Aristote et la rationalité scientifique

vendredi 19 janvier 2007
par  Lydia COESSENS

ARISTOTE et LA RATIONALITE SCIENTIFIQUE

Aristote : 384-322 av. J.-C, disciple de Platon et fondateur d’une école philosophique : le Lycée, rivale de l’école de Platon, l’Académie.

Elève et disciple de Platon, fidèle à son maître, Aristote propose toutefois une critique sans concession de la théorie des Idées de Platon. Il déplore le dénigrement de l’expérience sensible. Certes, la science exige la rupture avec le domaine des opinions et des choses changeantes, mais, ne concevant pas les idées comme des réalités séparées du monde, il préfère installer la division à l’intérieur du monde visible lui-même. L’univers est subdivisé en deux régions : la région céleste ou supralunaire, qui connaît des mouvements réguliers et éternels, et la région sublunaire (située au-dessous de l’orbe de la lune), où se développent la génération et la corruption. La région céleste est donc à présent une réalité observable et sensible en même temps qu’intelligible. La découverte et la recherche de l’essence stable (ousia) à l’intérieur du monde lui-même permettent de comprendre le mouvement des choses et ce par rapport à quoi elles changent.

1. La science et la question du raisonnement démonstratif

C’est la transcendance extramondaine de l’Universel (ou de l’Idée) qu’Aristote critique dans le platonisme, mais non le rôle que joue celle-ci dans la théorie de la connaissance. Car, selon Aristote, la science se définit comme une connaissance vraie et infaillible. Elle n’a d’autre objet qu’un être qui ne peut cesser d’être, qui est nécessairement et ne peut être autrement. C’est pourquoi Aristote ne conçoit pas non plus que l’univers puisse se constituer par une simple collection de faits singuliers et contingents. Il ne peut trouver son fondement que dans l’essence (ousia) ou ce qui est par soi. C’est donc bien la recherche de la science comme connaissance vraie qui est la préoccupation majeure d’Aristote. Aussi sépare-t-il les différents savoirs humains en théorique ou théorétique, pratique et poétique, en opérant une classification des sciences à partir de leurs objets d’étude.
De l’étude des raisonnements
Il peut sembler étonnant de ne pas voir apparaître la logique dans cette division du savoir. C’est que le terme est inconnu d’Aristote, qui préfère parler des Analytiques pour désigner l’étude du raisonnement. Selon lui, la nécessité d’un être connu est obtenue par la démonstration qui consiste en un raisonnement, et le seul qui soit rigoureux s’appelle syllogisme . Il est démonstratif, c’est-à-dire vrai, s’il part de prémisses vraies et immédiates (il prend la forme suivante : tout f est g, x est f, donc x est g) ; dialectique, si les points de départ sont des prémisses probables qui s’imposent à tous, à la plupart ou aux sages (exemple : si la vertu est utile, le vice est nuisible). Le syllogisme dialectique diffère, enfin, du syllogisme éristique des sophistes. Ce dernier type de syllogisme consistait, en effet, à triompher de tout argument en rendant forte la thèse la plus faible sans aucun égard pour la vérité. Si cet art de combattre qu’on appelle « éristique » conduit à des raisonnements spécieux ou faux qui n’intéressent guère le philosophe, il peut être important, par contre, d’étudier les syllogismes dialectiques, comme le fait Aristote dans les Topiques. Comme les syllogismes démonstratifs, ils nous permettent d’accéder à la science. On peut soumettre, en effet, les opinions reçues à un examen critique et écarter celles qui ne sont pas recevables.

De l’analyse des discours à la question de la vérité
Il faut cependant mettre en évidence la structure commune de tous ces syllogismes, puisqu’il s’agit de discours dans lesquels, certaines choses étant posées, d’autres en découlent nécessairement. C’est pourquoi les Catégories et le traité De l’interprétation commencent par étudier les faits linguistiques et distinguent les choses avec liaison comme « l’homme court au lycée » des choses sans liaison comme « homme, court, lycée ». Ce que le philosophe tente de régler, dans son étude du discours, c’est le délicat problème de l’attribution grâce à une analyse de toutes les catégories ou prédicats . Aristote remarque que la catégorie de la substance joue ici un rôle décisif, car elle est le substrat présupposé par toutes les autres. Ainsi, la substance « Socrate » est individuelle, n’a ni contraire, ni degrés. Elle est le support de toutes les qualifications, en même temps qu’elle est apte à recevoir tous les contraires ou tous les accidents. On peut poursuivre l’analyse en étudiant toutes les variétés possibles des propositions, qui peuvent être universelles ou singulières, affirmatives ou négatives, contradictoires ou contraires.
Ce travail permet de mettre en place dans les Premiers Analytiques une logique de la cohérence à partir du syllogisme démonstratif. Aristote voyait dans cette forme de syllogisme le procédé par excellente de la science, qui, en possession des principes, arrive à une conclusion certaine. Dans les Seconds Analytiques, il analyse les caractères spécifiques de la démonstration et établit que ses prémisses doivent être vraies, plus intelligibles que la conclusion. Aristote passe ici d’une logique de la cohérence à une logique de la vérité. Il découvre sans doute le point de départ de futures sciences, qui deviendront pour la pensée des modèles de rigueur, comme la géométrie d’Euclide.

2. Le cosmos aristotélicien

Une fois les conditions de la démonstration établies, il devient possible d’envisager l’étude scientifique des corps naturels qui ont en eux une source de mouvement et de repos : c’est l’objet de la physique. Or le monde que nous observons, s’il forme bien une unité close et finie, est divis » en deux régions séparées : la terre et les cieux. Entre les deux, l’orbe de la lune fait frontière. Il faut donc concevoir, d’une part, un monde supralunaire (celui des astres enchâssés dans des sphères et dont les mouvements sont parfaits parce qu’ils sont circulaires) et, d’autre part, un monde sublunaire, le nôtre, entièrement contingent, où règnent toutes les variétés de mouvement comme la génération et la corruption, l’augmentation ou la diminution, l’altération, ou encore la translation. C’est cette dernière région qui est l’objet privilégié de la physique aristotélicienne.
En somme, le cosmos aristotélicien n’est pas une collection, mais un principe d’ordre, en vertu duquel l’ensemble des réalités terrestres et célestes forme une totalité organisée. Mais cela ne signifie pas que l’univers soit homogène et qu’une approche en termes d’espace géométrique soit possible. Car, pour Aristote, la physique du ciel est trop différente de la physique terrestre. Le ciel est en effet peuplé d’être immatériels et divins, la terre de corps graves (pesants). Comme, dans le cosmos, tous les êtres se distribuent de façon organisée et déterminée et comme chaque chose possède un lieu naturel ou propre, on verra tous les corps graves rejoindre leur lieu naturel, la terre, tandis que les corps légers s’élèvent naturellement vers le ciel, à l’exemple de la flamme du feu.


cet article est inachevé, il faudra avoir un peu de patience, la rédactrice étant vite dépassée...
En document joint, la théorie des quatre causes, le mouvement téléologique (explication de ce qui est et du vivant en particulier)


Navigation

Articles de la rubrique

Sites favoris


20 sites référencés dans ce secteur