Deux semaines dans un lycée écossais

vendredi 1er mai 2015
par  Yann KINDO

Grâce à une bourse du CIEP (Centre International d’Etudes Pédagogiques), j’ai pu passer deux semaines en immersion dans un lycée d’Ecosse. Voici un compte rendu de ce séjour.

Le système scolaire écossais et la question des examens

L’éducation est un des attributs confiés au Parlement écossais par le processus de « devolution » entamé en 1998. Le système scolaire écossais a donc un fonctionnement indépendant de celui de l’Angleterre, même si il est évidemment fortement marqué par la culture scolaire britannique.
L’organisation du système scolaire est complexe, notamment en ce qui concerne les examens. Cet état de fait est source de plaisanteries récurrentes avec les collègues écossais, qui, lorsque je faisais des recherches sur le sujet me demandaient avec le sourire de ne pas hésiter à le leur expliquer ! Cela est tout particulièrement vrai en ce qui concerne la réforme des examens qui entre dans sa deuxième année d’application.

Pendant 5 ans, de 7 à 12 ans, les enfants sont à l’école primaire, puis autour de 12 ans ils intègrent l’école secondaire, dont le fonctionnement est résumé ainsi sur la page Wikipédia consacrée au « Système éducatif écossais » :
«  Les quatre premières années du secondaire sont obligatoires, les deux années suivantes sont optionnelles. En Écosse, les élèves passent un examen à l’âge de quinze ou seize ans. Il peut s’agir d’un examen élémentaire, pour ceux qui quittent l’école à seize ans, ou bien intermédiaire. Les examens comportent en général huit épreuves, dont certaines obligatoires en anglais, mathématiques, dans une matière scientifique (physique, biologie ou chimie) et une matière en sciences humaines (géographie, histoire ou études modernes - matière spécifique à l’Écosse, à mi-chemin entre l’histoire récente et l’éducation civique). Deux heures hebdomadaires de sport sont désormais obligatoires. Les élèves quittent généralement l’école vers l’âge de seize ans, après l’examen élémentaire, ou bien peuvent choisir de continuer un ou deux ans pour passer des examens plus avancés qui s’appellent ’highers’ (correspondant grossièrement au baccalauréat en France).  »

On distingue donc :
-  l’enseignement secondaire inférieur (Lower Secondary Education) pour les enfants de 12 à 16 ans. Ce sont les classes de S1, S2, S3 et S4.
-  l’enseignement secondaire supérieur (Upper Secondary Education) pour les élèves de 16 à 18 ans.Ce sont les classes de S5 et S6.

Une réforme intitulée Curriculum for Excellence (CfE) s’applique depuis la rentrée 2014-2015. Elle repose sur une réorganisation des diplômes nationaux et une souplesse accrue dans la manière dont les écoles peuvent préparer et inscrire leurs élèves à ces examens. Désormais, les examens sanctionnent les niveaux suivants, par ordre croissant de difficulté : National 1, National 2, National 3, National 4, National 5 , Higher et Advanced Higher.
Ce qui rend la tâche des collègues parfois compliquée, c’est qu’à l’intérieur d’un même groupe-classe des élèves qui suivent le même cours peuvent préparer des examens nationaux de niveaux différents, même si ce n’est pas forcément fréquent. Les élèves décident en collaboration avec leur professeur principal à quel niveau d’examen terminal ils s’inscrivent, en sachant que l’habitude est de viser plutôt celui dans lequel on est à l’aise plutôt que le niveau supérieur. Lors de l’inscription à l’université, les élèves doivent présenter des résultats conformes aux attentes de l’université à laquelle ils aspirent. Par exemple, une université prestigieuse recrutera des élèves de niveau Advanced Higher avec tel ou tel nombre de notes de niveau « A » exigé parmi les résultats.
Tous les examens ont lieu en mai. En juin, pour un mois, les élèves commencent l’année supérieure, puis ce sont les vacances d’été et ensuite reprennent l’année supérieure après les vacances (la rentrée est mi août). La période où j’étais dans l’établissement, la deuxième moitié du mois d’avril, avait donc déjà des airs de « fin d’année » par bien des aspects. Pour les classes correspondant au lycée, beaucoup de cours étaient des cours de révision, ou des cours consacrés à la méthode de réponse aux questions d’examen. J’ai pu aussi assister à la journée de fête des S6 (Terminales), pour leur dernier jour de présence à l‘école avant le début des examens le lendemain. Dans certaines des « Assembly » [sorte d’heure de vie de classe avec toutes les classes d’un même niveau], il était aussi question de la préparation de la « Prom », la fête de fin d’année (qui sera peut-être pour certains garçons l’occasion d’arborer le kilt, un vêtement porté essentiellement lors de moments particuliers). A partir du jeudi 30 avril, les élèves de S4, S5 et S6 n’étaient plus en cours, car ils passaient leurs examens de fin d’année.

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Pour l’histoire et la géographie, les examens terminaux sont sensiblement différents de nos épreuves françaises. Il n’y a pas deux exercices longs de type composition/commentaire de documents/croquis, mais un dossier à compléter avec plus de petits exercices. Ces exercices sont présentés dans un dossier à compléter. Ainsi, pour le niveau national 5, il faut compléter le dossier en 1h45 pour un maximum de 60 points possibles. Les exercices sont présentés selon des archétypes que l’on retrouve systématiquement et évaluent chacun un type spécifique de compétence : « décrire », « comparer », etc. Le barème est lui aussi systématique. Par exemple les questions d’examen de type « Compare », consistant à comparer deux sources, doivent être traitées en à peu près 7 mn, sont toujours sur 4 points, ne nécessitent pas de connaissances pour être traitées, et l’on cherche systématiquement des « accords et désaccords » entre les deux sources. On donne toujours un point pour simplement dire quel est le sujet précis de l’accord ou du désaccord, et ensuite 2 points pour développer la comparaison avec des références précises aux sources. Par contre, les questions de type « describe » reposent uniquement sur des connaissances factuelles que l’élève doit présenter. Pour l’histoire-géographie, ces examens de National 5 rappellent donc un peu l’épreuve de bac des séries technologiques, même si cela reste très différent.

Dans tous les cas, il n’est jamais attendu des élèves qu’ils élaborent un plan autour d’une problématique, et la « dissertation » (ou désormais « composition ») n’est pas de mise ici. En histoire, les niveaux Higher et Advanced Higher mettent en jeu des compétences de rédaction plus développées, autour de ce que l’on appelle des « extended essays ». Les élèves concernés ont ainsi une épreuve en deux parties :
-  la première partie dure 1h20 et les élèves doivent produire deux extended essays  : l’un sur l’histoire britannique et un autre sur l’histoire mondiale ou européenne. Pour chacune de ces catégories, ils ont une liste de questions organisées selon les thèmes proposés par le programme, et ils doivent en choisir une correspondant à une partie du programme que leur enseignant a choisi de traiter. Si les élèves doivent là élaborer un plan avec introduction/ développement en plusieurs parties/conclusion, ils n’ont pas à construire de problématique, qui leur est donnée par la question. En voici quelques exemples : « How important were religious issues in causing the Revolution of 1688 to 1689 ? » ; “ “Britain was still far from being a democratic country by 1928”. How valid is this view ?” ; “To what extent did revolution break out in France in 1789 as a result of the economic crisis of 1788 to 1789 ?” ; “How important was the role of Gorbatchev in ending the Cold War ?”

-  la deuxième partie dure 1h25 et consiste en une étude de documents toujours organisée autour de 5 textes [il n’y a pas d’autres type de documents à l’examen, ce que j’ai trouvé plutôt appauvrissant par rapport aux compétences requises dans la discipline], et une grille de 4 questions oriente l’analyse des documents. Là non plus, les élèves n’ont donc pas à élaborer cette analyse autour d’un plan et d’une problématique qu’ils doivent construire eux-mêmes, les questions les guident et sont très restrictives/formatées.

Au final, les programmes sont moins lourds qu’en France : les enseignants ne choisissent que quelques thèmes (trois me semble-t-il) dans la liste de ceux proposés par le programme, et il n’y a donc pas de course de vitesse pour essayer de boucler le programme afin d’être sûr que les élèves ne tombent pas à l’examen sur un thème qu’ils n’ont pas étudié. D’ailleurs, la tendance est ici, surtout pour le niveau national 5, à plutôt évaluer tous les thèmes vus en cours au lieu d’avoir une épreuve sur un thème alors que les élèves en ont révisé plus d’une dizaine. L’examen propose des questions sur tous les aspects du programme, mais les élèves choisissent en fonction de ce qu’ils ont étudié en cours. Ma perception est forcément impressionniste, mais lorsque j’ai assisté à un cour de S5 visant à faire réviser les notions vues sur le nazisme, j’ai été plutôt impressionné par la profondeur des connaissances des élèves sur le sujet – le prix à payer en étant évidemment d’avoir étudié moins de thèmes que nous ne le faisons en France.

John Ogilvie School

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John Ogilvie High School doit désormais être appelé plutôt “Saint John Ogilvie », suite à une promotion récente de la figure tutélaire dans le nom du lycée. Cet établissement qui m’a accueilli est du point de vue français à la fois un collège et un lycée, et enseigne à un millier d’élèves. Voici son site Internet :
http://www.johnogilvie.s-lanark.sch.uk/

Il s’agit d’une des écoles publiques catholiques dont le statut remonte à une loi sur l’éducation de 1918. Ces écoles sont administrées par le ministère de l’éducation nationale écossais au même titre que les écoles publiques « laïques », mais les professeurs de religion qui y officient relèvent de l’Eglise catholique écossaise, qui les nomme. Un crucifix - représentation assez explicite d’un homme à demi-nu torturé sur une croix - est présent dans toutes les salles de classe, et il y a des prières organisées sur certaines périodes de la journée, au début des Assembly.

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Le catholicisme n’est pourtant pas un critère de recrutement ni des élèves ni des enseignants. Une des enseignantes porte ainsi le voile islamique dans l’école, ce qui est tout à fait habituel dans toutes les écoles en Grande-Bretagne, où la conception du sécularisme est très différente de la laïcité française. Lors de mes recherches d’un établissement d’accueil, j’ai pu constater que l’on promeut au contraire sur les sites internet des écoles des photos d’élèves voilées, afin de montrer que l’on accepte la diversité.

L’école Saint John Ogilvie est située dans la ville de Hamilton, dans le South Lanarkshire, à 20 km au sud-est de Glasgow.

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Chaque aile du bâtiment est spécifiquement consacrée à un ou deux départements (langues étrangères ; maths ; sciences sociales, etc.).
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Il n’y a pas une salle des professeurs, mais il y a pour chaque département une salle où les enseignants se retrouvent pour manger et faire leur travail individuel ou commun. Ils tendent à regretter cette situation et préfèreraient pouvoir être plus en contact avec leurs collègues des autres départements, surtout dans un contexte où il leur est demandé à eux aussi de travailler avec une logique d’ « interdisciplinarité ».

Les élèves doivent porter un uniforme avec un blouson vert.
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D’après leurs questions et la jalousie exprimée par rapport à la liberté vestimentaire dont jouissent les élèves français, ils semblent ne pas apprécier du tout cette obligation – qui existe dans une partie des établissements écossais et britanniques, mais pas dans tous. Ceci dit, de nombreux élèves « trichent » un peu avec l’uniforme, portent par-dessus l’uniforme des vestes plus typées « rock », certains ont des piercings « tribaux » dans oreilles et dans le nez, et beaucoup de filles sont maquillées ou portent des jupes sans doute plus courtes que ne le veut la tradition catholique. Certains portent des badges parfois franchement politiques sur leur uniforme. Par contre, ce qu’il est strictement interdit d’arborer dans l’école – ou même dans certains bars de Glasgow - , ce sont… les couleurs de son équipe de foot favorite, parce que cela est source de conflits violents, principalement entre supporters du Celtic Glasgow (dans les milieux catholiques) et ceux des Glasgow Rangers (dans les milieux protestants).

Le recrutement de l’école se fait dans un milieu très populaire : John Ogilvie a un taux particulièrement élevé d’élèves bénéficiant d’une aide alimentaire(le 2e pour la zone du South Lanarkshire). Les familles n’achètent pas les manuels scolaires, ceux-ci appartiennent à l’école et sont distribués en début d’heure quand ils sont utilisés, puis récupérés en fin d’heure. Ils sont parfois un peu datés (ex : un manuel de géographie qui date de 2000), et parfois il n’y a pas assez de manuels pour en avoir un par personne. Mais d’autres sont très récents et en nombre suffisant. Les élèves repartent parfois avec des photocopies de passages du manuel. En début d’heure, il est aussi très fréquent de voir les enseignants distribuer aux élèves du matériel qu’ils n’ont pas apporté : stylos, règles et même cahier pour prendre des notes. Il s’agit clairement d’une politique d’adaptation au fait qu’une fraction importante des élèves n’apportent pas leur matériel, voire que les familles ne l’achètent pas.

Par contre, le bâtiment est en parfait état, sans aucun graffiti nulle part, et les salles de musique sont richement dotées en instruments, avec des basses, guitares, claviers, xylophones et une batterie (voir mon coup de coeur plus bas), alors que toutes les salles de cours sont équipées avec ordinateur et vidéoprojecteur.

Les cours sont fréquemment interrompus, soit par quelqu’un qui vient faire passer un message, soit directement par le téléphone (il y en a un dans chaque classe, là aussi pour faire passer des messages ou savoir si tel ou tel élève est dans la classe).
Le nombre d’élève par classe est souvent bien meilleur qu’en France, où l’on est habitué aux 35 élèves en cours de Secondes. J’ai pu constater qu’ici le nombre d’élève est très variable, en fonction des niveaux et en fonction des cours. Par exemple, il y a une dizaine d’élèves dans les cours de français de niveau « lycée ». J’ai cru comprendre que les effectifs les plus lourds sont dans les classes des élèves les plus jeunes, et le plus grand nombre d’élèves que j’ai vus dans une même salle était de 28/29, sur les niveaux S2/S3. La plupart du temps, il y une vingtaine d’élèves par classe, et de toutes façons aucune salle ne peut en accueillir plus de 30.

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Les rythmes scolaires et l’organisation de la scolarité de l’élève

Dans chaque école, le rythme scolaire est décidé par le directeur, en consultation avec les enseignants.
Il y a 3 trimestres par année scolaire, qui se déroule de la 3e semaine d’août à début juillet.
Les cours se déroulent sur 5 jours, avec une durée de 5h30 par jour et 27h30 par semaine.
Il y a une semaine de congés en octobre, 2 semaines en décembre/janvier, et 2 semaines en mars/avril.

A John Ogilvie High School, les cours durent 50 mn. Le 1er cours commence à 8h50. Il y a deux périodes de cours de suite, une période de 20 mn de tutoring (comparable à notre « vie de classe »), une récréation de 15 mn, deux périodes de cours, un break de 45 mn pour le repas, puis deux dernières périodes de cours. Les mardis et jeudis, la journée est plus longue : la période 3, celle du tutoring, est une pleine période de cours de 50 mn, ce qui décale tous les horaires.
Les élèves ont donc au total sur la journée 6 périodes de cours de 50 mn chacune, même si, en réalité, dans la plupart des cours, les élèves arrivent souvent un peu en retard et ont par contre rangé leurs affaires avant la sonnerie. Le temps réel de cours est donc de 45 mn maximum.

Si l’année de S1 est entièrement commune, sans aucun choix des matières, dès la deuxième année au « collège » les élèves commencent à choisir une partie de leurs cours en fonction de leurs préférences. Par exemple, en S1, ils ont un cours de « sciences » (pour 4 périodes par semaine) qui inclue la chimie, la physique et la biologie. Ensuite, en S2 ils doivent choisir au moins une de ces trois disciplines scientifiques - pour 2 périodes de cours par matière - mais ils peuvent choisir les 3 si ils le souhaitent. On peut se former sur une matière dans un cycle et atteindre un certain niveau, et ensuite choisir une nouvelle matière que l’on découvre, mais la logique générale est que l’on a un grand nombre de matières au début du secondaire et moins à la fin. Il y a donc une logique de spécialisation, qui est plus précoce qu’en France, du fait des choix opérés dès la S2, mais qui en même temps d’une certain manière est moins accentuée puisque les élèves ne choisissent pas par la suite une filière qui a sa cohérence globale, mais un panel de matières en fonction de leurs goûts et de leurs projets.

Comme aux Etats-Unis, les notes sont fondées sur des pourcentages de réussite. Par exemple, la meilleure élève a eu « 96% » de réussite au contrôle de sciences dont j’ai vu la correction. Sur le bulletin, les plus jeunes n’ont pas de note mais une catégorie, qui donne une idée générale de leurs performances : « Secure » pour ceux qui ont eu moyenne plus de 75%, de réussite, « consolidating » pour ceux qui sont entre 50 et 75%, et « developing  » pour ceux qui sont en difficultés, à moins de 50%.
Quand ils avancent en âge, on passe à un système de notes de A à F, qui est couplé à une évaluation donnée aux élèves sur une échelle de 1 (la meilleure note) à 9 (la plus basse).

Il n’y a plus de système de redoublement en Ecosse depuis de nombreuses années. Un élève passe automatiquement au niveau supérieur, mais il peut y préparer des examens de niveaux différents. Certains élèves peuvent dans une discipline avoir atteint dès l’année de S5 le niveau d’examen le plus élevé proposé par l’école, et ils travaillent alors une matière supplémentaire dans leur dernière année en S6. La norme est d’avoir atteint le niveau « national 4 » ou « national 5 » à la fin de S4 [c’est en gros le GCSE des anglais] , et ceux qui poursuivent pour la deuxième étape du cycle secondaire visent alors le niveau « Higher  » ou « Advanced Higher » [l’équivalent du A Level Anglais ou du bac français] dans les disciplines qu’ils poursuivent.

J’ai trouvé plusieurs avantages à ce système :
-  les élèves valident leurs compétences matière par matière : il n’y a pas de moyenne générale aux examens qui masqueraient des performances insuffisantes dans certaines disciplines par de très bonnes réussites dans d’autres.
-  il y a des examens terminaux réguliers (en S4, S5 et S6) pour valider par étape une progression, et pas une sorte de test ultime et extrêmement lourd du bac, qui a des allures de quitte ou double en toute fin de parcours.
-  Il y a une certaine souplesse dans les parcours avec à la fois un tronc commun (dans les disciplines fondamentales obligatoires) et une possibilité de choix en fonction des goûts.

L’organisation de l’école et le statut de l’enseignant

Les enseignants sont recrutés pas le directeur de l’école, qui gère 80% du budget de celle-ci. Les enseignants doivent 33 heures de présence dans l’établissement, sur lesquelles il y en a 6 réservées pour leur travail personnel, ce qui veut dire qu’ils peuvent enseigner jusqu’à 27 périodes par semaine !!!! Du point de vue d’un enseignant français, je ne comprends pas comment, sauf à travailler plus de 50 heures par semaine toutes les semaines y compris pendant les vacances, on peut correctement préparer ses cours et faire son travail de corrections avec autant d’heures de cours à assurer. C’est mathématique : nos collègues écossais ont clairement moins de possibilités que nous de préparer des cours qui soient personnels, renouvelés et approfondis.

Il peut arriver, en fonction des contraintes d’emploi du temps propres au système écossais, qu’une classe ait deux enseignants différents dans la même matière. Par exemple des S2 ont deux heures de Modern Studies par semaine, et l’une de ces heures est assurée par un enseignant ….et l’autre heure par un autre enseignant ! Dans ce cas, pour conserver une cohérence pédagogique et pour tout simplement remplir les bulletins, les deux enseignants doivent forcément se concerter… ce qui alourdit encore leur charge de travail.

Lorsqu’un enseignant est absent, il n’y a pas vraiment de vie scolaire qui s’occupe des élèves, l’enseignant est remplacé par un autre collègue qui fait ce qu’il peut avec les élèves. La collègue de français qui organisait mon séjour étant tombée malade, je l’ai par exemple remplacée sur certains créneaux pendant 3 jours (avec la présence d’un autre adulte dans la classe pour surveiller celle-ci). Je ne crois pas que la langue française y ait vraiment gagné…

La bivalence est possible pour les enseignants, même si elle n’est pas la règle. Personne n’est ici à la fois professeur d’histoire et de géographie, deux disciplines qui sont beaucoup plus éloignées l’une de l’autre qu’en France. Par contre, j’ai été surpris de voir que les professeurs de langues modernes enseignent souvent deux langues différentes – par exemple « français » et « espagnol ». Pour enseigner deux matières, il faut d’abord faire valider par des diplômes ses compétences dans les deux disciplines, et cela semble offrir un atout supplémentaire pour être recruté par telle ou telle école dans laquelle on souhaite enseigner.

Il y a des sortes d’ « assistants d’éducation » dans l’école, qui peuvent surveiller les élèves à la bibliothèque en l’absence du bibliothécaire, mais qui peuvent aussi être présents dans certains cours pour assister l’enseignant (dans les classes les plus nombreuses ou les plus difficiles)

Il n’y a pas d’interface informatique entre l’élève et la famille, du type Cahier de texte en ligne ou Sconet. Par contre, l’école utilise le logiciel « Click and go », qui permet au personnel de suivre les élèves. Les enseignants remplissent les absences en ligne pendant leur cours, peuvent signaler par ce biais les élèves en retard, peuvent accéder à la fiche de l’élève avec son emploi du temps pour pouvoir aller le rencontrer, ou peuvent encore pour chaque élève à chaque heure donner des indications à son sujet (ex : cocher la case « a bien participé en cours aujourd’hui).
Trois fois par semaine, les élèves ont « tutoring », qui correspond à notre vie de classe. On peut y signer une carte pour un élève malade, annoncer des changements de salle, faire passer des infos spécifiques à certains élèves, et le professeur principal collecte et vérifie les justificatifs écrits des absences. Pendant ces périodes, les enseignants font donc une partie du travail qui est fait par la vie scolaire en France.

Il n’existe pas en Ecosse de corps d’inspecteurs pédagogiques comme en France. Les enseignants sont évalués pendant leurs deux premières années d’activité, en vue d’une titularisation. Une fois celle-ci obtenue, leur progression dans la carrière n’est pas liée à des contrôles par une hiérarchie pédagogique . Le chef d’établissement a le droit d’assister à des cours pour contrôler le travail des enseignants, mais c’est une pratique semble-t-il peu répandue, notamment parce qu’il a d’autres tâches qui l’occupent par ailleurs. Les enseignants sont toutefois soumis à des stages de formation continue obligatoires plusieurs fois au long de leur carrière.
Par contre, si les enseignants ne sont pas évalués/contrôlés individuellement, les écoles le sont, par Education Scotland, qui est l’équivalent du Ofsted anglais. Cet organisme produit des audits des établissements, destinés à informer (et rassurer, sans doute) les parents sur la qualité de l’éducation donné dans telle ou telle école.

Voici par exemple pour John Olgivie High School le rapport général de 2013 :
http://www.educationscotland.gov.uk/Images/JohnOgilvieHSIns230413_tcm4-755016.pdf

Celui-ci se fonde largement sur des sortes d’« enquêtes de satisfaction » réalisées auprès des parents, des élèves, des enseignants et du personnel non enseignant, ainsi que sur les résultats aux examens nationaux (avec des tableaux qui comparent l’école aux résultats nationaux, mais aussi à la moyenne des écoles de caractéristiques comparables en termes de recrutement et de niveau social des familles). Les données brutes sont disponibles ici :
http://www.educationscotland.gov.uk/Images/JohnOgilvieHSAIE230413_tcm4-755017.pdf

Mon coup de cœur : les cours de musique.

Un jour où je m’étais perdu dans les couloirs, je suis passé par hasard devant l’une des salles de musique dont la porte était ouverte, et j’ai été immédiatement impressionné par la quantité d’instrument mis à disposition des élèves, et notamment par les rangées de basses et de guitares.
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Du coup, j’ai demandé à assister à des cours de musique, pour voir comment ils déroulent, et j’ai été épaté. Loin de se cantonner à chanter en chœur des chansons pénibles (ce sont mes souvenirs des cours de musique au collège, désolé), les élèves étudient réellement la musique, et mieux, la pratiquent, puisqu’ils ont de nombreux instruments à disposition. Cet équipement en instrument n’est pas exceptionnel, et c’est même la norme en Ecosse selon les collègues de musique. Voilà qui fait rêver…

Dans ce premier cours, les élèves ont chacun travaillé leur partition sur un instrument, en variant éventuellement le choix de celui-ci par rapport aux cours précédents, avant de jouer l’extrait tous ensemble avec l’enseignante, qui enregistrait la prestation.
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Dans cet autre cours, les élèves travaillaient plutôt individuellement un extrait en vue de leur examen terminal. Pendant que les uns découvraient le mixage sur un logiciel informatique, d’autres pratiquaient la guitare, la batterie ou le chant, dans des registres allant du baroque ancien au rock plus récent. Que du bonheur…
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Un grand merci pour finir à Jennifer Christie, la collègue qui a organisé mon séjour dans l’établissement, et aux collègues des départements de Modern Languages et de Social Sciences qui m’ont accueilli dans leur classe et leur salle des profs.

Yann Kindo


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