Pierre MAILLAUD dit Pierre BOURDAN

Hitler a dit un jour : "En temps de guerre, les mots sont des armes". En effet, le contrôle de l'information c'est le contrôle de l'opinion, de la population.

Pierre Maillaud est né le 13 mai 1909 à Perpignan. Elève hors du commun, il est reçu au bac section latin langues à 15 ans, avec un premier prix d'allemand, de latin et d'histoire ancienne. Il fait preuve de ce qu'appellera plus tard Jean Marin : "le goût de l'épreuve, le goût du travail bien fait ". Le village du Bourg d'Hem a été un port d'attache dans son enfance. Depuis 1913, la famille Maillaud passe les vacances chez l'écrivain Raymond Christoflour, un ami de son oncle Fernand Maillaud, paysagiste de talent. Adolescent, Pierre Maillaud est passionné par la poésie et, en 1930, il achève son premier recueil de poémes, "ONYX", illustré par Fernand Maillaud.Faute de devenir officier de marine comme il l'avait d'abord rêvé, il choisit le journalisme. Il débute en 1927 à "La journée industrielle".

Il entre à l'Agence Havas à Paris, puis, en 1932, au service de la politique étrangère du bureau de l'agence à Londres, où il reste jusqu'en 1939. Envoyé spécial, il voyage en Europe. En 1938, il assiste à la rencontre entre Hitler et Chamberlain et il confie à son ami Oberlé "Je me demande quel traquenard il nous prépare...". La déclaration de guerre ne l'étonne pas, mais la défaite d'une armée qu'on disait invincible l'affecte profondément, d'autant que son frère est tué au combat dans les premiers jours de juin 1940. Le spectacle de la débâcle, des civils jetés sur les routes de l'exode l'afflige. L'annonce de la capitulation de la France dans les journaux anglais le 17 juin provoque chez lui humiliation et colère. Pierre Maillaud reprend très vite courage, notamment lorsqu'il entend l'appel du Général De Gaulle à la B.B.C. le 18 juin.

Grâce à la bienveillance de Churchill, dès fin juin 1940, la B.B.C. réorganise ses émissions en français. Jacques Duchêne est chargé de constituer une équipe, ce qui n'est pas évident, les professionnels ayant rejoint radio Paris ou radio Vichy. Il choisit Pierre Maillaud, Jean Marin, Jean Oberlé, Jacques Borel, Pierre Lefèvre, Maurice Van Moppès surnommé Momo. Pierre Maillaud prend pour pseudonyme le nom de son village d'adoption, Le Bourg d'Hem, dont il change l'orthographe : il devient Pierre Bourdan. Pendant quatre ans, il commente chaque soir les nouvelles, n'hésitant pas à annoncer "Ce soir les nouvelles sont mauvaises, mais nous vous disons la vérité", une phrase devenue célèbre. Il transmet surtout sa conviction en la victoire des alliés et en la libération de la France.En mai 1944 il cesse toute activité à la BBC et devient correspondant de guerre à la 2ème DB. Il dit à Jean Oberlé : " J'ai trop encouragé les autres à l'action, pendant 4 ans, pour ne pas essayer d'agir à mon tour " . Il débarque dans le Cotentin avec la 2ème DB le 1er août. Fait prisonnier par les allemands à Rennes, la Résistance le libère à Angers et il rejoint la 2ème DB avec laquelle il participe à la libération de Paris le 25 août. Il la suit jusqu'en Allemagne. Il fit un vibrant récit de ces événements dans "Carnet de Retour avec le Général Leclerc".

Il publia en outre plusieurs livres dont "Carnet des jours d'attente", "Perplexité et Grandeur de l'Angleterre", "Commentaires de Londres", dans lesquels il démontra ses qualités d'écrivain. La guerre finie, il reprit son métier de journaliste et collabora entre autre à "Carrefour", "France-Soir" et "Le Figaro". Elu député de la Creuse à l'Assemblée Constituante en 1945 puis, en 1946, député de Paris à l'Assemblée Nationale, il devint, en 1947, pour sept mois, Ministre de la Jeunesse, des Arts et des Lettres, chargé de l'Information et, comme à son habitude, travailla vite et bien. Il œuvra tout d'abord pour la liberté de la presse en supprimant "l'autorisation préalable" et en déposant un projet de loi sur le statut de la presse. Pour la jeunesse il encouragea la reconstruction des stades et développa une politique d'aide à l'enfance défavorisée. Il fit beaucoup pour revitaliser le théatre : il rénova la Comédie Française, créa l'aide à la première pièce, permit la naissance du Festival d'Avignon. Il inaugura également le premier Festival du Cinéma de Cannes.

Pierre Bourdan trouva la mort accidentellement le 13 juillet 1948 au cours d'une promenade en mer au Lavandou. Edouard Herriot, alors président de l'Assemblée Nationale, qui décréta ses funérailles nationales, dit : "La France perd une partie de son printemps".

La BBC