Mort de François Jacob, biologiste, prix Nobel de médecine.

lundi 22 avril 2013
par  Lydia COESSENS

LA SCIENCE EST-ELLE DANGEREUSE ?

Contrairement à ce qu’on croit souvent, l’important dans la science, c’est autant l’esprit que le produit, c’est autant l’ouverture, la primauté de la critique , la soumission à l’imprévu, si contrariant soit-il, que le résultat, si nouveau soit-il. Il y a belle lurette que les scientifiques ont renoncé à l’idée d’une vérité ultime et intangible, image exacte d’une « réalité » qui attendrait au coin de la rue d’être dévoilée.  [1] Ils savent maintenant devoir se contenter du partiel et du provisoire. Une telle démarche procède souvent à l’encontre de la pente
naturelle à l’esprit humain, qui réclame unité et cohérence dans sa représentation du monde sous ses aspects les plus divers. De fait, ce
conflit entre l’universel et le local, entre l’éternel et le provisoire, on le voit périodiquement réapparaître dans une série de polémiques opposant ceux qui refusent une vision totale et imposée du monde à ceux qui ne peuvent s’en passer. Que la vie et l’homme soient devenus objets de recherches et non plus de révélations, peu l’acceptent.
Depuis quelques années, on fait beaucoup de reproches aux scientifiques. On les accuse d’être sans cœur et sans conscience, de ne pas s’intéresser au reste de l’humanité ; et même d’être des individus dangereux qui n’hésitent
pas à découvrir des moyens de destruction et de coercition terribles et
à s’en servir. C’est leur faire beaucoup d’honneur.
La proportion d’imbéciles et de malfaisants est une constante qu’ on retrouve
dans tous les échantillons d’une population, chez les scientifiques comme chez les agents d’assurance, chez les écrivains comme chez les paysans, chez les prêtres comme chez les hommes politiques.
Et malgré le docteur Frankenstein et le docteur Fol amour, les catastrophes de l’histoire sont le fait moins des scientifiques que des prêtres et des hommes politiques.

Car ce n’est pas seulement l’intérêt qui fait s’ entre-tuer les hommes. C’est aussi le dogmatisme. Rien n’est aussi dangereux que la certitude d’avoir raison. Rien ne cause autant de destruction que l’obsession d’une vérité considérée comme absolue. Tous les crimes de l’histoire sont des conséquences de quelque fanatisme . Tous le massacres ont été accomplis par vertu, au nom de la religion vraie, du nationalisme légitime, de la politique idoine, de l’idéologie juste ; bref, au nom du combat contre la vérité de l’autre, du combat contre Satan. Cette froideur et cette objectivité qu’on reproche si souvent aux scientifiques, peut-être conviennent-elles mieux que la fièvre et la subjectivité pour traiter certaines affaires humaines. Car ce ne sont pas les idées de la science qui engendrent les passions. Ce sont les passions qui utilisent la science pour soutenir leur cause. La science ne conduit pas au racisme et à la haine. C’est la haine qui en appelle à la science pour justifier son racisme. On peut reprocher à certains scientifiques la fougue qu’ils apportent parfois à défendre leurs idées. Mais aucun génocide n’a encore été perpétré pour faire triompher une théorie scientifique. A la fin de ce vingtième siècle, il devrait être clair pour chacun qu’aucun système n’expliquera le monde dans tous ses aspects et tous ses détails. Avoir contribué à casser l’idée d’une vérité intangible et éternelle n’est peut-être pas l’un des moindres titres de gloire de la démarche scientifique.

FRANÇOIS JACOB, Le Jeu des possibles (1981), extrait de l’avant-propos.

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Article du journal Le Monde Le Prix Nobel et résistant François Jacob est mort Le Monde.fr avec AFP | 21.04.2013 à 22h54 • Mis à jour le 22.04.2013 à 13h32

François Jacob est mort à l’âge de 92 ans.

Le biologiste et professeur François Jacob, qui a obtenu le prix Nobel de médecine en 1965, est mort vendredi 19 avril à l’âge de 92 ans, a annoncé dimanche soir l’ancien chancelier de l’ordre de la Libération Fred Moore, confirmant une information du Huffington Post.

Professeur titulaire de la chaire de génétique cellulaire au Collège de France (1965-1991), ce Compagnon de la Libération, membre de l’Académie des sciences (1977) et de l’Académie française (1996), avait été, de 2007 à 2011, chancelier de l’ordre de la Libération, 16e personnage de l’État dans l’ordre protocolaire.

Né le 17 juin 1920 à Nancy (Meurthe-et-Moselle), François Jacob entre dès juillet 1940 dans les Forces françaises libres. Il participe aux campagnes du Fezzan, en Libye, de Tripolitaine, de Tunisie et de France. Blessé, il obtiendra quatre citations.

PRIX NOBEL EN 1965

Il passe sa thèse de médecine à Paris en 1947, mais doit renoncer à la chirurgie en raison de ses blessures de guerre. Il se tourne alors vers la biologie, "par nécessité intérieure et hasard extérieur", dit-il dans son autobiographie, La Statue intérieure, parue en 1987 chez sa fille, l’éditrice Odile Jacob.

En 1950, il entre au service de physiologie microbienne – dirigé par André Lwoff – de l’Institut Pasteur, où il effectuera toute sa carrière et dont il présidera le conseil d’administration de 1982 à 1988.

Nommé assistant en 1951, devenu docteur ès sciences en 1954, il est chef de laboratoire en 1956 et chef du service de génétique cellulaire de 1960 à 1991. Ses recherches sur la génétique bactérienne et les circuits de régulation lui valent d’innombrables récompenses scientifiques, dont le Nobel, conjointement avec André Lwoff et Jacques Monod. En 1992, il entre au Comité national d’éthique, au titre des personnalités appartenant à la recherche.

AUTEUR DE LA "LA LOGIQUE DU VIVANT"

François Jacob, par ailleurs amateur de peinture, était l’auteur de nombreux articles scientifiques et de plusieurs ouvrages, notamment un essai, La Logique du vivant (1970), qualifié par le philosophe Michel Foucault de "plus remarquable histoire de la biologie jamais écrite". [2] En 1981, il publie Le Jeu des possibles sur les derniers acquis de la biologie.

Veuf de la pianiste Lysiane Bloch, qu’il avait épousée en 1947 et avec qui il eut quatre enfants, François Jacob s’était remarié en 1999. Il était membre de nombreuses académies scientifiques étrangères et docteur honoris causa de plusieurs universités de par le monde.

François Hollande salue "une grande figure scientifique"

"Avec François Jacob disparaît une grande figure scientifique qui aura honoré la France", a salué le président de la République François Hollande dans un communiqué.

"François Jacob fut aussi un grand résistant", souligne la présidence de la République, rappelant qu’il avait "combattu avec les Forces françaises libres en Afrique puis en France" et que "le général de Gaulle en avait fait un Compagnon de la Libération".

Pour sa part, le premier ministre Jean-Marc Ayrault a salué "l’homme de science, le passionné de lettres et le résistant, Compagnon de la Libération". "Tout au long de sa vie, il aura su allier le courage de ceux qui ont combattu, notamment au sein des Forces françaises libres, à la passion qui anime ceux pour qui la connaissance ne peut avoir de limites", écrit Matignon.

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Mort de François Jacob, pionnier du génie génétique
Le Monde.fr | 21.04.2013 à 23h34 • Mis à jour le 22.04.2013 à 09h32

Par Catherine Vincent

"Nous sommes faits d’un étrange mélange d’acides nucléiques et de souvenirs, de rêves et de protéines, de cellules et de mots. Votre Compagnie s’intéresse avant tout aux souvenirs, aux rêves et aux mots. Vous montrez aujourd’hui que, parfois, elle ne dédaigne pas d’accueillir aussi un confrère, plus préoccupé, lui, d’acides nucléiques et de cellules". Ces phrases qui mêlent lettres et sciences, les premières de son discours de réception, en 1997, à l’Académie française, résument à merveille la complexité et la richesse intellectuelle de François Jacob, prix Nobel de médecine et de physiologie 1965, qui vient de s’éteindre à l’âge de 92 ans.

Les lettres, il les aimait depuis l’enfance. Né à Nancy en juin 1920 dans une famille de la bourgeoisie juive, il dit -"peut-être parce que j’étais fils unique"- avoir toujours joué avec les mots. Les sciences vinrent bien plus tard. Et par un chemin détourné. Une fois sa scolarité effectuée dans la capitale, au lycée Carnot, le jeune homme s’inscrit à la Faculté de médecine de Paris. Sa vocation ? Devenir chirurgien. Mais la guerre en décide autrement, qui interrompt brutalement sa deuxième année d’études.

"LE DISCOURS DU MARÉCHAL NOUS A MIS HORS DE NOUS"

Dans ses livres, ses discours et ses entretiens, François Jacob a souvent évoqué la manière dont il avait quitté la France pour rejoindre les Forces Françaises Libres. Le 14 juin 1940, il part vers le sud avec trois camarades, en voiture. "Les Allemands entraient par une porte, je suis parti par l’autre. Le 17 [il a vingt ans tout juste], alors que nous nous étions arrêtés pour manger un sandwich, nous avons entendu le discours du Maréchal, qui nous a mis hors de nous ". Le 21 juin, le voici à Saint-Jean-de-Luz, où quelques Français tentent de se mêler aux hommes de l’armée polonaise qui, par centaines, s’embarquent vers Londres. Devant lui, un petit homme (il apprendra plus tard qu’il s’agit d’un jockey) : "Où vas-tu, toi ?", lui demande un gendarme en lui barrant le chemin. "Svastika !", hurle l’autre sans hésiter. Stupéfait, le gendarme s’écarte.

Et c’est ainsi que François Jacob et le petit jockey se retrouvent quelques heures plus tard sur le pont d’un navire en route pour l’Angleterre. Il y rencontre Charles de Gaulle, qui lui semble "majestueux comme une cathédrale gothique". Envoyé en Afrique comme médecin de bataillon, il suit le général Leclerc au Gabon (novembre 1940), puis dans la fantastique épopée du désert (campagnes du Fezzan, de Tripolitaine et de Tunisie) au sein du Régiment de Tirailleurs Sénégalais du Tchad. Affecté en août 1943 au 13e Bataillon médical de la 2e Division Blindée, qui prend forme à Temara (Maroc), il est grièvement blessé le 8 août 1944, lors d’une attaque aérienne à Mortain, quelques jours après le débarquement de sa division en Normandie. Hospitalisé sept mois durant à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, il perd partiellement l’usage d’un bras. La Libération a pour lui un goût amer : son rêve de jeunesse, devenir chirurgien, s’est envolé avec son handicap.

En 1947, François Jacob se marie avec la pianiste Lise Bloch, avec qui il aura quatre enfants : Pierre, les jumeaux Laurent et Odile - future fondatrice des éditions Odile Jacob - et Henri. La même année, il obtient son doctorat de médecine, mais cette voie lui semble désormais privée de sens. Après s’être essayé à différents métiers, il opte finalement pour la biologie. En 1950, il entre à l’Institut Pasteur sous la direction d’André Lwoff. Lorsqu’il obtient quatre ans plus tard son doctorat ès sciences à la Sorbonne, il a déjà publié 24 articles scientifiques. Pour lui comme pour la génétique, la grande aventure commence.

LA NAISSANCE DE LA BIOLOGIE MOLÉCULAIRE

En science, la moitié du siècle qui s’achève alors a été dominée par la physique. Celle qui commence verra la naissance de la biologie moléculaire, qui s’efforce de démontrer que les propriétés du vivant s’expliquent nécessairement par la structure et les interactions des molécules qui les composent. La vitalité de cette approche porte ses premiers fruits en 1953, avec l’élucidation, par James Watson et Francis Crick, de la structure en double hélice de l’ADN : une découverte essentielle grâce à laquelle se résout soudain l’une des plus vieilles questions posées à l’être humain, celle de l’hérédité.

Des décennies plus tard, lors d’un discours académique, François Jacob reviendra sur ce moment clé, qui fit basculer les sciences du vivant dans la modernité. "Cette biologie est née de décisions individuelles prises par un petit nombre de scientifiques entre la fin des années 1930 et le début des années 1950. Ces chercheurs venaient d’horizons très variés : biologie, physique, médecine, microbiologie, chimie, cristallographie, etc. En réalisant qu’au cœur de l’étude du monde vivant se trouvaient les questions soulevées par la génétique, ils inventèrent une biologie nouvelle. Personne ne les poussa dans cette direction. Aucun administrateur, aucune fondation, aucun ministre de la recherche ne les engagea dans cette voie. Bien au contraire, c’est la curiosité de chacun, une manière nouvelle de considérer les vieux problèmes, qui conduisirent ces quelques hommes et femmes à résoudre le problème de l’hérédité".

Une révolution conceptuelle à laquelle le jeune biologiste, qui gardera toute sa vie un souvenir ébloui de son entrée à l’Institut Pasteur, va participer de manière active. Sous la houlette bienveillante d’André Lwoff et dans l’effervescence de la rencontre avec un autre chercheur de génie, Jacques Monod.

Tous ceux qui ont connu l’époque du "grenier" - le laboratoire où ils travaillaient alors, construit de bric et de broc au dernier étage du bâtiment de chimie biologique - en témoignent : l’ambiance qui y régnait était extraordinaire. L’exigence y était la règle. L’inventivité et l’amitié firent le reste. François Jacob, qui, toute sa vie, détesta les gens sûrs d’eux ("Rien n’est aussi dangereux que la certitude d’avoir raison", disait-il volontiers) trouve en Jacques Monod une intelligence à sa hauteur.

De dix ans son aîné, ancien résistant comme lui, ce biochimiste à la beauté irradiante, qui mourra en 1976, devient plus qu’un maître : un complice. Un partenaire d’esprit avec lequel découvrir le monde, l’œil rivé au microscope électronique, va se révéler possible. "La complémentarité entre Jacob et Monod était unique. Je n’ai jamais rencontré une telle entente depuis. La jalousie était totalement absente", affirme la pastorienne Agnès Ullmann, qui fut longtemps une proche collaboratrice de Jacques Monod.

Elle compare les discussions qu’avaient les deux hommes à "des matches de ping-pong "où l’humour tutoyait le sérieux. De François Jacob, qui a toujours "fourmillé d’idées", elle évoque la formidable impatience : "Il aurait toujours voulu avoir les résultats avant que la manipulation soit achevée. Il arrivait très tôt le matin, partait tôt le soir pour voir ses enfants et revenait souvent après le dîner". Elle se souvient du menu, "immuable et frugal", qu’il choisissait pour le déjeuner (tout le monde le prenait au laboratoire) : deux tranches de jambon, une pomme et une orange.

LA DÉCOUVERTE DE L’OPÉRON

Au milieu des années 1950, les organismes multicellulaires sont encore trop complexes pour pouvoir être étudiés par la biologie moléculaire. Dans le laboratoire encombré de la rue du docteur Roux, c’est aux bactéries et aux virus que l’on tente d’arracher les secrets du vivant. "On préparait une expérience le matin. Le résultat, on l’avait le lendemain matin. Juste à temps pour préparer une nouvelle expérience qu’on exécutait dans la journée et ainsi de suite. Un rythme d’enfer. Une course sans fin. La poursuite éperdue du lendemain. Plus que les réponses importaient les questions et la manière de les formuler car, dans le meilleur des cas, la réponse obligeait à poser de nouvelles questions", écrira plus tard le biologiste. Les regrets de ne pas être devenu chirurgien ? Envolés. "C’était l’euphorie. Je vivais au futur. J’attendais le résultat du lendemain. Mon anxiété, j’en avais fait mon métier". Les travaux de Jacob et Monod portent sur les mécanismes responsables du transfert de l’information génétique, ainsi que sur les circuits de régulation qui ajustent la synthèse des protéines.

En 1958, les chercheurs pressentent que les analogies entre la lysogénie (un mode de reproduction virale) et la possibilité d’induire chez certaines bactéries la synthèse de la lactase (l’enzyme permettant de décomposer le lactose) constituent une approche prometteuse. Mais l’explication résiste. Jusqu’au jour où François Jacob, assis dans un cinéma du boulevard Montparnasse devant un film qui ne le passionne guère, a soudain l’illumination : une vision nouvelle de la régulation du système lactose. Cette fois, l’intuition est la bonne ! Le temps d’en convaincre Jacques Monod et de la vérifier par l’expérience, et les voilà enfin lancés sur la piste. C’est ainsi qu’ils découvrent l’"opéron" lactose de la bactérie Escherichia coli : un groupement de gènes et de régulations qui permet d’expliquer l’expression des gènes bactériens. Pour cette avancée majeure, qui ouvrira la voie du génie génétique, François Jacob recevra en 1965, avec André Lwoff et Jacques Monod, le prix Nobel de physiologie et de médecine. La consécration suprême, à tout juste 45 ans. La suite ? Elle ne fut pas moins passionnante.

La révolution moléculaire était en marche, qui allait transformer la manière de considérer et d’étudier les êtres vivants, leur fonctionnement, leur évolution. L’exigence d’explication moléculaire gagna d’abord la biologie cellulaire, la virologie, l’immunologie, la physiologie, la neurobiologie, l’endocrinologie. A la fin des années 1970 apparurent les premiers outils du génie génétique, qui permettent aujourd’hui à tout étudiant en biologie de purifier, découper, séquencer et recombiner à volonté l’ADN de n’importe quel organisme vivant. De "bricoler en laboratoire, comme un vulgaire moteur de 2 CV, la molécule même de l’hérédité", résume François Jacob. Lequel, dès la fin des années 1960, renoue avec un autre talent. Celui de l’écriture.

Rédigé pour l’essentiel à Mouans-Sartoux, petit village près de Cannes où il passe ses vacances en famille, La logique du vivant (1970) lui demande trois ans de travail. L’ouvrage, ardu mais limpide, connaît un succès phénoménal. Suivront Le jeu des possibles (1981), et, surtout, La statue intérieure (1987). "Je n’aime pas la séparation entre les deux cultures, la culture littéraire et la culture scientifique. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai écrit ce livre, explique-t-il alors à Bernard Pivot. Quand on écrit la science, on enlève soigneusement toute l’affectivité comme on enlève la graisse d’une côtelette. Et on finit par un produit complètement desséché, simplifié, désossé".

La statue intérieure est le contraire de cela. Famille, enfance, premiers émois, guerre, passion naissante pour la recherche, mais aussi polémiques, doutes, solitude et peur du vieillissement : dans ce livre autobiographique, il livre la profondeur de son intelligence, de sa sensibilité. Pour la première fois, le chercheur s’efface devant l’homme. Président du Conseil d’administration de l’Institut Pasteur de 1982 à 1988, François Jacob poursuivit ses recherches sur les cellules de mammifères, et se passionna notamment pour les premiers stades du développement embryonnaire de la souris. "Il avait un esprit d’analyse impressionnant, et une capacité hors du commun à se concentrer sur son sujet, se souvient le généticien Maxime Schwartz, professeur émérite à l’Institut Pasteur où les deux hommes se côtoyèrent pendant plus de trente ans. Quand il entamait une recherche, plus rien d’autre ne l’intéressait !".

Longtemps après avoir abandonné la paillasse, François Jacob continua de suivre attentivement les avancées de la biologie moderne. Avec émerveillement, et parfois inquiétude. Émerveillement devant la fabuleuse unité du vivant, mise en lumière par la découverte des gènes du développement : des gènes de régulation embryonnaire conservés de manière stupéfiante au cours de l’évolution, auxquels il consacra un livre, La souris, la mouche et l’homme (1997). Inquiétude face aux dérives éthiques que peut entraîner la manipulation des génomes, celui de notre propre espèce en particulier. Un danger qu’il n’attribuait pas aux biologistes mais à leurs gouvernants, rappelant que "malgré le docteur Frankenstein et le docteur Folamour, les massacres de l’histoire sont plus le fait de prêtres et d’hommes politiques que de scientifiques".

Veuf, marié en secondes noces avec le docteur Geneviève Barrier, fondatrice du Samu de Paris, le chercheur s’était montré plus discret ces dernières années. On continuait pourtant à le voir de temps à autre à l’Institut Pasteur, sa seconde maison. Il y était présent malgré sa fatigue le 14 novembre 2012, lorsque François Hollande y inaugura le Centre François Jacob. Un haut lieu de recherche contre les maladies émergentes, où s’élaborera peut-être l’un des nouveaux avenirs de la biologie.

Catherine Vincent

Dates clefs

17 juin 1920 : naissance à Nancy.

17 juin 1940 : départ vers les Forces Françaises Libres, à Londres.

8 août 1944 : grave blessure sur le front de Normandie.

1947 : doctorat de médecine. Mariage avec Lise Bloch.

1960 : chef du service de génétique microbienne de l’Institut Pasteur.

1965 : prix Nobel de physiologie et de médecine, partagé avec André Lwoff et Jacques Monod.

1976 : élection à l’Académie des sciences.

1982-1988 : président du conseil d’administration de l’Institut Pasteur.

1996 : élection à l’Académie française.

2007 : nommé Chancelier de l’ordre de la Libération, en succession de Pierre Messmer.

21 avril 2013 : mort à Paris.


[1C’est nous qui soulignons.

[2Nous soulignons. (Lydia Coessens)


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