Expliquer et commenter un texte philosophique

samedi 13 janvier 2007
par  Lydia COESSENS

En terminale, on vous demande d’expliquer un texte, mais vous pouvez aussi apporter des éléments de commentaire afin d’approfondir vos analyses

MÉTHODOLOGIE DE L’EXPLICATION DE TEXTE

L’explication cherche à savoir ce qu’un auteur a vraiment dit
Le commentaire est une interrogation armée (de références notamment) sur ce qu’il a dit de “vrai”.

Dans une explication, il ne s’agit pas de paraphraser, i.e de répéter autrement (souvent plus mal) ce que l’auteur a énoncé. La paraphrase est anti-philosophique parce qu’elle recouvre le texte au lieu de le dégager, rabote ses aspérités au lieu de les mettre en relief, ignore ce qu’il présuppose, gomme les articulations au lieu de les exhiber.
Il ne s’agit pas non plus de faire un mot à mot pointilliste : certes, il faut se soucier des mots, des tournures, des signes pertinents qui constituent le sens. Mais il ne s’agit pas d’isoler chaque terme de son contexte et l’expliquer pour lui-même : un terme doit être expliqué en se souciant du réseau qui seul lui donne sens.

Le principe de l’explication : énoncer ce qu’il y a dans un texte donné. Il s’agit de déplier ce qui est exposé, présupposé, impliqué ou passé sous silence par un auteur précis, dans un lieu bien circonscrit ; donc, à la différence de la paraphrase qui se contente de broder sur ce qui apparaît, il s’agit de dégager ce qui est enveloppé, de mettre en relief les expressions les plus chargées de sens, de faire ressortir tout ce qui est présent en creux, de classer les éléments selon leur importance pour le mouvement de la pensée et non selon la place qu’ils occupent physiquement, de détailler les argumentations généralement implicites, ou rapidement signalées par des termes de liaison, afin de produire une argumentation rationnelle.

Donc, pendant la préparation de l’explication :
· Dégager le thème (ce dont traite le texte) et la thèse (ce que soutient l’auteur) afin d’élaborer une problématique dont on signale les enjeux.
· Identifier le mouvement général du texte, ses moments particuliers, ses articulations afin de reconstruire son argumentation.
· Tout en progressant, analyser et faire fonctionner les notions philosophiques directement indiquées par les concepts, ou sous-entendues ou impliquées.
· Statuer sur le discours tenu afin d’en apprécier la nature et la portée.

L’essentiel est de mettre en évidence le sens : on doit partir du principe que le texte a un sens. Si ce dernier n’apparaît pas (qu’il s’agisse de l’ensemble ou de certaines parties), il existe néanmoins. Les difficultés du texte ont leur solution dans le texte : lire, relier, scruter le texte d’un bout à l’autre ; cela implique de lire le texte le stylo à la main (sauf sur un ouvrage) : souligner les termes, inscrire en marge les notions concordantes ; utiliser des barres de séparation logique pour la structure.
A mesure que l’on avance, il faut s’interroger sans cesse sur les questions, les enjeux, les mouvements, les articulations, la progression de l’argumentation, ainsi que sur les présupposés et les implications.
Il ne faut pas pour autant perdre les détails de vue : tout doit être examiné : les exemples, les tournures, les personnages mis en scène, les termes articulatoires, les signes typographiques (point d’interrogation...). Parvenu au point final, on revient au départ, en se posant toujours les mêmes questions, en ébauchant des réponses.
Après, on peut dégager le plan (une fois les articulations repérées) : il s’agit de constituer les parties à partir des grands moments de la pensée de l’auteur. Comme pour la dissertation, il n’y a pas de plan type. Le plan est simplement la forme que prend une pensée précise poursuivant un objectif précis. Les parties de ce plan doivent être constituées à partir des grands moments de la pensée de l’auteur.
Pour hiérarchiser les moments, il suffit de se demander ce qui est logiquement premier ou second, initial ou dérivé. On distingue alors plusieurs étapes qu’il faut classer selon leur importance. Comme le plan est la forme du texte, il ne faut pas bousculer cette forme. La structure du texte commande également l’équilibre quantitatif de l’explication. Il ne faut pas se laisser abuser par l’apparence des masses, car la densité d’un texte peut être très inégale. Par exemple, il arrive qu’une partie, gorgée d’exemples, soit trois fois plus importante en volume qu’une autre partie, réduite à une simple phrase.
Il faut prendre garde à ne pas laisser la vigilance s’endormir au fur et à mesure que l’on progresse dans le texte, ce qui conduit souvent à négliger les dernières lignes, qui peuvent être décisives. (Surtout en temps limité : planifier le temps)

Introduction : impossible à composer, sans avoir résolu, au moins en partie, les problèmes posés par le texte : elle vient donc en dernier lieu dans l’ordre de « fabrication ». Elle doit comporter :
1. Le thème ou l’objet du texte (le thème doit correspondre à la totalité du texte) : une phrase suffit.
2. La thèse de l’auteur dans ce texte, i.e ce qu’il énonce à propos de son objet : la thèse est la position philosophique adoptée par l’auteur au sujet du problème général énoncé dans le thème ; son énonciation doit permettre d’identifier clairement la spécificité, voire l’originalité de la thèse soutenue. Là encore, on écrira une formule lapidaire à laquelle on donnera de préférence une forme interrogative afin d’attiser l’intérêt et de jouer vraiment le jeu du questionnement.
3. Les enjeux du texte (qu’est-ce qu’un tel discours met en jeu ?) : doivent permettre d’évaluer la thèse philosophique quant à sa porté et ses conséquences pour le thème général. Il importe avant tout de faire comprendre le prix à payer pour la solution théorique, ce qu’elle exclut, ce qu’elle renforce, en soulignant au passage l’intérêt de la voie adoptée par l’auteur. Cet exposé doit être bref : ceci étant énoncé, qu’en reste-il pour cela ? Quels sont les risques, les gains, les pertes, dans tel domaine, à cause de tel énoncé ou de telle position ?
4. Les mouvements du texte, i.e les différents moments de la pensée de l’auteur, reliés rationnellement par des articulations bien précises, afin de dégager la structure de l’argumentation. Évitez la rhétorique formaliste : « dans la première partie... », parlez plutôt de moments auxquels vous donnerez un titre (bref), si possible formulé sous forme interrogative. Ne pas donner les réponses mais attendre la conclusion pour le faire !!!

Explication : moment par moment : après une indication du titre de la partie sur laquelle on travaille, il faut :
1. Relever les termes importants et en tirer les notions philosophiques que l’on doit analyser avec soin, compte tenu du contexte. Quand il y a des notions sous-jacentes, auxquelles aucun mot ne correspond, il faut les faire surgir par déduction et les analyser. Pour chaque notion relevée, il faut s’élever au mouvement plus général de la pensée afin de faire apparaître sa fonction.
2. Relever les problèmes et les questions que l’on rencontre, ou qui se déduisent par implication, dans un style interrogatif, pour faire avancer la recherche.
3. Dégager les articulations et les développer, ce que l’auteur ne fait généralement pas, ou de manière très allusive. Les termes articulatoires (si ; alors, donc,..)doivent être considérés avec soin.
4. Expliciter, pour introduire chaque nouveau moment, la question sous-jacente aux idées qui vont être développées et qui doivent être appréhendées comme une réponse à une question non formulée (généralement) par le texte. Tout ceci permet de faire apparaître l’articulation de l’auteur.
5. Expliquer les exemples quand il y en a.

Conclusion  :
1. Reprendre succinctement les questions essentielles et y répondre, s’il y a une réponse dans le texte.
2. Statuer sur le débat en restant dans le cadre du texte, clore la discussion, le débat.
3. Rester mesuré et modéré : ne pas prendre l’humanité et les dieux à témoin, en ponctuant ses grandes sentences creuses de ces termes en « -isme » dont on croit, à tort, qu’ils donnent de la consistance au propos.

Tout ceci doit être lié au commentaire qui consiste à exposer ce qu’un auteur a vraiment dit dans un texte précis mais aussi à entamer un dialogue avec lui afin d’apprécier son rôle dans la pensée philosophique de l’auteur et dans la pensée en général. (par exemple un problème est inauguré : expliquer ce qui permet à votre auteur de le découvrir ; comment il résout le problème et ce qu’en penseront les successeurs. On peut rendre compte de l’originalité d’une thèse, de sa fécondité...) Il s’agit de montrer que le texte donne à penser, à réfléchir. Il est normal qu’un tel dispositif débouche sur une réflexion personnelle et sur la pensée d’autres auteurs.

Vous devez construire un plan unique.
1. Pour y parvenir, préparez le dispositif en colonnes : prévoir un ensemble de cases vides que l’on s’efforcera de remplir méthodiquement en puisant dans les matériaux recueillis dans la phase préparatoire :

Explication Thème, thèse, notions

|Commentaire||Références à l’œuvre, à la doctrine, à l’histoire des idées|

|Réflexion personnelle|| Afin de préparer la discussion|

2. Faire correspondre à chaque élément d’explication du texte des éléments de commentaire.
3. Rechercher des thèmes ou motifs, énoncés sous forme de problèmes ou de questions, qui puissent servir de titres communs aux diverses parties de l’explication et aux commentaires correspondants. Pour les découvrir, il faut naturellement s’élever au-dessus de l’explication linéaire, tout en lui restant fidèle, et se demander à chaque fois ce qui est en question (par ex. la méthode en philosophie : Descartes ; la définition du Bien : Platon...) Tous ces éléments permettent de préparer une discussion.
4. suivre l’ordre du texte
5. ajuster le plan d’ensemble par un travail de va-et-vient. Il faut raccourcir tel point si l’on ne dispose pas d’éléments suffisants, en développer un autre si c’est le contraire. L’essentiel est d’obtenir un schéma unique.


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