (51) -A quoi me sert de faire une belle action ? -Quand on écrit le nom de Dieu, à quoi sert-il de l’écrire comme il faut ? - A l’écrire. -Donc sans autre salaire. Mais toi, demandes-tu pour l’honnête homme un meilleur salaire que l’accomplissement des actions belles et justes ? (52) A Olympie tu ne désires rien de plus et tu penses qu’il suffit d’avoir eu la couronne olympique. Ainsi, cela te paraît une chose mince et sans valeur d’être un homme honnête et heureux ? (53) C’est pour cela que les dieux t’ont introduit dans cette grande cité ; tu dois maintenant t’attacher à des œuvres viriles ; et tu regrettes tes nourrices et ta maman ? Et des femmes folles te font céder par leurs pleurs et t’amollissent. Ainsi tu ne cesseras jamais d’être un bébé ? Ne sais-tu pas que celui qui fait l’enfant est d’autant plus ridicule qu’il est âgé ?


IV, I « La voie de la liberté »

(128) Eh bien ! parcourons nos points d’accord. Est libre l’homme qui ne rencontre pas d’obstacles et qui a tout à sa disposition comme il veut. L’homme qui peut être arrêté, contraint, entravé ou jeté malgré lui dans quelque entreprise est un esclave. (129) Mais quel est celui qui ne rencontre pas d’obstacles ? C’est celui qui ne désire rien qui lui soit étranger. Et qu’est-ce qui nous est étranger ? C’est ce qu’il ne dépend pas de nous d’avoir ou de ne pas avoir, ni d’avoir avec telle qualité dans telles conditions. (130) Ainsi le corps nous est-il étranger, étrangères ses parties, étrangère notre fortune ; si tu t’attaches à ces choses comme à ton bien propre, tu subiras le châtiment que mérite celui qui convoite des choses étrangères. (131) Telle est la route qui conduit à la liberté, le seul moyen de nous affranchir de l’esclavage, et qui, un jour, nous permettra de dire de toute notre âme : « Conduis-moi Zeus, et toi, Destinée, au lieu où j’ai été placé par vous »


III, VIII

Comme nous nous exerçons sur les questions des sophistes, il faut aussi chaque jour nous exercer sur les représentations ; car, elles aussi, elles nous proposent des questions. (2) Le fils d’un tel est mort. Réponds : « Ne dépend pas de la volonté, n’est pas un mal ». Le père d’un tel l’a exclu de l’héritage ; que t’en semble ? « Ne dépend pas de la volonté, n’est pas un mal. » César l’a condamné. « Ne dépend pas de la volonté, n’est pas un mal. » (3) Il en a eu du chagrin : « Dépend de la volonté, c’est un mal. » Il l’a supporté généreusement : « Dépend de la volonté, c’est un bien ». (4) Habitués à cette pratique, nous ferons des progrès ; car jamais nous ne donnerons notre assentiment à rien dont nous n’ayons une représentation compréhensive. (5) Mon fils est mort. Qu’est-il arrivé ? Mon fils est mort. Rien de plus ? Rien. Le vaisseau a péri en mer. Qu’est-il arrivé ? Le vaisseau a péri. Il a été mené en prison. Qu’est-il arrivé ? Il a été mené en prison. Chacun ajoute spontanément : « Il est malheureux ». (6) « Mais Zeus a mal fait les choses. » En quoi ? Est-ce en ce qu’il t’a fait patient, d’âme noble, en ce qu’il a enlevé à ces accidents ce caractère d’être des maux, en ce qu’il t’est permis d’être heureux tout en les subissant, en ce qu’il t’a ouvert une porte de sortie si tu n’es pas content ? Homme, sors donc et ne lui fais pas de reproche.


III, II « La question des passions et celle du devoir »

Il y a trois sujets auxquels doit s’exercer l’homme qui veut être honnête. Le premier concerne les penchants et les aversions, afin de ne pas manquer le but des penchants et de ne pas se heurter à l’objet de notre aversion. (2) Le second concerne le vouloir et le refus de vouloir et, d’une façon générale, la question du devoir, afin de l’accomplir avec ordre, d’une manière raisonnée et sans négligence. Le troisième s’occupe d’éviter l’erreur et de ne pas s’abandonner au hasard ;c’est la question des l’assentiment. (3) De ces trois sujets le plus important et le plus pressant est celui qui concerne les passions ; car la passion naît toujours lorsqu’un penchant manque son but ou lorsque nous nous heurtons à un objet d’aversion. C’est ce qui amène troubles, désordres, infortune, malchance, ce qui produit les deuils, les gémissements, la haine, ce qui fait les envieux et les jaloux, tout ce qui nous rend incapables d’entendre raison. (4) Le deuxième concerne le devoir ;car il ne faut pas être impassible à la manière d’une statue ;il faut maintenir nos rapports naturels ou acquis avec autrui, comme homme religieux, comme fils, comme frère, comme père, comme citoyen.


Marc -Aurèle, Pensées, III (11)

Aux préceptes que j’ai dits, ajoutes-en encore un : toujours définir ou décrire l’objet de ta représentation, de façon à voir distinctement ce qu’il est essentiellement, à nu et pris en entier, à le désigner en soi-même par le mot propre, ainsi que tous les éléments dont il est composé et en lesquels il se résout. Car rien n’est plus capable de donner des sentiments élevés que de pouvoir éprouver méthodiquement et en vérité chacun des objets qui se présentent dans la vie et de les pénétrer toujours d’un tel regard que l’on puisse conclure à quel ordre il appartient ; quelle utilité il présente ; quelle valeur il a pour l’univers et quelle est cette valeur pour l’homme, c’est-à-dire pour un citoyen de la cité sublime dont les autres cités sont comme les demeures ; ce qu’il est, de quoi il se compose, combien de temps doit naturellement durer cet objet qui, pour le moment, produit en moi cette représentation ; de quel vertu il est besoin à son égard (par exemple de douceur, de courage, de franchise, de fidélité, de simplicité, de maîtrise de soi et ainsi de suite). Aussi, de chaque objet, il faut dire : « Celui-ci vient de Dieu ;celui-là dépend du sort, du fil du destin qui s’enroule, de telle ou telle rencontre, ou du hasard ; cet autre vient d’un être de ma race, d’un de mes semblables et de mes associés, mais qui ignore ce qui est conforme à sa nature. Moi, je le sais, aussi j’en use avec lui selon la loi naturelle de la société, avec bienveillance et justice ; mais en même temps, dans ce qui n’est ni bien ni mal, je vise le préférable ».

Epictète, EntretiensIII, XXIV
« La philosophie nous apprend à accepter l’ordre du monde »
(84) Comment donc s’exercer à les acquérir ? Le premier, le principal exercice, celui qui mène d’emblée aux portes du bien, c’est, lorsqu’une chose vous attache, de considérer qu’elle n’est pas de celles qu’on ne peut vous enlever, qu’elle est du même genre qu’une marmite ou une coupe de cristal, dont on ne se trouble pas lorsqu’elle se brise, parce qu’on se rappelle ce qu’elle est. (85) Il en est de même ici : si tu embrasses ton enfant, ton frère, ou ton ami, ne t’abandonne pas sans réserve à ton imagination, ne laisse pas tes effusions se répandre où elles veulent, résiste et empêche-les comme font ceux qui se tiennent derrière les triomphateurs en leur rappelant qu’ils sont des hommes . (86) De même rappelle-toi que tu aimes un mortel, un être qui n’est aucunement toi-même ; il t’a été accordé pour le moment, mais non sans qu’il puisse t’être enlevé ni pour toujours, comme une figue, comme une grappe de raisin qui viennent régulièrement en leur saison : si tu les désires pendant l’hiver, tu es un sot. (87) Désirer ton fils, ou ton ami en un temps où ils ne t’ont pas été donnés, c’est, sache-le bien, désirer des figues en hiver. Comme l’hiver est à la figue, l’ensemble des circonstances provenant de l’univers l’est aux êtres qu’elles vous enlèvent. (88) Au reste, même quand tu jouis de leur présence, mets-toi devant l’esprit des représentations contraires. Quel mal y a-t-il à murmurer entre ses dents, tout en embrassant ton enfant : « Demain toi ou moi quitterons le pays et nous ne nous verrons plus » ? (89) -Mais ce sont des paroles de mauvais augure. -Certaines incantations le sont aussi ; mais comme elles sont utiles, je n’y fais pas attention ; qu’elles me servent seulement. Mais appelles-tu de mauvais augure d’autres paroles que celles qui désignent un mal ? (90) Lâcheté, bassesse, chagrin, peine, impudence, voilà des mots de mauvais augure. Et pourtant il ne faut pas hésiter à les prononcer pour se garder des choses qu’ils désignent. (91) Mais tu prétends qu’un mot qui désigne un fait naturel est de mauvais augure ; considère alors comme de mauvais augure de dire que les épis sont moissonnés ; car c’est dire que les épis disparaissent, mais non le monde ; « les feuilles tombent, la figue sèche remplace la figue fraîche, le raisin sec la grappe mûre », voilà, selon toi, des paroles de mauvais augure. (92) En fait il n’y a là que la transformation d’états antérieurs en d’autres ; il n’y a pas de destruction, mais un aménagement et une disposition bien réglés. (93) L’émigration n’est qu’un petit changement ; la mort en est un plus grand ; mais il va non pas de l’être actuel au non-être, mais au non-être de l’être actuel. (94) -Alors je ne serai plus ? -Tu ne seras pas ce que tu es, mais autre chose dont le monde aura actuellement besoin. De même, tu n’es pas né quand tu l’as voulu, mais quand le monde a eu besoin que tu naisses.


IV, VII

(5) -Voici maintenant un homme qui, à l’égard de ses biens, a les mêmes dispositions que le précédent à l’égard de son corps, et aussi à l’égard de ses enfants et de sa femme, ou que simplement la folie ou un égarement de l’esprit a disposé à ne pas tenir compte de leur possession ou de leur perte ; comme les enfants jouant avec des coquillages se disputent pour le jeu sans se soucier des coquillages, de même cet homme compte pour rien les occasions de ses actes ; mais il s’attache, à leur propos, à la règle du jeu et à sa conduite. Quel tyran, quels gardes, quelles épées pourraient encore l’effrayer ?


II, XVIII

(23) En t’opposant ainsi à ton imagination, tu la vaincras et tu ne seras pas emporté par elle. (24) Mais, d’abord, ne te laisse pas prendre par sa vivacité ; dis : « Attends un peu, image ; laisse-moi voir qui tu es, ce dont tu es l’image ; laisse-moi t’éprouver. » (25) D’ailleurs ne lui permets pas de se développer, de représenter toutes ses conséquences ;sinon, elle s’en va en t’emportant où elle veut. Fais plus ;fais intervenir contre elle une image belle et noble et chasse celle qui est sale. (26) Et si tu prends l’habitude de t’exercer ainsi, tu verras ce que deviennent tes épaules, tes muscles, tes forces. Mais maintenant tu n’as que de belles paroles et rien de plus.


I, I

(32) Il me faut mourir ; si c’est à l’instant, je meurs ; si c’est un peu plus tard, je dîne, puisque c’est l’heure ; après, je mourrai. Comment ? Comme il convient à un homme qui rend ce qui n’est pas à lui.


Ariston de Chios, stoïcien, présenté par Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres. :

« Il a dit que la fin de la vie était de vivre dans l’indifférence à l’égard de ce qui est intermédiaire entre le vice et la vertu, sans faire quelque distinction que ce soit entre ces choses, mais en se comportant de façon égale envers toutes. Le sage est en effet semblable au bon acteur, lequel, qu’il reçoive le rôle de Thersite ou d’Agamemnon, les joue chacun comme il convient. »


Epictète, Entretiens, II, XVI

(42) Ose regarder Dieu en face et lui dire : « Use de moi à ta volonté ; je suis d’accord avec toi, je suis à toi, je ne refuse rien de ce qui te paraît bon ; mène-moi où tu veux ; revêts-moi de l’habit que tu veux. Que veux-tu ? Que je sois magistrat ou simple particulier ? Que je sois exilé ? Que je sois pauvre ou que je sois riche ? Dans toutes ces situations je prendrai ta défense devant les hommes ; je leur montrerai ce qu’est réellement chacune d’elle. »


III, XXIV

« Sur quoi s’exerce la réflexion du philosophe »

(103) Que ces paroles te soient présentes à l’esprit nuit et jour ; il faut les écrire, les lire, converser à leur sujet, soit en toi-même, soit en t’adressant à un autre : « As-tu une aide pour moi dans cette circonstance ? » ; et il faut à nouveau aller à un autre et à un autre encore. (104) Puis, s’il arrive un de ces accidents que l’on appelle désagréables, ce qui dès l’abord allègera ta peine, c’est qu’il n’était pas inattendu. (105) Cette parole : « Je savais que j’avais engendré un mortel » est importante dans tous les cas ; tu diras de la même façon : « Je savais que j’étais mortel. Je savais que je pouvais quitter mon pays. Je savais qu’on pouvait m’exiler. Je savais qu’on pouvait me conduire en prison ». (106) Ensuite, si tu fais un retour sur toi-même et si tu cherches de quel domaine fait partie l’accident, tu te souviendras tout de suite qu’ « il est du domaine des choses qui ne dépendent pas de ma volonté, qui ne sont pas miennes ; quel rapport a-t-il donc avec moi ? » (107) Puis, et c’est le principal, tu te diras : « Qui me l’a envoyé ? » C’est le chef, le général, la cité, la loi de la cité. « Donne-le-moi donc ; car il me faut obéir toujours et en tout à la loi. » (108) Ensuite, lorsque tu es mordu par ton imagination (ce qui ne dépend pas de toi), lutte contre elle avec ta raison, combats-la, ne la laisse pas prendre force et s’insinuer progressivement en façonnant toutes les images qu’elle veut et comme elle le veut.


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