Musiques et chants sépharades / Músicas y cantes sefardíes

mardi 27 juin 2006
par  Thierry MULLER

Le 31 mars 1492, les Rois Catholiques signaient en la ville de Grenade, le Décret d’expulsion des juifs de la Couronne de Castille. De 70000 à 170000 personnes (suivant les chiffres, très variables, des grands historiens) partaient pour un exil définitif vers différents horizons, majoritairement au début vers les pays de l’actuel Maghreb et le Portugal (provisoirement). Par la suite, la communauté sépharade essaimera vers les Balkans : la Grèce à Salonique, la Turquie à Istamboul, la Bosnie Herzegovine (surtout à Sarajevo). Actuellement, il existe un groupe important qui vit à New York et, bien sûr, en Israel, mais aussi au Vénézuela, en Argentine. La France compte une communauté sépharade de 300 000 personnes essentiellement dans la banlieue parisienne et le Sud - Est de la France (Montpellier, Béziers, Carcassonne, Perpignan, Sète, Marseille et sur la côte d’Azur). Ces juifs étaient arrivés en Espagne vers le VIe siècle, peut-être même avant, suivant certains historiens, et avaient contribué, largement, à l’épanouissement intellectuel et culturel du pays, surtout dans le domaine des Sciences, de la Philosophie et des Lettres. Plus ou moins acceptés, suivant les époques et les Royaumes (Castille, León, Aragon), ils subiront des brimades et des restrictions de leurs droits.Contrairement à ce qui a été dit, leurs relations avec les Musulmans ne seront pas toujours idylliques, l’un des tous premiers massacres se produira à Grenade en 1066, cependant, malgré cela, leurs liens avec ces derniers se resserreront face aux exactions chrétiennes. Ils seront même, dans certains cas, leurs premiers ministres. La tradition veut qu’ils aient emporté en exil, la clef de leur maison, montrant, ainsi, leur volonté de revenir quand les temps seraient meilleurs. Mais, dans le domaine qui nous intéressse, ils ont surtout contribué à sauver de l’oubli un riche patrimoine musical : les Romances. Nous sommes sûrs que vous apprécierez ces joyaux chantés en langue espagnole du XVe siècle, mais transformée et enrichie, encore, par les apports lexicaux des différents pays hôtes.

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En guise d’introduction

Dans toutes les sociétés, les fêtes ont toujours été l’occasion d’exprimer les sentiments et, bien souvent aussi, la foi qui habitent l’être humain. Avant même que les grandes religions existent, on peut raisonnablement penser qu’il existait des fêtes qui se rattachaient au culte du soleil et à ses saisons, les fêtes du solstice d’hiver et d’été et les équinoxes ainsi que les grands moments qui les accompagnaient : semailles, récoltes, transhumances, activités plus intérieures de l’hiver etc.

Les grandes religions venant, chacune d’entre elles, a tenté de faire oublier l’aspect païen que revêtaient ces fêtes, en leur donnant des noms différents, dans un premier temps en les superposant aux anciens noms, puis, lentement mais sûrement, en les imposant et en soumettant ces anciens peuples. Il n’est qu’à voir dans nos sociétés chrétiennes, le combat entre le solstice d’été et la fête de de la Saint Jean, et celui d’hiver et les fêtes de Noël ou de l’Epiphanie, dans le cas de l’Espagne. On pourrait multiplier les exemples, y compris dans les figure religieuses : le Christ et le soleil, la Vierge et la lune etc.
Ce qui est dit là, peut bien sûr s’appliquer au monde de l’Islam, rappelez-vous la difficulté et l’incompréhension qu’avez subies le Prophète Mahomet dans sa propre ville de Medina, lorsqu’il avait voulu précher la nouvelle religion aux gens de la ville, qui pratiquaient, alors, divers cultes.

C’est donc, tout naturellement, que l’une des plus vieilles religions du monde a donné des noms aux jours du calendrier juif et a fixé les grands moments religieux de l’année, sans oublier de célébrer les grands moments personnels de la vie de la femme et de l’homme juifs.
Il va sans dire que toutes ces fêtes, s’accompagnent d’un rituel et de chants.Dans le cas, qui nous intéresse, c’est à dire la Communauté Sépharade, les chants religieux de par leur nature sacrée étaient entonnées dans la langue sainte, l’Hébreu, alors que dans le cadre plus intime et moins contraignant de la maison, on pouvait se laisser aller à pousser la chansonnette, dans une langue qui était bien plus familière au peuple que ne le pouvait être la langue sacrée, la langue des savants du Livre.

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On chantait donc, en castillan, en aragonais, en galicien, en catalan les baptêmes, la circoncision, les communions, les mariages et dans une moindre mesure la mort, bien que cette dernière apparaisse constamment à travers les chants d’exil [1], exil qui n’est pas autre chose qu’une petite mort, pour ne pas dire, la mort elle-même.La douleur qu’a pu ressentir ce peuple s’est cristallisée sous la forme de merveilleux chants, paradoxalement interprétés en espagnol. [2]

Nous disons paradoxalement, car on aurait pu s’attendre, de la part de ce peuple, à un rejet de tout ce que représentait l’Espagne qui les avait expulsés.Et pourtant, c’est bien dans cette langue qu’il les chante,car cette langue les unit et les différencie des autres communautés juives, la communauté ashkénaze [3] en particulier, qui ne les comprennent pas toujours, et qui parfois même, les considèrent avec grand mépris : le sépharade est souvent vu comme un réactionnaire peu cultivé.

Il va sans dire, que cette langue, va se transformer au fil des années, au contact des peuples qui vont leur offrir l’hospitalité. Les sépharades ne l’emploient pratiquement que dans les chants, la langue de l’hôte (le turc, l’arabe, le français, et l’anglais plus tard) s’étant progressivement imposée pour des raisons évidentes de commodité d’échanges. Seules les personnes âgées pratiquaient encore, dans le quotidien, cette langue.

Heureusement depuis quelques temps, un mouvement inverse se fait sentir, surtout dans les milieux intellectuels.Il existe même des journaux dans cette langue. Nous ne rentrerons pas dans les détails d’ordre lingüistique, qui bien qu’intéressants, nous éloigneraient de notre sujet.Sachez simplement qu’il existe plusieurs variantes de cette langue, au point que l’on peut parler de langues différentes.

De la naissance à la mort : les Fêtes

Tout d’abord, celles qui entourent la naissance et surtout la circoncision [4], qui se produit huit jours après l’arrivée au monde de l’enfant.
Il y a des prières destinées à l’enfant, mais aussi des chants à la louange de la mère.Parfois les chants bénissent le rabbin, voire même la sage-femme.Il va sans dire que la naissance d’un garçon est un moment culminant dans la vie d’un homme juif.

Pour les filles, hélas, il en allait un peu différemment, car celles-ci étaient souvent considérées comme un problème : elles rapporteraient moins, il y aurait des frais pour son trousseau de mariée.D’où des fêtes moins somptueuses, pendant lesquelles on donnait le nom à l’enfant.
Pour bercer les nuits de l’enfant, on chantait des nanas [5], des berceuses bien souvent interprétées par les mères ou les grands-mères (’nana’=abuela ex:en Andalousie. On peut trouver la forme ’nona’ à Sarajevo) et d’autres encore, pour conjurer les mauvais sorts et lutter contre les esprits maléfiques.

L’enfance est bercée comme nous l’avons déjà dit par les "nanas", ou berceuses, mais elle est aussi l’époque où l’enfant commence à chanter, après avoir entendu les adultes le faire (des romances, des chansonnettes, des refrains " à la mode"). De plus, comme dans toutes les sociétés, on trouve des chansons qui accompagnent les jeux avant que la sega, mega et autres gagas n’apparaissent dans le paysage de l’enfant et ne lui fasse oublier les plaisirs simples du plein air. Enfin, n’oublions pas, non plus, qu’à trois l’enfant commençait à lire certains livres de la Bible sous la férule du rabbin et, que pour l’avoir vu ou entendu, nous savons l’importance que revêt le chant à ce moment précis.

Le passage du monde de l’enfance à celui de l’âge adulte se fait par la cérémonie que l’on appelle la Bar Mizva.Notre jeune garçon a, alors, 13 ans et un jour.Le voilà appelé à lire la Torah dans la Synagogue (’lieu de rassemblement’ en grec), quand nous disons lire il faudrait plutôt dire psalmodier, chanter les textes.De plus il porte autour de son poignet et sur son front, deux petites caissettes faites en cuir et qui contiennent des passages du Pentateuque, l’un des livres de la Bible comme nous l’avons dit plus haut. C’est à la maison que se fait la préparation de cette fête capitale, on baigne le garçon et on chante pour lui.

Le temps passe et notre enfant a encore grandi.Il est sur le point de se marier. On a fait intervenir pour cela une femme qui fait le lien entre les deux familles, et on a demandé la main de la fille. Ensuite, on passe devant un notaire et un rabbin pour le contrat de mariage (’ketubá’) : ne sait-on jamais ? On écrit les biens amenés par les futurs époux, on parle des éventuelles amendes pour rupture de promesse de mariage et bien sûr, on chasse, parfois, les esprits qui pourraient venir semer la zizanie et empêcher le mariage. Tous ces moments sont reflétés par des chansons que nous verrons lors de l’étude des disques proposés à votre jugement.

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Il n’ y a pas de mariage sans trousseau ’ajuar’.Pour ceux qui allaient en Espagne, il y a encore à peu près 25 ans de cela, ils pouvaient leur arriver de voir broder des jeunes filles, un trousseau complet (draps, vêtements, mouchoirs etc), car le mariage marquait une nouvelle vie et qui disait nouvelle vie, disait changement complet de la garde robe. Pour les jeunes filles judéoespagnoles, il en allait de même, avec en plus la confection d’objets particuliers tels que la poche où l’on entreposent les phylactères, ou bien le châle rituel blanc (’talit’) que l’on voit, par exemple, couvrir la tête des jeunes époux ou les épaules du garçon qui prie.

Ce trousseau était, prestige oblige, exposé, avant la noce, aux yeux de la famille du futur époux [6]
C’était l’occasion de voir, s’il ne manquait rien et si la future belle-fille savait broder, donc travailler, correctement. Et surtout parce que l’on évaluait le prix du trousseau qui comptait dans le contrat de mariage en tant qu’ apport de la jeune mariée [7].
Au passage, signalons l’importance qu’avait "les chansons de belles-mères" . On priait le ciel d’accorder à la belle-fille, une gentille belle-mère ou, on la maudissait intérieurement.

Voici d’ailleurs un exemple tiré du disque "Gül Pembe" Arion-ARN 64632) de la chanteuse sépharade d’origine turque, Claire Zalamsky :

Las esuegras de agora

"Las esuegras de agora
son guzanos de pared
Los malmeten a los ijos
I los azen deprender
No maldigash la mi mama
No maldigash sin razón
Eya kuando era mosa
Izo el amor kon mi sinyor
Yo ize el amor kon tu padre
Salyo vero y me tomo
Los mansevikos d’agora
Vos deshan kon la dolor."

Les belles mères d’aujourd’hui.

Les belles mères d’aujourd’hui
Sont comme des insectes qui rongent les murs
Elles asticotent tant leurs enfants
Qu’elles les obligent à se séparer
Arrêtez de médire, ma mère,
Arrêtez de médire sans raison
Vous-même lorsque vous étiez jeune
Vous avez fait l’amour avec mon père !
Oui, j’ai fait l’amour avec ton père !
Il était honnête, il m’a épousée,
Alors que les jeunes gens d’aujourd’hui
vous laissent avec votre douleur !
"

Mais avant toute noce (un jour ou deux avant), les femmes - y compris la future belle-mère (la "esuegra" en judéoespagnol) et la promise se rendaient, en chansons, au hammam. Là, elle sera déshabillée par une femme qui exerce cette fonction et qui se chargera que l’eau recouvre, suivant les préceptes, trois fois son corps.C’est elle aussi qui priera pour la jeune fille. Ce n’est qu’ensuite que les femmes du cortège pourront rentrer pour sècher, parfumer et revêtir de la chemise blanche, symbole de virginité, le corps de cette jeune fille.

Ce que nous vous disons là, correspond à une cérémonie type. Il y a una quantité très importante de variations dans les pratiques qui entourent ces phases clef. Nous ne pouvons les résumer ici. Ce n’est que lors du commentaire d’un disque , que nous pourrons ajouter, telle la cerise sur le gâteau, le petit détail qui fait le charme de cette variante perceptible dans la chanson.

Pour des raisons de même nature, nous ne pouvons relater l’incroyable variété des vêtements utilisés lors de ces cérémonies. L’habit de la mariée est un poème, que nos pauvres mots et surtout la place restreinte de la section, nous empêche d’exprimer pleinement. Les gens qui connaissent la Maragatería léonaise ou le village de la Alberca dans la province de Salamanque, pourront s’en faire une idée assez exacte, tant les costumes sont proches.

Le mariage religieux pouvait avoir lieu à la Synagogue ou, dans la maison des fiancés. On conduisait,en chantant, la jeune fille, qui devait garder les yeux fermés,jusqu’à la maison du futur époux et là seulement, elle pouvait les ouvrir à nouveau.On l’installait sur une sorte de trône fleuri, que l’on retrouve, d’ailleurs, dans d’autres mariages orientaux. Derrière ce trône on place, le drap qui sert à couvrir la Torah. A ses côtés se placent la mère et la belle-mère ainsi que le futur époux qui demeure debout (pour la protection symbolique de la jeune fille) et enfin le rabbin, ou celui qui le représente.

La pose, assez rigide, ainsi que la tenue vestimentaire de la mariée, nous rappelle, ces jeunes filles que l’on appelle "Mayas" en Espagne et qui sont exhibées telles des statues vivantes au regard des pélerins.Dans le cas des mariages judeoespagnols, c’est pouyr recevoir les saluts et les bénédictions des invités.

On dresse ensuite le dais nuptial (la jupá) , un drap tendu sur 4 supports en bois, le rabbin lit le fameux contrat de mariage et bénit le vin que boiront ensuite les jeunes mariés avec les 7 bénédictions rituelles.Viendra ensuite, le dépot, sur l’index de la fiancée, de la bague achetée par le fiancé. Cet anneau, outre sa signification classique, rappelle que le lien entre entre Israel et Dieu est éternel.Enfin le fiancé, autre symbole, brise le verre "la copa" qui rappelle la destruction du Temple de Jérusalem et la destruction des premières Tables des Lois. Ce geste rappelle aussi aux jeunes mariés la fragilité de leurs existences.

Suive une série de cris en judéoespagnol ou autre, les cris variant suivant les pays, voire les régions et qui sont une adaptation locale du Mazel Tov (Meilleurs voeux !)
Après la cérémonie vient le banquet avec quelques chansons parfois alertes, et où l’humour pétille au détour d’un couplets. Nous pensons tout particulièrement à une chanson qu’intrerprète le groupe Gerineldo - "la cena del desposado" Edit.saga KPD-10897- et dont nous reparlerons un peu plus loin. Elle dit à peu près cela :

"Donnez au fiancé affamé son souper ;
Donnez lui une sardine, une soupe de navets
et un mauvais pain noir
pendant ce temps là,
la mariée se régalera d’un bon pain blanc
et de la chair d’une belle poule.

Rien ne presse
car le lit n’est pas prêt,
et l’amour devra attendre demain.
" [8]

Au cours de ce banquet, on peut entendre jouer des orchestres composés d’un oud (le luth oriental), d’une darbuka (tambour oriental que l’on connaît bien en France), d’une ou deux naï (flûtes en roseau) ou d’une flûte traversière (son remplaçant moderne), d’un kannun (sorte de psaltérion ou cythare posé sur une table et possédant 72 cordes), d’un violon ou d’un équivalent local (par exemple le rebab) et bien souvent d’un pandero (le tambour de basque : un petit tambour à cadre en bois, muni de petites cymbales métalliques). La voix des cantaderas (mot judéoespagnol pour désigner une chanteuse) résonne. Les couplets vantent les mariés,leur générosité et l’excellence du festin.

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Mais vient le moment pénible pour la fiancée et sa famille : celui de la séparation [9]. La famille du fiancé entonne des chansons dans lesquelles elle réclame, parfois avec une certaine insistance, le départ de la jeune mariée vers son nouveau foyer. De part et d’autre, on prodigue des conseils à la jeune femme, pour sa nuit de noce, pour sa vie de femme et surtout, on lui rappelle son obligation de fidélité matrimoniale.

La vie n’a qu’un temps, "la vida es un pasaje", dit une chanson célèbre du répertoire judéoespagnol et voilà que résonnent les endechas ou chansons de deuil, qu’interprètent des pleureuses professionnelles. Avant cela on a lavé le corps du défunt et on l’a revêtu de son suaire comme le réclame la religion.
La famille va vivre recluse pendant une période de sept jours.Seuls les amis pourront pénétrer dans la maison pour présenter leurs condoléances et dire une prière pour le mort.

Chants et cycles naturels

Comme nous l’avions évoqué un peu plus haut, l’homme a toujours ressenti le besoin de se fixer des repères dans l’année. Pour cela, il a observé la course de l’astre solaire, mais aussi celle de la Lune (musulmans, juifs).
Il a aussi observé les étoiles du ciel (pour les gens des déserts, c’est là un repère infaillible) et, bien sûr, les modifications perceptibles qu’entraînent, sur terre, le changement des saisons et quand il a compris la périodicité des choses, il a pu établir un calendrier avec une date fixe pour début d’année, et une autre pour la fin . A tout cela, il convient d’ajouter les grands moments de la vie d’un peuple.Les moments de joie quand les récoltes se précisent, quand on triomphe de l’ennemi et que l’on fête un sauveur etc, mais aussi les moments tristes et douloureux, comme la mort d’un grand roi, d’un exil collectif ou bien même d’un massacre.

Tous ces événements, que nous venons, sommairement, de résumer, ont joué un grand rôle parmi le peuple juif et bien sûr dans le cas qui nous intéresse, dans l’une des ses composantes : les juifs d’Espagne, c’est à dire les Sépharades.
Une fois de plus, les sources musicales assez nombreuses, nous montrent que les chants liés au Cycle Annuel se font en deux langues.D’un côté, nous avons les chants sacrés pratiqués dans les synagogues et qui, de par leur nature particulière, n’admettent que l’Hébreu, mais de l’autre, on trouve les chansons que la famille interprète à la maison.Suivant le niveau culturel, on pratique la langue sacrée, mais dans la plupart des cas, et dans un souci d’unité communautaire, on pratique le judéoespagnol. Par la suite et par volonté d’intégration au pays qui abrite ces communautés ( surtout chez les jeunes), on le fait dans la langue locale.

Dans la plupart des disques que nous possédons, ces chansons rituelles ou non, sont en judéoespagnol, dans l’une des variantes régionales. Ainsi, si la chanteuse est d’origine turque, c’est le cas pour Claire Zalamnsky (voir note 7), ses chansons refléterons, non seulement le parfum musical de la Turquie (rythme, instruments), mais aussi l’imprégnation lingüistique née au contact des habitants de ce même pays. Une série, non négligeable de mots turcs, va venir "contaminer" la langue de la communauté sépharade.Il en va de même en Grèce, avec le grec, au Maroc, avec l’arabe dialectal pratiqué dans ce pays etc. Le phénomène se complexifie lorsque dans les pays que nous venons de nommer, les parents juifs se méfiant de l’Education scolaire locale, placent leurs enfants dans une école française ou allemande et plus tard anglaise, surtout vers le dernier tiers du XIXe siècle et pendant une première moitié du suivant. Nous aurons des enfants juifs, parlant 3, voire 4 langues...Les parents devaient en perdre leur latin ! En voici un exemple extrême :

Fel Shara [10] (Chanson de cabaret sépharade turc)

"Fel Shara canet betet masha
la signorina aux beaux yeux noirs
como la luna etait la sua facia
qui eclairait le boulevard
Volevo parlar shata metni
because her father was a la gare
y con su umbrella darabetni
en reponse a mon bonsoir
Perche’ my dear tedrabini
kuando yo te amo kitir
and if you want tehebini
il n’y a pas lieu de nous conquerir
Totta la notte alambiki
et meme jusqu’au lever du jour
and every morning ashtanaki
pour le voue de notre amour."

(à suivre)

©Thierry Muller.


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Djudeo-Espanyol <> Castellano <> English <> Turco", c’est à dire le Dictionnaire. Un très bon dictionnaire en ligne pour passer du djudeoespagnol à l’espagnol ou à l’anglais pour les non hispanistes. Chaque mot est employé dans une phrase.

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Djudeo-Espanyol <> Castellano <> English <IMG//> http://www.legadosefardi.net/Documentos/diccionario.pdf] de Ladino a Español" (.pdf)

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- Quelques liens pour les enluminures :
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Algunos enlaces muy útiles para acceder a una riquísima iconografía judía :

Voici quelques exemples de la British Library.
Algunos documentos de la British Library.
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2. 3. 4.
5.
Hagadá Dorada de Barcelona->
6.
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[1Cette chanson, bien que moderne, exprime parfaitement la peine ressentie par la communauté juive qui partait pour l’exil :

La Yave de Espanya (Musique et paroles de Flory Jagoda)

"Onde esta la yave ke estava en kashon
Miz nonus la trusheron kon grande dolor
De su kaza de Espanya, de Espanya.
S’huenyoz de Espanya"

La clef d’Espagne

"Où est la clef qui se trouvait dans le tiroir ?
Mes ancêtres l’avaient amenée d’Espagne, le coeur douloureux
Elle venait de notre maison en Espagne.
Rêves d’Espagne.
"

(Voice of the Turtle - Balkan vistas Spanish dreams vol.3 - Titanic Ti-203)

Trad.Thierry Muller

[2Pour faire simple, disons qu’il existe deux formes d’espagnol. La première,le "ladino" sert à traduire mot à mot l’Hébreu des textes bibliques. La deuxième est le "Djudeo" (le judéoespagnol), qui dérive de l’espagnol parlé au XVe mais enrichi d’emprunts étrangers.

[3Juifs provenant d’Allemagne, de Pologne, de Russie, de l’ancien empire austro-hongrois et plus généralement d’Europe de l’Est.

[4Exemple de chant populaire qui traduit la joie manifestée pour la circoncision de l’enfant :

"Qué vayan y vengan a ver,
a ver al niño que van a circucir"

"Venez voir, venez voir
l’enfant qu’on va circoncire
"

[5En voici un exemple célèbre que l’on retrouve en Bosnie Herzégovine(Il en existe plusieurs variantes) :

Durme kerido ijiko

"Durme durme kerido ijiko
Durme sin ansya i dolor
Uu hay (palabras en Hebreo) hay hay
Serra tuz luzyoz ujikoz
Durme durme con savor.

De la kuna saliraz
A la shkola tu entraraz
I tu ayi mi kirido ijiko
A meldar te ambezaraz.

Estribillo...
De la shkola saliraz
Novia ermoza tomaraz
I estonses kirido ijiko
Kriaturaz teneraz.
"

Dors mon petit enfant chéri

"Dors mon petit enfant chéri
Dors sans crainte ni douleur
(série de mots en hébreu)
ferme tes beaux petits yeux
Dors autant que tu le veux
Tu sortiras de ton berceau
pour aller à l’école
et, là, tu apprendras à lire [la Torah]

Refrain...

Ensuite de l’école tu partiras
Tu choisiras une belle fiancée
et alors, mon petit enfant chéri
tu auras des enfants.
"

Trad.Thierry Muller

[6El ajuar de la novia

"Axuar nuevo, delante vos lo pondré
suegra y cuñada, no tengaís que decir
que nuestra novia mucho lo veló al candil".

Le trousseau de la fiancée

Un trousseau nouveau
devant vous j’exposerai
chère belle mère et chère belle soeur
pour que vous ne trouviez matière à critique
car notre fiancée a beaucoup veillé,
à la lumière d’une bougie, pour le fabriquer"

Version recueillie à Tanger par Susana Weish Shahak et interprétée par le groupe espagnol Aljibe ("La marca del Oricuerno" SCD-642) Trad.Thierry Muller

[7El regateo de las consuegras

"Poko le dash la mi consuegra
Poko le dash a vuestra ija
Vuestra ija la kerida

Yo le di syete shalvares
Ke se toke kada diya

Estribillo
Poko le dash la mi konsuegra...

Yo le di restas de oro
ke se las goze con el novyo

Estribillo
Poko le dash mi konsuegra.
"

Le marchandage des belles-mères

"Refrain
Vous donnez bien peu ma commère
Vous donnez bien peu à votre fille
Votre fille bien aimée...

Je lui ai donné sept "chalvares*"
pour qu"elle en change chaque jour

Refrain
Vous donnez bien peu...
Je lui ai donné une parure d’or
pour faire honneur à son mari

Refrain
Vous donnez bien peu"
.

*culottes bouffantes

Version et traduction tirées du disque "Gül Pembe" de la chanteuse sépharade d’origine turque, Claire Zalamsky " (Arion-ARN 64632)

[8La cena del desposado
"Dad al hambriento novio su cena ;
dadle una sardina, sopa de nabo y pan negro,
mientras la novia disfruta del pan blanco y gallina.

No hay prisa ;
el lecho no está listo,
y el amor tendrá que esperar hasta mañana.
"

[9"Con muncha lecencia, madre buena,
que yo ya me vo’ con mi amado.
Hija, me vayás en mazal claro !

Vo lo digo, vo lo hablo ;,
que yo ya me vo’ con mi amado.
Hija, me vayás en mazal claro !
D’hoy en este día vos dan marido,
vos, la linda novia, sabés servirlo,
vos y el vuestro lindo amor.

A servirlo y a ho(n)rarlo,
metelde la mesa, espacialde el claro
hacelde la cama, echadvos al lado.

Vo lo digo, vo lo hablo,
que yo ya me vo’ con mi amado.
Hija, me vayás en mazal claro !"

Arboleras (Sofia)

[10Source : Zemerl.com


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