Céline : les années ont passé, la polémique demeure :FRANCE CULTURE consacre des émissions à ce très grand écrivain qu’est Louis-Ferdinand Céline

samedi 19 février 2011
par  Lydia COESSENS

En 2011, la France aurait pu célébrer le cinquantième anniversaire de la disparition de l’un de ses écrivains majeurs : Louis Destouches, plus connu sous le nom de Louis-Ferdinand Céline, l’inoubliable auteur de Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit.
Mais les controverses liées au parcours idéologique de l’écrivain ont resurgi en ce début d’année. Retour ici sur ces polémiques récurrentes, au diapason d’une semaine entière que France Culture consacre à la figure de Céline.

CÉLÉBRER 3♦ (1180 « honorer ») Faire publiquement et avec force l’éloge, la louange de. →chanter, exalter, glorifier, 1.louer, prôner, publier, vanter. Célébrer la mémoire de quelqu’un. « Je célébrerais ses mérites et la noblesse de son cœur » (Courteline) — Le Petit Robert 1993 —

Le 21 janvier, le recueil des célébrations nationales 2011 était présenté publiquement par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Parmi les personnalités politiques, artistiques et scientifiques figurant dans ses pages, Clovis, Louis XIV, Théophile Gautier, Henri Troyat, Franz Liszt, François Couperin ou encore, Marie Curie.… Mais de Louis-Ferdinand Céline, point.

Initialement, l’écrivain connu pour l’âpreté de son antisémitisme revendiqué (« Je suis l’ennemi numéro un des juifs. ») devait pourtant y figurer à l’occasion du cinquantenaire de sa mort.
Henri Godard, éditeur de l’œuvre célinienne dans la collection La Pléiade, avait même rédigé une notice à cette intention, dont voici un extrait :

Doit-on, peut-on célébrer Céline ? Les objections sont trop évidentes. Il a été l’homme d’un antisémitisme virulent qui, s’il n’était pas directement meurtrier, était d’une extrême violence verbale et il a été condamné en justice pour cela. Mais il est aussi l’auteur d’une œuvre romanesque dont il est devenu commun de dire qu’avec celle de Proust elle domine le roman français de la première moitié du XXe siècle.

Puis, plus loin :

Mais sa personnalité incontrôlable fait que les lettres qu’il envoie pour qu’ils les publient aux journaux collaborationnistes y détonnent tantôt par leurs critiques, tantôt par leurs outrances. Il se tient soigneusement à l’écart de la collaboration officielle.

C’est notamment ce dernier propos qui eut tôt fait d’engendrer la révolte du président de l’Association des fils et filles de déportés juifs de France, Serge Klarsfeld, exprimée le 19 janvier, dans une lettre rendue publique :

L’officiel « Recueil des célébrations nationales » a inclus l’infâme Céline comme un de « ceux dont la vie, l’œuvre, la conduite morale, les valeurs qu’ils symbolisent sont, aujourd’hui, reconnues comme remarquables » (préface de Alain Corbin).

(…)

La célébration de Céline ne charmerait pas nos imaginations et torturerait nos mémoires d’orphelins d’une Shoah avant et pendant laquelle le talentueux délire de Céline a vigoureusement nourri la haine antijuive.

Nous demandons le retrait immédiat de ce recueil et la suppression dans celui qui le remplacera des pages consacrées à Céline.

A ceux qui s’offusqueraient de cette exigence nous répondons qu’il faut attendre des siècles pour que l’on célèbre en même temps les victimes et les bourreaux.

Suite à cet appel, le 21 janvier, Frédéric Mitterrand annonçait la suppression de l’auteur du Voyage, du recueil des célébrations 2011, expliquant que la veille, il avait relu Bagatelles pour un massacre et que cela avait suffi à infléchir définitivement sa décision : « Après mûre réflexion, et non sous le coup de l’émotion, j’ai décidé de ne pas faire figurer Céline dans les célébrations nationales. »

Depuis, la polémique va toujours bon train, surtout sur la blogosphère où les partisans respectifs de Godard et de Klarsfeld débattent à qui mieux mieux, transformant les tribunes de commentaires des journaux en ligne en véritables arènes où s’arrache la bonne-pensance en la matière.
Découvrez un échantillon de ces réactions sur les sites du Monde , de Libération et du Figaro.

Au cœur de toutes ces turbulences, comment savoir où s’est réfugiée la morale ? A chacun d’en décider sans doute, en son âme (pourvu d’en être « le capitaine ») et conscience.

Une chose, une seule, reste certaine : tout en gardant en tête l’abjection du personnage et de ses pamphlets, il est toujours possible de lire - en la triant - l’œuvre de Céline et de prendre la juste mesure de son colossal génie langagier.

>>> Du lundi 14 au vendredi 18 février, à 20h, retrouvez dans A Voix nue toutes les archives sonores faisant entendre la voix de l’écrivain, recensées par Matthieu Garrigou-Lagrange.

Ecoutez ce dernier énoncer les "trois bonnes raisons de lire Céline", dans les Matins du 18 février :

>>> Le samedi 19 février, plusieurs émissions consacrent également leurs programmes à l’écrivain :

- à 9h, dans Répliques, Alain Finkielkraut s’entretient avec Henri Godard et Patrick Kéchichian sur le thème "Céline et nous".

- à 10h, Jean-Noël Jeanneney, producteur de Concordance des temps, s’interroge avec Gisèle Sapiro sur "La responsabilité morale de l’écrivain sous la IIIe République."

- à 15h30, dans Radio Libre, un comédien livre une lecture d’un texte de Céline.

- à 19h, dans Mauvais genres, François Angelier se penche sur "l’écriture et l’esthétique" de Céline, en compagnie d’Emile Brami, Marc Hanrez, Yves Pagès et Paul Yonnet.

- à 20h, la Fiction de Blandine Masson vous propose une immersion dans des "Pages arrachées au Voyage au bout de la nuit".

- à minuit enfin, dans Chanson Boum, Hélène Hazéra s’intéresse à "Céline et la chanson populaire de la Belle Epoque".
Hélène Combis-Schlumberger


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