Académie de Grenoble

Lettre à M. Fabius, Président de la COP 21

Monsieur Laurent Fabius,
Ministre des Affaires Etrangères
et du Développement International,
Président de la COP 21

Monsieur le Ministre,

Nous savons à quel point les autorités françaises ont la volonté de voir la future COP 21 être un plein succès. Nous avons tous ensemble travaillé à mieux comprendre les enjeux les causes et enjeux du changement climatique en cours. Nous avons débattu ; nous avons questionné la responsabilité de l’espèce humaine, aperçu les conséquences probables et nous avons formé un espoir.
Cette lettre tente de vous dire tout cela.

Selon le GIEC, et selon l’opinion partagée par la majorité des français, le réchauffement climatique est un phénomène mondial, plus important dans l’hémisphère nord. Effectivement, La température moyenne de la planète est en constante augmentation depuis le début du 20 ème siècle (environ 0.6°C depuis 1950).
Mais le réchauffement climatique n’a pas seulement pour effet une augmentation de la température de l’atmosphère, mais aussi une diminution de l’étendue et de l’épaisseur de la banquise arctique, ou alors le recul des glaciers. En effet selon le dernier rapport du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE) la mer de glace à Chamonix a reculé de plus de 3 mètres cette année, ce qui est trois fois supérieur à la moyenne des dernières années. Cette perte de surface des glaciers provoque des éboulements, notamment dans le massif des Alpes, où la voie principale d’accès au Mont-Blanc a été fermée par arrêté préfectoral durant l’été.
De même, autre élément alarmant, conséquence directe du réchauffement climatique, le niveau des océans a augmenté de 19cm depuis la fin du XIXème selon un récent rapport du GIEC. Dans le scénario le plus pessimiste, ce dernier prévoit une hausse de 98cm à l’entrée du XXIIème par rapport à la période 1986-2005.
Il est légitime de s’intéresser à la responsabilité de l’homme dans le réchauffement climatique. En effet, selon les études menées, les activités humaines sont la cause principale des variations climatiques. Elles sont très certainement liées à une augmentation considérable de l’utilisation d’énergies fossiles carbonées (pétrole, charbon). Cette utilisation intensive génère des émissions importantes de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone et méthane entre autres).
De plus, les hommes accroissent leurs mobilités, pour différents motifs (professionnels ou de loisirs), et l’inévitable conséquence est encore une émission accrue de gaz à effet de serre.
C’est pourquoi nous tenons à vous alerter au sujet des conséquences irréversibles du réchauffement climatique. L’ONU a déclaré qu’elles sont immenses, des ressources déjà rares vont devenir encore plus inaccessibles, comme l’eau, et par conséquent l’accès à une alimentation saine va devenir plus difficile. Cela va atteindre évidemment les sociétés du Monde entier, mais inégalement. Des régions sont déjà très touchées et seront encore plus touchées que d’autres (comme l’Asie du sud-est). La biodiversité et les espèces animales vont beaucoup souffrir du réchauffement climatique, faute de temps pour s’adapter. C’est pour cela qu’une augmentation de plus de 2 degrés de la température globale serait désastreuse, et il faut tout mettre en œuvre pour la limiter. Une augmentation de plus de 2 degrés diminuerait les ressources en eau douce de 20 à 30 %, augmenterait les périodes de sécheresses, donc les risques de feux de forêts, les étés seront plus chauds 3 à 4 degrés en Europe, les précipitations diminueraient de 10 % en Europe, et la liste est encore (très) longue… Mais déjà aujourd’hui, des conséquences graves frappent certaines populations et les poussent à se déplacer pour survivre ; ce qui augmente les risques de générer des conflits entre communautés dans des régions déjà sous tensions ( en Afrique de l’Est par exemple ).
Le Haut-commissariat aux réfugiés (organisation onusienne) a déclaré que c’est plus de 36 millions de personnes qui sont déplacées par les catastrophes naturelles chaque année, 20 millions sont complètement déracinées de leur habitat d’origine. Et les pays les plus touchés sont principalement des pays du sud et en manque de moyens pour s’adapter. La sécheresse croissante en Afrique, touche des millions de personnes et d’agriculteurs, qui à cause du manque d’eau, voient leur récoltes diminuer et devenir moins productives.
Le lac Tchad, est sévèrement touché, en assèchement progressif depuis 27 ans, des millions de pêcheurs y vivaient, mais aujourd’hui plus de 20 millions de personnes subsistent à ses bords, pêcheurs, paysans, et leur avenir qui en dépend est moins qu’assuré. Environ 700 millions de personnes vivent sur les littoraux, sur des terres basses, et la fonte des glaces entraînant, la montée des eaux, augmente le risque d’inondation dans ces zones. Au total, 80 pays vont être touchés, mais le continent le plus vulnérable est l’Asie, avec 22 millions de migrants, victimes des typhons et des inondations. La pollution de l’air engendrée par les transports et principalement par la production d’électricité entraine la mort de 500 000 personnes en Europe chaque année. Cela va engendrer des mouvements de population encore plus importants qu’ils ne le sont aujourd’hui, selon l’Onu, 150 millions de personnes seront amenées à être déplacées d’ici 2050, et les réfugiés climatiques sont trois fois plus nombreux que les réfugiés de guerre.
Face à ces bouleversements, des mesures doivent être prises. Pour les déplacements de populations, le HCR ayant pour objectif de garantir le bien être des réfugiés, travaille à la recherche des solutions durables. Mais pour le moment, lors d’une catastrophe naturelle entrainant des déplacements massifs de population, il aide à l’installation des réfugiés dans les pays d’accueil, ou au rapatriement des personnes à leurs milieux d’origine. Mais la majorité de ces personnes n’ont d’autres choix que d’être pris en charge par l’ONU dans des camps de réfugiés. Ce n’est pas une solution viable, lorsque l’on sait que le nombre de réfugiés ne fait qu’augmenter. La VERITABLE solution, doit être prise le plus rapidement possible et être très efficace, elle relève de l’engagement de tous les Etats de la planète à réduire considérablement leurs émissions de gaz à effets de serre.
Pour s’adapter et mettre en place des mesures visant à limiter drastiquement les émissions mondiales, il est nécessaire que tous les acteurs fassent un effort important, des Etats qui doivent réglementer et taxer l’utilisation des énergies fossiles, tout en facilitant l’accès aux énergies renouvelables en les rendant moins chères et attractives, aux acteurs locaux qui devront aussi prendre conscience des changements à faire ( isoler les bâtiments, augmenter la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité et de chauffage…). Mais les consommateurs n’auront qu’un rôle secondaire dans ce processus, ceux qui ont vraiment les cartes en mains sont les Etats et les grands groupes industriels. Il leur est indispensable de changer dès maintenant leurs modes de production, et il est de votre ressors de les dissuader de continuer d’investir dans les énergies fossiles, mais au contraire de croire à l’efficacité des énergies renouvelables, telles que l’éolien, le solaire, ou encore l’hydrolien (très prometteur). La COP 21 est une formidable opportunité de promouvoir ces pistes. Sachez que cette conférence est très chère à tous les citoyens, et que nous nous sentons très concernés par ce problème.
Nous n’ignorons pas la difficulté des négociations à venir. Ce n’est que depuis 1988 et la création du GIEC que les responsables politiques ont engagé des négociations à l’échelle internationales sur le climat. Or, après 1997 nous n’avons observé que peu d’avancées majeures et les grandes directives mondiales se sont faites rares. C’est pourquoi nous écrivons aujourd’hui ce message dans le but de créer un climat meilleur de négociation.
Tout d’abord aucun de ceux qui ont participé à la création de cette lettre ne sont de grands savants, ingénieurs ou spécialistes en matière de climat mais nous voulons, en jeunes citoyens impliqués, indiquer la voie qui nous semble la meilleure.
Premièrement nous nous sommes aperçus qu’au cours des dernières conférences peu avaient eu de très grands impacts à l’échelle mondiale alors que les ambitions étaient grandes. Nous ne pensons pas que la solution parfaite arrivera en décembre 2015 à Paris et c’est pour cela que notre première demande sera de ne pas pécher par une ambition démesurée. Nous avons en tête l’échec malheureux de Copenhague..
Un excès d’ambition ne permettra pas de réaliser un accord voté par tous les pays. Nous cherchons par là à dire que tous les Etats ne sont pas prêts pour changer radicalement. Par exemple, plusieurs Etats demandent aujourd’hui un droit à une période d’insouciance en termes de pollution tout comme l’ont eu auparavant les pays que l’on considère aujourd’hui comme développés. Cette demande peut paraitre non respectueuse envers l’environnement mais ce n’est pas non plus un argument qu’il convient de balayer de la main et exclure ces pays des négociations. La réponse qu’il faudra leur apporter devra donc être nuancée et ouverte.
Le dernier point sur lequel il ne faudra pas être trop ambitieux est pour nous la question des moyens. En effet il faut se rappeler les échecs à réunir l’argent de la conférence de Cancun au Mexique. Les 100 milliards de dollars qui devaient être réunis n’ont jamais été rassemblés, ce qui ne permet pas d’accompagner les transitions nécessaires dans les pays du Sud.
Nous avons aujourd’hui l’espoir d’un accord clair, contraignant et approuvé par toutes les parties. Nous espérons que sera décidée une taxation universelle du carbone. Nous souhaitons que les pays développés s’engagent tous à nouveau pour une réduction de 25% des émissions de GES d’ici à 2025. Nous appelons de nos vœux un accord international par lequel les pays développés s’engageraient à atteindre rapidement 50% d’énergies renouvelables dans leur mix énergétique.
Nous comprenons que les pays émergents et en développement diffèrent l’engagement dans la baisse des émissions ; mais ce délai doit être discuté et défini.
Nous pensons que les mentalités ont changé et que les blocages politiques n’ont plus lieu d’être. Nous savons aujourd’hui que la décision de changement doit venir tout autant de l’opinion publique que de la part des Etats et c’est pour cela que nous pensons que toutes les idées qui vont ressortir de cette conférence des parties doivent avoir une certaine réalité pour les populations du monde entier et non pas seulement juste un rêve fait par ceux qui ont composé cette assemblée.
Nous vous remercions d’avoir lu cette lettre qui vous est adressée par les classes de Terminale ES 1 et 2 du lycée Berthollet à Annecy.

Classe de Terminale ES 1
Classe de Terminale ES 2
Lycée Berthollet,
12 bvd du lycée,
74000 Annecy