Une très bonne explication pertinente et référencée d’un texte de Badiou par Elodie Saubin qui met l’accent, en filigrane, sur un des travers de notre époque : le bio-pouvoir.

dimanche 31 janvier 2010
par  Lydia COESSENS

Saubin Elodie
TS1

Philosophie,
explication du texte d’Alain Badiou.

Alain Badiou est un philosophe, romancier et dramaturge français né à Rabat au Maroc en 1937. Il a écrit son œuvre L’éthique, Essai sur la conscience du mal en 1993. Il propose dans cette œuvre des principes éthiques qui s’opposent aux éthiques contemporaines dans le sens où l’éthique n’est plus l’éthique du bien, mais l’éthique des vérités. L’auteur cherche ici à démontrer que l’homme n’est pas une victime, comme l’éthique le définit. Il va analyser la justice et la morale, notamment à travers les droits de l’homme. Nous allons chercher à savoir par l’étude du sujet n°2 s’il est légitime dans l’éthique des droits de l’homme, c’est à dire la bio éthique, de se reconnaître des sages. Nous analyserons le texte selon trois parties. Tout d’abord, nous verrons comment Alain Badiou considère l’éthique et quel sens il donne à ce concept. Ensuite, nous étudierons le caractère immortel de l’homme selon l’auteur puis dans une troisième partie nous verrons la critique qu’il fait des droits de l’homme.

Aujourd’hui, l’éthique est devenu un principe de jugement d’un individu et des pratiques de l’individu. Dans son œuvre, Alain Badiou place l’éthique comme la « partie de la philosophie » qui fait correspondre le bien et le besoin matériel. L’homme possède des droits naturels et fondamentaux que l’éthique doit faire respecter. En général, l’éthique est la distinction du bien, ou la délimitation de ce qui est mal. Ce sujet pose toutefois de nombreuses contestations. En effet, elle est définie comme une représentation du bien et du mal, donc qui admet l’existence d’une identité neutre de l’homme. C’est cette identité qui conçoit le bien et le mal, donc l’éthique, et va par cela imposer à l’homme des droits et des devoirs qui vont le représenter. C’est ce point que Badiou conteste, comme l’avaient fait avant Lacan, psychanalyste, ainsi que Foucault et Althusser, philosophes français du 20eme siècle.
Pour Hegel, l’éthique est l’idée du bien à travers un monde extérieur marqué par des mœurs. Il distingue l’éthique, qui s’applique à « l’action immédiate », de la morale qui concernera « l’action réfléchie ». La vision d’Aristote se rapproche de celle d’Hegel. Pour lui, l’éthique concerne l’action de l’homme en tant qu’un être réfléchi, un être de la raison. L’éthique doit conduire à la vertu au fur et à mesure du déroulement de la vie. En revanche, Spinoza a une vision plus catégorique. Si l’éthique vise toujours à apprendre à vivre sous la raison, elle doit aussi libérer l’homme de ses sentiments pour lui apprendre à raisonner tout à fait objectivement. Spinoza s’oppose aux préjugés et à la superstition mais non à Dieu, qu’il considère comme étant la nature. La vision de l’éthique de Alain badiou est plus proche de celle de Heidegger, voire de Nietzsche. Pour eux, ce qui fonde l’homme comme humain, c’est l’ouverture à tous les possibles. Pour Heidegger, l’éthique est « l’être avec ». L’éthique est très proche de la morale et correspond à une communauté humaine, à un « être ensemble », qui peut être sensiblement différent selon les régions. Il existe par exemple des coutumes anthropophages de certaines tribus que notre éthique n’accepte pas. Pour nous, cela est contre-morale. Mais ces tribus jugent tout à fait normal le fait de manger un autre membre de leur communauté, leur éthique ne s’y oppose pas.
Alain Badiou pose l’éthique comme la « recherche d’une bonne manière d’être » ou la « sagesse de l’action ». Pour lui, un sage est celui qui sauras séparer les choses sur lesquelles il peut agir de celle sur lesquelles il ne peut rien, et qui acceptera donc de ne rien pouvoir faire sur certaines choses.

Mais l’homme ne vise pas seulement à la sagesse, il vise aussi à l’immortalité. L’immortel, dans le sens de Badiou, est celui qui s’ouvre aux possibles. Celui qui agit et ne se contente pas seulement de vivre. Dans la première phrase du texte, Alain Badiou expose directement la définition qu’il se fait de l’immortel. C’est dès l’instant où l’homme se dresse devant la souffrance ou l’injustice, dès l’instant où il se dresse contre la vie elle-même, au risque de perdre la sienne. Dès l’instant où son obstination à faire vivre ses idées le conduit à se révolter, alors il surpasse sa condition de mortel et devient immortel. Et ce sont les « pires situations » qui sont infligées à l’homme qui lui permettent de le devenir, en le contraignant à s’affirmer et à se « singulariser » des autres. C’est l’action de l’homme qui le fait alors devenir immortel. La vie est définie en tant que « flot multiforme et rapace ». Flot multiforme car elle peut être vécue très différemment d’une personne à l’autre et dépend de nos choix, qui sont multiples et infinis. Rapace car elle profite de la moindre faiblesse et finit à la mort, sinon de l’âme immortelle, du moins du corps. Il ne faut donc pas juger l’homme comme un mortel, car ses actions qui s’ancrent dans la réalité et dans l’histoire survivront bien plus longtemps que son corps, et témoignent ainsi de sa présence. C’est la première chose à savoir avant de se faire un avis sur l’homme : Il ne se contente pas de vivre et de mourir. Par « droits de l’immortel », Alain Badiou entend droits de la pensée et de l’action réfléchie. L’auteur a aussi utilisé une expression de Descartes, « l’Infini » pour faire allusion à une entité supérieure qu’il rapproche de l’homme immortel. Ces droits de l’immortel sont faits pour « eux-mêmes », pour leurs actions et leur morale, mais non pour leur vie. La souffrance et la morts sont alors considérées comme simplement possibles car elles ne sont plus nécessaires au développement de l’immortel, qui est déjà immortel. La mort n’y changera rien. L’immortel survit à la mort, il la domine dès l’instant où il surpasse sa condition d’animal, qui n’est malgré tout pas aisée à dépasser car cette condition n’exige rien de l’homme, ce qui la rend plus facile à vivre que la condition d’immortel. Mais l’homme immortel ne veut plus seulement vivre comme un animal. Il veut pouvoir agir sur sa vie contrairement à ce à quoi il semble être destiné. De plus, chaque homme est « capable » un jours de dire ce qu’il à a dire, ce qu’il pense, d’affirmer ses opinions, et d’agir de lui-même sans dépendre de causes extérieures à lui. Chaque homme un jour, peut se révolter spontanément et par cette action, devenir immortel, quelle qu’en soit la raison. C’est donc les points de vue personnels, les points de vue subjectifs, qui permettent à l’homme de le devenir car il faut nécessairement que l’homme se fasse une idée propre à lui et désapprouve ainsi d’autres idées. Si l’homme existait en tant qu’être objectif, il ne pourrait pas désapprouver les idées énoncées par les autres, même s’il ne pourrait pas non plus totalement les approuver. Or chaque homme est influencée d’une manière ou d’une autre par la vie, et donc est inévitablement subjectif. L’expression « bipède sans plumes » vient de Platon et est ici détournée par Alain Badiou pour caractériser l’homme objectif. Cet homme est aussi qualifié d’ « espèce biologique » et traduit la révulsion particulière qu’éprouve Badiou pour l’idée d’objectivité de l’homme. « En dehors de quoi » signifie en effet en dehors de l’homme subjectif, et donc l’homme objectif. Pour Badiou, on ne peut pas dire que celui-là est un homme, il n’as ni le « charme » de l’homme, ni celui de l’immortel.
En résumé, l’immortel est celui qui se seras dressé contre des situations qu’il n’approuve pas, cela du à sa subjectivité. Il aura donc surpassé sa condition d’animal. Un sage au sens d’un être neutre et objectif ne peut donc dicter sa morale aux hommes et aux immortels car ceux-ci ont une autre manière de vivre, une autre éthique, et leur propre morale. Mais on peut aussi penser qu’un home est immortel quand il ordonne ses pensées comme s’il était immortel, quand il néglige la mort et ancre ses actions dans l’histoire.

La doctrine des droits de l’homme sont nés de la nécessité de régler ou de rectifier les relations entre les hommes. Chacun n’est pas disposé à s’imposer par lui-même les exigences entraînées par la vie en communauté. Les droits de l’homme représentent donc un arbitrage impartial s’appliquant, du moins théoriquement, équitablement à tous. L’éthique des droits de l’homme, c’est à dire la bio éthique, se réfère cependant à une image de l’homme close sur elle-même et défini comme un « animal rationnel ». Cette manière de se représenter l’homme n’inclut pas ce qui, pour Badiou, Nietzche, ou Heidegger, le fonde comme humain : Son ouverture aux possibles.
Dans la troisième phrase du texte, on entend les « droits de l’homme » comme des droits de justice et de morale qui garantissent une certaine égalité. Mais l’immortalité inclut de porter un jugement. Pour Alain Badiou, ces droits devraient être les droits de l’immortel, car il se font en fonction de ce jugement, en fonction de leur éthique. Ces droits devraient être des droits de la pensée, qui a la suprématie sur la mort. Ils ne devraient pas seulement agir sur la mort ou les conditions de vie. Alain Badiou juge plus important l’élévation de la pensée, la quête de l’infini, ou la quête de soi, que les droits à la vie. L’Infini a plus d’importance à ses yeux que la souffrance et la mort. A la fin du texte, il nous est dit qu’il est impossible pour l’homme d’être objectif, et quand bien même il le serait, il ne serait alors plus un homme. Or les droits de l’homme sont censés être objectif. On peut donc penser qu’ils ne le sont pas, ou bien alors que ce sont plus des droits de l’animal que des droits de l’homme. Car Alain Badiou associe l’objectivité à l’animal, les droits de l’homme nous rabaisseraient donc à ce niveau, à cette condition. Les immortels ne devraient pas ressentir la nécessité d’instaurer de tels droits, puisqu’ils devraient être capables de se réguler seuls et de faire primer la pensée sur la vie ou la mort. C’est donc l’homme en tant qu’animal qui rédige ces droits, en éprouvant le besoin de se justifier et de se protéger des autres. Pour Badiou, l’éthique identifie l’homme à un « simple animal mortel » tandis que le fondement d’une humanité se fait par le cheminement de la pensée dans une « situation singulière » bien définie.
Les sages de la bio éthique, les auteurs donc des droits de l’homme, ou des fervents sujets de ces droits, ne peuvent exister. Ils ne peuvent pas être objectifs, et l’objectivité est le principe fondateur de ces droits.

Pour faire autre chose que vivre, il est nécessaire pour l’homme d’être subjectif, d’avoir donc des opinions, des jugements, des sentiments. Il n’est pas possible d’être objectif car la vie nous influence inévitablement d’une manière ou d’une autre. Le texte étudié nous permet de cerner une question que l’auteur se pose. En effet, l’homme objectif est caractérisé par une sorte d’interrogation. A quoi pourrait ressembler un homme en tout points objectif ? Dans ce texte, Alain Badiou se considère lui-même comme immortel à travers son action de réprouver les droits de l’homme qui, selon lui, nous rabaissent au rang d’animal. Un sujet n’est cependant pas abordé : on peut se demander sur quoi l’homme aurait-il put se baser pour élever sa pensée si les droits de l’homme n’existaient pas. Car les droits de l’homme sont surtout les bases de nos sociétés. Sur quoi aurions nous put les construire alors ? Toutefois, je pense qu’il est juste que l’objectivité des droits de l’homme soit remise en cause car il n’est en effet pas possible d’être objectif. De plus, si la bio éthique caractérise la morale de beaucoup d’hommes, il y aura toujours des lieux ou des personnes pour qui elle sera en contradiction avec d’autre morales très différentes.


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