L’IDENTITE NATIONALE : les grandes lignes du débat

jeudi 18 février 2010
par  Lydia COESSENS

Nous sommes partis de définitions :

*Nation (du latin natio, nasci, "naître"

1. Sens primitif : populations païennes par opposition au peuple de Dieu.

2. Sens naturaliste : collectif vivant sur un même sol ayant une communauté d’origine et de langue.

3. Sens politique : collectif de citoyens déterminé par une histoire commune et détenteur de la souveraineté.

Les sens naturaliste et politique peuvent se conjuguer (et pas pour le meilleur)

La Nation est un ensemble à la fois réel et symbolique caractérisé par son unité, son identité et son autonomie. L’État est l’expression politique de la nation mais un État peut être plurinational.

*l’identité (dont Husserl nous disait qu’elle était impossible à définir... Si l’on prend le principe logique d’identité A=A, l’on est conduit à reconnaître qu’une seule chose est dite identique à elle-même ; du coup l’on ne peut même pas parler de deux choses identiques : il n’y a pas d’identité absolue entre deux choses numériquement différentes.)), l’identité implique continuité et permanence d’une chose dans le temps, soit ce que la philosophe a pensé sous le terme de substance (ce qui subsiste, ce qui permane)

L’on pourrait se demander, avec Nietzsche notamment si l’idée même d’identité ou de substance n’est pas une pure abstraction, une construction grammaticale : l’identité n’est que dans le langage. Déjà l’idée de fiction apparaît...

L’on peut tomber sur le paradoxe suivant : ce qui ferait l’identité d’êtres singuliers n’est rien de ce qui appartient en propre à chacun d’eux mais réside dans des abstractions comme le genre, l’espèce, le lieu, ou autres choses semblables.

La constitution d’une identité est un acte éminemment social : exister socialement c’est être reconnu partout et tout au long de notre existence comme le même individu.

La question de l’identité nationale est la question de la permanence d’un être collectif. il s’agit de concilier la perpétuité du collectif avec la succession des éléments qui le composent. Est nécessaire l’élaboration d’une fiction de l’identité du prédécesseur eu du successeur.
Les êtres collectifs (État, Nation) sont les porteurs stables de l’identité. Les individus reçoivent quelque chose de cette identité permanente des communautés politiques. Ainsi le peuple français semble-t-il devoir conserver une identité , "son" identité, en dépit des changements de population, de territoire, de constitution et même de régime politique, comme une essence idéale à l’abri des accidents empiriques. D’où le fait qu’une communauté joue le rôle d’un conservatoire de l’identité : commémorations, remémorations... C’est souligner la place essentielle de la mémoire et donc de l’histoire.

Toutefois il n’est pas nécessaire de sacraliser les communautés, i.e. de leur prêter une identité fantasmatiquement agrandie pour se représenter leur permanence. Si l’identité de quelque chose n’est pas séparable de la conscience et de sa visée intentionnelle alors les êtres collectifs n’ont pas besoin de figurer comme des entités supra-personnelles pour demeurer les mêmes et pour être considérées comme des choses réelles. Ce n’est pas le maintien des mêmes symboles ou des mêmes ouvrages (constitutions, lois, règlements, coutumes...) qui fait l’identité d’une nation mais c’est le fait de croire en ces choses,de croire surtout que n’est pas tarie la source où elles ont pris naissance. C’est dire que ce qui importe est le tissu de convictions communes qui forment donc la trame de notre cohésion politique identitaire. L’on retrouve l’idée d’un contrat tacite, implicite et l’on peut noter que c’est en période de crise, de crispation que le besoin de l’expliciter se manifeste.

Peut-être faut-il utiliser le terme d’unité et non d’identité (à la manière de Rousseau qui dans Du Contrat social traite de ce qui fait d’un peuple UN peuple.

Son contraire n’est pas le changement, l’altération mais la division, l’éclatement en une multitude de volontés ou de désirs qui s’affrontent.
Un État est un État quand les lois y sont respectées.

Ainsi nos discussions ont-elles fortement portées sur la nécessité, pour certains, de poser la référence à des valeurs communes lesquelles permettent la cohésion de la communauté politique que nous formons (c’est bien le sens du commun qui est en jeu, le commun non pas en dépit des diversités mais avec ces diversités ) ce qui nous a d’ailleurs conduit à nous demander si, plutôt que de parler d’identité nationale, ce n’est pas la réflexion sur les valeurs de la République qui importe, la valeur mise en avant ayant été celle de l’égalité (en insistant sur l’égalité hommes-femmes).

Pour d’autres, ce qui ressortait c’était non pas tant l’identité nationale que l’identité culturelle : l’identité c’est d’abord une langue donc ici la langue française et le roman historique : la poule au pot et les laboureurs d’Henri IV, la justice de Louis IX (saint Louis et son chêne)...., et alors apparaissait le doute quant à la possibilité de se voir reconnaître des individus issus de cultures différentes, certaines ayant été présentées comme inconciliables. Par là, l’idée a été affirmée que , issus d’une autre histoire, d’une autre culture, l’accès à l’identité française était impossible à certains individus. Ce fut sans doute le moment de tension le plus important lors de nos débats.

Pour apaiser cette tension, nous avons rappeler à travers une image amusante les propos d’un élève affirmant que l’on accepte qu’en Ardèche des campings soient réservés à des Hollandais et que cela ne le serait pas s’il s’agissait de campings réservés à des musulmans. Nous avons dû rappeler la différence qu’il y a entre nationalité et appartenance religieuse. Il y a bien des confusions qui posent problème.

Ainsi pouvons-nous conclure sur la nécessité de distinguer identité nationale et identité culturelle laquelle est bien plus mouvante, contingente et multiple.

Montaigne "J’estime tous les hommes mes compatriotes, et embrasse un Polonais comme un Français, postposant cette liaison nationale à l’universelle et commune" Essais, livre III, chap.IX


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