Les dernières publications de Jean-Luc NANCY : sur l’Adoration, la détrempe chez Atlan et la question de l’identité.

mercredi 24 mars 2010
par  Lydia COESSENS

Jean-Luc Nancy, ancien professeur de philosophie à l’université de Strasbourg de 1968 à 2004 , également à San Diego, et professeur invité à Berlin et Berkeley, proche de Jacques Derrida, a développé une pensée postmoderniste dans plusieurs ouvrages analysant les enjeux liés au structuralisme, avec Philippe Lacoue-Labarthe (L’Absolu littéraire, 1978 et Le Mythe nazi, 1991) et avec Jean-Christophe Bailly (La Comparution, 1991). S’intéressant à l’impact des images sur notre société, il a publié également Evidence du film et Au fond des images.

Jean-Luc Nancy, L’Adoration Galilée - mars 2010
Ce livre constitue le second volume de Déconstruction du christianisme dont le premier s’intitulait La Déclosion. Si ce dernier mot voulait indiquer la nécessité d’ouvrir la raison à une dimension non pas « religieuse » mais transcendant la raison elle-même telle que nous avons trop pris l’habitude de la comprendre, l’« adoration » essaie maintenant de nommer le geste de cette raison déclose.
Ce mot qui semble relever exclusivement de la religion ou de l’amour – sinon du jargon mondain ! – dit la parole adressée à ce qui dépasse la signification. Cette adresse, qui n’est pas plus philosophique qu’elle n’est religieuse, qui ne se range ni sous le concept ni sous le culte, peut se signaler, sans doute, par la poésie et l’art mais ne s’y limite pas non plus.
Ce qu’on essaie de penser ici – tout au moins d’entrouvrir à la pensée – c’est une façon, une allure de l’esprit pour notre temps où le « spirituel » semble devenu si absent, ou si sec, ou si frelaté.
- Présentation de l’éditeur -

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Jean-Luc Nancy, Atlan, les détrempes Hazan - mars 2010

Synopsis

Atlan (1913-1960), qui est surtout connu pour ses empâtements, parcourus de tracés noirs comme gravées dans le signe qui précéderait le temps de la Lettre, a su renouveler sa technique, surtout à partir de 1957, grâce à la fluidité du procédé de la détrempe. Le matériau ici va susciter une nouvelle expression. Le transfert de la couleur délayée mais vivace, de l’huile sur le carton lisse, nouveau support, crée la détrempe. Une couche picturale apte à la fluidité, à la manipulation virtuose, aux variations de la densité et de l’épaisseur des pâtes, et, en conséquence, à l’agencement des formes. Le rendu final, au premier abord, pourra ressembler à une simple esquisse, ou apparaître comme un équivalent de la densité formelle des huiles. L’intérêt qu’Atlan suscitait chez des artistes tels que Sofù Teshigawara, grand maître de l’art floral, ou Taro Okamoto, explique en partie la renommée et la diffusion de son œuvre au Japon. Il n’est pas étonnant qu’il ait eu une influence sur la calligraphie moderne japonaise. La détrempe, dans ce qu’elle comporte tout à la fois de discipline et d’autonomie, peut s’apparenter à l’art du zen et du sumiye. Cette expérience et cette technique sont commentées et méditées ici par le philosophe et critique Jean-Luc Nancy, auteur d’un magnifique texte sur le Plaisir au dessin, rédigé à l’occasion de l’exposition du même nom organisée en 2008 par le musée des Beaux-arts de Lyon. Jean-Michel Atlan quitte l’Algérie pour Paris en 1930, où il étudie la philosophie à la Sorbonne. En 1941, il commence à peindre, puis il est arrêté en 1942, à la fois pour son activisme de résistant et parce qu’il est juif. Mis en prison, il échappe aux camps d’extermination en simulant la folie. Interné à l’hôpital Sainte-Anne, il en sort à la Libération. Quelques mois plus tard, il publie en novembre 1944 un recueil de poèmes qu’il illustre, Le sang profond et présente en décembre 1944 sa première exposition à la galerie l’Arc-en-Ciel.

Argumentaire
La rencontre d’un maître du pinceau et d’un philosophe : un art sans frontière.

http://images.google.fr/images?source=ig&hl=fr&rlz=1G1GGLQ_FRFR265&q=Jean+Michel+Atlan&lr=&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wi

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Jean-Luc Nancy, Identité , Galilée - janvier 2010

Ces fragments, arrachés par la stupéfaction : l’État dont je suis citoyen lance un débat national sur l’identité nationale. Serait-elle perdue ? serait-elle devenue décidément trop indécise ? serait-elle en danger ? Mais l’État n’est jamais que l’instrument de la nation : ce n’est pas à lui d’en définir, encore moins d’en constituer l’identité. Comme, de plus, cette initiative ne vise qu’à resserrer les rangs de tous ceux qui craignent pour l’identité de ladite identité – la couleur de sa peau, son accent, sa langue, sa religion – et qu’il s’agit à la fois de les conforter et de prévenir les candidats à la nationalité qu’ils seront homologués par cette identité, l’opération tourne en rond.
L’identité nationale tournerait-elle mal ? Mais sait-on seulement de quoi on parle ? De là venait la stupeur première : que des termes aussi chargés que « identité » et « nation », lestés par un demi-siècle – au moins – de questionnements philosophiques, psychanalytiques, ethnologiques, sociologiques et politiques, se trouvent allègrement propulsés en objets de « débat ».

Se sont donc détachés ces quelques fragments, à la hâte. Ils peuvent se lire aussi comme quelques préalables indispensables à toute prise en compte des mouvements tectoniques et des métamorphoses que connaissent désormais les supposées « identités nationales », ici comme ailleurs.
- 4e de couverture -