Académie de Grenoble

11/2014 : Grèce, le système de santé est en ruine.

On vient de toute la Grèce pour se soigner à Elliniko, dans la banlieue d’Athènes. Le docteur Giorgos Vichas, un cardiologue, y a créé en décembre 2011 un « dispensaire de crise ». C’est l’un des rares lieux à offrir des soins et des médicaments gratuits à ceux qui n’ont plus de revenus ni de sécurité sociale. L’explosion du chômage - 27 % des actifs, soit 1,5 million de personnes - a porté le nombre des exclus de l’assurance santé à près de 2 millions de personnes, un cinquième de la population du pays. C’est le cas de Crissula. Une tumeur au cerveau a contraint cette couturière divorcée à fermer boutique en 2012, deux ans avant d’atteindre 67 ans, l’âge du départ en retraite. Elle ne touche aucune pension et attend que sa demande de retraite anticipée aboutisse. Avant sa prise en charge à Elliniko, elle a dû dépenser les économies de toute une vie pour un traitement permettant de contrôler son diabète et ses crises d’épilepsie qui coûtait 450 euros par mois. Le dispensaire d’Elliniko tourne avec des dons de médicaments venus de toute l’Europe et le travail de 250 bénévoles, dont 90 médecins. Un an après sa création, le centre avait enregistré 4 000 consultations. Sur les douze derniers mois, il a reçu environ 12 000 patients.
Une goutte d’eau face à une crise sanitaire qui ravage la Grèce, effet de la paupérisation et des coupes claires dans les dépenses publiques de santé, plafonnées, selon les exigences de la Troïka(1), à 6 % du produit intérieur brut (PIB). Un niveau comparable à celui d’avant-crise, sauf que depuis 2008, le PIB a reculé de 23 %. C’est au moment où les Grecs auraient le plus besoin de l’Etat-providence que celui-ci fait défaut. Selon une étude publiée par le journal médical britannique The Lancet en février dernier, tous les indicateurs virent au rouge : alors que le budget des hôpitaux a reculé de 25 % entre 2009 et 2011, la mortalité infantile a progressé de 48 % entre 2008 et 2011, les suicides ont augmenté de 45 % entre 2007 et 2011, les infections au virus du sida chez les toxicomanes ont décuplé... Sous la pression de la Troïka, la prise en charge publique des achats de médicaments est passée de 5,6 milliards d’euros en 2009 à 2,3 milliards en 2013. Certes, comme le rappelle Aris Sissouras, ancien président d’un comité d’experts indépendant sur la réforme du système de santé grec, l’Etat avait laissé dériver la dépense publique de médicaments, passée de 1 milliard d’euros en 2000 à 5,6 milliards en 2009 (3,3 % du PIB)... pour le plus grand profit des firmes pharmaceutiques dont le lobby efficace a longtemps freiné l’arrivée des génériques. Mais la violence du remède est insoutenable.
Anaïs Condomines et Antoine De Ravignan, Alternatives Economiques, n°339, Octobre 2014, p.18-19.
1.Troïka : C’est le nom couramment donné aux représentants des politiques de rigueur (ou de réductions budgétaires) dans la sphère politique internationale. Ces représentants sont très présents dans les institutions européennes, au FMI, à la Banque Mondiale. Ils postulent qu’une réduction des dépenses publiques entraîne nécessairement des effets positifs sur une économie (relance de l’investissement des entreprises, de la consommation des ménages…).

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