1011 Repères philosophiques fr Repères du programme de Philosophie 2004 pour le LOG et dans le cadre du projet de RTD Européen OASIS, Vème PCRD. Philosophie 2003-2004 Pierre Rostaing None LOG, Académie de Grenoble. XML >©1011, Pierre Rostaing et ses élèves, ©Editions de Minuit, Propédeutique Philosophique, extraits. LES REPERES PHILOSOPHIQUES
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  • 1. ABSOLU/RELATIF Source de ce travail sur les repères : 1. fiches d'élèves partant d'une problématique précise et des sources disponibles au Lycée Vaucanson de Grenoble.), 1. Le 'Lalande', 2. Cuvillier, Petit Vocabulaire de la Langue Philosophique (à l'usage des candidats au Baccalauréat et des Classes préparatoires aux grandes Ecoles). Colin, Paris, 1955. Etymologie. Du latin ab solutum : séparé de ; et relatio : rapport. Définitions. Absolu : qui possède en soi-même sa raison d'être. Qui, par conséquent, est indépendant de l'expérience. [Ex. : un espace absolu est indépendant des objets qui le composent, un temps absolu des évènements qui s'y déroulent]. Relatif : qui a sa raison d'être en autre chose et qui, par conséquent, ne se suffit pas à lui-même [Ex. : l'enfant a sa raison d'être tel dans ses parents, comme l'élève dans le maître]. Notions en rapport = Morale. Politique. Interprétation. Rapport. Il y a entre ces termes une relation dissymétrique : ce qui est absolu ne peut être relatif. En revanche, le relatif peut conduire à l'absolu, par voie de dépassement : cf. le concept de l'expérience de la conscience chez Hegel ci-dessous. Exemple : L'élève qui égale le maître, le dépasse et devient la référence absolue. Notions attachées : Art, Raison, Vérité. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Réflexion absolue et relative §12, p.30 "... La réflexion pratique relative. Elle abandonne une inclination, un désir, ou une tendance relatifs et va vers une autre tendance, un autre désir ou une autre inclination, les abandonne à leur tour, et ainsi de suite. Dans la mesure où elle est relative, elle retombe toujours sur une tendance, elle ne se meut jamais que parmi des désirs et ne s'élève point au-dessus de toute cette sphère des tendances. Mais la réflexion pratique absolue s'élève au-dessus de toute cette sphère du fini, c'est-à-dire abandonne la sphère [...] où l'homme est déterminé par la nature et dépend de l'extérieur. (...)"
  • 2. ABSTRAIT/CONCRET Etymologie. Du latin abstrahere : retirer, enlever ; et concrescere, se solidifier (solide vs. fluide) Définitions. Abstrait : isolé. Du verbe abstraire : retirer de la réalité un de ses éléments pour le considérer à part. Cf. représentation. Contraire de concret : réalité brute — telle qu'elle se présente immédiatement, en totalité. Notions en rapport = Conscience. Matière et esprit. Rapport. Si toute notre connaissance vient bien de l'expérience concrète, l'abstrait est le produit de la pensée qui se représente à part tel ou tel de ses aspects. Le passage du concret (voir) à l'abstrait (savoir) est le chemin même de la connaissance. Cf. Le mythe de la caverne de Platon, République, Livre VII. Notions attachées : Raison, Réel, Conscience. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Objet abstrait et concret §1, p.19. §3 p.104 : "La pensée est abstraction dans la mesure où l'intelligence part d'intuitions concrètes... L'abstraction est l'aspect négatif de la pensée." ; Liberté abstraite et universelle §7, p.17
  • 3. EN ACTE/EN PUISSANCE Etymologie. Du latin agere : agir ; et potentia : pouvoir de. Définitions. Effectif, déterminé vs. potentiel, indéterminé. La distinction de l'acte et de la puissance est due à Aristote : l'acte se dit de l'être pleinement réalisé par opposition à l'être en devenir. La rose à son acmè (sommet) est ainsi l'acte de la graine, le savant l'acte de l'élève. Notions en rapport = Travail. Vivant, matière et esprit. Rapport. Cette distinction aide notamment à penser la raison (le pourquoi ou/et le comment) d'un processus, d'une modification dans l'homme ou hors de l'homme (dans toute la nature). Notions attachées : toutes celles dans Sujet ; dans Raison et Réel, le Vivant ; dans Culture, l'Art. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Introduction, conscience théorique et pratique §4, p.23 : "La faculté pratique se détermine, absolument parlant, sur un mode intérieur, d'elle-même. Le contenu de ses déterminations lui appartient et elle les reconnaît pour siennes. Or ces déterminations ne sont d'abord qu'intérieures et, par conséquent, séparées de la réalité de l'extériorité, mais elles doivent devenir extérieures et se réaliser. (...)" ; nécessité et possibilité §57 sq., p.119 ; acte et conduite §176, p.212) Texte. Aristote : De l'âme.
  • 4. ANALYSE/SYNTHESE Etymologie. Analyse. Du Grec, analuein : résoudre ; et synthesis : rassemblement, action de placer ensemble. Définitions. Opération de décomposition d'un tout en ses éléments, par opposition à celle de recomposition de ce même tout au moyen de ses éléments. En logique, 'Proposition analytique' est dite de celle dans laquelle l'attribut est nécessairement compris dans le sujet ("Les corps sont étendus") et une 'Proposition synthétique' est celle où l'attribut ajoute quelque chose au sujet ("Ces corps sont en plastique"). Notions en rapport = Raison/réel. Rapport. Notions attachées : Raison, Démonstration, Interprétation. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Analyser : abstraire vs. synthèse du concret §1, p.20 : Doctrine du concept, La connaissance §75 sq., p.159 "§ 74 La connaissance est, d'une part, analytique, d'autre part, synthétique. § 75 La connaissance analytique part d'un concept ou d'une détermination concrète, et ne fait que développer la variété des déterminations simples, immédiates ou identiquement contenues dans ce concept ou dans cette détermination. § 76 Au contraire, la connaissance synthétique développe les déterminations d'un tout, qui n'y sont pas immédiatement contenues ni ne découlent identiquement les unes des autres, mais qui ont, l'une à l'égard de l'autre, structure de diversité, et elle montre la nécessité du rapport déterminé qui lie les unes aux autres.")
  • 5. CAUSE/FIN Etymologie. Du latin, causa : cause, mais aussi procès ; et finis : terme, point extrême, ce qui est accompli. Définitions. Vulgairement, cause se dit de ce qui engendre un effet et fin se dit pour terme, ou cessation. Cause : principe, origine (Cf. plus bas, et aussi Expliquer/comprendre), force qui engendre l'effet et se conserve en lui. Fin : but, raison d'être d'une chose, d'une action ou d'une relation ; par opposition à moyen. Notions en rapport = Désir. Liberté. Rapport. Dans les sciences, l'explication par les relations fonctionnelles s'est substituée progressivement, à partir du XVIIème siècle, à l'explication par les causes [d'Aristote à Bacon pour qui "savoir vraiment, c'est savoir par les causes" ou "premiers principes"]. C'est ainsi qu'Auguste Comte a pu écrire en introduction à ses "Cours" que "La science renonce à la recherche des causes". Cependant, on peut légitimement se poser la question de savoir si la connaissance ne peut bénéficier d'une acception plus large, et donc plus riche, à considérer par exemple la seule théorie aristotélicienne des 4 causes. Aristote distingue en effet 4 espèces de cause : 1. la Cause Matérielle (la matière dont est faite une sculpture : le marbre), 2. la Cause Formelle (la forme qu'elle reçoit : l'idée d'homme représentée), 3. la Cause Efficiente (l'agent : le sculpteur Phidias), 4. la Cause Finale (l'étonnement et le bonheur du spectateur auquel on s'adresse, soit encore le gain et la reconnaissance de l'artiste). Cause et fin, loin de s'opposer, apparaissent ainsi indissolublement liées. Dans cette perspective, le couple cause/fin permet d'éclairer nombre de notions au programme... . Notions attachées : Langage, Théorie et expérience, Vivant, Vérité, Liberté. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, La cause, Antinomies §62 sq., pp.120-122 : .
  • 6. CONTINGENT/NECESSAIRE/POSSIBLE Etymologie. Du latin contingere : toucher, ou encore, au sens figuré, arriver par hasard ; necessarius : inéluctable ; et posse : v. pouvoir. Définitions. Qui arrive par hasard. Qui doit arriver. Probable. Contingent : qui peut ou bien ne pas être ou bien être autrement (indéterminé) ; qui n'est déterminé par rien a priori (ainsi l'expression 'futurs contingents' se dit de faits à venir qui résultent de notre libre arbitre. S'oppose à nécessaire : qui ne peut être autrement, ou ne peut pas ne pas se produire (déterminé). Possible : ce qui n'est pas, mais peut l'être (ou le devenir). Logique : non contradictoire (en soi, avec les lois de la nature, avec les lois naturelles connues de celui qui s'exprime). Notions en rapport = Conscience. Démonstration. Société. Liberté. Bonheur. Existence et temps. Rapport. Ces notions nous aident à réfléchir les deux grands ordres phénomaux que sont la nature et la culture. Si la nature est régie par des lois nécessaires, la culture obéit à des normes qui, à l'inverse, nous obligent sans nous contraindre (cf. Obligation/contrainte). Notions attachées : Conscience. Vivant. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, nécessité et possibilité §§ 57 sq.
  • 7. CROIRE/SAVOIR Etymologie. Du Latin credere ; et sapere : avoir de la saveur, de la pénétration, et par extension comprendre. Définitions. Tenir pour vrai ce dont on ne détient pas la preuve (croire), par opposition à ce dont on peut faire la démonstration (savoir). Opinion fondée sur une simple probabilité ou certitude indémontrable fondée sur l'autorité, par opposition à raison théorique pouvant être démontrée par quiconque en détient les principes. Croire : connaître sur le seul mais inébranlable fondement de mon sentiment (la foi). Savoir : connaissance rationnelle fondée sur les principes de la logique et les lois de la nature [science], ou habileté technique [savoir-faire en un art, un métier ou un sport]. Rapport. Notions attachées : Conscience, Religion, Droit. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Foi = savoir absolu [ou savoir de l'absolu], savoir qui ne se sait pas lui-même ou qui est inconditionnel §72, p.83. Fin p.222
  • 8. ESSENTIEL/ACCIDENTEL Etymologie. Du Latin essentia : nature intime ; et accidens : qui arrive. Définitions. Vulgairement, dans l'analyse d'un fait ou d'une situation : important et pas important Essentiel : caractéristique fondamentale d'un être, qui concerne l'ensemble des caractères qui le constituent comme tel indépendamment de ses relations et changements accidentels. S'oppose à accidentel : qui concerne les péripéties de l'être et non son fonds ou caractéristique. Ainsi : "qu'il m'arrive de perdre un oeil, je n'en reste pas moins qui je suis". A ne pas confondre avec substantiel et existentiel, car "L'essence se distingue de la substance en ce qu'elle est abstraite et de l'existence en ce qu'elle est purement idéale" (Note d'A. Cuvillier au sujet de l'Essence). Notions en rapport = Sujet. Raison-réel. Rapport. Nous aide à distinguer 1. entre celui qui croit savoir [de l'opinion à l'intégrisme qui nie toute autre forme de savoir / figures de l'actualité : fanatisme et terrorisme] et 2. celui qui sait qu'il ne sait pas [de l'étonnement à la philosophie et à la science / figures emblématiques : Socrate, Russell.]. Notions attachées : Conscience, Inconscient, Vivant, Raison. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Représentation et pensée, §6 p.24, La substance §57, 119sq.
  • 9. EXPLIQUER/COMPRENDRE Etymologie. Du Latin explicare : déplier ; et cum, prehendere : saisir avec [la pensée]. Définitions. Comprendre : Exemple de la recherche. La recherche des causes et des fins permet de savoir pourquoi ce qui est est tel qu'il est (Aristote). Mais tandis que la cause permet d'éclairer l'origine de ce qui est, la fin nous aide à comprendre ce en vue de quoi la chose est ainsi. Donc, dans le cas de la cause on s'efforce d'expliquer le comment du phénomène, et dans celui de la fin on s'efforce de comprendre son pourquoi. Expliquer : faire comprendre en déterminant ou en recherchant le pourquoi, les causes ou principes d'une chose ou d'un phénomène (c'est-à-dire suivant les données de l'expérience). Comprendre, c'est être par suite en mesure de recevoir celle-ci, c'est-à-dire de savoir à son tour en appliquer les principes à d'autres choses ou à d'autres faits. Cf. Intégrer la nécessité des rapports (de causalité, entre les personnes, etc. Acquérir le sens de la mesure en un domaine particulier. Mais comprendre se dit encore de la saisie interne [et non externe ou explicative] de la nécessité des rapports humains. Telle qu'elle est saisie, par exemple, par le législateur quand il s'agit de produire une loi. Notions en rapport = Histoire. Interprétation. Rapport. Expliquer et comprendre peuvent aider par leur complémentarité à comprendre le processus dialectique de l'acquisition du savoir (Cf. Absolu/relatif), mais aussi par leur différence à distinguer des aires de savoir, comme fait par exemple Dilthey en attribuant aux sciences de la nature la qualité d'être "explicatives", par opposition aux sciences humaines "compréhensives". Ainsi, l'on expliquera que l'eau peut s'évaporer ou se transformer en glace par les variations de sa température, tandis que l'on comprendra la démission d'un ministre dont les principes s'avèrent être en contradiction avec ceux du gouvernement auquel il appartient. Notions attachées : Histoire, Raison, Démonstration, Interprétation. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Connaissance et expérience §2, p.20
  • EN FAIT/EN DROIT 10. Etymologie. Définitions. En réalité ou suivant l'usage, par opposition à suivant ce qui doit être et est prescrit par la loi. Suivant les données de l'expérience. Suivant la loi, les principes du droit. Rapport. Ce rapport aide à comprendre comment ni le fait ni l'usage (l'habitude de celui-ci) ne sauraient fonder le droit, quand bien même nous avons pris l'habitude de les voir imposer leur loi "naturelle", loi du plus fort, etc. Notions attachées : Travail, Justice, Droit. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Ma liberté §17, p.50sq.
  • 11. FORMEL/MATERIEL Etymologie. Du Latin formalis : relatif à la forme ; et materies : bois de construction. Définitions. Qui concerne la forme [ou constitution] de la chose, "d'une netteté sans équivoque", par opposition à ce qui concerne sa matière [ou consistance], informe par elle-même. Chez Aristote, forme et matière sont deux des quatre causes qui font d'une chose ce qu'elle est : ainsi, pour l'homme, l'âme et le corps. Avec Descartes, le principe formel se détache : la réalité formelle d'une idée est la réalité qu'elle a dans la chose elle-même, indépendamment de la représentation que nous en avons. Kant reprend la distinction au plan de la pensée : la forme de la connaissance est la loi que la pensée impose, par sa constitution, à la matière de la connaissance [ou données de la sensation] : les deux formes pures [ou a priori] de la sensibilité que sont le temps et l'espace. De même : la forme de la loi morale réside-t-elle dans son caractère impératif [catégorique et universel], tandis que sa matière est faite des actions qu'elle ordonne. Logique formelle : partie de la logique qui traite uniquement des conditions formelles de la vérité, c'est-à-dire de l'accord de la pensée avec elle-même [indépendamment de son application à la matière extérieure]. Notions en rapport = Raison-réel. Perception. Rapport. Ce repère peut donc nous aider à penser la nature de toute chose, de tout être et de toute expérience (penser/agir, etc.). Notions attachées : conscience, vivant, art, technique, travail. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, §10, p. 45 : "Le premier acte de prise de possession est la saisie corporelle. Elle a le défaut que les objets à saisir doivent être faits de telle façon que je puisse les couvrir directement de la main ou du corps, et aussi le fait de n'être pas durable. - La seconde sorte, la plus parfaite, est le façonnage, par lequel je donne forme à une chose, par exemple en labourant un champ, en transformant de l'or en une coupe. Ici, la forme par laquelle un objet est mien se trouve liée à lui de façon immédiate et elle est, par conséquent, en elle-même et pour elle-même, signe que la matière, elle aussi m'appartient." Essence : tout et parties §42, p.172
  • 12. GENRE/ESPECE/INDIVIDU Etymologie. Du Latin genus, generis : origine, puis manière. Définitions. Classement hiérarchique des entités. Unique ou singulier, l'individu (exemple : cheval) appartient à l'espèce (exemple : vertébré) qui appartient au genre (exemple : animal). La caractéristique du moyen terme, l'espèce, consiste dans la définition d'un type héréditaire, génétiquement non modifiable par le croisement dans les conditions présentes. Dû à Aristote. Analytiques. Animaux. Logique : de deux termes généraux considérés en extension l'un par rapport à l'autre, le plus grand est le genre (exemple : parallélogramme), le plus petit l'espèce (carré) Notions en rapport = Culture. Rapport. Permet de classer par extension, du singulier au général. Mais à cette méthode, les individus humains font exception : nous appartenons tous au genre humain, sans répartition en espèces (Cf. Genèse 1, 20-27). Un problème reste donc à considérer : son application aux espèces du genre humain dans les théories racistes ou apparentées (Cf. réfutation de celles-ci par Condillac, par exemple). Notions attachées : raison/réel, vivant, interprétation, démonstration. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Réflexion absolue et relative §87, p.185
  • 13. IDEAL/REEL Etymologie. Idéal. Du Grec idea : aspect, de ideîn : voir. Du Latin res : chose. Définitions. Définition : qui n'existe que dans la pensée. Par opposition à réel : qui se situe(rait) en face d'elle et existe effectivement. Syn. Parfait : "ce bien idéal que toute âme désire". Accomplissement parfait d'une chose ou de soi-même. Condition de la mesure : comment pourrais-je, en effet, mesurer l'imperfection du réel et la maîtriser si je ne savais la rapporter à l'idée de ce qui est parfait ? Chez Kant l'idéal est "la représentation d'un être unique en tant qu'adéquat à une idée" (Critique de la faculté de juger, §17)"Les mathématiques représentent les rapports des choses dans les conditions d'une simplicité idéale.", C. Bernard, Introduction, II, 1. Notions en rapport = Raison-réel. Art. Histoire. Politique. Justice et droit. Rapport. Fournit à l'action des hommes le moyen de sa mesure, de sa régulation et de son dépassement. Notions attachées : Désir, Art, Histoire, Théorie et expérience, Matière et esprit, Liberté, Bonheur. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Logique §1, p.103 Texte. Emmanuel Kant, Sur l'expression courante: il se peut que ce soit juste en théorie, mais en pratique cela ne vaut rien (1793), Editions Vrin, Paris, 1977, p. 38-39. "Voici donc un contrat originaire, sur lequel seul peut être fondée parmi les hommes une constitution civile, donc entièrement légitime, et constituée une république. - Mais ce contrat [appelé contractus originarus ou pactum sociale] en tant que coalition de chaque volonté particulière et privée dans un peuple en une volonté générale et publique [visant à une législation d'ordre uniquement juridique], il n'est en aucune façon nécessaire de le supposer comme un fait (Factum) [et il n'est même pas possible de le supposer tel], tout comme s'il fallait avant tout commencer par prouver par l'histoire qu'un peuple, dans les droits et les obligations duquel nous sommes entrés à titre de descendants, avait dû un jour accomplir réellement un tel acte et nous en avoir laissé, oralement ou par écrit, un avis certain ou un document, permettant de s'estimer lié à une constitution civile déjà existante. C'est au contraire une simple Idée de la raison, mais elle a une réalité [pratique] indubitable, en ce sens qu'elle oblige tout législateur à édicter ses lois commepouvant avoir émané de la volonté collective de tout un peuple, et à considérer tout sujet, en tant qu'il veut être citoyen, comme s'il avait concouru à former par son suffrage une volonté de ce genre. Car telle est la pierre de touche de la légitimité de toute loi publique. Si en effet cette loi est de telle nature qu'il soit impossible que tout un peuple puisse y donner son assentiment [si par exemple elle décrète qu'une classe déterminée de sujets doit avoir héréditairement le privilège de la noblesse], elle n'est pas juste; mais s'il est seulement possible qu'un peuple y donne son assentiment; c'est alors un devoir de tenir la loi pour juste, à supposer même que le peuple se trouve présentement dans une situation ou dans une disposition de sa façon de penser telles, que si on le consultait là-dessus, il refuserait probablement son assentiment."
  • 14. IDENTITE/EGALITE/DIFFERENCE Etymologie. Définitions. Identité : caractère de ce qui est identique à soi-même et demeure tel dans le temps. Egalité : propriété de deux entités d'être équivalentes sous un même rapport (individu, grandeur, force). Différence : caractère distinctif des êtres entre eux. Différence spécifique : caractère distinctif d'une espèce par rapport aux autres espèces d'un même genre ("allaitement" constitue ainsi la différence spécifique de "mammifère" dans le genre "vertébré").. Logique. Principe d'identité : "Une même proposition ne peut être à la fois vraie et fausse en même temps et sous le même rapport" (Aristote). Egalité : proposition qui exprime l'équivalence de deux termes (cette définition même est ainsi une égalité logique). Sur le plan économique et social, le principe d'égalité peut se formuler soit strictement ("A chacun part égale" ou "selon ses besoins") soit proportionnellement ("A chacun selon son travail" ou "selon sa capacité"). Cf sur ce point la notion de justice distributive chez Aristote. Notions en rapport = Sujet. Autrui. Rapport. Ce repère aide à distinguer et comparer les êtres, mais encore à réfléchir la nature même de cette mesure. Il faut ainsi, par exemple, veiller à distinguer égalité de fait et égalité de droit, principe en vertu duquel les individus doivent tous être traités de la même façon. En outre, appliqués à la lettre, les principes d'identité et d'égalité peuvent s'avérer de redoutables sources d'injustice. Notions attachées : Sujet, Conscience, Vérité, Justice. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Représentation et pensée, §6 p.24 Texte. Aristote, Ethique à Nicomaque, Livre V, 6 : "Et puisque, à la fois, l'homme injuste est celui qui manque à l'égalité et que l'injuste est inégal, il est clair qu'il existe aussi quelque moyen entre ces deux sortes d'inégal. Or ce moyen est l'égal, car en toute espèce d'action admettant le plus et le moins il y a aussi l'égal. Si donc l'injuste est inégal, le juste est égal, et c'est là, sans autre raisonnement, une opinion unanime. Et puisque l'égal est moyen, le juste sera un certain moyen. Or l'égal suppose au moins deux termes. Il s'ensuit nécessairement, non seulement que le juste est à la fois moyen, égal, et aussi relatif, c'est-à-dire juste pour certaines personnes, mais aussi qu'en tant que moyen, il est entre certains extrêmes (qui sont le plus et le moins), qu'en tant qu'égal, il suppose deux choses [qui sont égales], et qu'en tant que juste, il suppose certaines personnes pour lesquelles il est juste. Le juste implique donc nécessairement au moins quatre termes: les personnes pour lesquelles il se trouve en fait juste, et qui sont deux, et les choses dans lesquelles il se manifeste, au nombre de deux également. Et ce sera la même égalité pour les personnes et pour les choses : car le rapport qui existe entre ces dernières, à savoir les choses à partager, est aussi celui qui existe entre les personnes. Si, en effet, les personnes ne sont pas égales, elles n'auront pas des parts égales ; mais les contestations et les plaintes naissent quand, étant égales, les personnes possèdent ou se voient attribuer des parts non égales, ou quand, les personnes n'étant pas égales, leurs parts sont égales. On peut encore montrer cela en s'appuyant sur le fait qu'on tient compte de la valeur propre des personnes. Tous les hommes reconnaissent, en effet, que la justice dans la distribution doit se baser sur un mérite de quelque sorte, bien que tous ne désignent pas le même mérite, les démocrates le faisant consister dans une condition libre, les partisans de l'oligarchie, soit dans la richesse, soit dans la noblesse de race, et les défenseurs de l'aristocratie, dans la vertu. Le juste est, par suite, une sorte de proportion (car la proportion n'est pas seulement une propriété d'un nombre formé d'unités abstraites, mais de tout nombre en général), la proportion étant une égalité de rapports et supposant quatre termes au moins."
  • 15. INTUITIF/DISCURSIF Etymologie. Du Latin intueri : voir. Et Cf. Discours. Définitions. Intuitif : caractère de toute connaissance immédiate ou directe d'un objet présent à l'esprit. Discursif : qui va d'une proposition à une autre en passant par une ou plusieurs propositions intermédiaires (Cf. Syllogisme). Qui procède par intuition ou connaissance immédiate, par opposition à raisonnement ou connaissance médiate [par enchaînement logique de propositions, en allant du général au particulier (déduction) ou l'inverse (induction)]. Notions en rapport = Raison. Morale. Devoir. Rapport. Aide à réfléchir la connaissance. Notions attachées : Conscience, Art, Démonstration, Théorie et expérience. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Savoir immédiat §1, p.19. Texte. Pascal, Pensée 110. "Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le coeur. C'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes et c'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point de part essaie de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n'ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point. Quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison, cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l'incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent. Car l(es) connaissances des premiers principes : espace, temps, mouvement, nombres, sont aussi fermes qu'aucune de celles que nos raisonnements nous donnent et c'est sur ces connaissances de coeur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie et qu'elle y fonde son discours. Le coeur sent qu'il y trois dimensions dans l'espace et que les nombres sont infinis et la raison démontre ensuite qu'il n'y a point deux nombres carrés dont l'un soit double de l'autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent et le tout avec certitude quoique par différentes voies - et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au coeur des preuves de ses premiers principes pour vouloir y consentir, qu'il serait ridicule que le coeur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu'elle démontre pour vouloir les recevoir. Cette impuissance ne doit donc servir qu'à humilier la raison - qui voudrait juger de tout - mais non pas à combattre notre certitude. Comme s'il n'y avait que la raison capable de nous instruire, plût à Dieu que nous n'en eussions au contraire jamais besoin et que nous connussions toutes choses par instinct et par sentiment, mais la nature nous a refusé ce bien; elle ne nous a donné au contraire que très peu de connaissances de cette sorte; toutes les autres ne peuvent être acquises que par raisonnement. Et c'est pourquoi ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment de coeur sont bienheureux et bien légitimement persuadés, mais ceux qui ne l'ont pas nous ne pouvons la donner que par raisonnement, en attendant que Dieu la leur donne par sentiment de coeur, sans quoi la foi n'est qu'humaine et inutile pour le salut."
  • 16. LEGAL/LEGITIME Etymologie. Définitions. Légal : qui est déterminé par la loi, ou est conforme au lois positives (Droit positif). Légitime : qui tend à être conforme à l'idéal de justice (Droit naturel), c'est-à-dire à l'esprit plutôt qu'à la lettre de la loi. Chez Kant : la légalité est la conformité extérieure à la loi morale, la moaralité exigeant en outre la volonté du sujet de se conformer à la loi par pur respect pour elle. Notions en rapport = Vivant. Politique. Justice et droit. Rapport. Aide à réfléchir le rapport dialectique entre les deux notions. La notion de légitimité a donc une extension plus large que la notion de légalité. La légalité réside dans la seule conformité à la lettre des lois établies par le pouvoir politique, alors même que ces lois dépendent toujours, quant à leur validité, de leur légitimité. C'est un rapport d'efficacité à fondement qu'il faut considérer : la légalité est de nature conventionnelle (il s'agit d'observer la loi) quand la légitimité est de nature rationnelle (il s'agit alors de créer la loi ou de la corriger). La légalité a donc besoin de légitimité si elle veut s'imposer en étant reconnue [c'est-à-dire autrement que par la force]. Mais la légimité elle-même ne peut avoir force de loi sans le secours de la légalité : c'est qu'il faut penser à son efficacité concrète (c'est-à-dire à son administration à présent). Notions attachées : Droit, Justice, Société, Etat. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Droit §181, p.214 Texte. Pascal, Pensées, Pensée 103. "Justice Force. Il est juste que ce qui est juste soit suivi; il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Aussi on n'a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et dit qu'elle était injuste, et a dit que c'était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste soit fort on a fait que ce qui est fort fût juste."
  • 17. MEDIAT/IMMEDIAT Etymologie. Définitions. Direct, sans intermédiaire, par opposition à avec quelque intermédiaire. Notions en rapport = Inconscient. Travail. Raison-réel. Théorie et expérience. Rapport. Dans la notion de conscience, les deux termes permettent notamment de déterminer le rapport dialectique entre le sujet et l'objet (Cf. Hegel). A l'immédiateté de l'évidence [intuitive] qui fonde la reconquête cartésienne de la vérité, Hegel oppose la médiation [discursive] du langage comme condition sine qua non de celle-ci. Notions attachées : Conscience, Inconscient, Désir, Art. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, §1, p.19 : "Le savoir que nous avons d'un objet proprement concret est immédiat"
  • 18. OBJECTIF/SUBJECTIF Etymologie. Du Latin objectum : objet, but à atteindre ; et subjectivus, de subjicere : mettre sous. Cf. subsumer : prendre sous Définitions. Objectif : qui se rapporte à l'objet. Concept adéquat à son objet. Subjectif : qui se rapporte au sujet. Concept dans lequel le sujet fait intrusion. Notions en rapport = Sujet. Culture. Raison. Rapport. Aide à distinguer des niveaux hiérarchiques de conscience ou de connaissance. Critique : si la science a pour but rendre compte objectivement de la réalité, elle semble méconnaître la part de subjectivité inhérente à toute représentation du celle-ci : la mise entre parenthèse de cette part subjective est-elle à son tour une condition inhérente à la formation de la science ? Notions attachées : Conscience, Inconscient, Histoire, Droit. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, §2 p.22 : "Le sentiment est quelque chose d'absolument subjectif... Lorsqu'à propos de quelque chose je me rapporte à mon pur sentiment, je ne prétends pas recourir à des principes, par conséquent à l'universel... L'objectif, ou universel, est ce qui relève de l'entendement, c'est-à-dire le concept."
  • 19. OBLIGATION/CONTRAINTE Etymologie. Du Latin ob, ligare : lier par contrat (plus tard, XVIIe, obligé : lié par amour) ; et constringere : serrer. Définitions. Obligation : prescription constituant la matière de la loi morale ou juridique (Exemple : les obligations des parents à l'égard des enfants, etc.). Contrainte ou nécessité : entrave la liberté d'action. Notions en rapport = Echanges. Morale. Rapport. Contrairement à la contrainte ou à la nécessité, l'obligation nous laisse libre. Notions attachées : Société, Etat, Justice, Droit, Liberté, Religion. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Obligation et devoir juridiques : §32, p.61 : "... Le devoir juridique comme tel n'implique qu'une nécessité externe, à laquelle peut manquer la disposition d'esprit, ce qui signifie que, tout en accomplissant ce devoir, je puis même avoir une intention méchante." Contrainte : §§ 4-5 "Dans la mesure où chacun est reconnu comme une essence libre, il est une personne. C'est pourquoi le principe du droit peut s'énoncer aussi de cette manière : chacun doit être traité par autrui comme une personne." ... "Il suit de là qu'on ne peut contraindre aucun homme sinon seulement à supprimer la contrainte qu'il a exercé sur autrui. Eclaircissement : etc."
  • 20. ORIGINE/FONDEMENT Etymologie. Origine. Du Latin origo, de orior : désigne l'apparition d'un astre à son lever. Définitions. Origine : commencement, cause ou raison d'un processus, réalité antérieure dont dérive un objet par transformation (Exemple : le Christianisme ou l'Islam, par rapport au Judaïsme. Fondement = ensemble des éléments qui assure la consistance, la validité et, par suite la perennité d'une oeuvre ou d'un concept. Notions en rapport = Théorie et expérience. Société. Rapport. Aide à déterminer la source de l'existence ou/et de l'essence. Alors que l'origine permet d'expliquer un phénomène en se référant à sa genèse [historique], le fondement sert à l'établir par la mise en évidence des principes qui le justifient [anhistoriqque]. Exemple : dans son second discours intitulé "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes", Jean-Jacques Rousseau annonce une double investigation. La première sur ce qui a pu produire l'inégalité historiquement parlant [en fait : Rousseau se borne à constater], la deuxième sur la validité des justifications anthropologiques, morales et politiques de cette inégalité [en droit : principes que Rousseau se met à contester pour les réfuter]. Notions attachées : Conscience, Technique, Etat, Métaphysique. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, §1, p.21 : "Le sentiment n'apporte aucun fondement". §6, p.106 : "(...) encore que l'essence , par rapport à l'être, apparaisse comme le médiat, l'essence est pourtant l'originaire." ; Antinomies du temps et de l'espace, p. 122 sq.
  • 21. PERSUADER/CONVAINCRE Etymologie. Du Latin persuadere, de suadere: pour conseiller ; et convincere : vaincre avec. Définitions. Persuader : amener quelqu'un à croire et à penser quelque chose en jouant sur sa sensibilité, par le moyen de la séduction. Convaincre = conduire quelqu'un à admettre ou à penser quelque chose par la seule force de la raison. L'art du philosophe contre celui du rétheur. Socrate cherchant à convaincre les sophistes (tel Gorgias) que la persuasion est un mal pour la cité. Discours du philosophe contemporain Miguel de Unamuno, ci-après. Notions en rapport = Démonstration. Rapport. Aide à penser la communication entre les consciences. Les deux voies opposées pour emporter l'assentiment ou l'adhésion d'autrui. Notions attachées : Langage, Religion, Politique. Texte. Miguel De Unamuno(1864-1936), discours traduit par Madeleine Chapsal, contextualisé par Frédéric Rossif dans son film "Mourir à Madrid". "Franco déclare : "Je ferai, s'il le faut, fusiller la moitié de l'Espagne." Personne ne répond. Personne ne proteste. Sauf un homme. Le vieux philosophe Miguel de Unamuno, (...) recteur de l'Université de Salamanque, maître à penser de sa génération, resté à la tête de son université en territoire nationaliste. Le "Jour de la fête de la race" à Salamanque, dans le grand amphithéatre de de l'Université, le général franquiste Millan Astray, mutilé de guerre injurie la Catalogne et le Pays Basque, tandis que ses partisans hurlent : "Vive la mort !". Unamuno se lève lentement et dit : "Il y a des circonstances où se taire est mentir. Je viens d'entendre un cri morbide et dénué de sens : vive la mort ! Ce paradoxe barbare est pour moi répugnant. Le général Millan Astray est un infirme. Ce n'est pas discourtois. Cervantes l'était aussi. Malheureusement, il y a aujourd'hui, en Espagne, beaucoup trop d'infirmes. Je souffre à la pensée que le général Millan Astray pourrait fixer les bases d'une psychologie de masse. Un infirme qui n'a pas la grandeur d'âme d'un Cervantes recherche habituellement son soulagement dans les mutilations qu'il peut faire subir autour de lui." S'adressant ensuite personnellement à Millan Astray : "Vous vaincrez, parce que vous possédez plus de force brutale qu'il ne vous faut. Mais vous ne convaincrez pas. Car, pour convaincre, il faudrait que vous persuadiez. Or, pour persuader, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la Raison et le Droit dans la lutte. Je considère comme inutile de vous exhorter à songer à l'Espagne. J'ai terminé." Consigné sur ordre à son domicile, Miguel de Unamuno mourut le cœur brisé, quelques semaines plus tard." Texte. Aristote : réthorique, éristique, sophistique §12, p.30
  • 22. RESSEMBLANCE/ANALOGIE Etymologie. Du Latin similare : ressembler, être de même apparence ou de même manière. Du Grec analogos : proportionnel Définitions. Analogie : rapport qualitatif, produit de la raison ou produit positif de l'imagination (Exemple : on raisonne par analogie quand on conclut d'une relation constatée à une relation non constatée]. Ressemblance : produit de la comparaison d'éléments communs entre deux objets différents visibles. L'analogie chez les anciens mathématiciens grecs : rapport quantitatif ou proportion [conservée]. Notions en rapport = Art. Rapport. Aide à mesurer la différence entre pouvoirs de la raison, de l'imagination et de la vision, et par suite à relever les erreurs logiques possibles qui leur sont attachées. La ressemblance nous permet de nous orienter dans le réel, l'analogie d'aller au-delà [des "semblances"] par le pouvoir de la raison se soumettant l'imagination. Notions attachées : Conscience, Interprétation, Démonstration. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Syllogisme §50, p.153 : "L'analogie infère de la nature universelle à la déterminité particulière du singulier, par ex. : La terre se meut, or la lune est une terre, donc la lune se meut." Texte. René Descartes, La Dioptrique, 1637. "Et si, pour ne nous éloigner que le moins qu'il est possible des opinions déjà reçues, nous aimons mieux avouer que les objets que nous sentons envoient véritablement leurs images jusques au dedans de notre cerveau, il faut au moins que nous remarquions qu'il n'y a aucunes images qui doivent en tout ressembler aux objets qu'elles représentent car autrement il n'y aurait point de distinction entre l'objet et son image : mais qu'il suffit qu'elles leur ressemblent en peu de choses ; et souvent même, que leur perfection dépend de ce qu'elles ne leur ressemblent pas tant qu'elles pourraient faire. Comme vous voyez que les tailles-douces, n'étant faites que d'un peu d'encre posée, çà et là sur du papier, nous représentent des forêts, des villes, des hommes, et même des batailles et des tempêtes, bien que, d'une infinité de diverses qualités qu'elles nous font concevoir en ces objets, il n'y en ait aucune que la figure seule dont elles aient proprement la ressemblance ; et encore est-ce une ressemblance fort imparfaite, vu que, sur une superficie toute plate, elles nous représentent des corps diversement relevés et enfoncés, et que même, suivant les règles de la perspective, souvent elles représentent mieux des cercles par les ovales que par d'autres cercles ; et des carrés par des losanges que par d'autres carrés ; et ainsi de routes les autres figures en sorte que souvent, pour être plus parfaites en qualité d'images, et représenter mieux un objet, elles doivent ne lui pas ressembler. Or il faut que nous pensions tout le même des images qui se forment en notre cerveau, et que nous remarquions qu'il est seulement question de savoir comment elles peuvent donner moyen à l'âme de sentir toutes les diverses qualités des objets auxquels elles se rapportent, et non point comment elles ont en soi leur ressemblance."
  • PRINCIPE/CONSEQUENCE 23. Etymologie. Du Latin principium : ce qui est premier ; et consequi : suivre. Définitions. Vulgairement, fait premier (principe) et fait qui suit cet autre fait (conséquence). Principe se dit de ce qui n'est précédé par rien et dont les autres choses découlent. Conséquence, se dit précisément de ce qui découle alors du principe ou de son observation. Logique. Conclusion nécessaire ou proposition impossible à nier sans se contredire, une fois les principes [de contradicton, d'identité et de tiers exclu] admis. Notions en rapport = Autrui. Raison. Morale Rapport. Dans l'ordre logique, si l'on considère la déduction, le principe est la proposition d'où l'on tire les suivantes appelées conséquences. Quant aux principes mêmes de la raison, ils forment les axiomes purement formels qui régissent toute la pensée : Principes de Contradiction, d'Identité, de Raison et de Causalité (Cf. Aristote, Leibniz, Kant). Notions attachées : Démonstration, Droit, Morale. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, §2 p.22 : "Le sentiment est quelque chose d'absolument subjectif... Lorsqu'à propos de quelque chose je me rapporte à mon pur sentiment, je ne prétends pas recourir à des principes, par conséquent à l'universel.
  • 24. EN THEORIE/EN PRATIQUE Etymologie. Du Grec theorein : voyager, observer, contempler ; et pratteîn : agir. Définitions. Théorique : spéculatif, activité désintéressée [ou sans but pratique] ayant pour but la connaissance pure [et le plaisir intellectuel qu'elle procure]. Pratique : exercice d'une activité volontaire de nature à modifier ce à quoi l'on se rapporte (exemple : pour l'homme, son environnement. Notions en rapport = Technique. Rapport. Ou bien on les oppose en dévalorisant la théorie, ou bien elle se complètent en vérité, toujours au bénéfice de la pratique qui en tire ses progrès (exemples de la science et de la technique). La théorie tire en effet de l'analyse de la réalité des règles d'action et des principes généraux, la pratique se nourrit de son dialogue avec la théorie pour mieux satisfaire les besoins de l'homme. Chez Kant, c'est l'exercice même du jugement qui assure « le lien et le passage de l'une à l'autre » : en permettant de discerner « si quelque chose est ou non le cas qui tombe sous la règle », c'est lui qui autorise et assure les avancées positives de la réflexion comme de l'action. Notions attachées : Conscience, Théorie et expérience. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Conscience : §3, p.15 ; Formation théorique : §42, p.68 Texte. Spinoza, Traité théologico-politique, 1677, I, § 1 sq., Vrin, Paris, 1968, p. 29-31. "Les philosophes conçoivent les passions qui nous tourmentent comme des vices dans lesquels les hommes tombent par leur propre faute. C'est pourquoi ils ont coutume (d'en rire, de les déplorer, de les réprimander et même de les dénoncer au nom de Dieu quand ils veulent paraître plus pieux que les autres. Ils croient ainsi accomplir une oeuvre agréable à Dieu et atteindre le sommet de la sagesse, lorsqu'ils ont appris à louer de diverses manières une nature humaine qui n'existe nulle part et flétrir par leurs discours celle qui existe réellement. Ils conçoivent les hommes, en effet, non comme ils sont, mais comme ils voudraient qu'ils fussent: la conséquence en est que, pour la plupart, au lieu d'une Éthique, ils ont écrit une Satire et n'ont jamais conçu un système politique qui puisse être appliqué pratiquement; le système politique qu'ils conçoivent doit être tenu pour une chimère ou pour un système qu'on pourrait établir dans un pays d'Utopie ou dans l'âge d'or des poètes où l'on n'en a pas du tout besoin. Puisque donc de toutes les sciences, qui donnent lieu à des applications, c'est la science politique qui passe pour s'accorder le moins avec la pratique, on juge que, pour gouverner un État, personne n'est moins qualifié que les théoriciens ou les philosophes. D'un autre côté on croit que les hommes politiques tendent des pièges aux hommes plutôt qu'ils ne les dirigent; on pense qu'ils sont plus rusés que sages. Bien sûr, l'expérience leur a appris qu'il y aura des vices tant qu'il y aura des hommes. Par conséquent, lorsqu'ils s'efforcent de devancer la méchanceté humaine, et cela par des procédés qu'une longue expérience pratique leur a enseignés et dont ont coutume d'user des hommes conduits par la crainte plutôt que par la raison, ils semblent s'opposer à la religion et principalement aux théologiens qui croient que les souveraines puissances doivent gérer les affaires publiques selon les mêmes règles de la moralité qui sont obligatoires pour un particulier. Cependant on ne peut douter que les hommes politiques ont traité des problèmes politiques avec plus de bonheur que les philosophes. En effet, guidés par l'expérience, ils n'ont rien enseigné qui s'écarte de la pratique."
  • 25. TRANSCENDANT/IMMANENT Etymologie. Du Latin transcendere : passer au-delà. et manere : demeurer. Définitions. Transcendant : vulgairement, qui dépasse la moyenne ou "l'entendement", surpasse. Immanent : Transcendant : qui dépasse et détermine à la fois un ordre de réalité (exemple : le soleil pour la terre, la nature ; ou encore Dieu). Chez Kant : qui dépasse toute expérience possible. Immanent : qui appartient à ce même ordre de réalité, qui est contenu dans la nature d'un être. Kant : caractère d'un principe dont le champ d'application ne peut excéder l'expérience possible. Par opposition à la définition précédente, où Dieu apparaît comme principe transcendant de la création, Spinoza a pu écrire : "Dieu est la cause immanente à de toutes choses, non la cause transitive", Ethique, I, prop. 18.. Notions en rapport = Religion. Matière et esprit. Rapport. Par analogie, l'opposition ontologique entre transcendant et immanent peut être rapprochée de l'opposition spatiale entre extérieur et intérieur. L'une indique le principe d'un dépassement des limites d'un espace donné, l'autre indique le maintien à l'intérieur de ces mêmes limites. Où l'on retrouve d'ailleurs pleinement le double sens originel de la limite : à la fois ce qui enclos et protège et ce à partir de quoi tout commence. Notions attachées : Religion, Théorie et expérience, Droit, Etat. TEXTE de la Propédeutique Philosophique.
  • 26. UNIVERSEL/GENERAL/PARTICULIER/SINGULIER Etymologie. Du Latin universalis : valable partout ; et generalis : qui appartient à un genre (genus) ; particularis, de pars : partie ; et singularis : seul. Définitions. Universel : qui vaut pour et dans tous les cas (universellement valable : indépendant de l'espace et du temps). Général : qui s'applique à la plupart des cas. Particulier : à quelques cas. Singulier : à un seul. Notions en rapport = Tous champs. Rapport. Notions attachées : Conscience, Raison, Logique, Démonstration. TEXTE de la Propédeutique Philosophique, Le concept §91, p.130 ; §§1-3, p.139 § 61 "Parmi les devoirs particuliers envers autrui, le premier est la véracité de la parole et de la conduite. Elle consiste dans la conformité entre ce qui est et dont on a conscience et ce que l'on dit et montre aux autres. - La fausseté est la non-conformité et la contradiction entre la conscience et l'aspect qu'on présente aux autres, entre l'intérieur, par conséquent, et la réalité effective, et, par conséquent, le néant en lui-même." § 67 "Le devoir d'amour universel pour les hommes s'étend de façon plus prochaine à ceux avec qui nous entretenons des rapports de connaissance et d'amitié. Il a fallu que l'unité originaire qui liait tous les hommes se transformât en ces relations plus prochaines, qui engendrent des devoirs plus déterminés. (L'amitié repose sur la communauté de caractère, sur l'identique intérêt à poursuivre ensemble une úuvre commune, non point sur le plaisir qu'on éprouve auprès de la personne d'autrui comme telle. A ses amis on se doit rendre aussi peu importun que possible. La plus grande délicatesse est de ne leur demander aucun service. Il ne faut point se dispenser d'une affaire pour la leur imposer.)" Texte. Aristote, Seconds Analytiques, Livre 1, 31, Vrin, Paris, 1979, p. 146-148. "Il n'est pas possible non plus d'acquérir par la sensation une connaissance scientifique. En effet, même si la sensation a pout objet une chose de telle qualité, et non seulement une chose individuelle, on doit du moins nécessairement percevoir telle chose déterminée dans un lieu et à un moment déterminés. Mais l'universel, ce qui s'applique à tous les cas, est impossible à percevoir, car ce n'est ni une chose déterminée, ni un moment déterminé, sinon ce ne serait pas un universel, puisque nous appelons universel ce qui est toujours et partout. Puis donc que les démonstrations sont universelles, et que les notions universelles ne peuvent être perçues, il est clair qu'il n'y a pas de science par la sensation. Mais il est évident encore que, même s'il était possible de percevoir que le triangle a ses angles égaux à deux droits, nous en chercherions encore une démonstration, et que nous n'en aurions pas (comme certains le prétendent) une connaissance scientifique car la sensation porte nécessairement sur l'individuel, tandis que la science consiste dans la connaissance universelle. Aussi, si nous étions sur la Lune, et que nous voyions la Terre s'interposer sur le trajet de la lumière du soleil, nous ne saurions pas la cause de l'éclipse : nous percevrions qu'en ce moment il y a éclipse, mais nullement le pourquoi, puisque la sensation, avons-nous dit, ne porte pas sur l'universel. Ce qui ne veut pas dire que par l'observation répétée de cet événement, nous ne puissions, en poursuivant l'universel, arriver à une démonstration, car c'est d'une pluralité de cas particuliers que se dégage l'universel." FIN Pierre Rostaing et ses élèves, ©1011, photographies, ©Editions de Minuit, Propédeutique Philosophique, extraits. Droits. Pierre Rostaing et ses élèves, ©1011, photographies, ©Editions de Minuit, Propédeutique Philosophique, extraits.