Le Cercle rouge : Film policier de Jean Pierre Melville (1970) : Mardi 19 janvier - 19h à l’amphithéâtre

samedi 19 décembre 2015
par  Damien MERCADIE

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Le commissaire Mattei, de la brigade criminelle, voyage en train avec un dangereux détenu, Vogel. Ce dernier parvient à s’échapper après avoir brisé la vitre et s’évanouit dans la campagne, malgré la mise en place d’un important dispositif policier chargé de le traquer. Pendant ce temps, à Marseille, Corey sort de prison après cinq années de détention. Un gardien lui indique une « affaire » dont un prisonnier mourant lui aurait confié le secret.

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Melville au sommet de son art, dans l’une de ces œuvres qui donnèrent au polar français ses lettres de noblesse.

L’argument : Un truand marseillais, un détenu en cavale et un ancien policier mettent au point le hold-up du siècle. Le commissaire Mattéi, de la brigade criminelle, leur tend une souricière.

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Notre avis : Après sa reconstitution oppressante de l’Occupation dans l’Armée des ombres, Jean-Pierre Melville en revenait à ses premières amours, celui du film noir, le pur, le vrai, dans ce qui sera son avant-dernier long-métrage. Avant-dernier, et pour cause, puisque tout, dans Le Cercle rouge, renvoie l’écho d’une dernière fois, d’un ultime sursaut, de la fin d’un monde - le film aurait pu être titré Le dernier souffle, autre chef-d’œuvre du réalisateur français, sans que l’intrigue n’en souffre une seconde. Le cercle rouge scelle par ailleurs la première (et la seule) collaboration entre Melville et le comique Bourvil, atteint d’un cancer lors du tournage, qui faisait là son dernier piste devant la caméra. La rencontre inattendue entre les deux hommes, issus de facettes opposées du cinéma hexagonal, tenait pourtant de l’évidence au vu du résultat, et y est pour beaucoup dans l’aura mythique que dégage, aujourd’hui encore, Le cercle rouge. Comme la plupart des grands acteurs comiques, André Bourvil (Melville tint à réhabiliter son prénom sur les affiches du film) a aussi l’étoffe d’un parfait comédien dramatique, et assure sans faillir le rôle du commissaire Mattéi, gardien de la justice désabusé face aux hommes mais déterminé dans son enquête. La fausse bonhomie et la vraie mélancolie que Bourvil imprime au personnage lui donne une dimension tout à fait poignante, favorisée il est vrai par l’annonce du décès de l’acteur quelques mois seulement après le tournage, en septembre 1970. Et Melville de lui offrir le plus beau des cadeaux d’adieux, celui de multiples face-à-face avec de grands acteurs plus habitués du genre, dont la confrontation avait tout pour rentrer dans la légende : Delon taiseux et magnétique, Gian Maria Volonte intense, Paul Amiot grinçant et philosophe, Yves Montand magistral. Une sorte de casting rêvé pour les amoureux de polar.

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Si Melville délaisse l’époque de la guerre pour retourner dans le monde contemporain, Le cercle rouge n’en dégage pas moins un parfum intemporel : le réalisateur du Samouraï n’oublie jamais que les codes du film noir, avec ses héros fatigués et impuissants face au tourbillon de la fatalité, prennent profondément racine dans la tragédie. Plus que des hommes, les grands personnages de polar sont des figures quasiment allégoriques, exprimant la chute irrémédiable de l’humain, son désir de rédemption parfois puis sa course en avant, inconsciente, vers sa propre perte (voir à cet égard le très beau personnage interprété par Yves Montand, ancien flic bouffé par ses démons, qu’il apprendra à vaincre). La citation de Krishna ouvrant le film est en charge de nous le rappeler et s’accomplira sans surprise dans le dénouement-couperet. Le fameux ’’cercle rouge’’ annonçant le final revient d’ailleurs tout au long du métrage, disposé discrètement à quelques moments-clés, telle une image subliminale (une rose éclatante, une gomme écarlate appliquée au bout de la queue d’un jeu de billard, une boule rouge de ce même billard qui rebondit pour mieux souligner les ballotements de l’incertain), révélant un travail de la suggestion et de la mise en scène très sophistiqué, malgré l’apparente banalité de l’intrigue (une évasion, le casse d’une bijouterie, trois bandits coursés par un flic opiniâtre). Exercice de style revendiqué et parfaitement maîtrisé, Le cercle rouge prend son temps pour installer son atmosphère, là où d’autres auraient coupé une bonne heure de plus pour filmer la même histoire ; recette gagnante pourtant, puisque Melville orchestre de grands moments de cinéma, entre tension dramatique et dilatation angoissante des plans (la séquence du braquage, la poursuite dans les bois avec les chiens de police). Caméra jamais statique et toujours dynamique, mouvements virtuoses, le réalisateur déploie une science du cadrage dont beaucoup de réalisateurs se souviendront par la suite, qu’ils soient français (Olivier Marchal et son 36, quai des Orfèvres) ou non (Tarantino et John Woo n’ont jamais caché leur enthousiasme pour l’œuvre de Melville). Preuve que ce cinéma-là, malgré ses figures imposées et ses quarante ans d’âge, n’a décidément rien de poussiéreux.

http://www.avoir-alire.com/le-cercle-rouge-la-critique

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Bande annonce ci-dessous

https://www.youtube.com/watch?v=fAWnRWlhhRA