Vous êtes ici : Accueil > Pédagogie > Pôle Littéraire > Philosophie > Serait-il sage de ne désirer que ce dont nous avons besoin ?
Publié : 7 octobre 2009

Serait-il sage de ne désirer que ce dont nous avons besoin ?

Une ébauche de démarche de questionnement. TES2, TL3

SERAIT-IL SAGE DE NE DESIRER QUE CE DONT NOUS AVONS BESOIN ?

Présupposé : souvent, dit-on, notre désir nous porte vers « ce dont nous n’avons pas besoin », et cela produit plutôt notre malheur. Folie et misère de l’homme viennent de l’incapacité à « se contenter du besoin » (frustration, sentiment de manque – donc : il est mauvais de désirer « ce dont nous n’avons pas besoin »).

Questions portant sur les concepts importants du sujet : Comment définir le besoin ? Le désir (quelle est l’essence du désir ?) ? Qu’est-ce que la sagesse ? Que désirons-nous ? De quoi avons-nous besoin (interroger ce sur quoi porte le besoin, et ce sur quoi porte le désir) ?

Hypothèses de travail/ questions ouvertes par un effort d’interprétation du sujet : 1ère piste de réflexion : Prendre au sérieux la question, ce sera envisager la thèse selon laquelle il serait sage de se limiter au besoin (d’identifier le besoin et le désir) ; quel idéal de vie se manifeste dans ce souci ? On évoquera alors un idéal de mesure, de modération, de simplicité, de plénitude (contre la démesure, l’inquiétude, les excès auxquels nous porte le désir). Cette sagesse devrait pouvoir nous conduire plus sûrement au bonheur. D’où vient l’idée d’une telle sagesse ? Sans doute des excès nés du désir (ici la référence à Baudrillard et à la société de consommation s’impose). « Je n’en ai pas besoin, mais je le désire tout de même » : est-ce folie ? Si oui, alors il convient de tendre vers cette sagesse. Cet « idéal » suppose d’affronter la question suivante : de quoi réellement avons-nous besoin ? Pouvons-nous déterminer exactement « ce dont nous avons besoin », et séparer ce qui relève du désir ? (prolongement : Une telle entreprise n’est-elle pas vouée à l’échec ? ) Cette « sagesse » rendrait-elle la vie « meilleure » ? Et, si oui, en quel sens ? Dans le sens de la « tranquillité » ; de l’absence d’inquiétude, de la satisfaction aisée ? Il s’agirait de ne désirer « rien de plus que ce dont nous avons réellement besoin » (voir aujourd’hui les mouvements invitant à la décroissance). Cette « sagesse » ne serait-elle pas une caricature (« vivre raisonnablement »…) ? Penser à toute la tradition (philosophique, religieuse) qui condamne le désir.

2ème piste de réflexion : Une telle sagesse est-elle possible ? Constitue-t-elle réellement une « sagesse » ? A quelles conditions pourrait-on obtenir cette sagesse ? Il faudrait pouvoir distinguer besoins et désirs (et exclure les désirs portant sur les objets « dont on n’a pas besoin » -c’est-à-dire « renoncer au désir » ?) ; en outre cette sagesse semble supposer un pouvoir sur nos désirs : mais avons-nous un tel pouvoir ? Quels sont ici les pouvoirs de la raison ? Une analyse de la condition humaine ne nous conduit-elle pas à comprendre que l’homme est un être de désir(s) ? Prétendre qu’il serait sage de ne désirer que ce dont nous avons besoin, n’est-ce pas vouloir réduire l’existence à sa seule dimension biologique / animale ? Une telle sagesse ne semble donc pas possible (Baudrillard dénoncerait une « vaine prétention » à une « impossible sagesse ») ; par ailleurs on peut douter qu’elle soit réellement une « sagesse », car elle affecterait profondément l’humanité, dans son être même.

Questions constituant un prolongement de l’analyse (et en même temps un moyen de relancer le questionnement) : devons-nous alors renoncer à toute sagesse ? Devons-nous simplement constater que toute sagesse est impossible à l’égard de nos désirs ?

3ème piste de réflexion : renoncer à cet idéal de sagesse serait-il scandaleux ? Sans doute pas. Il n’est pas forcément scandaleux de choisir une existence certes difficile, complexe, et parfois malheureuse, mais où s’exprime le désir, plutôt qu’une vie limitée aux besoins « élémentaires ».

4ème piste de réflexion : ne devons-nous pas, alors, penser une autre forme de sagesse, qui accepte la différence du besoin et du désir, et qui ne renonce pas au désir ? Hypothèse de travail : le désir n’est pas incompatible avec la sagesse (une grande référence ici : Spinoza) ; il y a une vie « sage » possible pour l’homme compris comme être de désir(s). Examiner ici les dimensions authentiquement humaines du désir : lien avec l’imagination (Rousseau), ouverture sur le futur, sur la conscience de soi (Hegel, Eric Weil), ouverture sur les autres, su l’histoire, sur le monde, sur le réel –et éventuellement même démesure (« désirer l’impossible »). Notre désir nous porte vers ce que nous nous représentons comme « bon » ; or il y a une infinie variété d’objets (ou de fins, de buts) que nous pouvons nous représenter comme tels ; et cela dépasse bien sûr le cadre strict de ce que l’on nomme « besoin ». On peut penser ici à associer désir et liberté, à indiquer aussi que par le désir notre existence peut acquérir un sens.

Autre possibilité : un dépassement de l’alternative suggérée par le sujet (= soit : « le désir nous interdit d’être sages », soit « la sagesse impose de limiter nos désirs »). La question n’est peut-être pas de distinguer besoins et désirs, mais de déterminer ce qui nous est réellement utile. Si la raison nous aide à comprendre ce qui nous est réellement utile (ce qui va dans le sens de notre « puissance d’être », comme dirait Spinoza), la sagesse consiste alors à nous orienter vers ce bien : nous pourrons dire indifféremment que nous « désirons ce bien » ou que « nous en avons réellement besoin ». Examiner la dimension « métaphysique » du désir (cela ne revient-il pas à envisager les sources du désir ?).

En marge de la démarche : Possibilité de travailler, à un moment ou à un autre, sur l’hypothèse selon laquelle on ne peut désirer que « ce dont on a besoin » (= tout désir, finalement, correspond à un besoin). Cette hypothèse, ici, serait embarrassante, car elle ferait disparaître la question (« il n’y a pas de problème, puisque nous désirons toujours ce dont nous avons besoin »).

Enjeux possibles : une vie limitée au besoin (ou qui aurait ajusté les désirs aux besoins) serait-elle une vie « augmentée », ou au contraire une vie « appauvrie » ? Quel idéal de vie pouvons-nous repérer derrière ces positions philosophiques ?