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Publié : 1er octobre 2009

Jean Baudrillard "Le système des objets, la consommation des signes "

Une analyse de texte

Jean Baudrillard (livre série L p. 88, séries ES et S p. 48) Le système des objets, la consommation des signes (1968)

L’univers de la consommation, dans lequel nous vivons depuis quelques décennies, révèle la dimension énigmatique du désir. La consommation renvoie au désir, plus qu’au besoin. Avec le besoin, la satiété est possible (« être rassasié » signifie que le besoin a été satisfait) ; ce n’est pas le cas avec le désir, qui en quelque sorte s’entretient lui-même.

Le désir de consommer, écrit Baudrillard, est inépuisable, car il est lié à des signes, plus qu’à des choses. « Avoir la chose » ne suffit pas. Ce qui importe dans le désir de consommer, ce n’est pas l’objet lui-même, mais ce qu’il est supposé représenter (pour le psychisme) –car un signe représente toujours autre chose que lui-même. Voilà pourquoi Baudrillard écrit que la consommation est « une pratique idéaliste totale ». On reproche souvent aux consommateurs frénétiques d’être « matérialistes » - mais en réalité ils ne sont pas « matérialistes », ou seulement en apparence : la pratique de la consommation est dominée par des idées, des « signes » (« la jeunesse », « la puissance », « le statut social », « la richesse »…)

Quels sont donc ces « signes » dissimulés par les objets ? A quels « signes » les objets renvoient-ils ? La publicité le montre assez aisément (produits de luxe, voitures, produits high tech.) : signes de connivence, signes de reconnaissance sociale, signes de distinction, signes d’appartenance, « signes extérieurs de richesse », comme disaient les sociologues des années 70’, signes de modernité, signes de puissance, signes de décalage, signes de jeunesse, signes de bonheur, etc. Ces signes ont une réelle efficacité, puisqu’ils incitent puissamment à consommer. Voir à cet égard le pouvoir des marques : l’objet en lui-même est indifférent, pas la marque.

La société de consommation (comme la nomme Baudrillard) semble avoir très bien compris que lorsque le désir porte sur des signes et pas seulement sur des choses, il est insatiable. Il ne peut qu’être insatisfait (nous n’obtiendrons jamais (définitivement) la richesse, la « jeunesse perdue », la reconnaissance sociale ; ou plutôt, si nous l’obtenons, ce n’est que partiellement, et il nous faudra encore et encore consommer pour atteindre cet objectif).

Baudrillard juge donc naïve la volonté de « limiter » ou de « réduire » la consommation, car « la dynamique existentielle » du consommateur le pousse à acheter indéfiniment les objets/signes sur lesquels porte son désir. Inutile de croire en la possibilité d’une « sagesse » qui nous conduirait à « nous contenter de l’essentiel ». Il est clair que la position de Baudrillard est pessimiste et provocatrice (car elle condamne par avance notre « moralisme » bien pensant, nos velléités teintées de préoccupations écologiques plus ou moins marquées).

La consommation montre jusqu’à l’absurde que nous ne sommes pas « des animaux comme les autres », parce que la pure et simple satisfaction des besoins ne nous intéresse pas vraiment ; l’homme est un être de désir –la dimension du désir est inséparable de l’humanité.

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