LA GROTTE CHAUVET

Journée de la bio-diversité au Lycée Vincent d’Indy
samedi 20 novembre 2010
par  Lydia COESSENS

Suite à cette rencontre très riche et intéressante et à la visite virtuelle ,magnifique, de la grotte Chauvet, voici quelques liens et notes...bonne lecture.

Un lien relatif au film que nous avons eu la chance de voir en 3D ce vendredi 19 novembre à l’amphithéâtre du lycée Vincent d’Indy et à l’espace de restitution de la grotte ; vous y trouverez aussi de superbes photographies :
http://www.grotte-chauvet.org/

Un lien :hominidés.com comportant un dossier sur l’art préhistorique et une description de la grotte avec de nombreuses photographies
http://www.hominides.com/html/art/grotte-chauvet.php

notes prises lors de l’intervention de Christine Bonnetain, guide de la grotte Chauvet :

Il n’est certainement pas hasardeux que la grotte se trouve non loin de ce site naturel remarquable qu’est le pont d’arc.

L’entrée de la grotte devait faire 8 mètres de haut sur 16 mètre de large ; cette entrée a été bouchée par l’écroulement d’une falaise il y a 20000 ans, ce qui a permis la préservation exceptionnelle de l’endroit. Du fait de cette fermeture, de la permanence de la température (12°), de la présence de gaz carbonique et de radon (qui fait de la grotte se protège elle-même, dixit M.Jacquart) et qu’elle n’accepte pas toujours les visites...) , des concrétions se sont développées : des stalagmites.

La grotte se présente sous la forme d’une succession de salles sur 500 mètres.
Il s’agit d’une merveille géologique, les concrétions étant splendides, lumineuses, scintillantes, d’une blancheur remarquable.

On trouve des vestiges de la fréquentation animale : tels un crâne de bouquetin recouvert de calcite,un crâne d’ours (190 sont visibles sur le sol).

Aucune fouille ne sera effectué : tout n’est observé qu’à distance : distance spatiale pour une distance temporelle, espace, aussi de contemplation ...

Les ours des cavernes ont disparus il y a 15 000 ans.
Le climat lors de la présence de ces animaux était sec, froid : on y trouvait des ours, des lions, des rhinocéros laineux.
Les ours ont habités la grotte pendant au moins 20000 ans. On a trouvé 4000 ossements. La grotte était un lieu d"hibernation ; les ours se lovaient dans des bauges.

Les hommes, quant à eux, ont laissés des foyers qui servaient tant à l’éclairage qu’à la préparation des fusains pour les dessins ;
l’on a trouvé une sagaie en ivoire et des silex taillés ainsi que des empreintes de pas , de pieds nus dans de l’argile, sans doute d’un adolescent d’environ 12 ans.

Ces hommes étaient, comme nous, des homo sapiens sapiens.

Il y a eu deux phases de fréquentation de la grotte : il y a 32 000 ans au moins et une plus récente : environ 26000 ans. On a trouvé des mouchages de torche datant de cette date mais pas de dessins.

La grotte est constituée de deux secteurs, le rouge et le plus éloigné, le noir comportant des panneaux sublimes.

Nous avons vu un crâne d’ours de 50 cm.

Les artistes se servaient des parois, donnant ainsi du relief et de la perspective.
La couleur dominante est le rouge de l’ocre mais l’on trouve aussi du jaune ainsi une petite tête de cheval de 5 cm.
Il y a aussi des signes : des ronds alignés, des points.
Un grand panneau avec des points rouges identiques ; en fait il s’agit de paumes de mains ocrées. L’artiste a commencé par le bas. On peut reconstituer son geste, mesurer sa main : soit il s’agit de celle d’un adolescent ou d’une femme.

Sur un autre panneau, l’on trouve de paumes de main d’homme ; cet homme aurait fait 1m80 et a une particularité, un doigt tordu, ce qui fait aussi sa signature. ce panneau laisse deviner la forme d’un animal.

L’on trouve aussi une panthère mais un ours a griffé cette peinture sans doute intrigué par cette panthère...

Un rhinocéros laineux qui est L’animal de la grotte Chauvet !

Sur le plan technique, utilisation de l’estompe : repousser la peinture à l’intérieur ce qui donne du volume. Il s ’agit d’une pratique qui était inconnue jusque là.

Les animaux sont stylisés.

L’on trouve des mains positives ce qui est très rare contrairement aux mais négatives.

Chauvet présente des animaux dangereux,des prédateurs alors que dans les autres grottes l’on trouve surtout des chevaux, des cerfs...

Autres animaux : un hibou moyen duc, une superposition de chevaux, des aurochs, des rhinocéros qui s’affrontent, un bison en mouvement, un cerf mégacéros (de 3 mètres d’envergure dans la réalité...)

La salle du fond, la salle noire est splendide ; il s ’agit d’une fresque immense qui manifeste une construction, une élaboration du regard remarquables.

L’on trouve une niche avec un cheval et , de chaque coté, nous sont racontées des histoires peut-être celles de lions des cavernes qui chassent un troupeau de rhinocéros.
Un alignement de têtes bisons, de face ,qui arrivent sur nous, peut être apeurés par le troupeau de félins.

Intervention -manifestant son investissement et son enthousiasme- de Monsieur François Jacquart sur la restitution de la grotte et la démarche poursuivie :

Des repérages ont d’abord été effectués des espèces animales et végétales. il s’agit de ne pas bousculer l’ordre naturel.
Le site retenu est un site karstique de 20 hectares sont 7 utilisés.
Le projet va s’intégrer dans l’environnement. Il sera situé vers saint Remèze et semi-enterré ; le chauffage sera donc inutile.
L’ensemble des arbres qui seront enlevés (et non arrachés) seront replantés.
La circulation automobile sera réduite ; le petit parking éloigné (des navettes circuleront)

Il s’agit d’une reconstitution réduite : l’on passe de 8500 m2 à 3500 avec les mêmes caractéristiques d’humidité, de température et même la reconstitution des odeurs de la grotte.

Les carrières environnantes seront utilisées, celles de Ruoms et de Barjac.

Une équipe de faussaires va reproduire les peintures et dessins.
La grotte a été numérisée y compris avec des techniques permettant de reconstituer le relief, les profondeurs. Du verre sera utilisée pour les concrétions.

Le coût sera de 40 millions d’euros.

Ce projet constitue un pôle de développement de l’activité économique et cela durant toute l’année , ou presque : 10 mois.

Un partenariat aura lieu avec les agriculteurs locaux. 500 salariés vont travailler sur la reconstitution .

Il s’agira aussi d’un centre de découverte qui permettra des études de géologie, sur la vie des hommes, sur les techniques de dessins et cela en relation avec le site d’Orgnac.
Un pôle pédagogique va être conçu.

L’ouverture est prévue en 2014.

Nous avons une responsabilité, celle de transmettre ce patrimoine.

*************

Des données reprises du site du ministère de la culture :

LA DÉCOUVERTE

Le dimanche 18 décembre 1994 sur le cirque d’Estre, Jean-Marie Chauvet, conduit ses deux amis Éliette Brunel et Christian Hillaire vers les falaises : un léger courant d’air, émanant d’un petit trou, au fond d’une petite grotte a attiré son attention et il veut en avoir le cœur net. Leur passion à tous trois est la spéléologie, et ils ne comptent plus les découvertes et les premières. L’après-midi est avancée et la petite cavité, dans laquelle ils pénètrent, est déjà connue, située tout près d’un chemin de grande randonnée. Mais là, derrière l’éboulis, il y a quelque chose c’est sûr, alors ils creusent et dégagent un passage dans lequel ils se faufilent. Ils finissent par surplomber un vide obscur, ils n’ont pas assez de matériel pour continuer. Ils rejoignent leurs véhicules alors qu’il fait déjà nuit, prennent l’essentiel, hésitent un peu, et finalement, retournent à leur découverte. Ils descendent par leur échelle spéléologique et découvrent une vaste salle au plafond très haut remplie de splendides concrétions scintillantes. Ils progressent en file indienne vers une autre salle, tout aussi vaste, et admirent les inattendues beautés géologiques qui les entourent. Ils aperçoivent aussi des ossements d’animaux. Ils parcourent presque tout le réseau et sur le chemin du retour, Éliette aperçoit dans le faisceau de sa frontale un petit mammouth à l’ocre rouge sur un pendant rocheux : " Ils sont venus ! " s’écrie-t-elle et, à partir de cet instant, ils observèrent avec attention toutes les parois, découvrant des centaines de peintures et de gravures.
Leur vie bascula. De retour, chez Éliette, ils relatent leur aventure à sa fille qui, ne les croyant pas, les oblige à retourner à la grotte : il est plus de 21 heures, et malgré la fatigue et les émotions, ils cèdent. Ils font d’autres découvertes et ressortent, certes émerveillés, mais aussi avec une certaine anxiété face à tant de responsabilités. Le samedi suivant, la veille de Noël, ils décident de protéger le sol en recouvrant la trace de leurs empreintes d’un lai de plastique, matérialisant ainsi un chemin sacrifié qui sera emprunté par tous, désormais.
Après déclaration de la découverte, Jean-Pierre Daugas Conservateur du Patrimoine à la Direction régionale des affaires culturelles Rhône-Alpes avertit Jean Clottes alors conseiller scientifique au Ministère de la Culture et spécialiste des grottes ornées pour une authentification. Le 29 décembre 1994, sous la conduite des découvreurs, l’expédition est montée.

L’ESPACE ET LE TEMPS

Il y 130 à 100 millions d’années cette partie de l’Ardèche était constituée de hauts fonds marins entourant l’île qu’était le Massif Central. Les dépôts coquilliers, coralliens et autres fossiles ont produit des couches très épaisses formant un socle. Depuis l’ère tertiaire, l’Ardèche creuse ce socle en de nombreux méandres. La combe d’Arc prend place au creux d’un méandre de l’Ardèche. Le méandre suivant est celui du Pont d’Arc, curiosité géologique qui devait être encore plus imposante aux temps préhistoriques. Au quaternaire (il y a moins de deux millions d’années), les eaux se sont infiltrées et ont formé les cavités souterraines. Toutes proches de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc, d’autres cavernes ont reçu la visite des hommes préhistoriques, quelques unes sont ornées.
Les conditions climatiques à l’époque de l’Aurignacien dans la région devaient alterner phases tempérées et froides. Cependant, le froid domine et on assiste à la mise en place de paysages steppiques (grandes étendues de savanes, avec des bosquets d’arbres dans les vallons et près des rivières). Les animaux sont ceux représentés dans la grotte. Il s’y ajoute très probablement des petits mammifères comme les renards, les lièvres variables ou les lapins, mais aussi les lagopèdes et les loups.

La culture aurignacienne est très étendue avec des concentrations dans la région du Haut-Danube en Allemagne, en Autriche, en Slovaquie dans la région de la Moravie, en Espagne dans la région de Santander. En France, les Aurignaciens se sont installés dans les petites vallées, dans la région des Eyzies-de-Tayac en Dordogne et dans le Piémont pyrénéen. La présence de cette civilisation est très discrète en Ardèche si on excepte la grotte Chauvet-Pont-d’Arc. Dans les gorges de l’Ardèche, on peut citer les silex issus de l’Aurignacien ancien retrouvés dans la grotte du Figuier (Saint-Martin-d’Ardèche) et le petit abri des Pêcheurs (Casteljau). Dans le département voisin du Gard, on mentionnera la grotte d’Oullins et surtout le site d’Esquicho-Crapaou (Sainte-Anastasie) qui a livré des dates de 34.000 à 32.000 ans.
L’Aurignacien se distingue des cultures précédentes par de nombreuses améliorations dans la taille du silex, par une diversification des outils et par des innovations. Les outils sont façonnés sur lames et non plus sur éclats. Les types sont normalisés : grattoirs pour préparer les peaux, burins pour travailler l’os et graver. Le bois de cervidés, l’os et l’ivoire sont utilisés pour fabriquer des armatures de chasse. Les Aurignaciens n’employaient pas le propulseur et l’arc non plus. Il n’a pas été retrouvé d’aiguilles à chas, les vêtements devaient être plus grossièrement assemblés que dans les périodes plus récentes.
Parmi les innovations, figure le développement de la parure corporelle : coquilles percées, dents percées et autres pendeloques en os s’associent à des bracelets et des perles d’ivoire.
Cependant, le soudain épanouissement de l’art monumental dont témoigne la Grotte Chauvet-Pont-d’Arc est bien l’invention majeure de cette culture.
Des datations directes effectuées en 1995 ajoutent une dimension inattendue à la découverte. En effet, trois échantillons pris sur deux rhinocéros et un bison tracés au charbon ont donné des dates comprises entre 30 340 et 32 410 avant le présent. Compte-tenu des marges statistiques, cela signifie que ces peintures ont été faites à une date très ancienne, autour de 31 000 ans avant le présent, dans un intervalle de 1 300 ans. La datation (26 120 ±400) d’un mouchage de torche superposé à la calcite couvrant un dessin prouve que certaines au moins des représentations ont bien été effectuées à des dates très anciennes et que l’on doit écarter l’hypothèse, au demeurant fort improbable, de visiteurs solutréens ou magdaléniens qui auraient ramassé sur le sol des charbons aurignaciens et s’en seraient servi pour tracer leurs dessins des milliers d’années après le passage des premiers occupants de la caverne.
es dates, les plus anciennes au monde pour des peintures, bouleversent nos conceptions de l’art pariétal. L’on savait que les aurignaciens de l’Allemagne méridionale, entre 35 et 30 000 ans, avaient créé un art mobilier sophistiqué avec des statuettes en ivoire à la fois naturalistes et stylisées. Cela montrait que les théories sur le développement linéaire de l’art, avec ses débuts frustes et maladroits à l’Aurignacien, suivis de progrès au fil des millénaires, n’étaient pas fondées. L’art étonnamment original et " évolué " de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc, contemporain de ces statuettes, prouve que l’invention artistique des Aurignaciens pouvait s’appliquer avec autant de bonheur aux parois des grottes, à la peinture et à la gravure, qu’à l’art mobilier et aux petites statuettes en ronde-bosse.

Le problème se pose à présent des relations entre les artistes de l’Ardèche et ceux du Jura Souabe. Les statuettes de Vogelherd et de Geissenklörsterle, malgré leur petit nombre, représentent des sujets identiques à ceux de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc : mammouths, félins, bisons, ours , cheval, rhinocéros. Il existe même un être composite, homme à tête de félin, sur le site du Hohlenstein-Stadel. Ces convergences traduisent-elles des relations directes entre Allemagne méridionale et Ardèche, par la vallée du Rhin et celle du Rhône ? Les thèmes mythiques, à cette époque, étaient-ils sensiblement différents de ceux que l’on connaîtra par la suite, lorsque la dominance du cheval et du bison succédera à celle des rhinocéros et des félins, ou s’agit-il d’un phénomène limité chronologiquement et géographiquement ?
Enfin, les thèmes représentés et la date très haute de certaines des peintures de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc vont à l’encontre des schémas de A. Leroi Gourhan, qui ont profondément influencé la recherche sur l’art pariétal depuis la parution de son ouvrage majeur en 1965. Son style I, corrélé avec l’Aurignacien, ne peut plus s’appliquer qu’à des sites archaïques, en majorité localisés en Dordogne. La nouvelle découverte échappe totalement à ce cadre. Quant à la structure de la cavité, et plus particulièrement à l’organisation des panneaux, avec des félins et des rhinocéros en position centrale dominante, elle est contraire aux idées, longtemps admises, de Leroi-Gourhan, pour qui les félins, par exemple, devaient se trouver sur les marges, dans les entrées ou dans les fonds.
L’étude de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc ne fait que débuter. Au cours des années qui viennent, une masse considérable d’informations viendra s’ajouter à ces premiers éléments, et d’autres surprises sont probables. Cependant, l’importance et l’originalité de cette caverne ardéchoise sont telles, même à ce stade préliminaire, que l’on peut dès à présent être certain que, comme ce fut le cas lors de la découverte d’Altamira et de Lascaux , notre connaissance des premières manifestations artistiques de l’humanité va franchir un palier décisif.

La découverte a causé un choc, tant la grotte a paru importante et originale, même aux non spécialistes. Ce sentiment tient à plusieurs causes. La première est le bestiaire figuré avec ces rhinocéros, ces lions et ces ours. Généralement, les animaux représentés dans les cavernes paléolithiques sont des animaux chassés, même si leurs proportions ne coïncident nullement avec les tableaux de chasse tels que nous les connaissons d’après les fouilles d’habitats. Ici, les animaux dangereux, qui ne figuraient pas au menu des paléolithiques, sont largement majoritaires (plus de 60 % des animaux déterminés, si on rajoute le mammouth).
Les techniques utilisées, c’est-à-dire la façon dont ces animaux ont été représentés, sont elles aussi étonnantes, surtout par l’usage constant de l’estompe et les recherches de perspectives. Ces raffinements tranchent avec les images auxquelles nous sommes habitués.
La qualité esthétique dans le rendu des œuvres individuelles comme dans leur mise en scène sous forme de compositions pleines de force et de vie concourt également au sentiment d’originalité. Un grand nombre de peintures noires se ressemblent tellement quelles sont certainement dues à un seul et même grand artiste animalier, un maître du trait, à moins que cet artiste n’ait été accompagné de certaines personnes (acolytes, aides) qui partageaient ses conventions et ses techniques.
La localisation de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc dans l’Ardèche change notre optique sur les grottes ornées. Jusqu’ici on considérait qu’il existait des centres majeurs pour l’art des cavernes, le Périgord-Quercy, les Pyrénées, la côte cantabrique, et que le reste comprenait des groupes mineurs comme l’Ardèche, la Meseta et le sud de l’Espagne, le sud de l’Italie, quelques grottes dispersées çà et là. La découverte ardéchoise, qui fait suite à celle de la grotte Cosquer, illustre l’étendue de notre ignorance puisque des grottes originales de toute première importance peuvent encore surgir dans des régions autres que les grands centres. Avec la Grotte Chauvet-Pont-d’Arc, l’Ardèche prend place parmi les " classiques " de l’art pariétal.


Sites favoris


20 sites référencés dans ce secteur