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Publié : 8 novembre 2009

Diversité des cultures et possibilité de la critique

Une annexe au cours "LA CULTURE"

Diversité des cultures et possibilité de la critique

Point de départ de l’analyse : l’extrême diversité des cultures et des modes de vie.

A. A propos d’une ancienne question : « Y a-t-il des cultures supérieures aux autres ? »

Il s’agit là d’un vieux préjugé bien décrit par Claude Lévi-Strauss : l’ethnocentrisme, attitude par laquelle la culture à laquelle on appartient nous semble « la meilleure », « la plus humaine ».

Dans ce cas, la position occupée par l’observateur fausse les perspectives, déforme le regard – ce qui rend difficile l’abandon d’un tel préjugé. Par exemple, notre civilisation, qui a fait le choix du progrès technique, se juge « supérieure » (s’est longtemps jugée supérieure ?) à d’autres parce qu’elle « progresse »… Ce préjugé se heurte à un certain nombre de réfutations (égalité des cultures, des civilisations, égale humanité des membres qui composent ces cultures ; unité du genre humain, etc.) , même si l’on peut se demander quelle est leur efficacité réelle. Un bon exemple d’effort pour résister par une sorte de conversion du regard à cette tendance ethnocentrée se trouve chez Montaigne . Pour autant, le risque existe de renverser l’évaluation (effet d’une sorte de culpabilité rétrospective, dont se chargerait aujourd’hui l’homme occidental), en affirmant que ces « sociétés primitives » sont « meilleures » que les nôtres, parce qu’elles sont « plus proches de la nature », « plus morales », « plus libres », etc. Un tel jugement serait aussi erroné que celui qu’il prétendait corriger…

Il est donc devenu difficile de soutenir une position brutalement ethnocentrique. Mais quelle autre attitude lui substituer ?

B. Le relativisme culturel

Il s’agit de « la doctrine qui insiste sur la différence de culture et de valeurs des sociétés, qui combat la tendance à juger des autres systèmes sociaux en vertu du nôtre et qui prône la tolérance. Etre relativiste, c’est ici refuser qu’il y ait des valeurs universelles » ( Dictionnaire philosophique Hatier).

Le relativisme culturel est utile lorsqu’il s’agit de dénoncer notre naïveté ethnocentrique, en nous montrant que nos valeurs ne sont pas forcément « les meilleures », que d’autres valeurs sont également « humaines », même si nous ne les partageons pas.

Mais une telle attitude comporte aussi des dangers : toutes les pratiques, toutes les valeurs sont-elles acceptables ? Le relativisme culturel ne nous force-t-il pas à accepter passivement des « différences » qui sont en fait intolérables ? Le travail des enfants, le sort réservé aux femmes dans certains pays, les mutilations sexuelles infligées aux enfants selon certaines coutumes, la torture, peuvent-ils être « acceptés » au nom de la différence culturelle ? Ici apparaît l’opposition fondamentale entre le particulier et l’universel ? Y a-t-il des valeurs universelles (c’est-à-dire : telles qu’elles puissent être partagées par tout être humain) ? Ou bien faut-il renoncer à cette universalité possible de certaines valeurs ? Y a-t-il des droits ayant valeur d’universalité ( les « Droits de l’Homme »), ou bien faut-il admettre que ces droits ne valent que pour leur sphère culturelle d’origine, l’occident ?

Un exemple : l’argument du relativisme culturel arrange bien les gouvernements chinois, pour qui les Droits de l’Homme sont un ensemble de conceptions « typiquement occidentales », mais du coup « non exportables » ; les gouvernements chinois successifs considèrent qu’il serait abusif d’exiger de la Chine le respect de ces droits ( « notre monde est différents, notre système est différent, nos lois sont différentes, notre façon de penser est différente : respectez notre différence - et ne cherchez pas à nous imposer ces droits … »).

C. Peut-on juger la culture à laquelle on appartient ? ( sujet de bac)

En apparence, il est très difficile de « juger la culture à laquelle on appartient », du fait même de cette appartenance. Michel Serres fait remarquer que « la passion fondamentale est celle de l’appartenance » : appartenir à un groupe humain, à une culture, c’est être amené d’une façon ou d’une autre, en de nombreuses circonstances, à « faire bloc » ( il n’est pas nécessaire de chercher loin les exemples…) ; il serait dés lors presque impossible de juger, de critiquer la culture à laquelle on appartient, par manque de recul, par aveuglement. Au sein de chaque culture, nombreuses sont d’ailleurs les institutions ( religion, armée, école parfois…) qui entretiennent cet aveuglement, qui exigent que chacun fasse « acte d’adhésion forte » à la culture et à ses valeurs, en s’interdisant tout jugement, toute critique, toute discussion ( la menace accompagne souvent l’argument : « si vous jugez votre propre culture, si vous demandez des changements, vous la trahissez »). Il semble donc fort difficile de porter un jugement sur la culture à laquelle on appartient.

En réalité, pourtant, il doit bien être possible de critiquer, de juger la culture à laquelle on appartient. C’est ce que fait par exemple Montaigne. Le jugement critique à l’égard de soi même est toujours possible, de même que le regard critique porté sur sa propre culture. Dans notre société, cette faculté de jugement critique s’exprime de multiples façons, par exemple sous la forme de revendication de droits. Une culture pourrait d’ailleurs mesurer sa propre force à sa disposition à accueillir de tels jugements ; une culture prête à changer après avoir écouté de tels jugements n’est donc pas forcément condamnée à disparaître. N’est-ce pas là reconnaître une spécificité ( et la valeur ?) du monde occidental, épaulé en cela par la pratique philosophique ?