Rencontre avec Sophie Divry le 11 mars

mardi 3 mai 2016
par  Vincent VERNET

Sophie Divry auteur de Quand le diable sortit d e la salle de bain et V. Gloeckler de la librairie Lafontaine ont eu la gentillesse de venir à la rencontre des élèves du Prix Lafontaine pour parler de ce livre et de l’écriture. Divers thèmes ont été abordés.
Quelques extraits des échanges de ce moment là :

La question de l’autobiographie :

S.D. a effectivement été au chômage 3- 4 ans mais elle a dramatisé cette situation et utilisé d’autres témoignages de gens dans la même situation.

Volonté de dire la vraie vie alors que dans les livres souvent ce n’est pas comme ça. Pas ex. dans La condition pavillonnaire il y a tout un passage sur les voitures. Par ailleurs il y a aussi une approche sociologique : le personnage fait tout un parcours un peu idéal (études, mariage, travail sérieux, enfants) et se trouve pris dans une situation enfermante pas épanouissante.

Humour, liberté d’écrire, réalisme :
Dans Quand le diable… usage d’un réalisme ironique à la Flaubert.
Mais aussi choix humoristique, envie de délirer littérairement et d’utiliser tous les outils possibles : calligrammes, accumulations, faire intervenir des personnages dans le récit comme Diderot, introduire un conte pour enfants… attraper plein de choses, dire la vie et le monde. Le roman n’est pas une forme du passé.

Il y a une approche de la pauvreté qui fait travailler moralement –et il s’agit aussi de témoigner avant d’oublier- mais se contenter d’une approche simple c’est risquer l’ennui et avoir fait le tour du sujet en 4-5 pages. L’humour et la fantaisie introduisent une contradiction qui a permis à SD d’écrire sur la précarité. De même introduire le diable : c’est un éclat de rire,
ça apporte du relief, de l’énergie. Quand le sujet, le matériau est pauvre,
social, il ne faut pas forcément utiliser des moyens pauvres, comme au cinéma,
caméra sur l’épaule, etc.

On écrit un livre quand on en a la nécessité. Mais le livre précédent avait été un peu difficile à écrire, là volonté de faire autrement.

- Il y a du sexe. Problème, c’est vite cliché ou vulgaire ou convenu. Ne pas faire comme d’autres.

Suggestion du libraire : ça sert à attirer, piéger le lecteur et lui faire passer des idées politiques.

- Pourquoi tant de listes ? Déjà le lecteur peut s’accorder la liberté de sauter des pages. EN tant qu’écrivain SD dis qu’elle devrait s’arrêter, mais non, la liberté est là, elle continue. Elle valorise l’excès. C’est une esthétique. Jouer avec le mauvais goût, la saturation, la répétition. La liste « je n’aime pas les hommes qui… »
est une réaction à la littérature masculine, à l’image donnée de la femme.
Ensuite liste pas aussi longues que chez Y. Moix. SD a une formation de
journaliste, elle sait s’arrêter. Ensuite ces listes sont presque faites pour
la lecture à voix haute, sinon on voit leur longueur.

- Couverture. Ni choisi, ni imposé.
L’éditeur fait souvent de jolis graphismes. Collaboration avec des canadiens.
SD a aussi imposé des bonus : on a l’impression qu’un livre est un bloc,
mais non : on écrit, on ajoute, on enlève. Besoin de temps et d’argent.

- Ecriture. Ecrit le matin. Pas la nuit.
Besoin que ce soit comme un travail. Pas de patron, travail solitaire pas de déplacement.
donc va en bibliothèque universitaire jusqu’à 13H. Retravaille en fin de
journée. N’arrive pas trop à travailler chez elle : tentation de se faire
un thé, de regarder internet. Difficile de se concentrer.

- Comment viennent les idées ? :
Ca dépend. Pour la condition pavillonnaire effort nécessaire. Cloisonnement du temps d’écriture par rapport au reste. Pour Quand le diable, c’était différent, les
idées venaient tout le temps. Après c’est comme tout, on a de l’inspiration
quand on travaille.

- Le titre, la présentation et l’idée du diable.
Idée cocasse, plus original qu’idée initiale ; Le chômage. Le
diable c’est la petite voix de la dévalorisation, la tentation de l’égoïsme et
de la vénalité, opposé au personnage de Bertrande qui est la générosité. Et
puis le diable a du charisme. Il crée une tension (histoire d’Hector et
Belinda).

- Faites-vous lire ce que vous écrivez au fur et à mesure ?
Au début SD avait besoin de faire lire souvent. Moins
maintenant. Lecture de l’éditrice et des proches. Important quand il y a une
forme d’épuisement. Une lecture extérieure sera plus objective, et verra
certaines choses qu’on ne voit plus. J’avais prévu une 4e partie
mais mes lecteurs m’ont dit qu’on comprenait mal, c’était compliqué et ça
déséquilibrait le livre, il était moins question du chômage. Mais après il a fallu
trouver une fin : l’idée fut de faire trouver du travail au personnage et
de la conduire à l’échec pour la laisser écrire… Il y a un intérêt à laisser
reposer un livre, c’est comme une pâte qui lève. En même temps l’esprit se
repose, sinon on ne voit plus rien. Ecrire prend du temps, mais ce n’est pas
que du temps d’écriture. Ca décante comme une boue. La condition pavillonnaire
était plus écrit, plus difficile, mais encore parfois envie de déplacer une
virgule.

- Edition. Entre la fin du manuscrit et la publication 6 mois s’écoulent. S’est vendu à 12000 exemplaires et va être traduit en plusieurs langues.

- Est-ce que vous pensez qu’être français est un frein au succès, surtout chez le jeune public ?
On ne fait pas de littérature pour gagner de l’argent. Ensuite il est vrai que c’est plus facile pour les auteurs anglophones de se faire traduire. Mais si les Français lisent de moins en moins il y a quand même une vie littéraire formidable, des
médiathèques, des librairies. Mais pour être traduit c’est plus difficile. SD essaie
de ne pas être trop prises par ces questions d’éditeur, dans la vie il ne faut
pas trop s’occuper de ce que pensent les autres… Les auteurs français ont une
tradition littéraire forte, un peu écrasante. On se demande « qu’est-ce
que je peux faire de plus ? » On écrit des livres de vieux ? Ou
on écrit des livres à succès volontairement idiots et on oublie les
questions littéraires ?

- les jeunes on apprécie des livres conçus pour être accessibles, pas que pour intellos, comme le vôtre.
Ce que vous dites me fait plaisir. La littérature c’est un truc sérieux mais c’est pas la messe.
Si on veut la messe on va à la messe. Le peintre Dubuffet, ne voulait pas être
peintre et ne supportait pas le côté artiste, affecté. Il voulait un art proche
des gens. Mais attention, l’art c’est quand même différent de la vie. On
connaît une évolution. Mon travail d’écrivain c’est de produire un livre avec
une valeur morale, esthétique. Comme
lecteur aussi on évolue, il y a des choses qu’on ne supporte plus, d’autres qu’on
n’arrivait pas à lire avant.

- Le numérique. Le livre numérique fait perdre
des intermédiaires, des objets, qui fournissent une structure à la lecture qui
permet le contact, la découverte. La découverte est liée à l’amitié. Mais de
temps en temps on arrive quand même à ne pas savoir quoi lire, et là…


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