PLATON, ARISTOTE, KANT, BERGSON

mercredi 14 janvier 2009
par  Lydia COESSENS

Les racines (tous les philosophes forment un réseau, un tout ; reste à déterminer leurs liens) ; les concepts, i.e. les personnages du philosophe ; les problèmes : toute philosophie surgit à partir d’un problème singulier (en quoi elle a une histoire cette dame !)

**********

PLATON (428-348)

Elève de Cratyle, qui fut un disciple d’Héraclite, Platon médite sur l’instabilité du monde sensible et les apparences changeantes. Il a également réfléchi sur l’œuvre de Parménide d’Elée pour qui seul est réel l’ Etre éternel.
Platon a réagi contre l’influence des sophistes qui relativisaient la morale et la vérité : il était l’adversaire de ces « amis des apparences » pour qui l’homme est la mesure de toutes choses.
C’est sa rencontre avec Socrate qui fut décisive.

Concept essentiels :

Idée ou Essence ou Forme : conçue comme forme intelligible éternelle et immuable, modèle de toutes choses, réalité non perçue et néanmoins plus réelle que les êtres sensibles ; à ces formes, qui donnent sens aux phénomènes et les fondent, participent toutes les réalités de l’expérience ordinaire.

La Dialectique : envisagée comme mouvement par lequel l’âme s’élève progressivement et par degrés, des apparences sensibles aux idées.

Le Bien : principe suprême de toutes les idées et dont la lumière est pour l’homme possibilité d’accès à la connaissance. Aux dernières limites du monde intelligible, cette Idée de Bien est cause universelle de tout ce qu’il y a de Bien et de Beau en notre monde.

L’Opinion (doxa) : connaissance inférieure, portant sur les objets du monde sensible.

La Justice, envisagée, en nous, comme ordre maintenant à sa place et à sa fonction chacune de nos forces intérieures ; dans l’Etat, la justice désigne le fait que chaque classe accomplit sa tâche et exécute sa fonction propre, et signifie, par conséquent, que l’ordre est maintenu entre les différentes classes et forces coexistant dans cet Etat.

La Vertu désigne la participation à la vraie connaissance (nul n’est volontairement méchant ; le vrai courage est la connaissance de ce qu’il faut vraiment redouter)

Œuvres :

Dialogues de jeunesse : Hippias majeur, Lachès, Lysis, Charmide, Protagoras, Gorgias.

Dialogues de la maturité : Phédon, Le Banquet, La République

Dialogues de la vieillesse : Parménide, Théétète, Sophiste, Politique, Philèbe, Timée, Critias, Lois.

Platon vit une époque troublée : écrasement d’Athènes par Sparte, condamnation à mort de Socrate par la démocratie athénienne. Il va alors développer une pensée philosophique ayant une destination politique. Comment sauver la Cité et y faire naître la justice ? Si la violence est partout triomphante, si les passions engendrent le désordre, que faire ? Ne s’agit-il pas d’éduquer les hommes ? Or on ne saurait former les hommes qu’en fondant l’existence sur l’Idée, sans laquelle la philosophie n’a ni sens ni guide.
Pourquoi le monde intelligible est-il nécessaire ? Les Sophistes ont nié la possibilité d’une vérité universelle ; Protagoras voit dans l’homme la mesure de toutes choses. Si l’homme est critère et mesure, alors la Justice possède-t-elle même un sens ? Les Idées sont destinées à introduire un sens dans le réel et la vie, à faire échapper la cité au nihilisme sceptique. En rester au sensible mouvant, changeant, interdirait toute connaissance stable et assurée.
Accès aux Idées par réminiscence.
Dialectique : Eros : Le banquet et allégorie de la caverne, L VII de la République.

********************

ARISTOTE (384-322)

Œuvres essentielles : Physique, Métaphysique, Logique, Politique, Ethique à Nicomaque, Rhétorique.
Il a emprunté à Platon l’idée que la connaissance doit être la recherche du nécessaire et de l’universel, qu’elle doit dépasser la sphère de l’opinion changeante et incertaine. Mais Aristote affirme son indépendance intellectuelle notamment par rapport à la théorie des Idées.

Le projet d’Aristote

apparaît comme un essai de totalisation du savoir de l’époque : pour édifier ses traités, il a puisé dans toutes les connaissances de son temps : cosmologie, biologie, médecine, etc.

Concepts :

Acte : fait d’exister comme être pleinement réalisé et achevé

Puissance : virtualité et simple possibilité (l’enfant est un adulte en puissance)

Forme : ce qui, dans l’objet, est intelligible et lui confère telle essence ; la forme n’est pas soumise au devenir ; c’est un principe métaphysique (par exemple, l’âme est la forme du corps)

Matière : conçue comme potentialité pure que la forme actualisera (bois, matière de la statue, c’est la forme (ou l’idée) qui permet la réalisation de la statue)

Substance : la réalité sans laquelle les autres ne peuvent être ; la substance est la catégorie première, l’être qui se suffit à lui-même, le sujet ultime.

L’Accident : ce qui ne fait pas partie de l’essence d’une chose et n’appartient pas à sa définition.

Le Divin : vivant éternel et parfait, transcendant le monde, acte pur. (premier moteur)

Fondateur de la logique

 : étudie les lois du discours et les règles de fonctionnement du langage : théorie du syllogisme.

Pour expliquer les réalités naturelles en devenir

, Aristote élabore la théorie des quatre causes (exemple de l’art) :
La cause matérielle de la réalisation, c’est le marbre, support de la transformation.
La cause efficiente, c’est l’agent de la transformation, ici le travail du sculpteur avec son ciseau.
La cause finale désigne le but en vue duquel s’accomplit la transformation. (l’intuition du sculpteur est en jeu)
La cause formelle représente le principe d’organisation de la matière, l’idée structurant l’objet transformé, le modèle de ce dernier. La forme actualise le marbre en Aphrodite ou en Hermès.

Il est aussi anthropologue

 : qu’est-ce que l’homme ? Non plus une dualité mais une unité psychosomatique, une totalité où l’âme se révèle principe d’organisation et forme de l’être vivant. Les êtres vivants possèdent une âme, l’âme végétative ou âme des plantes, l’âme sensitive, ou âme des animaux et enfin, chez l’homme, une âme douée de raison.
L’âme est la forme du corps et, inversement, il n’est pas de corps sans l’âme (principe de vie). Intrinsèquement liée au corps, l’âme ne peut exister sans la matière dont elle est la forme et disparaît avec elle.

La règle d’or de l’éthique est celle du juste milieu, la recherche de la bonne moyenne. Ainsi le courage est-il équilibre entre lâcheté et témérité. La vie raisonnable permet d’accéder au bonheur.

********************************************************

KANT (1724- meurt en 1804 en prononçant ces mots : « C’est bien »)

Œuvres essentielles

 :
Critique de la raison pure ; Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science ; Fondements de la métaphysique des mœurs ; Critique de la raison pratique ; Traité de paix perpétuelle ; Anthropologie du point de vue pragmatique.

Concepts :

La Raison : désigne tout ce qui, dans la pensée, est a priori et ne vient pas de l’expérience. Elle est théorique ou spéculative lorsqu’elle concerne la connaissance. Elle est pratique lorsqu’elle est considérée comme contenant la règle de la moralité. La raison, au sens étroit du terme, désigne la faculté humaine visant la plus haute unité et s’élevant ainsi jusqu’aux idées.

L’idée de critique de raison : il ne s’agit pas d’une critique sceptique, mais d’un examen concernant l’usage légitime, l’étendue et les limites de la raison.

La notion de phénomène, à savoir tout objet d’expérience possible, c’est-à-dire ce que les choses sont pour nous, relativement à notre mode de connaissance (cette notion s’oppose à celle de noumène : la chose « en soi », telle que nous pourrions la pénétrer totalement par une intuition intellectuelle qui, en quelque sorte, l’engendrerait en nous ; mais nous ne pouvons y accéder, ne détenant qu’une intuition sensible ; ainsi, Dieu est un noumène, une réalité possible, pensable, mais que nous ne pouvons ni atteindre ni connaître)

Le terme pur : il s’applique à toutes les représentations dans lesquelles il ne se trouve rien qui appartienne à l’expérience sensible ;

Le terme a priori , qui désigne ce qui est indépendant de l’expérience ; il faut distinguer pur et a priori : parmi les connaissances a priori, celles-là sont appelées auxquelles absolument rien d’empirique n’est mêlé. Par exemple, la proposition « tout changement a une cause » est bien a priori mais n’est point pure, puisque le changement est un concept qui ne peut venir que de l’expérience.

L’ entendement est la faculté reliant les sensations grâce aux catégories.

La notion de catégorie, ou concept fondamental a priori : les catégories sont les instruments de liaison (issus de l’entendement) qui permettent d’unifier le sensible (par exemple, unité, pluralité, possibilité, nécessité, etc)

Les principes : les règles de l’usage objectif des catégories.

L’ impératif catégorique : proposition ayant l’aspect d’un commandement, ordonnant sans condition et concernant uniquement la forme de l’acte.

Projet de Kant

 : Kant veut sauver à la fois la science, et en particulier la physique, ébranlées par le scepticisme de Hume qui met en doute leurs certitudes, et la métaphysique, mise à mal par les contradictions des différents systèmes philosophiques. Il veut, surtout, sauver la liberté, c’est-à-dire la responsabilité, condition de possibilité de la moralité, menacée par un déterminisme s’appliquant à tout le champ de la réalité. Il est conduit à poser quatre questions :
« 1) Que puis-je savoir ?
2) Que dois-je faire ?
3) Que m’est-il permis d’espérer ?
4) Qu’est-ce que l’homme ?
A la première question répond la métaphysique, à la seconde la morale, à la troisième la religion, à la quatrième l’anthropologie. Mais au fond, on pourrait tout ramener à l’anthropologie, puisque les trois premières questions se rapportent à la dernière » Kant, Logique.

La lecture de Hume interpelle Kant en profondeur : ne soutient-il pas que le principe de causalité, sans lequel il n’y a ni science ni métaphysique, n’est qu’une habitude, c’est-à-dire un concept subjectif ? Cette affirmation est inacceptable pour Kant, qui entreprend dès lors une réflexion destinée à asseoir science et métaphysique sur des certitudes.
Hume a, certes, le tort d’ébranler la science, mais il met en question les insuffisances du rationalisme dogmatique : on ne peut atteindre et connaître des notions métaphysiques absolues. Il faut alors établir les limites de la raison. (critique)
Mathématiques, physique, métaphysique sont élaborées par la pensée humaine. Toutes trois rationnelles, elles n’ont pourtant pas le même statut : alors que les mathématiques et la physique appartiennent à la sphère de l’objectivité, la métaphysique suscite controverses et discussions.
« La Mathématique, depuis les temps les plus reculés où s’étende l’histoire de la raison humaine, est entrée, chez l’admirable peuple grec, dans la voie sûre d’une science » (Critique de la raison pure) Pourquoi cette affirmation de Kant ? l’explication se trouve chez Thalès qui imposa à la figure géométrique un raisonnement purement rationnel : ainsi la puissance de l’esprit s’imposa-t-elle aux objets. De même, en physique, Galilée questionna-t-il la nature conformément aux exigences de la raison, qui n’aperçoit que ce qu’elle produit d’elle-même d’après ses propres plans, car les objets eux-mêmes ne se trouvent à l’origine d’aucun savoir.
« Ils [Galilée, Torricelli, Sthal] comprirent que la raison ne voit que ce qu’elle produit elle-même d’après ses propres plans et qu’elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements, suivant des lois immuables, qu’elle doit obliger la nature à répondre à ses questions et ne pas se laisser conduire pour ainsi dire par elle »
Telle est la révolution copernicienne, introduite par Kant en philosophie. De même que Copernic, pour résoudre les difficultés croissantes du système de Ptolémée, renverse le géocentrisme de celui-ci et suppose que la Terre tourne autour du soleil, de même le philosophe doit admettre que les objets ne sont la source d’aucun savoir et que la connaissance dépend du sujet.
Quelles conditions la raison va-t-elle imposer à la connaissance ? Elle nous offre deux grilles permettant de structurer les données et d’imposer l’ordre de l’esprit aux choses. Tout d’abord, la connaissance est relative à deux formes a priori de la sensibilité, à l’espace et au temps, qui précèdent l’expérience et qui font partie de la forme même de l’esprit. Celui-ci ne peut percevoir les choses qu’à travers ces prismes universels. La seconde grille est constituée des catégories de l’entendement, concept a priori permettant d’ordonner l’expérience comme, par exemple, la causalité : ces catégories sont des modes de liaison, nécessaires et universels.
Voici donc la science légitimée et fondée : le réel et le vrai sont produits par le sujet connaissant, maîtrisant les choses et les organisant au moyen de sa sensibilité et de son entendement. C’est l’esprit humain en général qui garantit la nécessité et l’universalité de la science. Dès lors, nous ne pouvons connaître les choses que comme elles nous apparaissent, nous n’accédons qu’aux phénomènes, et non aux choses telles qu’elles sont en soi, aux noumènes. Parce qu’il sort de l’expérience, le métaphysicien se trouve privé des points d’appui nécessaires à la raison théorique. Par conséquent, la métaphysique, cette quête de l’absolu, qui veut atteindre l’inconditionné, se trouve condamnée.

La raison pratique, en tant qu’elle contient la règle de la morale, va réintroduire l’inconditionné, mais comme postulat. Opérant un renversement analogue à celui de la critique de la raison spéculative, Kant va établir que le principe de la moralité se trouve dans la volonté du sujet, et non dans une source extérieure, comme une révélation. La raison pratique est la raison prenant des décisions pratiques, adoptant des résolutions concernant l’action, et déterminant ainsi la conduite morale su sujet libre.
Pour Kant, les phénomènes, tout ce qui dépend de l’expérience est déterminé. Or, la morale, pour avoir un sens, présuppose la liberté. Il faut donc éliminer tout ce qui est empirique, tout ce qui relève de la causalité phénoménale, faire abstraction de la matière de la loi morale et ne se soucier que de sa forme. Alors , la volonté « conçue comme une faculté de se déterminer soi-même à agir conformément à la représentation de certaines lois » (Fondements de la métaphysique des mœurs) sera libre : la causalité de la volonté est la liberté, qui ne peut donc être qu’un noumène et ne peut être objet de connaissance. Puisque la loi morale exclut la détermination de la volonté par l’objet, celle-ci doit se donner à elle-même sa propre loi : l’autonomie de la volonté est au fondement de la loi pratique.

**********************************************************

BERGSON Henri (1859-1941)

Né à Paris d’un père polonais et d’une mère anglaise. A 19 ans intègre l’Ecole Normale Supérieure ; il a pour condisciple et ami Jean Jaurès. En 1881 est reçu à l’agrégation de philosophie (est aussi brillant en sciences qu’en lettres)Il soutient sa thèse de doctorat en 1881 : Essai sur les données immédiates de la conscience. A publié Matière et mémoire (1896), Le Rire (1900), L’Evolution créatrice (1907), L’Energie spirituelle (1919).Il obtient le prix Nobel de littérature en 1928. En 1932, il fait paraître Les Deux sources de la morale et de la religion.Habile négociateur, il a contribué, par ses missions diplomatiques, à décider le président Wilson à engager l’entrée en guerre des Etats-Unis. Il a exercé il réelle influence sur le fonctionnement de la Société des Nations. Il impressionne par son courage au moment où le nazisme menace les juifs. Lui-même d’origine juive, il explique en 1937 qu’il se serait volontiers converti au catholicisme mais que la formidable vague d’antisémitisme qu’il prévoyait alors l’en a dissuadé : « J’ai voulu rester parmi ceux qui seront demain des persécutés » Il meurt le 4 janvier 1941 dans son appartement parisien.

Racines :

Le pragmatisme de William James (1842-1910) pour qui le vrai se définit par l’utile : la vérité n’est pas seulement une connaissance théorique, mais le fruit de nos moyens d’action et de notre pratique ;
Le spiritualisme français de Lachelier (1832-1918) mais aussi de Ravaisson (1813-1900), auteur d’une thèse célèbre sur L’Habitude (1839).
Plus profondément, la pensée de Bergson prend sa source dans la mystique, à commencer par celle de Plotin.
C’est contre le scientisme et le matérialisme de la fin du XIXè siècle que Bergson a voulu ouvrir de nouveaux horizons spirituels.

Concepts :

Durée : conçue comme profondément opposée au temps : la durée représente la continuité temporelle de la vie de l’esprit, une interpénétration concrète, alors que le temps est une idée mathématique et spatiale.

« La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos états de conscience quand notre moi se laisse vivre, quand il s’abstient d’établir une séparation entre l’état présent et les états antérieurs » Essai sur les données immédiates de la conscience.

Intuition :Mode de connaissance immédiat, sympathie par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique et d’inexprimable.

Elan vital : exigence de création et impulsion originelle d’où est issue la vie : il fait surgir des réalités vivantes toujours plus complexes.

Bergson s’est persuadé que toute grande philosophie consiste dans l’expression, le développement d’une intuition.

La sienne fut celle de la durée. Celle-ci se livre à lui par le biais d’un constat négatif : ni les sciences ni les systèmes métaphysiques n’ont su dire ce qu’est le temps. Ils n’ont pu empêcher de le confondre avec l’espace (succession de positions uniques), ce dont il rendait compte en commentant les paradoxes de Zénon (thèse des Eléates qui nient le mouvement) : une flèche tirée par un archer restera immobile tout le temps qu’elle se meut ; si la tortue part avant Achille, elle aura nécessairement gagné la course ; en effet, dit Bergson, « le plus lent ne sera jamais rattrapé par le plus rapide car celui qui poursuit doit toujours commencer par atteindre le point d’où est parti le fuyard, de sorte que le plus lent a toujours quelque avance » (Evolution créatrice) L’intuition de la durée permet, en revanche, de comprendre comment Achille rattrape la tortue ou comment une flèche atteint son objectif. Elle révèle que le temps ne se laisse pas appréhender comme une simple succession d’instants sur un vecteur(ce qui revient à penser la mobilité à partir de l’immobilité), mais qu’il se livre dans « la représentation d’une multiplicité de pénétration réciproque, toute différente de la multiplicité numérique », qu’il est création continuelle.
®anticartésianisme. B. repousse le privilège accordé aux mathématiques et à la mécanique. Son souci : réhabiliter une philosophie concrète, contre l’occultation du vécu opéré par la science et par la métaphysique traditionnelles. Il privilégie le qualitatif.
L’intelligence humaine (d’abord fabricatrice, utilitaire) est tentée par le mécanisme, est tentée de percevoir ou de penser le devenir en actionnant un cinématographe intérieur : illusion du mouvement à partir d’instantanés. D’où la cohérence de Platon qui encourage ses disciplines à s’arracher au temps pour gagner l’éternité.
L’intérêt que Bergson prête à la théorie évolutionniste d’Herbert Spencer est symptomatique de l’orientation qu’il voudrait donner à la connaissance de la réalité. Spencer donnait à penser la trajectoire qui conduit les espèces de l’indifférencié au différencié, de l’automatisme des comportements à la liberté de l’action. B. cherche aussi les moyens de rendre compte de cette « sorte de croissance intérieure » qui qualifie la vie, la liberté et le temps. Le devenir est toujours imprévisible : notre vie intérieure est, en profondeur, liberté. Et nous sommes libres quand notre personnalité se manifeste directement dans nos actes, sans raison apparente, parce que ce sont nos véritables sentiments qui s’expriment, sentiments où s’enroulent toute la durée, tus les moments de notre vie. La liberté ne fait qu’un avec le jaillissement du moi profond. D’où le privilège de l’art et du mysticisme. L’art nous détourne de l’abstraction qui nous fait perdre le contact avec les choses ; il nous arrache aux préoccupations pragmatiques par lesquelles nous réduisons la réalité à de sommaires schémas pour guider l’action ; il nous projette au cœur du réel, à la source jaillissante de la création des possibles et de l’imprévisible. Avec l’art nous touchons ce que serait l’intuition de la vie comme durée vraie. Avec l’art nous approchons de l’absolu.


Sites favoris


20 sites référencés dans ce secteur