D'où viennent et qu'ont fait les Cadets?

 

SOMMAIRE

I- LES ORIGINES

II - L'ECOLE DES CADETS DE LA FRANCE LIBRE

III - LES CADETS

IV - LES CADETS AU COMBAT

V - LES HONNEURS

VI - L'AMICALE

I - LES ORIGINES

En juin 1940, le général de Gaulle trouve rassemblés autour de lui plus d'une centaine d'adolescents âgés de quatorze à seize ans, qui ont traversé la mer pour lui offrir leur total dévouement au service de la France. Leur jeune âge leur interdit de les incorporer dans une unité combattante quel que soit l'ardent désir qu'ils en ont. Il faut pourtant les prendre en charge matériellement et moralement malgré le cruel manque de moyens de la France Libre naissante. Dans un premier temps, ils sont cantonnés sous la tente près de la petite localité de Brymbach, dans le Pays de Galles où, insuffisamment occupés et déçus d'être écartés des activités guerrières dont ils rêvent, ils doivent patienter dans l'attente d'une décision définitive les concernant. En octobre, ceux d'entre eux qui ont dû interrompre leurs études secondaires, un peu plus d'une soixantaine, sont regroupés à "Rake Manor", petit manoir du Surrey, en vue de leur permettre de poursuivre leurs études tout en recevant un commencement d'instruction militaire. Mais ces adolescents n'ont plus la mentalité ni les préoccupations de collégiens ordinaires et l'expérience se révèle décevante, pour les intéressés comme pour leurs professeurs. Le général de Gaulle, mis au courant de leur situation, décide de donner satisfaction à ces volontaires, et de créer pour eux une véritable école militaire, qui réserverait pourtant une place aux enseignements de culture générale encore nécessaires. Cette école prendra le nom d'Ecole des Cadets de la France Libre.

II - L'ECOLE DES CADETS DE LA FRANCE LIBRE

Le 4 février 1941, l'Ecole des Cadets s'installe dans un des bâtiments réquisitionnés de l'importante "Public School" de Malvern, au sud de Worcester. Dès le début, le général de Gaulle tient à ce qu'au travers de l'épreuve que connaissait la France, cette école maintienne la tradition plus que centenaire de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, dont il est lui-même issu. Conformément à cette volonté, toute l'instruction militaire y sera toujours assurée par des officiers issus de Saint-Cyr, particulièrement attachés à transmettre à leurs jeunes élèves l'esprit et la tradition de cette glorieuse institution. Dès lors, les Cadets seront correctement installés et équipés à la française grâce aux réserves de tenues bleu sombre laissées derrière eux par les bataillons alpins de Narvick, tenues complétées pour les élèves aspirants par une fourragère blanche, insigne chez les Anglais des élèves officiers. Ils travailleront avec enthousiasme pour décrocher le moment venu le galon qui sanctionnera leurs efforts. L'effectif est réparti en trois sections : - une section préparatoire pour les moins avancés en âge et en savoir, - une première section pour ceux dont le degré d'instruction correspond à peu près à celui des lycéens de première, - une section, qui deviendra une compagnie d'Elèves aspirants, bacheliers ou jugés dignes de l'être, et dont la date de naissance, réelle ou astucieusement corrigée, leur permettra de prétendre à un enrôlement régulier à la fin de leurs études. La première promotion, comprenant quinze aspirants, sort en juin 1942, et choisit d'être baptisée "Libération". Sur ces quinze jeunes officiers, huit seront tués à l'ennemi. En mai 1942, les bâtiments de la Public School de Malvern étant réquisitionnés par les autorités militaires anglaises, l'Ecole des Cadets s'installe alors, non loin, dans le manoir de Ribbesford, près de la ville de Bewdley (déformation du vocable normand "Beaulieu"), où elle trouve un cadre plus vaste et mieux adapté à la croissance de ses effectifs. Les Cadets de 1940 ayant à ce moment atteint l'âge de dix-huit ans, également exigé des nouveaux arrivants, le cycle préparatoire est supprimé. Les élèves sont donc répartis en deux compagnies, dont la période d'instruction est pour chacune de six mois. Les premiers six mois sont consacrés à l'instruction militaire des jeunes recrues et se trouvent sanctionnés par le grade de sergent. La seconde période est employée à la formation technique et professionnelle des futurs officiers. De décembre 1942 à juin 1944, quatre nouvelles promotions sont sorties de l'Ecole des Cadets. Elles portent les noms de : "Bir Hakeim", "Fezzan Tunisie", "Corse et Savoie" et "18 Juin". Selon la tradition de Saint-Cyr, chaque baptême de promotion donne lieu à une prise d'armes solennelle qui est présidée par le général de Gaulle lorsqu'il est en Grande-Bretagne ou, lorsqu'il est absent, par un de ses représentants (notamment les généraux Leclerc et Koenig pour la dernière promotion). Au total, deux cent onze officiers sont issus de l'Ecole des Cadets. Quarante-huit d'entre eux, soit près d'un sur quatre, sont morts pour la France. L'Ecole Militaire des Cadets de la France Libre a été dissoute le 16 juin 1944. Dans l'ordre du jour ordonnant la dissolution de l'Ecole, le général de Gaulle a pu écrire : "Le nom de l'Ecole des Cadets demeurera dans l'histoire militaire de la France. Il demeurera comme celui du refuge où la jeune élite de notre armée apprit à vaincre pour la libération et la rénovation de la Patrie. "

Ecole militaire des Cadets. Ribbesford Hall Bewdley. Angleterre. Départ du cross à 6h45 du matin.1943 (photo E. Bonopera, Droits réservés)

III - LES CADETS

De 1941 à 1943, le nombre des élèves de l'Ecole des Cadets est progressivement passé d'une soixantaine à plus de cent cinquante. En effet, au fil du temps, les premiers volontaires, qui provenaient en grande majorité de Bretagne et, dans une moindre mesure, du nord de la France, sont rejoints par d'autres jeunes gens arrivés le plus souvent après de multiples aventures : - évadés de France par la mer, ou par l'Espagne, très souvent après des mois d'incarcération en prison ou au sinistre camp de Miranda, - en provenance des territoires français d'Outre-mer, déjà ralliés ou non : Nouvelle-Calédonie, territoires français du Pacifique, Madagascar, la Réunion, la Martinique, - ou en provenance de l'étranger : Canada, Etats-Unis, Mexique, Argentine, Haïti, Belgique, Luxembourg, Suède, Islande - ou, plus simplement, de Grande-Bretagne. Avant leur entrée à l'Ecole, tous ces jeunes gens ont déjà, pour la plupart d'entre eux, fait preuve de détermination au travers de dures épreuves. Quelles motivations impérieuses les ont ainsi poussés à prendre de tels risques, alors que leur jeune âge pouvait les autoriser à rester sans remords chez eux, pour y continuer leurs études ? Malgré la grande diversité de leurs origines, deux sentiments dominants leur sont communs, sentiments d'ailleurs partagés par tous les Français Libres, mais qu'ils ressentent de façon particulièrement forte en raison de leur jeunesse. Tout d'abord, naturellement, le patriotisme. L'état dans lequel se trouve la France et la honte de la défaite leur inspirent un ardent désir de revanche, mais surtout, ils ont tous enfouie en eux la sensation d'une profonde blessure : ce qui se passe alors en France leur est intolérable et les atteint dans leur dignité personnelle. Laisser se dérouler de tels événements sans s'y impliquer totalement leur paraît inacceptable. La force de ces sentiments et cette profonde communauté d'engagement ont créé chez les Cadets un très puissant lien de commune identité qui se manifeste aujourd'hui encore.

Ecole militaire des Cadets. Ribbesford Hall.1943 (photo Droits réservés)

IV - LES CADETS AU COMBAT

Depuis 1942, année de la sortie de la première promotion, les Cadets n'ont pas cessé de combattre sur tous les champs de bataille où la France a été engagée. Tout d'abord dans la Résistance où un Cadet trouvera une mort glorieuse les armes à la main. Puis en Italie, au sein de la Ire Division Française Libre (vingt-cinq Cadets ont servi dans cette prestigieuse unité). En 1944, pratiquement tous les Cadets ont participé à la libération de la France et ultérieurement aux opérations menées en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Allemagne. Ils ont servi dans toutes les unités de l'armée française : à la Ire Division Française Libre, à la 2e DB, chez les parachutistes SAS ou les Fusiliers marins et commandos de la Marine, au Bureau Central de Renseignement et d'Action pour l'encadrement des maquis, dans la Ire Armée ou dans les missions tactiques de liaison avec les armées alliées. L'engagement des Cadets qui ont choisi la carrière militaire s'est poursuivi après la fin des combats en Europe. Douze anciens élèves ont été tués en Indochine, deux en Corée, trois en Algérie, un au Katanga et un au Togo. Les Cadets se sont partout montrés dignes des plus belles traditions de l'armée française, comme le montrent les très nombreuses citations ou décorations qui leur ont été décernées. Sept d'entre eux ont été faits Compagnons de la Libération.

Ecole militaire des Cadets. Robbesford Hall. En manoeuvre.1942 (photo Droits réservés)

V - LES HONNEURS

Le 9 juin 1949, à Malvem Collège, un banc commémoratif de la présence des Cadets a été inauguré.Le 17 mars 1954, une loi de la République a officiellement assimilé l'Ecole Militaire des Cadets de la France Libre à l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Le 12 mars 1956, dans les ruines de Saint-Cyr-1'Ecole, le drapeau de l'Ecole Militaire des Cadets de la France Libre était décoré de la Croix de la Légion d'honneur et de la Croix d Guerre avec palme. La citation comporte cette phrase : "Dès 1940, reprenant les plus belles traditions de Saint-Cyr, a groupé et instruit les jeunes Français venus en Angleterre désireux de lutter pour la libération de la Patrie. D'abord à Malvern, puis à Ribbesford, a formé cinq promotions qui se sont magnifiquement comportées sur les champs de bataille les plus divers. A sa dissolution le 15 juin 1944, elle pouvait être fière d'avoir bien rempli sa mission." Le 25 août 1956, le drapeau de l'Ecole des Cadets également décoré de la Médaille de la Résistance, a été solennellement déposé au Musée du Souvenir de Saint-Cyr-Coëtquidan, en présence du général de Gaulle. Le 24 juillet 1966, un monument à la mémoire des Cadets de la France Libre a été érigé à l'entrée de la cour d'honneur de l'Ecole de Saint-Cyr-Coëtquidan. Le 24 mai 1985, la Croix de Guerre luxembourgeoise a été décernée à l'Ecole des Cadets. Le 26 juillet 1987, la promotion sortante de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr a choisi comme nom de baptême "Cadets de la France Libre". Par ailleurs, neuf promotions de l'Ecole Militaire Interarmes et de l'Ecole des officiers de Réserve ont choisi de porter le nom d'un Cadet mort pour la France. Le 28 octobre 1998, une "Place des Cadets de la France Libre" a été inaugurée à La Ferté-Saint-Aubin. Le 27 février 2001, une "Rue des Cadets de la France Libre" a été inaugurée à Lyon. Un bon nombre de sites ou d'artères dans d'autres villes de France portent le nom d'un Cadet mort au champ d'honneur. Aux Invalides, le Musée de la Libération et le Musée de la France Libre, ainsi que le Musée du Souvenir à Saint-Cyr, ont consacré une ou plusieurs vitrines à l'Ecole des Cadets. Une plaque fixée sur le manoir de Ribbesford, en Angleterre, et une vitrine au musée de Bewdley rappellent la présence de l'Ecole au cœur du Worcestershire durant la grande épreuve. Citations du général de Gaulle au sujet de l'Ecole des Cadets : "L'Ecole Militaire des Cadets aura été une pleine et noble réussite française. Je voudrais que vous sachiez et que vous disiez à quel point je me suis trouvé moi-même réconforté dans ma tâche, chaque fois que j'ai eu l'honneur d'inspecter l'Ecole. La pure ardeur, l'entière discipline, la belle tenue de nos Cadets sont les meilleurs aliments de notre espérance..." Charles de Gaulle Lettre au Commandant de l'Ecole datée d'Alger, 7 novembre 1943. Les Cadets : "Rien ne réconforte autant le chef des Français Libres que le contact de cette jeunesse, fleuron d'espoir ajouté à la gloire obscurcie de la France. " Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. "Mais aussi, dans son chagrin, aux pires jours de son Histoire, ils ont consolé la France. " Charles de Gaulle Décembre 1951.

Remise du fanion de l'école par le général De Gaulle le 13 septembre 1941

VI - L'AMICALE

Depuis 1947, une Amicale regroupe les anciens de l'Ecole Militaire des Cadets : cadres, officiers, élèves et stagiaires. De très nombreuses activités peuvent être portées à son actif : rencontres officielles ou amicales, célébrations, visites, voyages du souvenir ou culturels. L'Amicale a publié plusieurs éditions d'un annuaire et diffuse un bulletin de liaison semestriel. Les familles des disparus sont régulièrement associées aux rencontres, notamment lors de déjeuners, hebdomadaires pendant trois décennies, devenus mensuels en raison de la dispersion des membres. Le général de Gaulle avait accepté la Présidence d'honneur de l'Amicale et honoré de sa présence deux de ses dîners.

Ribbesford House. Inauguration de la plaque commémorative

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